DE L’HYDROPISIE
I. Les fosses que le doigt laisse le soir, en appuyant sur la partie inférieure des jambes , et qui se dissipent le matin , sont le premier signe de cette maladie , principalement si la respiration est difficile. Il n’est pourtant pas rare aux femmes
grosses , et à celles dont les menstrues sont supprimées , et aux hommes qui sont subitement délivrés d’un asthme invétéré , d’etre attaqués de cette même enflure.
2. Les jambes et les pieds étant tendus jusqu’à l’excès , les eaux s’épanchent dans le ventre , et le distendent peu à peu jusqu’au dernier point ; enfin elles se jettent sur les viscères les plus nobles, et suffoquent le malade.
3. A. mesure que les parties attaquées d’hydropisie augmentent de volume t les autres maigrissent : il y a difficulté de respirer , peu d’urine , et une soif violente. Cette maladie arrive ordinairement aux hommes sur le déclin de l’âge et aux femmes quand elles cessent d’avoir des enfans.
4. Les indications curatives doivent tendre, i.° à évacuer les eaux ; 2.0 à donner de la vigueur au sang , dans la vue de prévenir un nouveau dépôt de sérosité.
Prenez vin blanc , quatre onces ; jalap réduit en poudre très-fine , une drachme ; gingembre pulvérisé , un demi- scrupule ; sirop de nerprun , une once. Mêlez tout cela pour une potion que le malade prendra de grand matin , tous les jours , ou de deux jours T un , selon ses forces , jusqu à ce que les parties soient dèsenflèes.
Ou bien , prenez pulpe de tamarins , une demionce. ; feuilles de séné , deux gros ; rhubarbe , un gros et demi . Faites bouillir dans suffisante quantité d'eau , qui sera réduite à trois onces : passez la liqueur , et dissolvez-y manne et sirop de roses solutif , de chacun une once ; sirop de nerprun , demi-once ; èlectuaire de suc de roses , trois gros , pour une potion qui sera prise comme la précédente.
Ou bien ? prenez pilules de duobus , un scru -
POUR GUERIR LES M ALA DIES. f\‘2ÿ
pule ; èlatèrium , trois grains ; essence de gérofle , deux gouttes. Faites de cela trois pilules qu il faut avaler de grand matin , et les réitérer selon le besoin.
Ou bien , prenez gomme-gutte , quinze grains ; vin blanc et eau de chicorée , de chacun une once et demie ; sirop de nerprun , demi-once. Mêlez tout cela pour une potion qui sera prise comme la précédente .
Ou bien , prenez écorce intérieure de sureau , trois poignées . Faitesdes bouillir dans une livre d’eau commune , et autant de lait 9 que vous réduirez à une livre : coulez ensuite la liqueur 3 dont le malade prendra la moitié le matin , et l'autre moitié le soir , et il continuera ainsi tous les jours jusqu à sa guérison.
5. Mais ce remède ne produit pas un grand effet , si ce n’est dans les corps qui sont très-faciles à purger.
6. Au sujet des purgatifs , il faut observer trois choses dans la cure de cette maladie.
i.° Il faut savoir si le malade que l’on doit traiter , est facile ou difficile à purger ; car dans ceux qui sont aisés à émouvoir , le sirop de nerprun , donné seul à la dose d une once , évacue une assez bonne quantité d’eau ; au lieu que dans les personnes difficiles à émouvoir, les remèdes précédens suffisent à peine.
i.° Que tous les purgatifs faibles font plus de . mal que de bien ; c’est pourquoi une purgation, un peu trop forte est préférable à une trop faible.
3.° Qu’il faut vider les eaux le plus promptement qu’il est possible , suivant les forces du malade , de peur qu’un trop long intervalle entre les purgations ne donne lieu à un nouvel amas de sérosités.
Méthode complete
7. II y a des occasions où tous les purgatifs , quels qu’ils soient , doivent être rejetés , c’est lorsque le malade est d’une constitution très-faible, ou qu’une femme est sujette aux vapeurs. Alors il faut tâcher d’évacuer les eaux par les seuls diurétiques , entre lesquels les plus efficaces sont ceux que l’on tire des sels lixiviels , comme par exemple ,
Prenez une livre de cendres de genêt , infusez les à froid dans quatre livres de vin du Rhin , et ensuite fîlti'ez la liqueur. Le malade en prendra ti'ois onces le matin , autant à cinq heures après midi y et autant le soir ; et il continuera ainsi tous les jours jusqu à ce quil ne reste plus d enflure.
8. Quand les eaux sont entièrement évacuées , il faut avoir recours aux remèdes échauffans et fortifians ; par exemple ,
Prenez racines de raifort sauvage , feuilles de cochlearia , d absinthe commune , et de sauge , sommités de petite-centaurée et de genêt , de chacune par tie égale. Faites infuser tout cela dans de la forte bière , ou du vin blanc , pour la boisson ordinaire du malade. Cette boisson suffit quelquefois pour guérir une hydropisie commençante, sans le secours des purgatifs. Ou bien on usera du remède suivant.
Prenez conserve de cochlearia , et d absinthe romaine , de chacune une once, extraits de gentiane , d absinthe romaine , et de petite -centaurée , de chacune trois gros ; et avec suffis n rite quantité de sirop d écorce de citron , faites un èlectuaire dont le malade prendra la grosseur d une grosse noix muscade , de grand matin , à cinq heures du soir , et en se couchant , et il boira par-dessus quatre onces de R infusion qui suit :
Pre nez racines de gentiane , une once ; sommités de genêt , de petite- ce nia urée , et d absinthe coin-
FOUR GüiRIR LES MALADIES. /j3ï
mûrie , de chacune une poignée graines de fenouil et de persil , c/e chacune deux gros. Ces plantes étant coupées bien menu , versez dessus deux pintes de vin du Rhin , laissez-les infuser à fioid . 0« /2e coulera la liqueur que lorsque Ion sen servira .
9. Tl est à remarquer que lorsqu'on en est à l’usage des fortifians, il ne faut point du tout purger le malade; comme aussi pendant qu’on se sert des sels lixiviels, parce qu’il faut en même temp* fortifier tout le corps , afin de soutenir l’évacuation qui se fait par les urines.
Prenez racines de raifort sauvage , trois onces ; feuilles de cochlearia , d absinthe commune , et de sauge , sommités de petites centaurée et de gênet , de chacune trois poignées ; Z/o/f oranges coupées par tranches. Faites infuser tout cela dans douze pintes de forte bière sans houblon , pendant quelle fermente : le malade en fera sa boisson ordinaire .