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REMARQUES SUR QUELQUES MÉDICAMENS DONT ON PEUT FACILEMENT SE PASSER

Nous n'avons pas besoin d'une grande provision de médicamens. Plus un appareil de traitement est simple, plusil nous parait convenable et digne d'étre employé.

Les indications claires conduisent sur-tout à

une méthode de traitement simple: Ceux qui regardent tous les symptômes des maladies comme fournissant une indication spéciale, sont facilement entrainés à employer une grande quantité de medicamens.

Si mous connaissions les causes prochaines de toutes les maladies, nous aurions certainement une médecine plus simple.

Dans la pratique, on emploie moins de remédes qu'on n'apprend à en connaitre dans les écoles; en effet, on choisit seulement les plus actifs, eL ceux qui remplissent à-la-fois plusieurs indications. Plusieurs autres , qui ont moins de vertus ou qui sont des succédanés , ne sont mis en usage quà défaut de meilleurs. On ne recherche que les médicamens dont des expériences nombreuses ontconstaté les proprictés: on abandonne ceux qui sont sans verius ou tombés en désuctude.

Ceux qu'on retire des contrées éloignées , et qui peuvent étre remplacés par d'autres de nos pays, qui sont équivalens ou méme plus eñicaces, doivent étre , à juste titre, bannis de la pratique. |

L'action des médicamens a lieu de deux 1inanières : ou bien ils agissent par des principes manifestes physiques ou chimiques, qui tombent $ous nos sens ; ou bien, au contraire , par des

PRATIQUE. 3 principes cachés, qui ne peuvent pas étre distingués par nos sens, et qui ne peuvent être découverts que par l'observation attentive de leurs effets sur nos corps.

Ceux qui agissent par leurs principes manifestes physiques ou chimiques, qu'on peut distinguer par les sens de l'odorat et du goût, m'affectent pas dans leurs opérations les différens viscères du corps humain en particulier, soit qu'ils agissent sur l'organisme, soit qu'ils agissent sur les forces vitales; mais leur action a lieu, ou bien d'une manière particulière sur la partie la plus voisine de celles où ils sont appliqués, ou bien , d'une manière égale sur tout l'organisme vivant , sans prédilection spéciale.

Ils ne sont pas cependant privés de vertus positives ; car les mucilagineux et les corps gras adoucissent et relàchent toujours ; les amers et les acerbes fortifient et resserrent ; et les substances âcres et éthérées irritent et sümulent constamment.

Mais les effets secondaires de ces médicamens différent et sont méme opposés suivant les dispositions du corps et l'état des causes morbifiques; leur action est méme relative à ces conditions. Ainsi, par exemple, l'action des emménagogues et des résolutifs est relative aux

causes de la maladie; car les émolliens, les fortifians et les stimulans, deviennent aussi emménagogues et résolutifs dans divers cas.

L'action de ces médicamens est en général plus claire, et on peut mieux la comprendre d'aprés les théories de l'art. Leur application dans la pratique est fondée sur les règles d'une thérapeutique rationnelle; car, quand la naiure d'une maladie est connue, on peut rationnellement lui opposer des médicamens dont laction est aussi connue.

Ainsi, il sera facile de substituer ces médicamens les uns aux autres ; d'emplover, si l'on veut, ceux qui out des principes plus ou moins actifs; enfin, dechoisirceux qui ont les qualités que l'on désire. Agissant ainsi par des principes connus et évidens, ils devront facilement avoir divers succédanés. à

Ce serait un vain luxe de tirer de semblables remèdes à grands frais des contrées éloignées, si notre pays en produit d'équivalens. Dans ce cas, nous n'en employons jamais inutilement d'exotiques dans notre école. Ainsi, les tamarins, qui contiennent souvent du cuivre, sont. facilement remplacés par les fruits acides et doux de nos pays, les pruneaux, les baies d'épine-vinette et de myriille, le suc de citron, l'acide tartareux. Il en est de méme de la casse.

L'alun, la tormentille et l'écorce de chéne peuvent facilement suppléer au cachou et au sang - dragon, qui sont souvent sophistiqués.

Les propriétés toniques et amères du quassia n'ont rien de supérieur à celles de la centaurée, du trèfle d'eau, de l’absynthe et de la genliane, etc. |

L'anis étoilé n’a pas plus de vertus que l'anis vulgaire et nos autres semences carminalives. On n'a pas non plus des raisons bien fondées pour préférer les baumes exotiques à la térébenthine et au pétrole, les myrobolans aux noix de galle, le blanc de baleine à la graisse de cerf ou de mouton, la gomme adragant à l'amidon. | |

On peut également substituer facilement à la gomme arabique, la gomme de nos pruniers et de nos amandiers, pourvu qu'elle soit en quantité suffisante.

Nous nous passons aisément, dans notre pratique, de ces médicamens et de plusieurs autres qui sont aussi exotiques, et qui n'agissent que par des principes trés-évidens , qu'on rencontre également dans nos remèdes indigènes.

Mais il en est autrement des remèdes qui agissent par des principes presque cachés, ou au moins qui ne sont pas manifestes , et qui ne peuvent être distingués ni par les sens ni

par l'analyse chimique. Quelques-uns d'entr'eux affectent dans leurs opérations, d'une maniére particulière et inexplicable , certains organes ou certains viscères de notre corps; c'est ainsi que les cantharides exercent leur action sur les voies urinaires, le mercure sur les glandes salivaires, l'opium sur les nerfs. Les propriétés de ces remédes sont donc presque positives et absolues; car ils produisent toujours les mémes effets chez presque tous les individus, dans quelque maladie que ce soit.

Quelques-uns de ces médicamens agissent sur les causes prochaines cachées de certaines maladies, par des propriétés également cachées, inexplicables et vraiment spécifiques. Tels sont le quinquina dans les fióvres inlermittentes, et le mercure dans la siphilis.

Comme leurs propriétés n'ont été découvertes que par l'observation exacte de leurs effets sur le corps humain, leur application en pratique est empirique , basée uniquement sur des expériences analogues, et ne peut étre dirigée que par les régles d'une thérapeutique rationnelle (1).

(1) Hildenbrand a exposé avec plus de détail ses idées sur les médicamens, dans son ouvrage qui a pour litre : lnstitutiones Pharmacologiæ sive Materie medice , Viennae

PRATIQUE. Jib

Quand ces médicamens sont exotiques, il est difficile de leur eu substituer d'indigénes. Les végétaux de cette espèce tirent souvent leurs vertus du climat où ils croissent. : |

C'est ainsi que nous ne trouvons pas en Europe des succédanés du quinquina, de l'opium, du camphre; nous n'y trouvons pas non plus des drastiques semblables à ceux des Indes.

Plusieurs médecins font un grand abus de ces remèdes exotiques. Souvent on pourrait s'en passer, ou leur en substituer d'autres.

1802, in-89. Aprés y avoir donné des généralités sur Faction des remèdes et sur les changemens qu'ils produisent dans nos corps, 1l divise les substances médicamenteuses en deux grandes classes ; celles qui agissent sur tout l'organisme , et celles qui agissent plus spécialement sur certains organes : il établit ensuite de nombreuses subdivisions de ces deux grandes classes. En parlant de chaque médicament en particulier , il suit l'ordre alphabétique. Hildenbrand publia le volume que je traduis en 1809 ; à cette époque, les remèdes exotiques étaient rares et trés-chers en Allemagne : il était difficile de se les procurer et de les employer. Voilà pourquoi peut-étre notre auteur les condamne presque tous; il aurait voulu y substituer des substances indigènes , ce qui n'est pas toujours possible. Dans sa Matière médicale, 11 se montre un peu plus partisan de quelques-uns de ces médicamens; mais : il y est également injuste envers la salsepareille, dont cependant l'expérience a constaté les propriétés. (Note du Traducteur.) : d

Mais il est aussi des cas où la Médecine ne peut s’en passer, et où l'on est obligé d'y recourir comme à une ancre de salut, après qu'on en a en vain assayé d'autres.

Certains médecins ont aussi une prédilection trop grande pour les spécifiques. ll y a un grand nombre de médicamens qu'on appelle ainsi sans qu'ils le méritent, et dont les propriétés ne sont point prouvées par l'expérience; on les a vantés d'aprés un petit nombre d'observations ; et on a continué de les employer .& cause de la négligence des médecins pour en rechercher d'équivalens.

Et, ce qui est déplorable, il est aussi des médecins qui tiennent à certains médicamens par une habitude invétérée. Cette prédilection, fondée sur desobservations fausses, a introduit dans la pratique l'usage habituel de certains remèdes, de manière que presque chaque médecin a ses spécifiques privilégiés. Leur diversité est une preuve de leur peu d'efficacité.

Nous faisons rarement usage de ces remédes dans notre école; ou , si nous les employons quelquefois, ce n'est que pour démontrer leur insuffisance ou la fausse supériorité qu'on leur attribue sur d'autres. Le

Ainsi, nous n'avons jamais vu se confirmer, dans notre pratique, les propriétés tant van-

tées du musc dans les névroses et dans la rétrocession des exanthèmes. Dans les cas légers, d'autres remèdes ont suffi ; dans les cas graves, ce médicament , qui est rarement de bonne qualité , a trompé nos espérances. Combien lon voit périr d'individus dont les cadavres sont imprégnés de musc! |

Quand le camphre, l'esprit de corne de cerf, les huiles animales empyreumatiques, et les autres stimulans n'ont pas produit l'effet antispasmodique et stimulant que l'on attendait, le musc ne sauvera probablement pas davantage la vie du malade.

On vante également, sans beaucoup de raison, le camphre dans la pratique des névroses; cest un reméde incertain contre lhystérie, et qu'on peut facilement remplacer par l'alcali volatil et les remèdes nervins.

Le contrayerva et la serpentaire de Virginie n'ont pas des propriétés stimulantes et antiseptiques plus énergiques que l'ngélique et l'impératoire, qui sont des plantes indigènes, pourvu qu'elles soient cueillies dans un heu convenable et bien conservées. Nous n'eimployons donc plus ces deux premières subslances. |

Le polygala de Virginie, qui, quoique purgatif, a pourtant été vanté par des médecins

qui ne voulaient point purger, ne nous a jamais montré les propriétés spécifiques qu'on lui attribue dans les fausses péripneumonies. Les préparations antimoniales lui sont certainement préférables. D'ailleurs, ces médicamens sont souvent trop vieux et sophistiqués.

La cascarille , qui a été moins vantée , ne possède pas non plus des vertus spécifiques plus actives que plusieurs autres remèdes toniques et stimulans de nos pays.

Il en est de mème du simarouba, qui n’a pas beaucoup été employé, qui n'a point de propriétés spécifiques, et auquel on peut facilement substituer des substances indigènes.

La squine, la salsepareille, le sassafras , le santal rouge, ne peuvent étre regardés comme antisiphilitiques que par .de faux observateurs. Ces remédes ne sont pas non plus trés-utiles comme auxiliaires d'autres moyens qu'on emploie.

Si l'on veut provoquer la sueur pendant l'usage du mercure, les décoctions de gayac, de baies de genièvre et de tiges de douce-amére ont des propriétés bien plus actives; si lon veut seulement avoir une boisson délayante pour modérer l'activité trop grande des préparations mercurielles , il est facile d'avoir d'autres décoctions , qui produisent mieux cet

effet que celles de salsepareille, qui est rarement naturelle.

Quoique nous ne fassions pas usage de ces médicamens et de plusieurs autres, nous n’en avons pas moins une pratique heureuse, plus simple et moins dispendieuse.

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