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été long-temps tourmentées de vapeurs, et dont le mal avait résisté à tous les remèdes les plus appropriés, ont recouvré la santé en vivant quelque temps de lait pour toute nourriture. Les vapeurs de ces femmes étaient principalement des coliques hystériques , qui n’étaient adoucies que par les narcotiques ; et comme le fréquent usage de ces sortes de remèdes y avait accoutumé la nature , la douleur revenait dès que leur action avait cessé.
Ce qu’il y a de plus particulier dans cette méthode , c’est que le lait n’étant qu’un aliment froid et faible, ne laisse pas de fortifier les esprits. Rien néanmoins n’est plus naturel; car comme le lait est un aliment très-simple , il se digère parfaitement, et avec moins de difficulté que beaucoup d’autres nourritures ; ce qui produit nécessairement un bon sang , et des esprits de meme nature.
On remarquera encore que le désordre des esprits ne vient pas simplement de leur faiblesse considérée en elle-même, mais considérée par rapport à l’état du sang ; car il peut se faire que les esprits d’un enfant soient assez forts à proportion de son sang , et ne le soient pas assez à proportion du sang d’un adulte. Or, quoique le lait fournisse une nourriture crue et légère , il ne laisse pas de produire un sang doux et balsamique ; et si les esprits qui en proviennent sont seulement de meme force, cela suffit. Il y a cependant des personnes qui ne peuvent soutenir les incommodités que cette diète apporte ordinairement les premiers jours; savoir, que le lait se caille dans leur estomac , et que d’ailleurs il ne les soutient pas suffisamment (i).
(i) Tant s’en faut que le lait soit un aliment cru et léger ; il est aw. contraire wa remède et un aliment très-propre et très-salutaire pour les
. sur l’affection hystérique. 179
116. Mais la meilleure chose que j’aie connue Riende menjusqu’à présent pour fortifier et animer le sang forttfir°UIque et les esprits , c’est d’aller à cheval presque tous ^aUer a c^c~ les jours, et de faire par cette voiture des promenades un peu longues , et en grand air. Cet exercice, par les secousses redoublées qu’il cause aux poumons, et sur-tout aux viscères du bas-ventre , débarrasse le sang des humeurs excrémentielles qui y séjournaient, donne du ressort aux fibres, rétablit les fonctions des organes , ranime la chaleur naturelle , évacue par la transpiration ou autrement les sucs dégénérés , ou bien les rétablit dans leur premier état , dissipe les obstructions, ouvre tous les couloirs, et enfin par le mouvement continuel qu’il cause au sang, le renouvelle, pour ainsi dire, et lui donne une vigueur toute extraordinaire.
Il est vrai que l’exercice du cheval convient moins aux femmes qui, étant accoutumées à une vie tranquille et sédentaire , pourraient en recevoir du dommage , sur- tout dans le commencement : mais il convient parfaitement aux hommes, et rien n’est si propre àleur rendre la santé (i). En voici un exemple.
personnes faibles , pour les phthisiques et les goutteux , chez qui les digestions sont lésées , car il se digère facilement , et il nourrit beaucoup ; mais pour qu’il remplisse les vues qu’on se propose , il faut eu prendre une certaine quantité , et le continuer un temps considérable.
Le lait de femme est le plus doux , le plus léger , et le plus conforme à notre nature. Les Auteurs rapportent des cures merveilleuses qu’il a ôpérées ; mais la difficulté est d’en avoir une quantité suffisante. Après le lait de femme , le meilleur est celui d’ânesse , ensuite celui de chèvre, puis celui de vache , que la plupart des Auteurs mettent an dernier rang. Les vertus extraordinaires du lait d’ànesse , la manière de le prendre avec le plus d’utilité , les cas où il convient , sont expliqués au long avec beaucoup de netteté par le judicieux Hoffmann , dans une dissertation sur ce sujet , intitulée De mirabili lactis asinini in medendo usu , à laquelle nous renvoyons le lecteur pour plus ample instruction.
(i) Voyez ci-devant Sect, 4, Chap . 7, num, 10.
ï8o Dissertation
Bcompie de ii 7. Un Prélat d’Angleterre, homme d’un rare cela* génie, d’un grand sens, et d’une érudition consommée . ayant épuisé ses forces par une application excessive à l’étude , tomba dans l’affection hypocondriaque , dont la longueur corrompit tous les levains du corps , et ruina toutes les digestions. Le malade prit à diverses fois des remèdes martiaux ; il essaya presque toutes sortes d’eaux minérales, auxquelles on joignait defréquentespurgations , il eut recours aux antiscorbutiques de toute espèce et à différentes sortes de poudres îestacées, en vue d’adoucir son sang, et tout cela sans aucun fruit. Epuisé par la maladie et par des remèdes continués durant plusieurs années, il fut enfin attaqué d’un dévoiement colliquatif qui, dans la phthisie et dans les autres maladies chroniques , où toutes les digestions sont entièrement ruinées, est ordinairement l’avant-coureur de la mort.
Yoilà où en était ce malade quand il me consulta: je jugeai d’abord qu’il n’y avait plus moyen de lui faire de remèdes , après tous ceux qu’il avait pris inutilement. Ainsi je lui conseillai , par les raisons que j’ai rapportées ci-devant, d’entreprendre d’aller à cheval, en ne faisant au commencement que peu de chemin , et à proportion de sa faiblesse ; d’augmenter chaque jour par degrés , jusqu’à ce qu’il parvînt à faire en un jour la valeur environ d’une médiocre journée , et persister dans cet exercice jusqu’à ce que sa santé fût rétablie.
Or, si ce malade n’avait été homme de grand sens et de grand esprit , jamais il n’aurait seulement voulu entreprendre un pareil exercice. Je voulus encore qu'il n’eût égard ni à la nourriture, ni à la boisson, ni à la température de l’air , mais qu’il usât de tout indifféremment et sans distinction , cc’oime fait un voyageur.
sur l’affectiopt hystérique. iSü
Il se soumit entièrement à tout ce que j’ordonnai , et il s’en trouva bien. Chaque jour il taisait un peu plus de chemin , et encouragé de plus en plus par le succès, il en vint jusqu’à faire dans un jour vingt milles , et meme trente milles. II continua ainsi durant plusieurs mois , pendant lesquels il fit* comme il me le raconta lui-mème , plus de mille lieues ; enfin , il recouvra une parfaite santé , et il acquit même assez de force et de vigueur.
ii 8. L’exercice du cheval n’est pas moins utile Excellente à ceux qui ont la consomption , qu’aux hypocon- auchcSdans driaques. Quelques-uns de mes pareus qui étaient ta consompattaqués de cette maladie, ont été guéris, en con- Mn' tin uant long-temps cet exercice, par mon conseil ; car je savais certainement que tout autre remède , quelque précieux qu’il fût , et toute autre méthode ne leur aurait absolument servi de rien.
Ce n’est pas seulement dans des consomptions légères , accompagnées de toux fréquente et d’amaigrissement, que l’exercice du cheval a réussi ; mais encore dans des consomptions confirmées , accompagnées de sueurs nocturnes, et même de ce dévoiement funeste qui est ordinairement le dernier terme de la maladie , et l’avant-coureur de la mort.
En un mot, quelque meurtrière que soit parmi nous la consomption , et quelque raison que l’on ait de la regarder comme telle , puisqu’en effet elle enlève presque les deux tiers de ceux qui meurent de maladies chroniques , j’ose assurer néanmoins que le mercure n’est pas plus efficace pour la guérison de la vérole , ni le quinquina pour la guérison des fièvres intermittentes , que l’exercice du cheval pour celle de la consomption, pourvu que le malade fasse suffisamment de cite-
Ce qu’il faut /aire dans Facets hystérique,
min , et qu’il ait soin que les draps de son lit soient bien secs.
Il faut cependant observer que les gens qui sont sur le déclin de l’âge , doivent continuer cet exercice beaucoup plus long-temps que les autres , comme je m’en suis assuré par un grand nombre d’expériences. Mais quoique l’exercice du cheval soit le plus utile à ceux qui ont la consomption , les voyages en carrosse n’ont pas laissé de produire quelquefois des effets merveilleux (1).
119 Pour revenir maintemant à mon principal sujet , voilà quelle est la méthode générale de traiter les vapeurs hystériques, eu égard à la cause originaire qui consiste dans une trop grande faiblesse du sang, méthode qui , par conséquent , n’a lieu qu’hors le temps de l’accès , ou paroxysme.
Mais quand il survient un paroxysme , avec quelques-uns des symptômes rapportés ci-dessus, si la violence du mal est telle , qu’on n’ait pas le temps de fortifier le sang et les esprits , il faut aussitôt recourir aux remèdes hystériques, qui ont une l odeur desagréable , et qui par -là sont propres à rétablir les esprits dans leur direction ordinaire, soit qu’on donne ces remèdes intérieurement , soit qu’on les approche du nez des malades , soit qu’on les applique extérieurement. Tel est l’assa-
(1) L’exercice du cheval , suivant l’observation d’Hoffmann , est fort vanté par les plus grands Médecins , tant anciens que modernes , pour la guérison de la consomption et de laphthysie; néanmoins dans le commencement de la maladie , et dans les jeunes gens pléthoriques , il est nuisible , parce qu’il cause de fréquens retours d’hémoptisie. Il ne convient point du tout non plus lorsqu’on juge que le poumon est considérablement endommagé et abcédé , parcequ’un trop grand mouvement du corps, soiten aîlantà cheval, «oit eu carrosse , peut aisément causer à cette partie une inflammation mor-. telle. Mais dans la consomption hypocondriaque ou atrophie , le cas est trés.dilfércnt ; car un exercice modéré et souvent réitéré y convient es- Uêmpmant. 'Voyez Hoffmann ; Ch>cr, torn, a. y. a y 4*
■Remèdes fétides v ccra-
SUR h AFFECTION HYSTÉRIQUE. 1 ^
fétida , le galbanum , le castoréum , l’esprit de sel ammoniac , et tout ce qui exhale une odeur fort puante et fort désagréable (i).
120. En effet , toutes les drogues qui ont une ^ y mauvaise odeur , soit naturellement , soit par le viennent, travail de l’art , remplissent très-bien cette indication ; et je crois que l’esprit de corne de cerf , de sang humain , d’urine , et celui que fournissent les os et les autres parties animales , tirent leur principale vertu de l’odeur empyreumatique et fétide qu’ils contractent par la violence du feu , et qui leur est essentielle.
Il en est de même de la fumée que rendent les plumes le cuir , et toutes les autres substances animales quand on les brûle. Cette fumée est toujours puante ; et si elle est produite par un feu violent , et quelle soit reçue dans des vaisseaux, elle se condense , et forme les liqueurs que 1 on nomme esprits volatils . Comme ces esprits sont uniquement l’ouvrage du feu , ils ont des qua îles qui n ’étaient pas originairement dans les sujets d’où ils sont tirés. Au reste, ils ont tous les memes vertus , de quelque substance qu on les tire , pourvu que ce soit une substance animale. ^
! a I . Si le paroxysme hystérique est accompagne ^ d’une douleur violente en quelque partie que ce f0is nécessaire, soit , ou d’un grand vomissement, ou d’une diarrhée alors , outre les remèdes hystériques dont nous avons parlé , il faut encore avoir recours au laudanum, qui est seul véritablement capable
de calmer ces symptômes.
Mais quand il s’agit d’appaiser des douleurs ^ Eu quel
qui excitent le vomissement , alors a moins et pureer
cas
•ne?
(,) Il faut se souvenu- ici de la précaution que nous avons recommandée ailleurs. Voyez ci-devant ^ num. 107.
et purger avant l’usage du laudanum;
Dissertation
qu’elles ne soient presque insupportables , on doit bien se garder d’y employer le laudanum ou quelque autre narcotique , avant que d’avoir fait précéder les évacuations convenables.
Premièrement , parce qu’il y a quelquefois une si grande abondance de sang et d humeurs , surtout dans les femmes d'un tempérament sanguin et robuste , que cela pourrait empêcher l’effet du plus puissant narcotique , quoique souvent réitéré. De là vient que dans ces casdà il est nécessaire de saigner du bras et de purger, avant que d'en venir à l’usage du laudanum , dont une dose médiocre fera alors ce quen’aurait pas fait auparavant tme très-grande dose.
Secondement , parce qu’une longue expérience m’a appris , que quand une malade s’est accoutumée à l’usage du laudanum , sans qu’on ait fait précéder les évacuations nécessaires, elle se trouve ensuite obligée , à cause de la douleur qui revient dès que l’action du remède a cessé , de le réitérer chaque fois , et cela tous les jours pendant plusieurs années , en augmentant peu à peu la dose; de telle manière qu’elle ne saurait plus du tout se passer de laudanum , quoiqu’il corrompe les digestions , et affaiblisse les fonctions naturelles. Je ne crois pas cependant qu’il nuise immédiatement au cerveau , ou aux nerfs , ou aux fonctions animales.
122. Je juge donc , et je le dis pour l’avoir expérimenté , que l’usage des évacuans doit précéder celui des narcotiques. Par exemple , dans les femmes robustes , et dans celles où le sang prédomine , il faut saigner et purger , sur-tout s’il y a longtemps qu’elles n’ont eu d’accès hystérique. Mais dans les femmes délicates , qui sont d’un tempérament entièrement différent des premières ,
sur l’affectiojy hystérique. 1 85
qui ont été attaquées peu de temps auparavant d’un semblable paroxysme , il suffira de nettoyer l’estomac , en leur faisant avaler quelques pintes de petit-lait , qu’elles rendront par le vomissement , et de leur ordonner ensuite une bonne dose de thériaque , ou d’orviétan , faisant boire par dessus quelques cuillerées d’une liqueur spiritueuse et agréable , mêlée d’un peu de laudanum liquide.
12 3. Si la malade avait déjà vomi long-temps F, a que! cas avant qu’on appelât le Médecin , et qu’il y eût à jVnner craindre de la trop affaiblir , et de mettre les aanum. esprits en fureur , si on tentait de nouveau le vomissement par les émétiques ; dans ce cas-là ,
il faudrait donner surde-champ une dose convenable de laudanum , et la réitérer autant de fois qu’il serait nécessaire, pour dissiper entièrement le symptôme dont il s’agit.
1 24. H y a ici deux choses principales à observer. Précautions ja premiere , c est que quand une lois on a corn- le donnüat.
mencé l’usage du laudanum après les évacuations requises , il faut le continuer jusqu’à ce que le symptôme que l’on veut conrbattre ait tout-à-fait disparu 5 ayant seulement la précaution de mettre entre chaque prise du remède , autant d’intervalle qu’il est nécessaire , pour connaître ce qu’une prise a opéré avant que d’en donner une autre. Mais nous avons parlé de cela ailleurs.
La seconde chose à observer, c’est de s’abstenir absolument de toute évacuation pendant l’usage du laudanum , et de ne rien faire qui puisse émouvoir tant soit peu le malade. Le lavement le plus doux , comme celui de lait et de sucre , serait capable de détruire tous les bons effets du narcotique , et de renouveler la douleur et le vomissement.
Dissertation
Sa néoessi- 1 2 5. Quelque nécessaire que soit le laudanum
grands vomis- dans les douleurs hystériques , il l est encore da-
üVUltUti.
vantage dans les grands voraissemens. Il en faut alors une dose très forte , et qui soit souvent réitérée, c’est-à-dire après chaque vomissement , sans quoi le remède est rejeté par en haut , avant que d’avoir eu le temps d’opérer. La forme qui convient alors , est principalement la forme solide : ou si on donne le narcotique en forme liquide , le véhicule doit être en si petite quantité , qu’il ne puisse être rejeté.
On mettra , par exemple, quelques gouttes de laudanum liquide dans une cuillerée d’eau de cari elle un peu forte , ou de quelque autre semblable ; et on avertira la malade de se tranquilliser aussitôt après la prise, et sur-tout de tenir autant qu’elle pourra la tête immobile; parce que le moindre mouvement de tête est capable , plus que toute autre chose , d’exciter le vomissement ; ce qui rendrait inutile la prise du remède.
Le symptôme étant surmonté , on continuera encore durant quelques jours, soir et matin, l’usage du narcotique , afin de prévenir la rechute ; et on observera la même chose après qu’on aura appaisé par ce remède la douleur hystérique et la diarrhée.