HISTOIRE ET DISPOSITION INTÉRIEURE DE L'INSTITUT CLINIQUE DE VIENNE
"eer la réforme des études médicales, les exercices de clinique se faisaient dans l'hôpital des Fréres de la Miséricorde ; et dans les derniers temps, c'était sous la direction de l'illustre Pierre Quarin.
Mais aprés que le célébre Vanswieten eut entrepris de réformer les études de Médecine dans notre patrie, on destina à l'instruction des éléves un institut clinique particulier et séparé dans l'hópital civil, situé presque au milieu de la ville, et contenant vingt lits pour les malades.
La place de Professeur de pratique fut confiée, en 1754 , à A. De Haen, disciple du grand Boerhaave.
Tout le monde sait avec quelle habileté et avec quelle ardeur ce savant praticien a cultivé la véritable Médecine expérimentale et hippocratique : d'ailleurs, ses ouvrages imprimés, l'érudition brillante de ses éléves, et la vénération qu'ils avaient pour lui font assez son éloge.
Aprés la mort de De Haen, en 1776, sa place fut confiée à Max. Stoll, sous la présidence du baron de Storck ; et ensuite l'école pratique fut transportée dans l'hospice de la S.'* - Trinité, situé dans le faubourg de la ville. Enfin, en 1784, on forma un hôpital général de tous les hôpitaux particuliers, et on réserva douze lits pour les lecons de clinique (1).
Les expressions manquent pour trouver des éloges dignes d'un si grand professeur, né pour le bien de la science; car il a rendu de nombreux et d'éminens services.
Ce grand homme, à l'exemple de De Haen son maitre, brülait d'une ardeur particulière pour l'étude de la Médecine hippocratique et
(1) On trouve dans le Journal de Sédillot , tom. 26 , un arücle intéressant sur les hópitaux de Vienne , par M. Rampont. On voit aussi des détails sur cet objet dans le Dictionnaire des Sciences médicales , art, Hôpital. C Note du traducteur.) |
des anciens; il avait en outre un talent rare pour l'observation ; il contribuait ainsi aux progrès de la Médecine expérimentale; et il mérite d'étre mis au nombre des sectateurs de Sydenham , et des plus grands observateurs.
Il se faisait une gloire particuliére de rendre la Médecine plus simple ; il enseignait à traiter heureusement les maladies avec des remédes très-simples et le plus souvent indigènes ; et il avait banni de la pratique un vain amas de compositions absurdes.
Cet homme rare possédait en outre une érudition vaste dans la théologie , la philosophie et la philologie; il avait un style trés-orné , une diligence admirable et infatigable, et un esprit sans fierté.
Quand je m'étends sur les louanges de cet homme extraordinaire, je ne prétends point oublier ou rabaisser le mérite des autres. Qu'on pardonne à l'ardeur d'un éléve, qui n'oubliera jamais son maitre chéri et vénérable. Si des êtres dignes de mépris cherchent à détruire sa gloire immortelle, les personnes sensées voyant cette lutte inégale en riront de pitié: mais la mémoire d'un si grand homme doit plutôt faire verser des larmes sur sa perte. Il fut enlevé par une mort prématurée, en 1787.
Son successeur fut Jacques Reinlein, homme
90 MÉDECINE trés-expérimenté , et exercé à l'enseignement dans les hópitaux militaires; il s'acquitta de ses fonctions avec grand succés, fut chéri et respecté de tous ses élèves.
En 1795, Jean Pierre Frank , autrefois professeur à Goettingue, et ensuite à Pavie, fut appelé pour deir l'hópital général de Vienne : et l'empereur lus donna une nouvelle place de professeur de clinique. La réunion de ces deux fonctions fut d'un grand avantage pour l'école pratique : le nombre des lits fut porté jusqu'à vingt-quatre.
. Personne n'ignore avec quelle gloire cet homme célèbre, qui brille de la plus vaste érudition médicale à laquelle on puisse atteindre , a rempli cette double fonction : mais la . modestie défend de donner aux hommes qui vivent encore des éloges dignes de leur mérite.
Il fut appelé en Russie en 1804; et alors, sous Ja présidence de Jos. And. Stifft, la charge de directeur de lhópital fut séparée de celle de professeur de pratique. La chaire de clinique fut donnée à Antoine Deutl, professeur à Olinutz , autrefois collaborateur et ami de Stoll ; mais la santé de cet homme expérimenté devenue fragile, mit toujours obstacle à ses louables efforts.
En 1:806, je fus appelé de la Galicie : et
cette place me fut confiée, sans doute, parce que J'avais été professeur de clinique dans les provinces pendant treize ans.
Ce ne fut qu'en hésitant, et aprés de sérieuses réflexions , que je consentis à accepter cette chaire de clinique de Vieune , illustrée par les travaux de tant d hommes célèbres dans notre art. Maisla gloire qu'ils ont acquise n'empéchera pas mes efforts , quelles que soient mes forces.
Je vais maintenant exposer brièvement la disposition intérieure de notre établissement, l'économie et l'ordre qu'on y observe. |
Vingt-quatre lits, dont douze sont destinés pour les hommes , et autant pour les femmes, sont renfermés dans deux vastes salles bien éclairées, propres, jouissant d'un air pur, dont on peut aisément modérer la température. On y trouve tous les meubles nécessaires ; la nourriture y est bonne, et on tire les médicamens dont on a besoin de l'hópital général. Les secours de la chirurgie y sont donnés par l'aide-chirurgien; et dans les cas graves, par le professeur de chirurgie pratique. |
Pour le service des malades, il y a deux aides assistans, l'un médecin ,l'autre chirurgien; quatre infirmiers et un valet: l'aumónier vient de l'hópital général, d'où l'on tire aussi tous les secours nécessaires.
6o MÉDECINE
L'ordre établi dans cet institut peut passer pour parfait, sil existe quelque chose de parfait dans le monde: on y voit par-tout des marques de la munificence impériale.
Les malades de l'institut sont tirés de l'hópital général, qui en contient toujours plus de mille, parmi lesquels on choisit. On reçoit cependant volontiers tous ceux qui désirent entrer dans la clinique.
On prend les malades qui paraissent les plus propres pour servir aux leçons, et qui n'ont pas des affections qui appartiennent à la chirurgie.
Nous recherchons, sur-tout dans le commencement des cours, les affections simples et non compliquées ; celles qui sont récentes , et qui n'ont pas encore été négligées; mais ensuite nous recherchons aussi les maladies compliquées, dont la nature est moins connue, et dont le diagnostic et le traitement sont plus difficiles. Bien plus, nous prenons aussi quelques maladies négligées , afin de montrer aux éléves tous les obstacles qu'ils rencontrent dans la pratique.
On reçoit plus d'affections fébriles que de maladies chroniques; et parmi les affections fébriles, on choisit, le plus souvent, celles qui proviennent de la constitution épidémique.
PRATIQUE, 6t
On prend peu de maladies chroniques , parce que leur cours est long et excéde quelquefois la durée de l'année scholaire : elles emploient aussi un grand nombre de lits.
On cherche toujours à pouvoir réunir les exemples des maladies dont on traite dans les lecons de Pathologie et de Thérapeutique spéciale, qui se font pendant une heure aprés les exercices de clinique, qui durent également une heure.
Chaque malade est recu le soir dans l'école pratique, et on lui donne pendant la nuit les secours nécessaires. Le lendemain matin on désigne un éléve qui doit en avoir soin ; et cet élève doit aussi observer les phénomènes de la maladie, en écrire l'histoire, la lire publiquement, et enfin la donner au professeur qui la conserve, si elle le mérite , dans les actes de l'institut.
On examine publiquement les malades le matin et le soir. Le premier examen lors de leur entrée, a toujours lieu le matin , et se fait avec le plus grand soin.
Quand on a réuni les causes et les phénomènes de la maladie nécessaires à connaître, on forme le diagnostic en présence de tous les éléves. Cela se fait et doit toujours se faire publiquement; car rien n'est plus capable d'ins-
truire et de fortifier les jeunés médecins , que de voir ainsi souvent leurs maiires s'élever à la connaissance d'une maladie, d'après l'examen et la réunion de ses causes et de ses phénoménes. On cherche toujours autant qu'on le peut à former ce diagnostic d’après des inductions philosophiques d'une maniére graduelle , et jamais trop précipitamment.
Nous n'adhérons à aucune de ces hypothèses qui peuvent mener à de faux raisonnemens ; nous recherchons d'abord les caractéres les plus généraux et les plus constans des maladies, d’après leur aspect et d’après leurs symptômes ; et nous rangeons ensuite les cas qui se présentent dans des familles ou dans des classes, comme dans celles des fièvres, des cachexies , des névroses , elc.
Nous passons ensuite aux caractéres plus spéciaux et toujours essentiels des maladies, ayant sur-tout égard à la différence du traitement , qui détermine sur-tout le vrai caractère et la nature d'une affection ; et d'aprés ces données, nous cherchons à en établir le genre,
Et enfin, aprés avoir considéré les caractères variables ou accidentels, distingué les symptómes infidéles des symptómes constans, examiné les phénoménes vagues qui dirigent ou modifient le traitement plutót qu'ils ne le chan-
PRATIQUE. 63 gent essentiellement, nous cherchons à nous élever jusqu'à déterminer l'espèce des maladies.
On parvient à ce résultat d'une manière assurée par des inductions successives : un raisonnement trop précipité ne peut pas faire découvrir la vérité. — —
En établissant notre diagnostic, nous faisons non seulement attention au caractére et à la nature de la maladie qui fixe le traitement, mais encore à sa forme extérieure qui le dirige, à son intensité, qui détermine le degré des secours que lon emploie, et enfin à son stade ou à sa durée.
Toutes ces choses ont été exposées plus au long dans mes Prolégomènes de clinique publiés en 1807 (1).
(1) Dans cet ouvrage intitulé Initia institutionum clinicarum , sive prolegomena in praxim clinicam , Hildenbrand parle d'abord de l'expérience médicale et des diverses théories. Puis il traite de l'utilité et de l'objet des instituts cliniques. Viennent ensuite des détails sur les devoirs et les qualités des étudians , et sur la Rent manière d'observer. Le Chapitre IV est consacré à donner une idée de l'objet et de la division de la Médecine-pratique. Dans le Chapitre V , qui est très-étendu , l'auteur traite de l'examen des maladies , de leurs causes prédisposantes et occasionnelles, de-leur cours, et enfin de leurs symptômes, qui sont fournis par l'habitude exté-
Si aprés la premiére vue du malade on manque de raisons suffisantes pour former un diagnostic assuré, on le suspend jusqu'à ce que l'observation soit plus compléte.
Quand le diagnostic de la maladie est formé , on lui donne un nom. Cette dénomination , pour être parfaite, devrait exprimer le caractère de la maladie, sa forme , son intensité et sa durée,
Nous employons toujours une nomenclature simple , en excluant toutes les expressions frivoles ou hypothétiques. Nous ne négligeons cependant jamais d'exposer les différentes dénominations adoptées dans les systémes les plus célèbres de Médecine; et nous donnons toujours une ample synonymie.
La maladie étant connue et dénommée , il faut tirer les #ndications.
Le moyen le plus sár de les dirirer, serait l'examen approfondi des causes prochaines ,
rieure du corps, par les fonctions et par les excrétions. Les Chapitres VI et VIL, qui ont pour objet la connaissance , la determination et le traitement des maladies , sont en abrégé dans l'ouvrage que je traduis. Le Chapitre VIII est consacré au pronostic; et enfin dans le Chapitre IX et dernier, on trouve des règles sur la manière de bien écrire les histoires des maladies, (Note du traducteur.)
PRATIQUE, 65 et la division des maladies en organiques et dynamiques ; mais la connaissance des causes prochaines est encore trop obscure, et la division des maladies en organiques et dynamiques est trop imparfaite : en un mot, l'une et l'autre sont trop peu connues pour pouvoir servir de base à une pratique assurée. Les affections simples locales appartiennent plus souvent à la Chirurgie qu'à la Médecine.
La connaissance des causes prochaines étant insuffisante, la considération des causes excztantes qui sont mieux connues, fournira des indications de traitement plus süres.
(onend on a découvert la cause excitante, et qu'on peut l'éloigner, on a une indication facile et directe, et l'on est presque conduit à employer ce traitement convenable, qui doit presque toujours étre opposé aux causes : c'estlà, la seule Médecine vraiment rationnelle et scientifique que nous puissions avoir, puisque dans ce cas, ce qui n'arrive pas toujours, nous connaissons l'union des effets avec les causes et leurs rapports mutuels.
Nous ne pouvons jamais appeler directes, les indications fondées sur des causes douteuses ou hypothétiques : quoiqu'elles ne soient pas absolument mauvaises, elles sont ce,endant iusuílisantes et établissent une pratique incer-
taine : ainsi, les indications de stimuler l'incitation quand elle est trop faible, et de la déprimer quand elle est trop forie, n'ont pas pour nous plus de valeur en pratique, que celles d'exciter le mouvement du fluide nerveux quand il est trop lent, et de le ralentir quand il est trop précipité. Des considérations aussi générales ne peuvent Jamais diriger suffisamment la pratique dans des cas particuliers.
Lorsque la cause d'une maladie est bien connue, mais ne peut étre éloignée , ou que quoiqu'éloignée, ses effets persistant toujours, la maladie ne cesse point; lorsque la cause est douteuse ou cachée ; lorsque sa manière d'agir est entièrement inconnue , comme dans les maladies épidémiques et contagieuses qui sont si fréquentes ; lorsqu'enfin on n'a aucune théorie assurée, le médecin n'a pas d'indications de traitement directes: et ceux qui par trop de confiance dans des hypothéses se laissent diriger par une théorie fausse ou chancelante, qu'ils rejéteront peut-étre eux-mémes un Jour, méritent d'étre blàmés, et exercent une pratique entièrement incertaine. On peut dire qu'ils basent leurs méthodes de traitement sur leurs idées délirantes, ou presque sur leurs songes: il vaudrait mieux une Médecine nulle qu'une Médecine ainsi hypothétique , chimé-
riqueetfrivole quidoit faire périrtantdemalades.
Nous ne prétendons pas cependant mépriser les théories, et déprécier les louables efforts de ceux qui cherchent à en établir: nous désirons au contraire ardemment ceile grande découverte , qui ferait dériver la pratique de la théorie, et réciproquement la théorie de la pratique, et fonderait ainsi une Médecine scientifique. Mais tant que les théoriciens ne nous donneront que des désirs stériles, des principes insuffisans, des systémes précaires, de pures fictions , en un mot , des doctrines absurdes et obscures , qui ne sont ni agréables, ni instructives , et qui retardent plutôt les progrès de l'art qu'elles ne les avancent, les indications curatives devront être tirées de sources plus sûres, et les professeurs de clinique seront forcés d'enseigner une autre pratique; à moins qu’ils ne veuillent donner à leurs élèves des connaissances incertaines, indigestes et nuisibles. La pratique qu'il faut leur enseigner doit être fondée sur les observations et sur l'analogie , et sera ainsi beaucoup plus assurée : autrement, ce qui est loué aujourd'hui sera blämé demain , et, comme nous l'avons vu jusqu'ici au grand détriment de l'humanité, il y aura une Médecine nouvelle presque dans chaque lustre.
Quand donc la cause prochaine d'une maladie est cachée ou hypothétique; quand la cause excitante est douteuse ou inconnue, ou quand sa manière d'agir est tellement ignorée qu'on ne peut lui opposer aucun secours direct, on ne peut agir que d’après des indications zndirectes.
Nous tàchons de rendre ces indications rationnelles autant que possible, et souvent quand elles sont insuffisantes , nous avons recours aux indications empiriques.
L'indication indirecte rationnelle peut être vitale ou symptomatique.
L'indication vitale est toujours la principale: par elle on soutient la vie; on met des bornes aux progrés de la maladie quand l'art ne peut la guérir ; on dirige les actions vitales de maniére à ce qu'elles puissent affaiblir , dompter, ou éliminer du corps la cause morbifique ; enfin, on gagne du temps tant que la vie est opprimée, jusqu'à ce que la maladie, dont la durée est quelquefois fixe, cesse d'elle-máme.
En remplissant cette indication vitale, nous faisons toujours grande attention au caractére prédominant de la maladie, qui nous dirige d'une manière trés-süre dans l'application des secours : tel est le caractère inflammatoire , gastrique, exanthématique , nerveux, putride,
PRATPOUE . 69
cachétique. Ce caractére, soit qu'il soit la cause ou l'effet dela maladie, ou qu'il n'en soit qu'un accessoire , dirige trés-ulilement les indications. Il désigne la vraie nature de la maladie ( s6566 ), et conduità la Médecine la plus vraie et la plus simple , tant quil ne survient pas de complication nouvelle. +
Et comme le génie épidémique et les constitutions annuelles ont un grand pouvoir, soit sur les maladies elles-mêmes, soit pour produire et modifier leurs caractères , nous y faisons aussi une attention très-scrupuleuse, tant pour le diagnostic que pour le traitement.
Enfin, les symptômes morbides eux-mêmes, qui constituent la forme dela maladie («cs ), nous conduisent aussi aux indications symptomatiques, qui ont pour objet de dissiper les stases locales, d'apaiser les spasmes, de corriger les sécrétions partielles, ou de défendre les organes contre l'action trop violente d'une cause qu'on ne peut éloigner , etc. : cependant l'indication vitale, qui estla plus essentielle, est toujours l'objet de notre attention. |
Aprés avoir formé ces indications avec la méme induction logique qui nous a servi à établir le diagnostic; et aprésavoir pesé toutes les contre-indications , nous passons au choix des moyens indiqués, ce qui est toujours bien plus facile,
Mais quand toutes cesindications rationnelles tirées de l'observation fréquente de cas semblables ne nous conduisent qu'à des secours insuffisans, alors nous saisissons les indications empiriques ; nous avons recours aux moyens indiqués qui ont été regardés comme les plus utiles dans des cas semblables, d'aprés une nombreuse expérience ; et nous les employons, conduits par la seule analogie.
Plusieurs de ces moyens sont de vrais spécz- Jfiques , dont les efforts de l'art n'ont pas encore pu jusqu'ici expliquer les vertus: tel est l'emploi du mercure dans la siphilis, des acides végétaux dans le scorbut, du quinquina dans les fièvres intermittentes rebelles.
Mais toutes ces indications empiriques doivent étre dirigées par le raisonnement; et étre appliquées d'une maniére convenable aux cas particuliers, afin qu'on ait au moins un empirisme rationnel. Les indications rationnelles , quoiqu'indirectes, doivent rendre utile et sûre cette pratique tirée de lanalogie, autrement on n'aurait plus qu'un empirisme aveugle.
Nous avons toujours soin de donner, au lit des malades, des régles de pratique utiles; mais nous négligeons les vaines subtilités. Nous ne prétendons pas enseigner une Médecine polémique, et chercher des difficultés où il n'y
PRATIQUE. sa
en a point ; nous laissons cela à ceux qui bàtissent des théories, et aux amateurs d'un verbiage pompeux et vain. |
. Quand nous voyons que la guérison est impossible, nous nous ea tenons à des indications palliatives. En effet, quelques maladies sont absolument incurables par leur nature, ou seulement par limperfecton de notre art. Dans le premier cas, c'est en vain qu'on voudrait faire valoir avec orgueil un art qui ne peut pas vaincre les lois de la nature; il suffit, quand on a connu que le mal est incurable , de prolonger la vie autant qu'on le peut, et d'adoucir les souffrances du malade. Dans le second cas, aprés l'emploi des moyens palliatifs, on pourra tout au plus chercher et essayer des remédes meilleurs: tel doit étre le but de nos efforts.
Parmi les moyens indiqués , nous choisissons toujours ceux qui sont les plus efficaces, qui répondent au degré de la maladie, et qui peuvent à la fois remplir plusieurs indications ; nous cherchons aussi dans quelques cas à démonirer aux élèves les effets de différens remédes équivalens ; enfin nous faisons mention des médicamens ridicules, insuffisans ou infideles, quand ils ont été vantés ou employés par quelques médecins.
"e MÉDECINE
Nous préférons les remèdes indigènes aux exoliques, quand ils ont la méme valeur. En général nous n'avons pas besoin d'une grande provision de médicamens : nous nous contentons d'un appareil simple ; et par-là nous avons toujours eu une pratique heureuse.
Parmi plusieurs formules, nous choisissons toujours les meilleures et les plus simples. On met, sur le médicament prescrit pour chaque lit, une feuille d'indication, soit pour que les éléves puissent juger du reméde, soit pour éviter les erreurs.
Nous ne changeons pas facilement et sans nécessité , pendant le cours de la maladie, les moyens indiqués ; nous évitons les changemens frivoles des remédes et des formules.
Quand on 2 prescrit les médicamens internes, on ordonne les secours chirurgicaux , et les auires moyens externes nécessaires ; on s'occupe aussi du régime diététique, qui comprend l'air, la nourriture, les boissons, lexercice et les applications externes.
Nous ne nous attachons pas volontiers à des régles générales, dans les prescriptions pharmaceutiques et diététiques; parce que notre but est d'enseigner une médecine trés-spéciale, et qui s'applique aux cas particuliers.
Ce n'est qu'en dernier lieu qu'on s'occupe
rt
du pronostic. On expose toutes les terminaisons possibles de l'affection qui se présente, par la santé, par la mort ou par une autre maladie ; et, d'après le diagnostic, on résume et l'on examine attentivement les raisons qui peuvent faire penser qu'une de ces terminaisons aura lieu plutôt que l'autre. C'est ainsi qu'on parvient à établir un pronostic, sinon toujours certain , au moins probable. Dans les cas douteux, nous suspendons notre jugement jusqu'à ce qu'il survienne des phénomènes qui puissent éclairer. Nous évitons les décisions téméraires ; et nous préférons toujours un pronostic conditionnel.
Toutes ces choses sont écrites dans l'ordre suivant lequel elles se sont passées , par l'élève qui est chargé de rédiger l'histoire de la maladie , laquelle est lue publiquement le lendemain de lentrée du malade, avant de lui faire de nouvelles prescriptions : par-là, on se rappelle ce qui s'est passé à la visite de la veille, soit du matin, soit du soir. Peu d'éléves assistent à cette dernière visite,
Dans la séance suivante, on examine les phénomènes de l'état présent, et on les compare avec ceux de la veille : ainsi on aperçoit les plus légers changemens. Ensuite on discute si ces changemens doivent être attribués aux
me MÉDECINE
secours employés, ou à la maladie elle-même, ou à des circonstances accessoires ; on examine de nouveau le diagnostic qu'on a formé le jour précédent; et alors, ou en le confirme, ou on le rend plus exact ; on change le régime et les médicamens , aprés en avoir donné les raisons, ou bien on les continue ; on établit également de nouveau le pronostic.
On expose alors différentes régles de pratique : on explique quel est le pouvoir de l'art, et quel est celui de la nature.
C'est ainsi que l'on se conduit tous les Jours, jusquà ce que la maladie se termine par la santé ou par la mort.
Lors de la convalescence, on démontre d'une manière pratique le temps précis où il faut s'abstenir de médicamens, et changer de régime. Nous cherchons sur-tout à déterminer exactement la limite qui existe entre le déclin de la maladie et la convalescence : nous regardons cette distinction comme très-importante.
Nous craignons sur-tout de renvoyer les convalescens de l'hôpital, avant qu'ils aient recouvré une partie de leurs forces, et un certain extérieur de santé. En effet, nous ne leur aurions procuré qu'un bien imparfait, si nous les faisions sortir avec la crainte d'une rechute eu d'une maladie consécutive.
FRATIQUE. 75
Quand on renvoie un malade, on l'engage toujours avec humanité à revenir dans la clinique, si quelque affection nouvelle lui survient, Par-là, nous voyons le lien des maladies secondaires avec les précédentes ; et nous connaissons quand on a employé des secours insuffisans , ou quand on ne les a pas assez prolongés.
Nous renvoyons cependant quelquefois des malades qui ne sont pas entiérement guéris ; tantót, parce qu'ils sont atteints d'une affection incurable et trop longue ; d'autres fois, parce qu'ils n'offrent rien d'instructif , ou parce qu'ils ne supportent pas bien Fair de lhópital; ou enfin, parce qu'ils s'y ennuient et demandent eux-mêmes à en sortir. Nous les inscrivons cependant sur notre tableau comme n'ayant pas été complétement guéris.
Quand des malades qui ne jouissaient pas d'une santé parfaite avant d'étre traités par nous, obtiennent leur guérison , quoiqu'ils n'aient qu'une santé relative à leur état antérieur , nous les considérons cependant, et nous les inscrivons comme guéris.
Quand enfin /a mort arrive malgré les efforts de la nature et de l'art, on procède toujours publiquement à l'ouverture du cadavre , et l'on y recherche avec grand soin les causes de cette terminaison funeste: dans ces autop-
sies, nous employons toujours le raisonnement pathologique , afin de ne pas prendre les effets dela mort pour ses causes.
Nous remarquons sur-tout avec grande attention , si pendant la vie du malade nous avons bien reconnu la maladie , et si notre diagnostic est confirmé par l'ouverture du cadavre, ou si les altérations que l'on trouve, prouvent que noire diagnostic a été erronné, soit par inattention, soit par quelque autre faute, soit par l'imperfection de la séméiologie.
Si l'on trouve quelque altération ou quelque conformation extraordinaire, on en conserve la préparation anatomico-pathologique dans le Musée, et l'on écrit l'histoire abrégée de la maladie dans le catalogue.
Quand enfin la maladie se termine par une autre affection, et qu'elle est chronique , nous ne transportons pas pour tout cela volontiers le malade à un autre lit de l'hôpital ; nous aimons mieux observer pendant tout leur cours les maladies qui ont une terminaison funeste, Quand il survient des affections chirurgicales, nous les confions au chirurgien.
On voit aisément que pendant l'espace d'une heure que durent nos leçons, nous ne pouvons pas nous étendre sur chaque malade avec l'exactitude et les détails dont nous venons de parler:
PRATIQUE. ji nous choisissons un petit nombre de malades, pour faire l'objet de nos leçons, et nous ne nous arrétons sur les différens cas , que quand nous le trouvons utile.
On ne reçoit certains malades, que pour montrer aux éléves de nouveaux exemples des maladies qu'on leur a déjà expliquées ; on en recoit d'autres pour faire des expériences sur les propriétés des médicamens. Tous ces cas ne demandent pas de grands détails.
Cependant il entre plus de deux cents malades tous les ans dans notre école pratique. Les Jeunes médecins y ont donc un assez vaste champ pour recueillir des observations; et ils y ont bien la faculté de s'exercer, sur-tout depuis que par les conseils de l'illustre directeur des études, J. A. Süfft, il a été décrété, par les lois académiques, que les éléves suivraient pendant deux ans les exercices de clinique, pendant lequel temps le cours de thérapeutique spéciale doit étre complet.
Ils se fortifieront encore davantage dans la pratique, si, comme cela leur est permis , ils assistent aux visites de l'hópital-général : ils pourront ainsi combiner leurs observations, et comparer la pratique des autres médecins avec la nótre.
RALLLITELITLELULELULEULU LULU ELILUUURTLLULULLELLTUELELELULUTLUEUL VAS