‹ Médecine pratiqueChapitre 12 sur 63 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Nornz année scholaire et clinique se compose de dix mois: elle commence en novembre et finit en août.

On verra par le tableau annexé à cet ouvrage, quel fut le nombre des malades reçus, guéris

ou morts, dans l'école pratique pendant le cours

de cette année. On verra aussi en partie, par-là, quel fut le caractère dominant des maladies de chaque saison ; mais cet objet sera traité plus amplement lorsque , après avoir donné la description spéciale de chaque mois, on considèrera ensuite d'une maniére générale le caractére dominant de l'année.

Les observations faites en ville et dans la pratique privée, serviront aussi toujours à confirmer celles de notre clinique, souvent trop peu nombreuses.

Novembre 1806.

LA température et les maladies épidémiques qui régnèrent en Autriche pendant l'été de

cette année et les mois précédens, ne me sont pas connues par mes propres observations ; car ce fut seulement dans l'automne, qu'après vingt-deux ans de séjour en Galicie, je revins dans ma patrie. Au reste, cet été fut par-tout humide et sans chaleurs. Les premiers mois de l'automne furent plus secs.

En novembre la température fut aussi sèche :

il n'y eut point de pluies, peu de nuages; le teinps fut continuellement agréable et doux.

La plus grande hauteur du thermomètre de Réaumur fut de 15 degrés au-dessus de zéro le 5 du mois ; la moindre fut de 1 degré au-dessous de zéro le 10.

de 28 pouces 11 lignes le 9. Son plus grand abaissement fut de 27 pouces 9 lignes le 4.

La plus grande variation subite fut, pour le thermométre , de six degrés d'élévation du 3 au 4; et, pour le baromètre, de 6 lignes du 6 au 7. |

L'ouest fut le vent dominant.

Nous reçûmes peu de malades dans ce mois.

Nos premieres lecons sont employées à exposer les règles générales, et les prelégomènes nécessaires de la clinique,

Maladies épidémiques.

LE nombre de nos malades fut petit. Cependant il fut facile de remarquer que les maladies eurent un caractère épidémique.

Nous observämes quelques fièvres intermitlentes, tierces et quotidiennes, non rebelles, simples et sans aucun caractère prédominant.

Les décoctions saturées et amères de chicorée et de dent-de-lion, avec un peu de sel ammoniac, sufhrent pour leur guérison.

Ceite méthode, que nous avons si souvent trouvée efhcace, et à laquelle, quand elle est bien employée et suffisamment continuée , résistent si peu de fiévres intermittentes d'un caractère rebelle, mérite tous nos éloges : en effet, non seulement elle prévient les obstructions et les cachexies, elle les diminue encore, et les guérit sonvent trés-heureusement quand elles existent. Cette maniére de guérir est plus longue, mais elle est plus sáre ; elle préserve aussi des rechutes.

Le caractère inflammatoire commençait à dominer dans ce mois: sa présence nous était prouvée par quelques petites fièvres inflammatoires légères , sans affection locale, qui cédaient à un léger traitement réfrigérant.

PRATIQUE: 8r Cependant ce. caractére morbide et épidémique contractait une union intime avec les fièvres intermittentes (1) ; car les plus légères fièvres inflammatoires continues, présentaient des exacerbations périodiques tierces ou quartes, et quelquefois même , quittant le type continu, se changeaient en intermittentes.

Ce caractère inflammatoire fut-il sous la

(1) On verra dansle cours de cet ouvrage qu'Hildenbrand regarde le caractére inflammatoire comme s'associant très - fréquemment avec les fièvres intermittentes. On Pavait cependant presque nié dans ces derniers temps : Brown était même allé jusqu’à dire que jamais un homme sensé ne devait tenter la saignée dans une fièvre intermittente. Il est pourtant certain que dans le commencement de ces fiévres , une saignée ou quelques sangsues soulagent singuliérement tous les symptómes. Dans les fièvres intermittentes pernicieuses méme , Comparetti ( FHüscontri medici delle febri lareate , Padova 1795, pag. 100, 125, 721) employait fréquemment la saignée quand ily avait une grande douleur de cóté , ou une céphalalgie trés-vive : quelquefois aussi i|] avait recours à l'application des sangsues.

J.P. Frank, qui a exercé la Médecine dans différens climats , assure que les fiévres intermittentes inflammatoires sont trés-fréquentes sur les bords du Rhin et en Italie; il prétend au contraire qu'elles sont plus rares à Vienne , et qu'on n'en voit jamais en Lithuanie et à Pétersbourg. ( J. P. Frank. Interpretationes clinicæ observationum selectarum , 1012, pag. 21.) Note du traducteur.

dépendance des fièvres intermittentes, ou bien ces dernières furent-elles elles-mêmes dominées par lui? Question trés-difficile , et à laquelle nous tácherons de répondre ailleurs.

Nous observàmes aussi quelques inflammations locales et franches; deux péripneumonies, et deux périlonites chez des femmes mal réglées ; elles cédérent facilementau traitement antiphlogistique , et à une ou deux saignées;

Il est difficile de comprendre d’où ces inflammations, et plusieurs autres observées ailleurs, tirérent leur origine dans un temps aussi chaud. Il me parait que le caractère inflammatoire dépend plutôt de la saison de l'hiver que de la fraicheur de la température. Il commence déja à se manifester à la fin de l'automne.

Maladies sporadiques.

Une femme avait ses règles arrêtées, sans soupçon de grossesse, depuis plusieurs mois; et méme auparavant elles étaient irréguliéres et peu abondantes. Tout-à-coup elle fut saisie d'un vomissement de sang copieux, qui provenait entiérement de la pléthore abdominale, et qui remplaca les règles pendant deux mois. Ce vomissement céda au traitement antiphlogistique, et à l'emploi des décoctions émol-

PRATIQUE. 83 lientes , ce qui surprit beaucoup de monde (1). Cette malade ne voulut pas attendre dans l'hópital le retour de ses menstrues, et elle ne revint pas. Nous la renvoyâmes done guérie en apparence, et plutôt délivrée d'un seul symptôme que de la maladie elle-même.

Décembre 18096.

LA température fut semblable à celle du mois dernier. Il ne gela jamais. Les nuages furent cependant plus fréquens et plus épais, obscurcissant quelquefois le soleil. Pendant la pleine lune, le temps fut trés-serein et vraiment chaud. |

La plus grande hauteur du thermomètre fut de 11 degrés au-dessus de zéro le 24 du mois ; la moindre fut de zéro le 20.

La plus grande élévation du barométre fut de 28 pouces 10 lignes le 25. Son plus grand abaissement fut de 27 p. 2 lj, le 2.

La plus grande variation subite fut , pour le

(1) Ceux qui furent surpris de cette curé étaient sans doute des partisans outrés dé la doctrine de Brown ; et croyaient qu'une hémorrhagie ne pouvait se guérir que. par les astringens et les toniques, (Note du traducteur.)

thermomètre, de 6 degrés d'abaissement du 24 au 25; et pour le barométre, de 7 lignes ih d'abaissement du 1.** au 2.

Les vents dominans forts et fréquens furent louest et ensuite le sud-ouest.

Le caractère inflammatoire prit beaucoup d'accroissement dans ce mois. ll étendit son pouvoir sur les personnes en santé et sur les maladies (1).

(1) Comme les phlegmasies furent trés-fréquentes dans ce mois et dans les suivans , je crois utile de donner ici un extrait de la doctrine de l'auteur sur l'inflammation , d’après ses Institutiones practico -medice , Vom. 2. On appelle inflammation une maladie qui s'accompagne de tumeur , rougeur , douleur et chaleur dans une partie , avec tendance à des terminaisons particuliéres , et le plus souvent avec fiévre. Quelques-uns de ces caractéres peuvent manquer. Il est des états pathologiques qui ont beaucoup d’affinité avec l'inflammation , et qu'il ne faut cependant pas confondre avec elle: ce sont la congestion , la turgescence vitale et l'éréthisme nerveux.

On a divisé dans ces derniers temps les inflammations en hypersthéniques et en asthéniques (actives ou passives). Cette division est fondée sur un faux principe et contraire à l'expérience. En effet, les causes de l'inflammation sont toujours des puissances stimulantes : jamais des puissances déprimentes ne peuvent la produire.

Parmi les inflammations locales , les plus fréquentes furent les péripneumonies, les hée f . e e.

patites , les péritonites et les rhumatismes ai-

Une phlogose asthénique serait donc une inflammation sans inflammation, ce qui est contradictoire. Mais une congestion peut être active ou passive. Quand la phlegmasie d'une partie s'accompagne d'un état de langueur ou d'une faiblesse générale , on peut dire alors que linflammation s'est changée en une congestion passive ou en gangrène.

Quand une inflammation est produite par des puissances stimulantes positives ou absolues , et s'accompagne éminemment de tous les caractéres généraux dont nous venons de parler , on doit l'appeler inflammation plegmoneuse , vrate , légitime ou parfaite.

Quand au contraire elle attaque de préférence certains organes; quand elle ne s'accompagne pas d'une manière évidente des caractéres généraux énumérés plus haut, et qu'elle présente en outre d’autres caractères spécifiques dépendans, ou de la partie affectée , ou de la cause , ou du sujet, on doit l'appeler inflammation fausse , illégitume , imparfaite ou spécifique. Parmi ces inflammations spécifiques , l'auteur compte les catarrhes, le rhumatisme , l'érysipéle, les exanthémes , les scrophules, les dartres, etc.; tandis que l'encéphalite, l'angine , la péripneumonie , la péritonite, la gastrite , l'entérite , I hépatite, etc., sont des inflammations phlegmoneuses. Le phlegmon est le prototype de toutes les inflammations. Celles qui s'en éloignent plus ou moins sont spécifiques.

En traitant des phlegmasies en particulier , Hildenbrand suit en partie la division des tissus adoptée par Bichat:

gus. On vit quelques angines tantôt franchement inflammatoires, tantôt rhumatismales.

Les péripneumonies vraies, simples, sans donleur pongitive , furent graves, et ne cédaient pas facilement à un trop léger traitement antiphlogistique ; elles exigeaient des saignées non trés-copieuses, mais souvent répéiées. Notre premiére saignée était de dix onces, rarement de douze; les suivantes étaient de huit onces, et quelquefois de six seulement.

Nous pratiquous toujours une large ouverture, ayant cependant soin, autant que possible, d'éviter les défaillances très-funestes dans cette maladie. Ceux chez lesquels le sang sortait par un Jet abondant, et était couvert d'une couenne épaisse et dense à sa superficie , obtenaient un soulagement plus grand et plus prompt. Cette observation de Sydenham a été mille fois confirmée.

A l'exception des cas urgens, nous faisons

Voici au reste comment il s'exprime sur la doctrine de notre grand physiologiste : Quante utilitatis fuerit ingeniosa illa , quam immortalis BICHATUS omnium primus excoluit , organismi in homogenea , € quibus componitur , systemata partitio , celeberrima physiologie ultimis decenniis incrementa abundé testantur. Ast certé non minor ex eodem fonte redundat pro perficiendo nosologiæ studio thesaurus. (Inst. practico-medice , t.3, p. 9). Note du traducteur.

plus volontiers et avec plus de succés les saignées pendant la rémission de la fièvre, que pendant son exacerbation. Durant l'exacerbation les efforts critiques peuvent être facilement troublés , sur-tout quand la maladie n'est pas bien nouvelle.

Notre régle générale pour les premieres saignées, comme pour les suivantes est de faire sur-tout attention à la condition des forces vitales et du pouls qui est presque toujours concentré dans ces cas, les artères étant continuellement pleines et ne pouvant pas se contracter, ce qui en impose pour une véritable faiblesse. Dés que la déplétion sanguine est opérée, les obstacles étant éloignés, les forces vitales opprimées deviennent plus libres et les pulsations plus fortes. Alors nous attendons toujours les opérations salutaires des forces de la nature, et nous nous abstenons d'une nouvelle saignée.

Enfin, nous faisons aussi une grande attention à la lésion de la respiration. Tant que la dilatation de la poitrine et l'expansion des poumons sont empéchées par la violence de linflanmation, la circulation ne peut plus s'opérer ; il faut donc alors pratiquer des évacuations, pour diminuer l'engorgement du poumon. !

Cependant nous craignons beaucoup aussi fa faiblesse vérilable qui peut provenir de trop fortes saignées; et nous convenons que la langueur apparente, par oppression des forces, observée dans les fièvres inflammatoires, peut se changer par des évacuations sanguines trop abondantes, en une prostration véritable , avant que les siases et les congestions locales soient entièrement dissipées. C'est pourquoi nous sommes avares de saignées répétées ; et quand les congestions locales sont trop tenaces, nous avons recours à la méthode révulsive.

La crainte trop grande de l'épuisement du malade , et par conséquent de la saignée, prouve un esprit timide ; car la faiblesse qui en résulie (faiblesse directe suivant les partisans de la doctrine de l'incitabilité ) se détruit aisément par un léger stimulus. Dans les fièvres inflammatoires sur-tout, aucune fonction ne s'exécute plus promptement que la sanguification. |

Vanswiéiten a sagement observé qu'il valait mieux voir les forces du malade un peu épuisées par des évacuations sanguines, que de le voir périr suffoqué par l'engorgement des poumons. |

Outre les saignées, les fomentations tièdes internes et externes sont d'un grand secours

dansles péripneumonies. Nousregardonscomme fomentations internes les vapeurs de décoctions émollientes, plutót chaudes que tiédes, quel'on fait inspirer au malade , en évitant cependant toute exaspération de la toux. Nous faisons les fomentations externes avec un linge plié en quatre, trempé dans une décoction émolliente un peu chaude; on lexprime légérement, et on lapplique sur toute la poitrine , ou seulement sur la partie affectée. Pour soutenir la chaleur, on trempe souvent le linge dans la décoction chaude , ou on len imprégue avec une éponge. Les cataplasmes seraient préférables; mais quand ils sont assez épais pour conserver leur chaleur, ils augmentent l'anxiété péripneumonique. En outre, dans les hôpitaux, on a coutume de les réchauffer, ce qui leur donne une fétidité qui irrite.

Nos médicamens internes étaient les décoctions d'alth»a avec un peu de manne, et les infusions émollientes , principalement de bouillon blanc. La nourriture consistait en crémes légéres mucilagineuses tiédes. On continuait ces moyens pendant tout le cours dela maladie, sil ne survenait pas d'autres indications. On n'employait l'oximel que quand il n'exaspérait pas la toux. Nous faisions peu usage du nitre : je n'en ai pas éprouvé des effets salutaires par-

üculiers dans une longue pratique; et Je ne crois pas quil puisse être transporté en assez grande abondance dans les secondes voies, pour diminuer ou corriger la disposition des humeurs à se coaguler , effet qu'on lui attribue vulgairement,

Par cette méthode , en ne purgeant pas témérairement, et en faisant cependant attention à l'état du tube alimentaire, nous n'observàmes aucun exanthème dans les fiévres inflammatoires.

Nous n'avions pas besoin des expectorans.

Tous les moyens qui peuvent diminuer la tension des fibres et la contraction des vaisseaux, sont les meilleurs expectorans. Cependant, lorsqu'aprés la diminution de la fiévre, des crachats trop épais et trop tenaces étaient rejetés avec difficulté et causaient de l'oppression , on pouvait l'attribuer à l'inertie du poumon. Alors nous donnions avec succés, toutes les trois heures, un grain de soufre doré d'antimoine , et autant de camphre, le tout réduit en poudre avec un peu de sucre.

Avec cette pratique trés-simple , nous étions si heureux dans le traitement des péripneumonies, que pendant tout le cours de cette épidémie, sur plus de vingt malades , nous n'en perdimes qu'un seul. Tous les autres quit-

PRATIQUE. . 9t

térent l'hópital aprés une convalescence trèscourte. Une seule femme convalescente , atteinte de siphilis , fut livrée au traitement externe.

Au reste, ne nous attribuons pas toute la gloire de ces guérisons; accordons aussi ses droits à la nature médicatrice , dont notre but, par notre méthode indirecte , est de diriger les efforts salutaires dans les fiévres. Nous observàmes souvent des changemens subits, et des soulagemens que lon ne pouvait pas raisonnablement attribuer aux moyens employés:

des transitions inopinées en mieux, après un trés-grand péril, précédées toujours d'exacerbations, et arrivant dans des temps marqués , nous démontrérent évidemment la disposition particulière de la nature à des crises, et les efforts salutaires des forces vitales pour combattre la maladie.

Souvent, le septième jour, une crise décisive avait lieu , ou du moins un soulagement tel, que le neuvième ou le douzième, une solution entiére arrivait. Ces terminaisons salutaires étaient accompagnées de quelques changemens dans les excrétions. Que ces changemens soient l'effet ou la cause du soulagement, ils n'en sont pas moins les satellites fidèles. Nos élèves étaient très-attentifs à observer ces phé-

noménes et ces crises , qui arrivaient presque toujours à desépoques déterminées: bien plus, on pouvait souvent prédire plusieurs de ces terminaisons salutaires, d'après les principes des observations confirmées dans tous les temps.

Les sueurs étaient les plus fréquentes évacuations critiques ; elles étaient abondantes, égales , sans odeur particulière, et soulageaient presque aussitót aprés leur apparition. Nous ne vimes aucun exanthéme critique ni symptomatique. Les urines n'étaient pas toujours abondantes ; celles qui étaient d'heureux présage , déposaient de suite un sédiment léger , rosé ou blanchâtre et copieux, comme Hippocrate l'avait déjà observé ; elles accompagnaient ordinairement dans ces fièvres toutes les mutations favorables.

Les signes tirés des crachats ne méritaient pas tant de confiance ; ils étaient souvent nuls, ou muqueux, et comme on le dit, crus , et pourtant les pneumonies parvenatent à résolution. Ceux qui étaient très-abondans n'étaient que symptomatiques. Les sanguinolens ne présageaient rien de mauvais, sur-tout quand la maladie déclinait. Ceux qui sont puriformes, et, comme on le dit, cuits, paraissent plus ordinairement dans les péripneumonies fausses que dans les vraies. Les crachats différent cer-

PRATIQUE. 93 tainement beaucoup dans lune et l'autre de ces inflammations. La terminaison par suppuration avec abcés, n'est pas si fréquente et si particulière aux péripneumonies vraies qu'on le prétend. Elles tendent plutót à former des indurations et des adhérences, par la trop grande disposition de la lymphe à se coaguler.

Je ne puis passer ici sous silence un phénomène que nous avons observé quelquefois, qui n'est pas inconnu des médecins, mais dont quelques-uns seulement ont fait une mention particulière : je veux parler de la couleur jaune des crachats ; ils étaient quelquefois briquetés , safranés ou profondément jaunes. et constamment tels ; d'autres fois légérement Jaunes seulement, tantôt critiques, tantôt symptomatiques, ce qui était le plus ordinaire. On se tromperait, si l'on attribuait toujours à un principe bilieux cette couleur Jaune des crachats : on les rencontre souvent tels dans des maladies qui n'ont aucun caractère bilieux et aucun signe d'affection du foie. Toute couleur jaune des humeurs ne dépend pas uniquement de la bile. Les crachats de cette nature nous paraissent plutôt sanguinolens ou teints de sang. Cette couleur Jaune dépend du sang intimement mélé au mucus, et ces crachats sont le produit pathologique d'une sécréüon morbide

particulière avec mélatge de particules sanguines très-homogènes ; ce qui le prouve, c'est qu'ils étaient d'abord vraiment sangláns, et que leur couleur rouge ne diminuait que peu à peu. En outre, dans les autres sécrétions artérielles viciées, comme dans les eechyinoses , nous remarquons évidemment ce changement de la couleur rouge des humeurs sécrétées en safrané , en jaune, en jaunátre et méme en vert. On pourrait donc soupconner par.là que la couleur jaune ou verle des crachats purulens ou puriformes comme là couleur du pus, dépend peut-étre d'une méme cause , ét qu'il s'y Joint une sécrétion morbide de molécules sanguinolentes.

Au reste, quelle que soit la nature des crachats, on ne peut guére tirer des indications -uratives sûres de ce seul signe. Quand ils paraissent au déclin de la maladie avec soulagement, ét qu'ils ne sont pas entièrement purulens, ils ne demandent qu'un traitement qui n'empêche pas les crises salutaires, et ne les provoque pas témérairement.

En règle générale, dans toute solution critique de ces inflammations, nous nous bornions par une méthode de traitement indirecte, à diriger et à soutenir dans de justes bornes les actions vitales | RCA ne craignons

pas d'attribuer le cours régulier de ces fièvres, leurs crises évidentes et bénignes , leur convalescence heureuse et prompte, à notre manière simple et facile de les traiter. En effet, par-là, on fait une attention constante aux opérations salutaires des forces vitales ; on soulage avec prudence les symptômes gênans; on éloigne les grands dangers ; et souvent ainsi une maladie qui aurait été exaspérée par tout autre traitement, reste toujours légére.

Cette péripneumonie ne nous fit perdre qu'une seule femme , nourrice de l'hópital des enfans, atteinte, à son entrée, d'un engorgement inflammatoire considérable des deux poumonas. Tous les symptômes annonçaient déjà ua épanchement d'humeurs dans la cavité thoracique : son histoire insérée plus bas le prouvera.

J'avoue cependant que dans quelques cas, très-rares à la vérité, la méthode antiphlogistique ne suffit pas seule pour la guérison des péripneumonies , quoiqu'elles soient vraies et certainement inflammatoires ; car je ne parle pas ici des inflammations fausses du poumon, que l'on rencontre quelquefois dans les fiévres putrides, nerveuses, pituiteuses et catarrhales, Il y a parfois des circonstances fatales, dépendantes soit de l'individu, soit des choses nui-

sibles environnantes, soit d'un traitement négligé ou contraire, qui demandent, sur-tout quand la maladie est avancée, une méthode toute différente : bien plus, notre art est alors le plus souvent insuffisant.

Ou observe aussi, dans quelques cas, des péripneumonies en apparence trés-légéres , qui réclament cependant avec tant d'urgence le traitement antiphlogistique, que si on le néglige, elles se terminent par une mort prompte ou par une phtisie funeste. s

Outre les péripneumonies catarrhales; outre celles qui sont latentes et chroniques , décrites d'une maniére incomparable par Stoll, on en rencontre encore quelques-unes qui se cachent d'une manière si insidieuse, qu'elles sont méconnues par le praticien le plus expérimenté: On voit de ces cas où , quoiqu'on ait interrogé les malades avec grand soin, on ne leur remarque ni oppression de poitrine , ni anxiété , ni toux, ou seulement une petite toux sèche, ni fiévre notable, ni turgescence externe ; les extrémités ne présentent pas une chaleur extraordinaire; le pouls a une faiblesse trompeuse, ou plutót il est concentré. Dans ces cas le diagnostic est si difficile, que d’après la légère oppression de poitrine sans fiévre, on aurait plutôt l'idée d'un hydrothorax latent, Bien plus,

PRATIQUE, 97 dans d’autres cas, pour tromper encore mieux le médecin , les malades se plaignent d'un sentiment de pesanteur au creux de l'estomac, d'anxiété épigastrique, de douleurs à la région du diaphragme , dont ils désignent trés-bien avec le doigt le lieu et l'étendue : tout en impose pour une affection gastrique ou abdominale; car le diaphragme, la partie convexe du foie , sont dans une union intime avec le poumon enílammé. On reconnait alors la maladie par plusieurs autres phénoménes réunis. Ainsi, limmobilité de la poitrine, la respiration abdominale, la rougeur circonscrite des joues, l'épidémie régnante, l'observation très-exacte de ce qui est utile ou nuisible, etc. doivent contribuer à confirmer le diagnostic. L'existence simultanée d'une douleur pleurétique pongitive , facilite aussi le diagnostic ; mais pas toujours. Car ces douleurs, sur-tout quand elles sont vagues, se propagent aisément par le consensus des membranes, à des parties qui ne sont point idiopathiquement affectées.

. En général, d’après un grand nombre d'autopsies cadavériques, je crois la pleurésie idiopathique trèsrare; je ne la nie cependant pas entièrement, quoiqu'elle puisse rarement provenir de causes internes. Dans quelque partie de la plévre que se trouve l'inflammation , elle Tome f. | 7

98 MÉDECINE doit toujours produire celle du poumon, ce viscère ne pouvant plus se développer librement ; et cependant, dans la pratique nous observons souvent dans les fièvres inflammatoires des douleurs de côté pongitives, sans signes manifestes de péripneumonie. Mais le plus souvent les affections et les douleurs pleurétiques sont seulement sympathiques dans les fièvres inflammatoires, et consistent plutôt en une tension douloureuse qu'en une véritable inflammation de la membrane. Le poumon inerte est lui-même exempt de douleur ; mais étant gonflé et enflammé, il distend par son volume, et irrite la plévre et y cause des douleurs trés-fortes, qui s'étendent jusqu'aux muscles intercostaux ; car la maladie rendant la respiration plus pénible et plus fréquente, les muscles qui exécutent cette fonction sont fatigués , enflés et souffrans. La pleuropéripneumonie est donc une maladie très-fréquente, accompagnée de douleurs qui se propagent et s'étendent souveut aux fausses côtes, et jusques aux muscles abdominaux : de-là l'union si commune et le rapport si intime des inflammations abdominales et thoraciques.

Les hépalites accompagnérent aussi quelquefois les péripneumonies ; mais le foie nous parait éire influencé d'une manière bien diffé-

rente, par les causes des fièvres épidémiques.

Nous remarquàmes aussi quelques périto-

mites, principalement chez les femmes non

réglées, ou chez lesquelles cette évacuation était tout-à-coup supprimée.

Enfin, parmi les inflammations locales , nous observèmes des rhumatismes- aigus, dont un sur-tout fut remarquable chez un tailleur ; il occupait le bras droit et le sommet de l'humérus, se fixait particuliérement sur les muscles pectoraux et deltoide , et causait des douleurs très-violentes : il fut promptement et radicalement guéri par deux saignées et des remédes purement antiphlogistiques. Une semblable inflammation musculaire , sans cause vulnérante, ne doit-elle pas être distinguée du rhumatisme aigu? Au moins elle ne s'accompagne pas d'une diathèse rhumatismale particulière.

Les angines tousillaires, appelées vulgairement rhumatismales, causées par le froid, d'un caractère phlegmoneux trés-inflammatoire, et qui cédaient aux émolliens, nous paraissaient être de méme nature. L'observation nous démontrait qu'elles ne suppuraient pas si aisément que les catarrhales ordinaires.

Nous observàmes deux fois la scarlatine, dont nous parlerons plus amplement ailleurs ; elle était d'apparence miliaire, les taches peu

Te

marquées et plutôt pourprées. L'éruption et la desquamation furent irrégulières. La maladie dura près de deux semaines, et fut guérie sans laisser des suites facheuses, par des remèdes simples, émolliens , relächans et légèrement diaphorétiques , les décoctions d'althea avec un peu de manne, et le rob de sureau : nous fümes sévères pour le régime. |

Les fiévres intermittentes , quotidiennes et tierces, simples ou doubles, furent assez fréquentes ; mais trés-légéres et peu rebelles.

Bien plus, le type intermittent s'alliait aussi bien souvent à d'autres maladies fébriles ou non fébriles. Ainsi, une fille chlorotique atteinte déjà auparavant de vertige et de palpitation de coeur, nous offrit un exemple de défaillance quotidienne, revenant presque à la méme heure , sans cause apparente : la chlorose céda au quinquina, ainsi que la maladie. périodique.

Nous observâmes dans ce mois des variations atmosphériques subites qui méritent une attention spéciale, et peuvent être d'une grande conséquence. Du 1.% au 2 décembre, le mercure descendit de 8 lig. dans le baromètre.

Du 24 au 25, le thermométre baissa de 6 degres. Ces variations si grandes, peu communes en hiver, n'opérérent aucun changement sur

le nombre des malades et sur le génie de "épidémie.

On a souvent remarqué que les caractères des maladies épidémiques ne dépendaient pas absolument des changemens méme subits des qualités de l'atmosphére, et que leurs causes ne pouvaient pas être entièrement découvertes par nos observations météorologiques. L'origine des épidémies soit stationnaires, soit annuelles, parait encore avoir des causes autres que le froid ou la chaleur , la pesanteur ou la légèreté, la sécheresse ou l'humidité de l'air, ou la varialion subite de ces qualités. Ces conditions atmosphériques ne doivent pas étre exclues entiérement de la série des causes occasionnelles des épidémies ; mais nous ne les regardons pas non plus comme la seule puissance qui engendre ces maladies. En effet, quel est le pouvoir de l'électricité, des changemens chimiques de l'air, de la conjonction de la terre avec son satellite ou d'autres astres, et peut-étre de plusieurs autres choses? Tout cela devrait étre recherché avec soin.

Enfin, nos observations pendant ce mois, et les mois suivans, nous apprennent que deux caracléres épidémiques peuvent exister ensemble et régner avec des pouvoirs presque distincts. Sont-ils identiques? L'un estil une

modification de l'autre, ou ont-ils l'un et l'autre leur caractére et leur domaine propres? Nous l'ignorons : ils paraissent dominer chacun alternativement.

Maladies sporadiques.

Nous eûmes des fièvres gastriques légitimes, des phtisies , une chlorose ; nous perdimes un malade du typhus : on verra son histoire

plus bas.

Janvier 1807.

La nouvelle année commença avec des vents du nord-ouest et des neiges. Le reste du mois de janvier fut sec avec des gelées modérées.

La plus grande hauteur du thermomètre fut de 5 d. au-dessus de zéro le 13. Son plus grand abaissement fut de 6 d. au - dessous de zéro le 31. |

La plus grande élévation du barométre fut de 28 p. 10 l. le 2. La moindre fut de 27 p.

9 L 7]; le 22. |

La plus grande variation subite fut, pour le thermomètre, un abaissement de 5 d. du 13 au 14; et pour le baromètre, un abaissement de 6 1. :/, du 15 au 16.

L'ouest fut le vent dominant.

Les fièvres inflammatoires du mois dernier continuérent ; mais elles furent plus opiniâtres, ne cédant point à un traitement antiphlogisüque léger, et n'en supportant pas un plus actif, sans une chute dangereuse des forces:

leurs crises furent tardives, et n'arrivaient qu'au onzième ou quatorzième jour.

Parmi les maladies locales, nous vimes quelques hépatites, des affections arthritiques, et des rhumatismes aigus. On observa fréquemment des furoncles pendant la durée des fièvres et aprés leur guérison; mais les pleuropéripneumonies et les péripneumonies simples furent encore les maladies les plus fréquentes.

Plusieurs de ces affections inflammatoires de poitrine résistaient au traitement antiphlogistique , et, aprés que les forces avaient élé abattues par deux ou trois saignées, demeuraient rebelles. Dans ces circonstances, on ne peut rien espérer des crises salutaires: les forces vitales sont abattues par l'inflammation persistante des viscéres, et lon doit craindre une langueur funeste. Alors nous eñmes recours aux vésicatoires appliqués sur la partie affectée. Leur effet est plus prompt quand on frotte la

place qui leur est destinée avec du vinaigre radical. ls soulagent beaucoup les pleurétiques. Intérieurement, sans renoncer aux décoctions émollientes, nous donnions, avec un grand succès, de très-petites doses de camphre et de soufre doré d'antimoine. Nous nous abstenions des médicamens plus volatils, crainte de redoublement d'inflanmation. Cependant l'esprit de sel ammoniac anisé , administré à trés-faibles doses, produisit aussi des effets [ouables. Nous ne reconnümes aucune qualité particuliére au polygala-senega, si ce n'est une vertu purgative. Si l'on voulait employer les substances àcres pour dissiper les stases de la poitrine, on devrait préférer la scille et le colchique d'automne.

Nous observames dans ce mois plusieurs péritonites : elles sont rares chez les hommes, et presque toujours sporadiques; chez eux, elles sont ordinairement produites par une tension des membranes et des muscles de l'abdomen aprés un effort, à moins qu'elles ne soient secondaires ; mais chez les femmes, elles sont trés-communes, et souvent épidémiques pendant les constitutions inflammatoires. Ce sexe y est sur-tout prédisposé par la pléthore abdominale , et l'irrégularité des règles.

Je n'ai jamais pu découvrir pourquoi les

PRATIQUE. 105 femmes de notre ville éprouvent si tard le fiux menstruel ; pourquoi il est si irrégulier, et souvent interrompu pendant plusieurs mois sans signes de grossesse, ce qui est beaucoup plus rare dans les autres provinces. Comme plusieurs des femmes atteintes de cette infirmité sont blanchisseuses, et que cet étatest trés-commun dans cette capitale, j'ai d'abord soupçonné que ce genre d'occupation était la cause du mal; mais beaucoup de femmes adonnées à d'autres ouvrages en sont également atteintes. Cette infirmité viendraitelle encore d'obstacles à la premiére nutrition, ou de la coutume si condamnable et si répandue ici de nourrir les enfans sans lait maternel, ce qui s'oppose tant à la dentition et aux autres évolutions physiologiques? Je ne le crois pas, puisque plusieurs femmes trés-bien nourries sont également mal réglées. Je ferai tous mes efforts pour découvrir la cause de ce phénomène; car aprés ces longs retards des régles, on voit survenir des hémorragies trés-dangereuses , d’où naissent l'hystérie, la stérilité, et divers autres maux. De-là aussi vient la fréquence de la péritonite funeste par ses suites.

Plus cette péritonite est légère en apparence, plus elle est insidieuse, et plus elleest sujette à des terminaisons funestes, sur-tout l'ascite qui est souvent incurable.

Cette péritonite semblait naître de deux manières chez les femmes qui n'étaient pas en couche ; en effet, tantôt les règles restaient supprimées pendant plusieurs mois : et alors , par la plus légére irritation , ou simplement par la turgescence périodique sexuelle , ou méme par la seule influence de l'épidémie régnante , l'inflanmation s'allumait. Tantót aussi le flux menstruel existant était tout-à-coup supprimé par le froid, par une terreur, ou par d'autres causes, et la péritonite se déclarait également, Je conviens cependant que les causes des autres affections inflammatoires peuvent également produire la maladie; et la suppression des règles peut alors n'en être que l'effet.

La péritonite est simple, ou compliquée avec l'inflammation des parties contiguës. Quand elle est simple, les organes sexuels et sur-tout l'utérus et ses ligamens sont enflammés; et de ces organes , comme d'un foyer , la maladie s'étend aux diverses régions du péritoine , dont peu de parties seulement sont attaquées d'une inflammation fixe et idiopathique : les autres parties sont plutôt atteintes d'une affection sympathique, qui se propage aisément par la continuité des membranes.

À la rigueur, cette maladie devrait plutôt être appelée inflammation de l'utérus; car le

PRATIQUE. 107 péritoine n'est affecté que secondairement ; mais ce qui est surprenant, c'est que l'affection utérine primitive cesse souvent, et l'inflammation passe par une transmigration singuliére au péritoine , laissant seulement un engorgement légérement douloureux dans l'utérus : alors c'est bien réellement une péritonite. | Dans ce cas on ressent dans lhypogastre une douleur profonde et souvent obtuse. Le reste de l'abdomen, dans sa totalité ou dans quelques-unes de ses parties seulement est atteint d'une douleur superficielle qui s'exaspére par le moindre tact. Barement le vomissement survient , et le ventre reste libre, ce qui annonce la simplicité de la maladie.

. Quand le mal devient plus grave, le moindre attouchement est intolérable , la douleur et la tension gagnant tout le péritoine : alors l'abdomen prend un volume énorme et devient dur comme une pierre; et cette tension comme cette dureté, doivent plutót étre attribuées à la violence de lengorgement inflammatoire qu'au dégagement du gaz ou à l'épanchement de la sérosité dont on trouve souvent une pe- tite quantité dans les cadavres. | Cette maladie, quand elle était simple, quoique grave, n'était pas mortelle, et cédait aisément au régime antiphlogistique. Les saignées

abondantes et mulüpliées n'étaient pas nécessaires, sur-tout chez les personnes atiaquées en même temps d'affections spasmodiques, chez lesquelles la tension de tout l'abdomen dépendait pluiót du spasme, et augmentait cependant la péritonite. Les fomentations émollientes produisaient un soulagement étonnant : elles relàáchent la fibre molle des femmes, rappellent souvent ainsi assez vite le flux menstruel, et amènent la résolution heureuse de linflammation.

On observait des crises manifestes dans cette maladie, tantót directement par l'écoulement des règles ; tantôt par les sueurs , le cinquième ou le septième jour.

Dans la péritonite compliquée, l'inflammation s'étend aux parties contigués ; elle occupe presque tous les replis du péritoine , l'épiploon, le mésentére, et méme les tuniques des intestns. Alors la douleur devient plus grave que dans la péritonite simple, les tranchées plus aigués , l'anxiété plus grande, les vomissemens plus fréquens. Le ventre est resserré, etle pouls fournit des signes moins certains.

Quand cette maladie est légére, elle ne différe guére dela colique menstruelle, que parce que cette derniére est spasmodique; mais quand l'inflammation est très-considérable, c'est une

PRATIQUE. 109 véritable entérite compliquée de péritonite, affection très-grave, sur-tout chez lesaccouchées , à cause de leur mauvaise disposition. L'abdomen prend un volume énorme et devient trèsdur: il ne s'affaisse point aprés la mort, souvent au contraire il s'élève davantage, devient élastique et présente un grand dégagement de gaz. L'épanchement de sérosité , à moins qu'il n'y ait eu suppuration, ne répond pas à une si grande expansion abdominale. Cet engorgement inflammatoire , existant encore d'une maniére passive aprés la mort, est bien surprenant.

Cette complication de l'entérite et de la péritonite nous fit perdre une femme dont le mal était déjà trés-grave quand elle nous fut confiée: l'abdomen était énorme et trés-dur: des secours domestiques contraires avaient été administrés; la suppuration était trés-considérable, ce que nous apprimes plus tard par l'ouverture du cadavre.

Toute péritonite, méme légère et simple, est dangereuse pour les femmes. En effet, pendant la resolution de l'inflammation , il est difficile d'empécher de survenir de légéres adhérences morbides , ou l'épaississement de quelque partie du péritoine , ce qui donne souvent naissance à lascite , comme les adhérences de la plèvre à l'hydrothorax. En outre , l'inflam-

mation des organes sexuels, si elle n'occasionne pas l'üydropisie , est souvent suivie de l'hystérie.

Il est surprenant que les anciens , si exacts dans l'observation des maladies, aient méconnu la péritonite, qui est si fréquente, ainsi que ses suites multipliées, etl'importance des membranes en général et du péritoine; tandis qu'ils ont peut-être fait trop d'attention aux inflammations de la plévre: comme si la membrane qui revét la poitrine avait plus d'influence que celle qui revét l'abdomen et le cerveau. Les anciens médecins n'ont également pas assez distingué l'inflammation des méninges de celle de l'encéphale, ni assez apprécié son importance. |

Ajoutons encore une question : l'union si grande des viscéres abdominaux entr'eux, ne dépend-elle pas plutôt de la contiguité des membranes que de la sympathie des nerfs, et de la circulation sanguine? De-là sans doute ce rapport et ce lien intime de l'utérus et de ses ligamens avec tout le prétoine, le mésentére , l'épiploon, les intestins et l'estomac ; de-là aussi peut-étre l'union si grande de tous ces organes avec l'estomac , et le rapport réciproque et plus obscur de ce dernier avec eux.

Nous eümes dans ce mois un triste exemple

PRATIQUE. 11r d'hémoptysie ou plutôt d'hémorragie du poumon, chez un étudiant en médecine. Il avait été atteint trés-gravement du typhus, était d'une constifütion phihisique, et avait déjà éprouvé plusieurs fois des crachemens de sang: il montra toujours beaucoup de crainte sur son état, connaissant la Médecine. Durant lépidémie régnante, avec d'aussi mauvaises dispositions, il fut aisément atteint d'une péripneumonie , qui dut nécessairement être trós-grave chez un tel sujet. Les efforts de la toux lui firent rendre une trés-grande quantité de sang par la bouche. La toux n'est pas toujours nécessaire pour produire cette hémorragie , et certains médecins sont dans une grande erreur , quand, sur la seule présence de la toux, ils croient conclure avec certitude qu'une hémorragie qui a lieu par la bouche vient du poumon; car, dans ce cas et dans plusieurs autres, j'ai observé que des évacuations trés-copieuses d'un sang ronge et écumant venant du poumon, avaient lieu sans loux, et comme par les seuls efforts de ce viscére. Les physiologistes me paraissent avoir fait trop peu d'attention à cette espèce particulière de régurgitation qui s'opére par un état particulier de plénitude et d'alfaissement du poumon.

Nous employämes les saignées légéres, et

112 MÉDECINE un traitement réfrigérant, tant que l'état da pouls et des forces de notre malade le permit ; mais ensuite les forces diminuant, et l'hémorragie persislant avec faiblesse du pouls et:froid des extrémités, nous eûmes recours aux styptiques et aux légers cordiaux intérieurement, et extérieurement aux fomentations froides.

Et ce fut en vain : notre expérience et celle des autres démontre qu’il n'est pas facile de donner des secours quand ces hémorragies abondantes proviennent d'un état variqueux des vaisseaux. Les fiévres intermittentes régnérent encore pendant ce mois. Plusieurs provinrent de fièvres continues subinflammatoires ; d'autres furent primitives. Leur type fut quotidien ou tierce, simple ou double. Elles cédèrent à de légers remédes amers.

Maladies sporadiques.

Parmi les maladies sporadiques de ce mois, un pemphygus chronique, observé chez une femme , mérite une mention spéciale. Cette femme, d'un âge encore peu avancé, bien réglée , était atteinte de cette maladie depuis plusieurs années. On ne pouvait l'attribuer à aucune cause connue ; aucune maladie n'avait précédé ; aucun soupzgoii de siphilis n'existait ;

PRATIQUE. 1123 et toutes les fonctions de la vie s'exécutaient comme en santé, Aprés um léger prurit, et une certaine ardeur dans ui point de la peau, où l'on pouvait prédire par-là que surviendrait laffection , on voyait s'élever des vésicules petites, corymbiformes , qui devenaient ensuite ovales, plus grandes , de deux ou trois pouces, et se remplissaient d'une sérosité jaunôtre. Ensuite, soit que la rupture fût spontanée, soit qu'elle füt due au frottement, l'excoriation de la peau qui en résultait disparaissait aisément par les lotions faites avec des préparations de plomb. Le nombre de ces vésicules, le temps de leur retour, et le lieu de leur apparition, étaient incertains; il n'en venait pas à la face; elles avaient une prédilection spéciale pour le sternum , les mamelles, l'hypogastre et la partie interne des cuisses. Cette femme était encore souvent atteinte de suppression d'urine, pour faquelle on avait recours au cathéter. Ce symptóme provenait-il d'une tendance particulière de la maladie à se porter sur la vessie, ou de l'existence de vésicules internes cachées dans cet organe! Cette malade était en outre tourmentée par un écoulement purulent et abondant, provenant des parties génitales. |

Elle réclamait nos soins aprés avoir employé, Tome L 8

sur-tout dans les dernières semaines, plusieurs traitemens inutiles, soit des moyens externes, comme des bains, des linimens; soit des remèdes internes dont les principaux paraissaient étre des préparations antimoniales , et d'autres médicamens altérans et diaphorétiques. Notre intention fut d'abord d'agir d'une manière spéciale sur le système absorbant et glandulaire, en essayant l'emploi des préparations mercurielles , remède empirique, souvent utile dans les maladies de la peau.

Nous donnàmes donc le calomel à la dose d'un grain tous les soirs, et pendant la journée une décoction de douce-amére. Nous eümes soin d'éviter d'abord la salivation. Par ce traitement les vésicules devinrent plus rares , mais plus grandes ; ensuite il n'en parut plus aucune, pendant le séjour de la malade dans l'hôpital : elle avait pris environ cinquante grains de mercure doux.

Cependant cette femme s'ennuya de la lon- .gueur du traitement, et nous la renvoyärme affectée toujours de l'écoulement purulent ; hais délivrée de la maladie vésiculaire, et presque guérie de l'affection urinaire. Je la rencontrai plusieurs mois après dans la rue : elle me dit qu'elle avait encore quelques restes de l'éruption; mais que les vésicules étaient

PRATIQUE. 112 beaucoup plus rares, plus petites et sans ardeur ; Je l'engageal à venir confirmer sa guérison ; elle 1e promit et ne revint pas.

Nous employàmes, avec le méme résultat, le traitement mercuriel pour une affection impéligineuse de nature herpétique, chez une femme qui entra dans notre hópital atteinte d'une fièvre catarrhale. Cette éruption occupait toutes les parties du corps couvertes de poil et le cuir chevelu. L'affection du cuir chevelu fut guérie par un mélange d'onguent napolitain et d'onguent de plomb; mais, dans les autres parties du corps, ce moyen et d'autres plus actifs n'eurent aucun effet. Enfin, la maladie fut adoucie, mais non radicalement guérie , par l'usage interne du calomel et les bains.

Cette femme étant sans cesse en dispute avec les autres malades, nous fümes forcés de la renvoyer. Je n'ai connu que plus tard , par les expériences de Quarin, les vertus antiherpétiques du Zeucrium scordium ; je regrette de ne pas en avoir fait l'essai dans ce cas.

Comme nous cherchons tous les ans à démontrer aux éléves le traitement de la maladie: vénérienne, nous en eümes une bonne occasion dans ce mois , sur une fille qui était atteinte de la réunion de presque tous les symptómes siphiliuques: couronne de vénusau front,

ieigne trés-fétide à la tête, inflammation purulente du gosier, douleursostéocopes, bubon , ulcére et écoulement de la vulve, condylómes de l'anus. Cette maladie fut adoucie d'une manière surprenante par l'administration du mercure cendré (1) , commencée à faible dose , et augmentée jusqu'au commencement de la salivation. L'emploi réitéré de ce médicament déiruisit toutes les marques apparentes de cette maladie, et cette fille trés-défigurée recouvra sa beauté ; mais nous fümes obligés de la renvoyer à cause de sa méchanceté, incertains sil n'existait pas encore quelques restes cachés de cette maladie , qui auraient réclamé un usage plus prolongé du mercure. Ce cas nous fournit occasion de démontrer avec soin à nos auditeurs, combien les forces de la nature ont peu de pouvoir pour la guérison de l'affection siphilitique; et combien au contraire est grande la puissance de notre art.

Février 1907.

. Àv commencement du mois il y eut des gelées avec sécheresse de l'atmosphère. Le renou-

(1) Le mercure cendré de Black est un oxyde noir de mercure qui a beaucoup d'analogie avec le mercure soluble D Hohnemann. (Note du traducteur. )

PRATIQUE. 117 vellement de la lune amena de la chaleur avec fonte des neiges. A la fin du mois, il y eut des brouillards , des nuages et augmentation du froid. Les neiges furent rares.

La plus grande hauteur du thermométre fut de 12 d. au-dessus de zéro le 26 ; la moindre fut de 6 d. au-dessous de zéro le 1**

La plus grande élévation du barométre fut de 28 p. 91. '/, le 28. Son plus grand abaissement fut de 27 p. 91. le 7

La plus grande variation se fut pour le thermométre, de 10 d. d'abaissement du 26 au 27; et pour le baromètre, de 51. '[, du 7 au 6.

Les vents furent fréquens et impétueux.

Le nord-ouest et l'ouest dominérent.

LE caractère inflammatoire fut encore trèsdominant; cependant il ne s'étendit pas aux maladies non fébriles.

Nous observàmes encore beaucoup de péripneumonies; mais les hépatites furent plus fréquentes que précédemment. Bien plus, presque toutes Jes péripneumonies offrirent quelques signes d'une affection simultanée du foie, qui, si elle n'avait pas toujours des symptômes

bien manifestes, pouvait au moins être soupconuée par une tuméfaction de l'hypochondre droit, et une douleur plus fréquente du côté droit de la poitrine. Dans ces cas , la péripneumonie étaitelle l'effet de la pression exercée sur le poumon par le diaphragme, plus élevé a cause de l'inflanmation du foie; ou au coniraire le diaphragme abaissé par l'inflammation de poitrine, exercaitil une compression gónante sur le foie ? ll est certainement difficile de décider laquelle de ces deux maladies était primitive ou secondaire. |

J'avoue volontiers que les inflammations de poitrine primitives sont plus fréquentes que celles du foie , parce que les causes générales des épidémies peuvent agir beaucoup plus souvent et beaucoup plus aisément sur le poumon que sur le foie, qui est un viscére caché profondément. Quelquefois cependant , ce qui est surprenant, les inflaminations du foie sont tellement fréquentes et vraiment épidémiques , qu'on peut les regarder comme venant certainement d'une source commune, les qualités de l'atmosphère. L'influence que l'état de l'air exerce sur le foie est plus difficile à comprendre que celle quil exerce, d'une maniére épidémique, sur la gorge, les yeux, les poumons, etc.

Le foie mérite certainement une grande con-

sidération dans toutes les fièvres épidémiques : il y exerce une grande influence d'une manière primitive ou secondaire. En effet, dans les fièvres intermittentes , continues inflammatoires, bilieuses, méme dansles typhus, nous remarquons par-tout avec Rene le foie affecté.

Il existe donc un rapport médiat ou immédiat de ce grand viscére avec les causes des maladies nées hors du corps. Ce point de doctrine n'a point encore été éclairé par les Pie et les pathologistes.

Pendant l'été, le foie est très-irrité dans les fiévres ; pendant l'hiver, il n'est pas moins stimulé et enflammé ; pendant l'un et l'autre équinoxe, sous le régne des fiévres intermittentes, nous le trouvons également affecté.

Quelle est la raison de tous les changemens de ce viscére dans toutes les fièvres ? Quelles sont les fonctions propres au foie , ou alternatives avec les autres vischres, dans l'homme bien portant, dans l'embryon, dans ie nouveauné, dans l'adulte , dans le malade ; et sur-tout quelle est sa lésion dans les fiévres ? Pourquoi un viscére si indolent et si rempli de veines, est-il si souvent enflammé ou irrité ? Par quel moyen, ou par quelle union particuliére les causes morbifiques externes et les miasmes

épidémiques peuvent-ils agir sur lui? Quelie est en outre l'union du foie avec les organes contenus dans la poitrine , avec l'encephale ? D'où vient la grande importance de cette glande si volumineuse ? La contiguité et l'aciion du diaphragme ne peuvent-elles pas peutétre exercer une influence délétére sur le foie ? La physiologie et la pathologie vulgaire ne répondront pas à ces questions; et cependant leur éclaircissement aurait une grande influence sur la doctrine et la pratique des fièvres.

I] me parait que quand le corps et l'atmosphére sont échauffés, ce volumineux viscére éprouve un certain. développement et une expansion particulière ; tandis que pendant le refroidissement il est contracté et resserré , ce qui occasionne facilement les maladies du systèéme bilieux. |

Je conviens, et mon expérience me prouve que la substance et le parenchyme du foie sont beaucoup plus rarement enflammés que le péritoine, qui enveloppe de toutes parts le foie, le couvre, fournit ses ligamens, entre dans ses replis, et lie ses lobes entr'eux. De-là, le caractére si varié de linflammation du péritoine, qui, suivant la position de cette membrane si étendue, ses rapports par contiguité avec les organes voisins, et par sympathie. avec

PRATIQUE. 121 les organes éloignés, peut présenter différens symptômes morbides, et simuler méme des maladies particulières.

Quand le parenchyme du foie est enflammé sans le péritoine, ce qui est le plus rare, la

douleur est nulle ou très-obtuse ; mais le poids du viscére est génant, et cause un sentiment de plénitude et d'anxiété. Il survient des vomissemens , la langue est saburrale, la bouche afnóre; les autres symptômes gastriques se manifestent aussi; cet état s'accompagne ordinairement d'ictère ; les pulsations des artères sont inégales et souvent intermittentes, ce qui prouve évidemment l'obstacle et la gène qu'éprouve la circulation du sang dans les rameaux de la veine-porte, et dans la veine-cave ascendante. Le décubitus n’est possible que sur le côté affecté ; il ne peut avoir lieu sur le côté opposé, sans de grandes anxiétés : il y a alors de fréquentes affections symptomatiques de la rate , dont la cause est facile à comprendre, sur-tout lorsque l'hépatite est veineuse: et nous croyons devoir avec d'autres la distingher, de l'artérielle.

Les choses se passent bien différemment quand la phlegmasie occupe le péritoine, et que le parenchyme du foie est intact, ou peu enflammé, Alors il y a dans l'hypochondre droit

une douleur manifeste qui est plus ou moins vive , et s'exaspére par le mouvement du corps, et par un attouchement méme assez léger.

Cette douleur se fait souvent ressentir pendant l'inspiration d'une manière trés-vive, non seulement aux parties contigués ; mais méme aux parties éloignées , sur-tout à la plévre droite , sous les clavicules , et même à l'abdomen d'une manière trés-variée, suivant les régions enflammées. Il y a ordinairement absence de symptómes gastriques et d'ictére; le pouls est régulier, à moins que le foie ne soit lui méme enflammé. Alors les sympiômes sont toujours plus compliqués ; le décubitus est difficile sur le cóté doulonreux.

Cette maladie , quand la substance du foie est intacte , mérite plutót le nom de péritonite que celui d'hépatite; Ce dernier nom lui est cependant donné plus ordinairement, à cause de la douleur inflammatoire de l'hypochondre droit. Cette affection se rencontre beaucoup plus souvent dans la pratique que l'hépatite ; elle est presque aussi fréquente que la pleurésie. On appelle méme vulgairement, sans aucune ombre de raison , la douleur pongitive de l'hypochondre , pleurésie des fausses cótes.

Les parties superficielles et les espaces intercostaux, sont aussi quelquefois enflammés

dans ce cas, ce qui est facile à reconnaitre. Mais la phlegmasie de la vésicule biliaire est d'un diagnostic bien difücile et bien obscur. Au reste, elle est peut-éire très-rare , autant au moins qu'on en peut juger par les ouvertures cadavériques. Combien d'épaisses ténébres couvrent encore les fonctions et les maladies de la vésicule biliaire !

D'aprés toutes ces considérations , on peut encore élever les questions pratiques suivantes: Pourquoi tout le système membraneux a-til un rapport si grand avec les causes épidémiques et les qualités de l'atmosphère ? Pourquoi les tensionsdouloureuses des membranesetleurs inflammations , sont-elles si fréquentes ? L'importance du système membraneux dans le corps humain est-elle plus grande qu'on ne le croit vulgairement ? Je le pense (1); mais cependant

(1) Hildenbrand avait bien su apprécier les travaux importans de Bichat sur les membranes. Ce grand physiologiste n'est cependant jamais cité dans l'ouvrage que je traduis ; mais il l'est souvent et avec de très-grands éloges, dans les Institutiones practico-medicæ de notre auteur, dont je me plais à rapporter ici textuellement les paroles (tom. 3, pag. 31): Neglecta ab antiquis membranarum in processu. vitali dignitas earumque anatomica indago , pre alis, BICH ATI incomparabilis attentionem excitavit ; quo laudabiliter praeeunte , complures recentioris evi me-

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