‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 40 sur 156 · SUR L AFFECTION HYSTERIQUE · texte numérisé non relu

SUR L AFFECTION HYSTERIQUE

attaquent toutes deux la meme partie , et produisent toutes deux le vomissement. Néanmoins elles ont des causes entièrement différentes , et elles doivent être traitées si différemment , que les remèdes qui sont salutaires dans Tune , sont pernicieux dans l’autre ; et au contraire (i).

En effet ,si la douleur et le vomissement sont occasionés par une pierre , ou par du gravier contenus dans les reins , rien ne convient mieux alors que de diminuer le volume du sang par de grandes et fréquentes saignées , et de donner beaucoup de lavemens érnolliens et d’autres ■adoucissans internes, afin de relâcher*et dilater les conduits par où la pierre doit sortir , ajoutant des remèdes diurétiques , et lithontriptiques.

Au contraire , si ces symptômes ne viennent Danger de

d, • • j j , 1 j ■ . se tromper

une pierre mais du desordre des esprits ^ns la cau^ animaux qui se jettent en trop grande quantité de ces sw sur les reins , il ne faut, dans ce casdà , que des narcotiques , et le plus doux lavement est suspect après les premières évacuations. Or , si on suit une méthode opposée , dans quel danger ne meton pas une pauvre malade , qui se trouve ainsi la victime de l’ignorance du médecin ?

127. On peut dire la même chose de cette sorte Et dans colle d’affection hystérique , qui ressemble à la colique bilieuse , ou à la passion iliaque , mais qui est y la coli(iud une nature entièrement dnlerente , et meme contraire : car si 011 la confond avec la colique bilieuse, et qu’on la suppose venir d’une humeur âcre , que les artères mésentériques ont déposée dans les viscères , erreur dans laquelle la douleur insupportable et la couleur verte des matières que l’on rend , soit par en haut, soit par en bas*

(i) Voyez ci-dessus Sect 4* Chap. 7. nuin. 18.

Dissertation

jettent facilement un Médecin peu attentif et peu accoutumé à réfléchir : dans ce cas-là il n’est rien de plus naturel que de travailler à adoucir l’acrimonie des humeurs par l’usage des remèdes rafraîchissans et incrassans , et d’employer les lavemens et les purgatifs fréquens , pour débarrasser les viscères des humeurs nuisibles , et surtout de mettre en usage le mercure doux , et les préparations de scammonée , afin d’évacuer plus à fond la matière morbifique.

Mais quel sera le sort des malades, et quel danger ne courront-ils pas par cette méthode , si la maladie que Ton traite de colique bilieuse , se trouve réellement une simple affection hystérique ou hypocondriaque ? Car l’expérience fait voir , que dans ce casdà, après avoir évacué par les remèdes généraux les humeurs corrompues qui ont été produites par le désordre des esprits, et qui pourraient empêcher l’effet des narcotiques, il ne reste plus qu’à tranquilliser les esprits jusqu’à ce que les symptômes aient cessé; et quand ils ont cessé, on doit ordonner les martiaux , ou d’autres remèdes propres à détruire radicalement le mal, en ranimant et fortifiant le sang.

Je ne rapporterai pas ici les malheurs terribles que je sais être arrivés à quantité de femmes , parce qu’on avait pris des coliques hystériques pour des coliques bilieuse : je dirai seulement que les fréquentes évacuations , qui sont absolument nécessaires dans la colique bilieuse , loin, d’appaiser la douleur et le vomissement qui accompagnent la colique hystérique, ne font au contraire que les augmenter , d’autant qu’ils augmentent le dérèglement des esprits, qui est la véritable cause de ces deux symptômes. Enfin le mal, après avoir duré plusieurs mois, attaque

sur l’affection hystérique. ï8q

tout à coup îe cerveau , et aboutit à des convulsions qui enlèvent en peu de temps la malade , sur-tout lorsquaprès d’autres évacuations souvent réitérées, on s’est avisé de donner l’émétique, sous prétexte que les matières que la personne rendait par îe vomissement, étaient d’une couleur verte (i).

En un mot, l’observation m’a appris qu’il est de la dernière conséquence de bien distinguer les symptômes qui sont ordinaires aux femmes hystériques, et de ne pas les attribuer à d’autres maladies avec lesquelles ils ont souvent de la ressemblance.

128. Outre les méprises dont nous venons de Affection parler, et qui exposent les femmes hystériques à Mystérique est

•1 1 , . -, ^ . . . , cruelquefois

un danger evident, il arrive encore a plusieurs mortelle à caufemmes d’etre attaquées de vapeurs par une autre s? des sj.idf-

. JL JL 1 tom es qui s y

cause : et quoique ces vapeurs ne soient pas mor- joignent, telles de leur nature , elles ne laissent pas de le devenir, à raison des accidens terribles qui en sont la suite , et qui enlèvent un assez grand nombre de femmes.

Par exemple , une femme d’un tempérament Suppression faible et délicat vient à accoucher, tout se passe def heureusement, et le mieux du monde; la Sage- fient. ° 1 Femme, soit par ignorance, soit par vanité, et pour faire voir qu’elle s’est bien acquittée de son devoir , conseille à la malade de se lever peu de jours après ses couches , et de demeurer quelque temps hors du lit. Celle ci obéit. Mais dès le premier mouvement qu’elle se donne , elle est attaquée d’une affection hystérique, qui diminue d’abord les vidanges, et ensuite les arrête entièrement.

(1) Voyez oi-dessus Sect. 4- Chap . 7, num . îG8.

.Dissertation

Cette suppression prématurée est suivie d’un grand nombre de symptômes qui tuent bientôt la malade, à moins que le Médecin ne soit très-diligent et très-habile. Car quelquefois les vapeurs occasionnent un transport qui, devenant chaque jour plus violent, cause des convulsions, et ensuite la mort ; ou si la femme en réchappe , il lui reste un affaiblissement d’esprit qui dure quelquefois jusqu’à la fin de ses jours D’autres fois après la suppression des vidanges , il survient une fièvre qui prend le caractère des fièvres épidémiques de ce temps-là, ou qui dépend uniquement de la première maladie. Les vapeurs hystériques qui ont produit la suppression des vidanges , redoublent alors leur violence.

"Danger de J 29. J’ai fait réflexion , il y a déjà long-temps ,

St après rTc- (Iue de dix femmes qui meurent en couche, à peine eouchement. y en a-t-il une qui périsse faute d’avoir eu les forces nécessaires pour se délivrer, ou par les douleurs qui accompagnent un accouchement laborieux. Mais la principale cause de leur mort, c’est qu’elles se sont levées trop tôt , et que le mouvement qu’elles se sont données , a occasioné des paroxysmes hystériques , qui ont produit une suppression de vidanges, laquelle a été suivie de symptômes mortels.

Femmes dé- Voilà pourquoi je conseille toujours aux femmes v^paTse ïe- en couche, qui sont d’un tempérament faible, et ver avant le qUi veulent m’écouter , de garder le lit, au moins jusqu au dixième jour , sur-tout si elles ont dejk eu auparavant des vapeurs hystériques: car, outre que le repos les garantit de ces vapeurs , la chaleur continuelle du lit répare encore les esprits qui ont été affaiblis et épuisés , tant par les douleurs de l’accouchement , que par les évacuations qui l’accompagnent ; outre qu’elle aide la nature ,

SUR l’àfffction hystérique. 19 1

et lui sert à digérer et à évacuer toutes les crudités qui se sont accumulées pendant le temps de la grossesse.

i3o. Si donc une femme , pour s’être levée trop Manière de tôt après ses couches , vient à être attaquée de sn£js

quelques-uns des symptômes dont nous parlons, vidanges, les vues que l’on doit avoir en ce cas-là, sont d’appaiser le trouble des esprits, et de rétablir l’écoulement des vidanges , dont la suppression est la cause prochaine et immédiate de ces dangereux symptômes. Il ne faut pas néanmoins suivre trop opiniâtrement cette méthode; mais après avoir employé pendant quelque temps les remèdes qui ont ordinairement du succès en pareil cas, il faut les abandonner s’ils ne réussissent pas : car les remèdes violens 11e conviennent point ici , et on ne doit pas même continuer l’usage de ceux qui sont doux , parce que les accouchées sons alors dans un grand abattement et un grand épuisement de forces.

Par exemple , dès qu’on est assuré de la suppression des vidanges, il faut aussitôt faire mettre la malade au lit, lui appliquer sur le nombril un emplâtre hystérique , et lui ordonner l’électuaire suivant.

Prenez des conserves d absinthe Romaine , et de Electuah-e rue , de chacune une once ; des trochisques de myr- aperifei£ rite , deux gros ; castoréum , safràn , sel volatil ammoniac , et de f assa-fètida , de chacun demigros ; sirop des cinq racines , ce quit en faut pour former un èlectuaire , dont la malade prendra de trois en trois heures la grosseur dune bonne noix muscade , et elle boira par-dessus chaque prise quatre à cinq cuilleièes du julep suivant *

Prenez des eaux de rue , et de bryone composée , JuîeP kysièe

Dissertation

tie chacune trois onces ; du sucre candi , ce qui! en faut. Mêlez cela ensemble pour un julep .

Laudanum , Ces remèdes étant donnés aussitôt qu’on s’aperdonné ǰit de la suppression des vidanges , ils les rap-

daus ce cas-ià. pèleront le plus souvent. Mais si on donne toute la quantité que nous avons marquée , sans que les vidanges reparaissent , il faut dans ce cas-là tenter au moins une fois l’usage du laudanum : car, quoique le laudanum arrête de sa nature les évacuations , néanmoins comme il tranquillise les esprits , dont le désordre a été cause de la suppression , il peut par cette raison être quelquefois très-utile, et rappeler l’écoulement des vidanges , lorsque les emmenagogues ne font rien.

La meilleure manière d’employer alors les narcotiques , est de les marier avec les hystériques et les emmenagogues. Par exemple, on mêlera vingtquatre gouttes de laudanum liquide dans une certaine quantité d’eau de bryone composée ; ou bien un grain etdemi de laudanum en forme solide avec douze grains d’assa-fétida , dont on formera deux pilules.

Ne doit pas 1 3 1 . Si après avoir donné une fois ce remède,

les vidanges ne reviennent pas, il ne taut en aucune façon le réitérer comme on fait, et comme on doit le faire en d’autres occasions ; car si on le réitérait , il supprimerait de telle sorte l'écoulement, qu’on ne pourrait ensuite le rappeler par aucun moyen. Mais si après avoir attendu quelque temps on ne voit aucun effet du laudanum , il faudra revenir aux emmenagogues joints aux hystériques , encore faudra-t-il les employer légèrement, et donner ensuite un lavement avec le lait et le sucre. Je dis un lavement, de même que j’ai dit une prise de laudanum; parce que si un seul lavement ne rappelle pas les vidanges , on ne doit

SUR ^AFFECTION HYSTERIQUE. I q3

rien espérer de plusieurs. Un seul sollicite doucement les humeurs, et par-là il peut exciter l’écoulement ; mais plusieurs le détournent ailleurs (i).

1 32. Si les emmagogues employés légèrement11 faut tempone réussissent pas, le parti que doit prendre

alors un Médecin prudent, c’est de ne rien faire du tout , et de gagner du temps, parce que chaque jour donne plus d’espérance de guérison ; et si la malade passe le vingtième jour, elle n’a presque plus rien à craindre ; car alors étant un peu soulagée, et ayant repris des forces, elle se trouvera en état de soutenir les remèdes qui seront nécessaires pour dissiper les accidens qu’a produits la suppression des vidanges; au lieu que si on s’obstinait à donner des remèdes après que les premiers ont été inutiles, on ne ferait peut-être qu’augmenter la maladie et le désordre des esprits , qui est la cause primordiale; et c’est à quoi il faut bien faire attention.

1 33. Il n’y a pas long-temps qu’une dame, éga- vtcnve par ut*

exemple.

(i) Comme les vidanges peuvent être supprimées par différentes causes , il faut toujours avoir égjrrd à celle qui produit cet accideut : ainsi après un accouchement difficile qui a été accompagné de graudes douleurs, lesquelles Ont occasioné de violentes contractions spasmodiques des solides , et un mouvement tumultuaire des fluides , en conséquence de quoi les vidanges cessent de couler , l’indication curative est d’appaiser ce tumulte ; de quoi on peut venir à bout par la saignée, si on la juge nécessaire, par les lavemens , les anodins , un régime rafraîchissant , et par l’usage des diaphoniques douç et des boissons légères et délayantes , et en tenant la malade tranquille.

Mais si les vidanges sont supprimées pour avoir eu froid , ou par une transpiration arrêtée, ou par un chagrin , ou un crainte, ou par quelque autre cause semblable , il faut que la malade garde le lit , qu’elle use d’un ïégime chand et propre à faire transpirer , qu’elle prenne toutes ses boissons chaudes , qu’elle avale de temps en temps quelques cuillerées d’un cordial convenable , ou de vin chaud , qu elle vive de gelées , de panades , d<£ bouillons , etc. , et lüi donner aussi en même temps des remèdes hystériques , comme myrrhe, borax, safran, blanc de baleine, sel volatil da succiu , racine de valériane sauvage , esprits volatils , et semblables.

Tonte IL 1 3

Dissertation

lement distinguée par sa vertu et par sa naissance , me fit appeler pour la traiter. Elle avait été attaquée de vapeurs hystériques , parce qu'elle s était levée très-peu de temps après avoir accouche, et ses vidanges étaient entièrement supprimées. Je tachai de les faire revenir en me servant des remedes dont j’ai parlé ci-dessus ; mais je n’y réussis pas ; les vapeurs étaient si violentes , qu elles résis

taient à tous les remèdes.

Voyant donc que le moyen de sauver la malade 'était de ne rien faire du tout, je crus devoir abandonner à la nature et au temps le soin de la guérison. Cela réussit à merveille jusqu’au quatorzième jour ; car visitant chaque jour la malade, je ne la trouvai jamais plus mal que le jour d auparavant. Mais au bout de ce temps-la, des femmes qui étaient auprès d’elle , et que j avais eu bien de la peine jusqu’alors d’empêcher de lui nuire , en voulant lui rendre service , persuadèrent au mari de la faire saigner incessamment du pied. Elle fut saignée ; et ce qui en arriva , c’est que les paroxysmes hystériques devinrent si violens, qu au bout de quelques heures il survint des spasmes qui furent

bientôt suivis de la mort.

1 34- E°ur moi, je pense non-seulement que dans les maladies des femmes accouchées , mais encore dans toutes les maladies aiguës ^lorsque je ne suis pas assure de pouvoir les guérir par mes remèdes , le meilleur parti que j’ai à prendre , si je veux remplir les devoirs d’un honnête homme et d’un bon Médecin, c’est de ne rien faire du tout , pourvu qu’en visitant le malade je ne le trouve pas plus mal que le jour d’auparavant , et que je puissq conjecturer raisonnablement qu il ne sera pas plus mal le lendemain. Au lieu que si en traitant ce malade , j’emploie une méthode dont je ne coïib:

Page 1