‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 43 sur 156 · Le malade est encorç affligé de plusieurs autres · texte numérisé non relu

Le malade est encorç affligé de plusieurs autres

de la Goutte. a0g

symptômes, comme (le douleurs aux veines hé* morrhoïdales , de rapports nidoreux et puant , toutes les fois qu’il a mangé quelque chose d ’indigeste, ou qu’il a pris seulement la meme quantité de nourriture qui convient à un homme en santé. Il manque d’appétit ; tout son corps est iaible et languissant. L’urine qui auparavant était tort colorée et en petite quantité , sur-tout pendant les accès, est alors très-abondante, et de la couleur de celle que l’on rend dans le diabètes. Le malade ressent au dos et en d’autres endroits, une démangeaison très-incommode , sur - tout vers l’heure du sommeil. Enfin, sa vie n’est qu’une suite continuelle de maux et douleurs, sans qu’il jouisse d’aucune des douceurs de la vie.

TO\ autre symptôme de la goutte irrégulière invétérée, c’est que quand le malade s’étend pour bailler , principalement le matin , il survient dans les ligamens des os du métatarse une convulsion violente, avec une sensation, comme si on les serrait fortement. D’autres fois, sans qu’il ait précédé aucun bâillement, le malade s’étant endormi, ressent tout à coup une douleur, comme si on lui brisait le métatarse d’un coup de massue. Quelquefois les tendons des muscles extenseurs de la jambe sont attaqués d’un spasme violent, avec une douleur si horrible, que pour peu quelle durât, elle surpasserait toute patience humaine.

il. Après de longs et cruels tourmens, les accès qui viennent ensuite sont rrfôins douloureux, comme étant un gage de la délivrance que la mort prochaine doit bientôt accorder au malade 5 car la jN attire étant affaiblie par la vieillesse , ou accablée par le poids de la matière morbifique ,

11 est plus en état de la pousser fortement et régulièrement aux extrémités du corps; et au Tome IL T /.

»io Tra1t“

lieu des douleurs accoutumées, il survient une esnèce de mal d’estomac, avec des tranchées, des lassitudes spontanées, et quelques un commencement de diarrhée. . , ,

Tandis que ces symptômes subsistent, la dou leur des extrémités cesse; et quand elle revient, ils disparaissent à leur tour : de soi te que la douleur des membres et le mal d estomac se succèdent alternativement l’un à l’autre. Mais comme cette douleur va toujours en diminuant a ctiaqo" accès, quoique 'les accès soient tog.

qu ’auparavant, il arrive delà que le mal desto mac, plutôt que la douleur, cause k mort au malade, car celle qu’il ressent alors n est pas a beaucoup près si grande que celle qu il souffrait? quand il avait toutes ses forces. Mais lorsque les accès étaient plus violens , les intervalles étaient plus longs et la santé meilleure ; et quand a douleur diminue , les intervalles des accès deviennent plus courts et la santé pins mauvaise. Ainsi l’on peut dire que la douleur dans la goutte est un remède très-amer dont se sert la nature. o- i2. Ce ne sont pas encore là tousles symptôme mes de cette maladie. Elle produit très-souvent M'la pierre dans les reins, soit parce que le malade est obligé de demeurer long-temps couche sur le dos, soit parce que les reins ne font pas leurs fonctions ; peut-être aussi que cette puure est une portion de la matière morbinque de a eoutie, ce que je n’entreprendrai pas de décic er. Quoiqu’il en soit de l’origine de cette pierre dans les reins, elle ne cause pas de moindres douleurs que la goutte. Quelquefois même s’engageant dans les conduits urinaires, et supprimant 1 1 urine, elle fait périr le malade , et lui épargne les longues douleurs qu’il aurait eu à souffrir de la goutte.

de la Goutte.

ai i

i3. Le comble de la misère , c’est que pendant Elle r«nd toute la durée de l’accès, l’esprit n’est pas moins JXade qatil malade que le corps , et qu’il est en proie à la corrs* colère , à la crainte , au chagrin , et à toutes les passions de cette nature , dont la faiblesse où il est réduit par la maladie , le rend très-aisément susceptible. De là vient que les goutteux sont également à charge à eux-mêmes et aux autres; et leur esprit ne devient tranquille que quand le mal cesse , et qu’ils ont recouvré la santé.

j 4- Enfin pour achever la description de cette Comment elle cruelle maladie, les viscères se trouvent à la Ion- cau-*e ia gue tellement farcis de l’humeur goutteuse qui y séjourne, et tellement lésés, que les organes secrétoires ne peuvent plus s’acquitter de leurs fonctions ; d’où il arrive que le sang , surchargé de limon et d’ordures, n’ayant plus la liberté de circuler , et la matière peccante ne se portant plus aux extrémités du corps , comme elle avait accoutumé , la mort vient enfin terminer une vie si misérable.

i5. Mais ce qui doit me consoler, et aussi les Elle tue plus autres goutteux, qui n’ont ni de grands biens , J pauv^sX ni un grand génie , c’est que des Rois , des Princes , des Généraux d’armée , des Amiraux , des Philosophes et plusieurs autres hommes illustres ont vécu et sont morts de la sorte. En un mot, la goutte a cela de particulier , qu’on ne trouvera presque dans aucune autre maladie , c’est qu’elle tue plus de riches que de pauvres , et plus de gens d’esprit que des stupides. La nature ne nous montre-t-elle pas clairement par-là que la providence traite sans injustice et sans acception de personnes, tous ses enfans. Ceux à qui elle a refusé les commodités de la vie , en sont abondamment dédommagés par d’autres avanta-

T&àité

ges , et ceux qu’elle a favorisés avec profusion des biens de la fortune, se trouvent à proportion chargés dinfirmités: de sorte que c’est une loi universelle et inviolable , qu’aucun, homme n’est entièrement heureux ni entièrement maheureux , mais que chacun éprouve un mélange de biens et de maux ; ce mélange , qui est si conforme à notre faiblesse et à notre condition mortelle , est sans doute un avantage pour nous.

rarement a<Iies J^* La goutte attaque très-rarement les femmes, femmes et les et seulement celles qui sont déjà avancées en âge , et dont le tempérament vigoureux approche de celui des hommes. Lorsque les femmes maigres ont quelquefois dans leur jeunesse, ou dans l’âge de consistance , des symptômes qui ressemblent à la goutte , ils doivent être attribués à des affections hystériques , ou à des rhumatismes dont elles ont été autrefois attaquées , et dont le levain n’a pas été d’abord suffisamment évacué.

Je n’ai pas encore vu d’enfans , ni de ceux qui sont au-dessous de la jeunesse, attaqués d’une véritable goutte ; mais je connais des sujets qui dans cet âge tendre en ont eu de légères atteintes , savoir, ceux dont lespères avaient actuellement cette maladie lorsqu’ils les engendrèrent (ij. Et voilà tout ce que j’avais à dire sur l’histoire de la goutte.

Cause de la j h Après avoir examiné avec toute l’attention

goutte est uu ,

défaut de coc- possible les divers phénomènes de la goutte, il meur*deS hu‘ me paraît que sa cause est un défaut de cochon dans toutes les humeurs par la faiblesse des solides ( : 2 ); car ceux qui sont sujets à cette maladie,

(1) Boerhaave dit qu’il a vu des enfans goutteux, et que des femmes out gagné cette maladie en couchant avec leurs maris qui en étaient attaqués. C rax , Med. vol. 5. p. i 9 5.

(2) Cela peut bien disposera la goutte, cooüüeaussià d’autres maladies, soit

de la Goutte.'

étant ou des gens usés par l’âge , ou qui , par leurs débauches, se sont attiré une vieillesse pré-

aiguè's, soit chroniques ; mais on ne saurait dire dans un sens exact, que eè soit la seule et unique cause d’aucune maladie, plutôt que d’une autre.

La véritable cause de la goutte est le défaut de la transpiration insensible , dont la matière qui est âcre et saline , étant accumulée dans le corps , se dépose ensuite sur les articles. Plusieurs raisons prouvent la vérité de cette pro* position.

Les veillards sont beaucoup plus sujets à la goutte que les autres; aussi la transpiration diminue-t-elle ebez les veillards à mesure qu’ils avancent en âge.

Sydenham dit que la goutte attaque ceux qui ont cessé les exercices auxquels ils s’étaient livrés pendant leur jeunesse. Sanctorius fait voir que l’oisiveté diminue la transpiration , et que l’exercice l’augmente.

Sydenham dit que les gens d’une corpulence humide, lâche et molle soul plus sujets à la goutte que les autres. Sanctorius dit que ce sout précisément ces gens-là qui transpirent le moins.

Sydenham dit que ceux qui mangent beaucoup et souvent , et ceux qui boivent beaucoup de vin et de liqueurs spiritueuses contractent la goutte. Sanctorius montre que tout cela contribue à diminuer la transpiration.

La goutte attaque pour l’ordinaire à la fin de Janvier , ou au commencement de Février. C’est dans ce temps que la matière de la transpiration a eu le loisir de s’accumuler , et M. Dodart a observé que l’hiver la transpiration est moindre presque de moitié.

Les remèdes qu’on vante pour soulager la goutte , sont propres à rétablir la transpiration , comme le régime de vie, les frictions, le mouvement, l’exercice à cheval , le lait , le quinquina , l’électnaire de Sydenham , l’ail, le mars , la racine de squine , etc.

D’un autre côté, les gens qui sont forcés devivre d’un travail corporel sont exempts de la goutte. La raison en est claire , e’est qu’ils transpirent beaucoup. C’est par la même raison aussi que les eufans n’y sont pas sujets. Les femmes eu sont exemptes tant qu’elles ont leurs regies, parce que la matière de la transpiration retenue s’évaeue avec les menstrues»

L’hiver favorise la génération de la goutte plus quel’été. Ce n’est donc pas le défaut de digestion qu’il faut accuser, puisqu’elle «’exécute mieux l’hiver que l’été , mais le défaut de transpiration qui est beaucoup moindre en hiver* qu’en été.

Les voyages dans les climats chauds sont un moyen très-effîeace pour guérir la goutte, qu’on chercherait eu vain à guérir dans les pays froid». Cependant la digestion ne se fait pas mieux dans les climats chauds que dans les climats froids; mais la transpiration y est plus abondante. Donc c’est la suppression ou la diminution de la transpiration qu’on doit accuser.

Les purgatifs long-temps continués sont nuisibles dans la goutte ; c’est qu’ils diminuent la transpiration, comme font aussi les saignées fréquentes.

Sydenham lui-même propose le rappel de la transpiration comme la crise de la goutte et son remède ; preuve évidente, par la loi des contraires, que la suppresion ou la diminution de la transpiration en est la cause. Il paraît meme, par U manière dont cet Auteur s’exprime dans un endroit de»on traité de la

Traité

maturée, ils manquent universellement d’esprits animaux , qui ont été épuisés par un exercice immodéré des fonctions les plus vigoureuses dans la chaleur de la jeunesse, comme par un usage prématuré et excessif des plaisirs vénériens, par les grandes fatigues qu’ils ont follement essuyées pour contenter leurs passions, et par d’autres causes semblables.

De plus , le grand âge ou la paresse leur a fait interrompre ou abandonner tout d’un coup les exercices du corps auxquels ils étaient accoutumés de jeunesse , et qui servaient à donner de la vigueur au sang , à fortifier les parties solides; d’où il arrive que le corps tombe dans la langueur, que les digestions se font mal , et que les humeurs nuisibles que l’exercice dissipait auparavant , séjournent dans les vaisseaux, et deviennent une semence de la goutte.

Le mal a été quelquefois augmenté par l’étude, ou par une application trop constante à des choses sérieuses , application qui détourne les esprits animaux , et les empêche de vaquer aux différentes coctions , d’une manière convenable. D’ailleurs , comme les goutteux ont généralement grand appétit , et sur-tout pour les alimens les plus indigestes, ils ne se ménagent pas davantage là-dessus que lorsqu’ils faisaient des exercices du corps, et ainsi ils ne sauraient bien digérer ce qu’ils mangent.

goutte , qu’il se défiait de la cause qu’il avait proposée de cette maladie , et suènie qu’jl comptait s’être trompé.

Eulin les douleurs de la goutte augmentent la nuit à 13 manière des rhumatismes, fluxions et autres maux qui dépendent de la transpiration. Tout çela prouve que le but principal qu’on doit se proposer pour guérir la goutte, est de rétablir la transpiration. Voyez de 8 aulx ? Dissertation sur la goutte r jp. 40 , etc.

BE LA GOTTTTE. 21 5

18. Mais quoique la gourmandise et la trop grande quantité de nourriture produisent assez souvent la goutte , elle est encore bien plus souvent l’effet des excès de vin , dont les vapeurs nuisibles corrompent les levains digestifs , précipitent les codions , surchargent le sang d’une abondance excessive d’humeurs , causent des engorgemens dans les viscères , affaiblissent et accablent les esprits animaux. Je dis affaiblissent et accablent ; car si la goutte ne venait que de la faiblesse des esprits , elle attaquerait également les enfans , les femmes et les personnes infirmes ; au lieu qu’elle réattaque presque que les gens les plus robustes et du meilleur tempérament. Mais cela n’arrive que quand le défaut de chaleur , et l’épuisement ou l’affaiblissement des esprits ont occasioné le vice des digestions et l’accumulation des humeurs nuisibles.

19. Les causes que nous avons rapportées produisent également le relâchement des fibres et la crudité des humeurs. Ces humeurs crues, s’accumulant dans le sang , y séjournent et y acquièrent une chaleur et une âcreté particulières ; et comme les vaisseaux affaiblis et relâchés ne peuvent plus les contenir dans leur direction naturelle , elles se jettent sur les articulations, et causent dans les ligamens et dans le périoste des douleurs très-violentes. Ce transport des humeurs sur les articulations , en quoi consiste l’accès de goutte , arrive plus tôt ou plus tard , suivant qu’elle est déterminée par telle ou telle cause qui met les humeurs en mouvement.

20. Pour ce qui est de la curation de la goutte, je parlerai d’abord des remedes dont il faut s’abstenir , et ensuite de ceux qu’il faut employer.

Je dis donc qu’à considérer la crudité des hu-

Elle est souvent produite par les excès de >in.

T)e là s’ensuit un x'elâchement des Êln'es.

Evacuation* ne conviennent pas dan* la goutte.

Traite

Pourquoi

la saignée ni convient pas.

a ïÔ

meurs dans cette maladie , il semblerait d’abord qn’on doit travailler à les évacuer , et après cela à fortifier les digestions, afin de prévenir l’accumulation de pareilles humeurs ; car ce sont-là les deux principales indications que Ton est obligé de remplir dans la plupart des maladies humorales. Mais il n’en est pas de meme dans la goutte. La nature dans cette maladie se débarrasse elle seule de la matière peccante , et pour cela elle la dépose sur les articulations , et la dissipe ensuite par la transpiration insensible. Il n’y aurait que trois moyens d’évacuer l’humeur goutteuse, savoir, la saignée , la purgation et les sueurs. Or , aucun de ces trois moyens ne réussira jamais.

ai. Premièrement , quoique la saignée paraisse très-propre à évacuer la matière de la goutte , soit lorsqu’elle est sur le point de se jeter sur les artb dilations , soit lorsqu’elle les occupe déjà , il se trouve néanmoins qu’elle est évidemment opposée à l’indication que présente la cause antécé* dente de la maladie, et qui est le défautde coction provenant de l’affaiblissement et de Tépaisissement des esprits animaux , car la saignée ne ferait que les affaiblir et les épuiser davantage. Ainsi elle me convient , ni pour prévenir un accès que l’on craint , ni pour adoucir un accès présent , surtout dans les personnes avancées en âge. Et quoique le sang que l’on tire dans l’accès de la goutte ressemble très-souvent à celui que Ton tire dans le rhumatisme ou dans la pleurésie , il est certain néanmoins que la saignée est aussi nuisible dans la première de ces maladies, qu’elle est utile dans les deux autres.

Si Ton saigne dans i’intermission , et meme fort loin des accès , >1 y al ieu de craindre que la saignée, remuant les humeurs, n’attire un nom*

de la. Goutte.

vel accès plus long que le précédent, et accompagné de symptômes encore plus violens , parce que le sang étant affaibli ne pourra se débarrasser comme il faut du levain morbifique. Le même inconvénient arrive aussi toutes les fois que l’on saigne au commencement de l’accès. Si Ton saigne immédiatement après l’accès , il y a grand danger que la nature, déjà affaiblie par la maladie, ne succombe sous ce nouveau coup , et qu’il ne survienne une hydropisie.

Néanmoins si le malade est encore jeune , et qu’il se soit échauffé par des excès de vin , on pourra tenter la saignée au commencement de l’accès : mais il ne faudra pas l’employer toujours dans les accès qui viendront ensuite ; autrement la goutte s’enracinera bientôt , meme dans les jeunes gens , et elle fera plus de progrès en peu de temps , qu’elle n’aurait fait sans cela dans plusieurs années (1),

22. Secondement , la purgation , soit par haut, Pourquoi la soit par bas, n’est pas moins à rejeter que la saignée, convié paT*0 C’est une loi essentielle et inviolable de la nature, que l’humeur goutteuse doit toujours être expulsée aux articulations. Or, les émétiques etlespur-

(i)La saignée n’est pas seulement utile, mais encore elle est nécessaire dans les intervalles de la goutte quand il y a pléthore, et on peut la faire en toute sûreté; car lorsque les vaisseauxsout considérablement affaiblis et relâchés par un grand nombre d’attaques de goutte, la trop grande quantité de sang ne saurait manquer d’etre extrêmement nuisible , puisqu’en les distendant elle les affaiblit encore davantage. D’ailleurs il arrive souvent que les goutteux ont un grand appétit dans les intervalles de leur mal , et digèrent très-bien ; ainsi ils font beaucoup de chyle , et surchargent leurs vaisseaux qui ont besoin en conséquence d’être désemplis de temps en temps par la saignée et par d’autres évacuations convenables , afin qu’ils puissent conserver leur élasticité , et qua les liquides circulant plus librement, ne s’épaississent pas.

Hoffmann recommande d’appliquer les ventouses sous la planfe du pied tous les trois mois, et dit que cette méthode a été fort utile à plusieurs per- S canes , et qu il s’en est Lie a trouvé lui-mème. Hoffman Qper. (cm. 2. ju. 340..

sa 8 Traité

gatifs ne produiront autre chose , que de la faire rentrer dans le sang, d’où elle se jettera peut-être sur quelque viscère; et ainsi le malade , qui auparavant était hors de tout péril , se trouvera en danger de la vie.

C’est ce qu’on voit arriyer assez souvent à ceux qui se sont fait une habitude de prendre des purgatifs , afin de prévenir la goutte , ou , ce qui est encore pis , afin d’adoucir l’accès quand il est venu. A la vérité , la douleur des articulations cesse alors entièrement, ou du moins il en reste fort peu. Mais comme on attire les humeurs vers les intestins , et qu’ainsi on force la nature , qui , en déposant la matière morbifique sur les articulations , mettait le malade en sûreté , il se trouve qu’au heu de la douleur des extrémités le malade est attaqué de maux d’estomac , de tranchées du ventre , de défaillances , et de tous les redoutables symptômes de la goutte remontée.

a3. Pour moi , je suis très-persuadé , par une longue et constante expérience , que tous les purgatifs, même les plus doux, que l’on met ordinairement en usage pour évacuer 1 humeur goutteuse , sont très-nuisibles ; soit qu’on les emploie dans les accès , en vue de diminuer la matière peccante ; ou à la fin de l’accès , pour emporter le reste de la maladie ; ou dans les intervalles des accès, et lorsque la personne est en bonne santé, afin de prévenir la goutte. Jai éprouvé sur les autres et sur moi-même , que la purgation dans tous ces différens temps n’a fait qu’augmenter le

mal , au lieu de le guérir.

D’abord , si on purge dans le fort de l’accès , on trouble la Nature qui est alors occupée à séparer la matière morbifique , et à la déposer sur 4es articulations , et on met quelquefois les esprit»

de la Goutte.

! en grand désordre , ce qui rend l’accès plus violent, et jette le malade dans un péril manifeste.

Si on purge à la fin de l’accès, on ne vient pas à bout d’évacuer les restes de l’humeur peccante , et on attire au contraire un nouvel accès aussi cruel que le précédent ; malheur que l’on aurait épargné au malade si l’on n’avait pas mis les humeurs en mouvement. C’est ce qui m’est arrivé plus d’une fois à moi-même , pour avoir voulu mal à propos recourir aux remèdes, afin d’emporter, comme je m’imaginais, les restes de la matière morbifique.

Enfin , si on purge dans les intervalles des accès , et lorsque la personne est en bonne santé, il est vrai qu’on ne risque pas tant que dans les deux premiers cas ; mais la goutte ne laissera pas de revenir par les memes causes que nous avons rapportées ci-devant ; et quand elle ne reviendrait pas d’abord , elle ne sera pas guérie pour cela.

Je sais des goutteux qui se purgeaint régulièrement , non-seulement au printemps et en automne , mais encore chaque mois , et même chaque semaine , sans néanmoins qu’aucun d’eux ait jamais pu se délivrer de la goutte : bien loin de là , elle est devenue plus cruelle et plus terrible que s’ils n’avaient fait aucun remède. Les purgatifs peuvent bien, à la vérité , évacuer une certaine portion de la matière morbifique ; mais, comme ils ne fortifient pas les digestions , et qu’au contraire ils affaiblissent encore davantage , et achèvent d’épuiser la Nature languissante , ils attaquent seulement une des causes de la maladie , et par conséquent sont tout-à-fait incapables de la guérir.

2/j. On remarquera encore que les esprits animaux étant faibles et languissans dans les gout-

Traité

teux ? sont aisément troublés et mis en désordre par toutes les causes qui peuvent faire des impressions un peu violentes sur Tame ou sur le corps , comme Ton voit arriver très-souvent dans les hommes qui sont sujets à l’affection hypocondriaque , et dans les femmes qui sont sujettes à Taffection hystérique. Cette facilité qu’ont les esprits à se mettre en désordre ? fait que la moindre évacuation attire presque toujours un accès de goutte: car les parties solides étant relâchées , et n’ayant plus cette tension qui dépend de la force des esprits , et qui est nécessaire pour la santé , la matière peccante ne trouve plus alors de résistance : ainsi elle se met en liberté , et se jetant sur les extrémités , forme l’accès de goutte.

Quelque pernicieuse que soit la méthode de purger dans cette maladie , elle n’a pas laissé de donner beaucoup de réputation à certains Empiriques qui faisaient un grand secret du purgatif dont ils se servaient. Il est vrai que , durant la purgation , le malade ne souffre point , ou souffre très-légèrement , et que , si on peut la continuer pendant plusieurs jours , sans qu’il survienne un nouvel accès , le malade sera délivré de l’accès présent ; mais il payera chèrement dans la suite ce petit avantage par les désordres étranges que causera l’agitation des humeurs (i).

(i) Sydenham, dit le Docteur Cheyne , quoique d’ailleurs très-exact observateur et très-judicieux Praticien , a donné occasion , ce me semble , à une grande erreur dans le traitement de la goutte , en interdisant toutes sortes d’évacuations, soit dans l’accès, soit dans les intervales , crainte d’affaiblir le tempérament. Les attaques périodiques de la goutte régulière arrivent ordinairement eu deux saisons ; savoir , dans le printemps et dans 1 automne. Je les regarde comme des évacuations critiques de la dernière importance , qui servent à dépurer le sang et à le débarrasser (Tes sels de la goutte. Ainsi il ne faut pas plus troubler la nature dans ces sortes d’opérations , que dans les purgations menstruelles du sexe , quoiqu’il soit très*

de la Goutte. 221

26. Enfin , pour ce qui est de la méthode d’évacuer 1 humeur goutteuse par les sueurs , quoique cette méthode ne soit pas aussi mauvaise que les deux précédentes , et qu elle n’attire pas le levain morbifique sur les viscères , puisqu’au contraire, elle pousse vers la superficie du corps , elle ne laisse pas néanmoins d etre nuisible par plusieurs endroits. Premièrement , si on l’emploie hors des accès , c est-a-dire , lorsque 1 humeur goutteuse est encore crue et indigeste , et ne peut se séparer comme il faut de la masse du sang, on force la Nature , et au heu de détourner l’accès , 011 ne fait que 1 avancer : secondement , si on excite les sueurs durant 1 accès, la violence avec laquelle la matière morbifique est alors poussée sur la partie souffrante , augmente extrêmement les douleurs ; et si cette matière se trouve trop abon-

Idante , pour que le membre affligé puisse la recevoir toute entière, elle est obligée de se jeter sur d autres parties , d où s’ensuit un orgasme et une violente ébullition , ou fermentation dans le sang et dans les autres humeurs : et si le corps

avantageux de procurer une transpiration abondante , ou une douce moiteur. Mais dans les légères atteintes de goutte qui surviennent lors du printemps et de 1 automne , et dans les intervalles des accès, les purgatifs doux et stomachiques sont excellens pour dissiper ces légères atteintes , et pour eloigner et diminuer les accès.

Un goutteux doit être regardé dans les intervalles de sa malaladie comme un homme qui se porte bien , à l’exception de la disposition naturelle où il est d’avoir un autre accès de goutte, et on peut alors lui donner des remèdes

I comme à une autre personne , bien entendu qu’on ait égard à son tempéra* ment particulier. Ainsi la véritable méthode de traiter la goutte , consiste à entretenu pendant 1 accès une transpiration abondante et uniforme, et dans les intervalles de la maladie a faire faire de l’exercice, et à employer des purgatifs doux et stomachiques. Cheui-e, Essai sur la goutte , p. 22. 23.

Quelques auteurs recommandent de donner des lavemeus dans les accès de goutte ; et il et certain que si la fièvre est violente , ou le ventre resserré ,

on peut les employer non-seulement sans danger . tuais encore avec beaucoup d’utilité.

Pourquoi la sueur

est nuisible.

Traite

est plein de sérosités , on a sujet de craindre une apoplexie.

27.Yoilà pourquoi dans la goutte , de même que dans toutes les autres maladies où l’on entreprend d’évacuer la matière morbifique en excitant les sueurs par art , sans que la Nature s’y porte d’elle-mème , il est extrêmement dangereux de les pousser avec trop de violence , et de remuer des humeurs qui ne sont pas encore duement préparées.

Le célèbre Aphorisme d’Hippocrate, où il est dit qu’on ne doit purger que les matières qui ont subi une coction suffisante , et non pas celles qui sont encore crues , a autant lieu quand il s’agit [de provoquer les sueurs que quand il s’agit de purger (i); c’est ce qu’on voit clairement dans la sueur qui a coutume de terminer les accès des fièvres intermittentes. Car si cette sueur est modérée r et exactement proportionnée à la quantité de matière fébrile dont l’accès qui finit a opéré la coction , elle est extrêmement utile ; mais si on la poussée trop loin , comme lorsqu’on oblige le malade de garder entièrement le lit , alors c’est jeter de l’huile sur le feu ; et la fièvre , au lieu de cesser , devient continue.

Pareillement dans la goutte, la douce moiteur, qui ordinairement survient d’elle-mème le matin après chacun des petits accès qui composent l’accès entier de la goutte , adoucit les douleurs et les inquiétudes dont le malade a été tourmenté toute la nuit : mais . si au lieu de laisser agir la Nature , on va exciter cette moiteur plus longtemps et plus fortement que ne demande la quantité de matière peccante dont la coction est alors

|i) Voyez Sect' 3. Chap. 3. nuin. 9.

jbE la Goutte.

achevée , on ne fait qu’irriter et augmenter le mal.

Aussi , dans la goutte et dans toutes les autres maladies , à l’exception de la peste , c’est moins l’office du Médecin , que l’ouvrage de la Nature, de procurer les sueurs. Car , comme nous ne pouvons savoir en aucune façon , quelle quantité de matière morbifique se trouve préparée pour être évacuée de cette manière, il nous est imposa sible par conséquent de savoir jusqu’à quel point nous devons exciter les sueurs (i).

28. Puisqu’il est donc clair que les évacuations L’imligesîioft

. 1 . • .*1 • • • et la chaleur

sont non-seulement inutiles , mais encore nuisi-<ies iuimeurs blés dans la goutte , il s’agit maintenant de re- ,^e

chercher quelles autres indications l’on doit suivre mentregardans le traitement de cette maladie. Pour moi d<^es daus apres en avoir examiné soigneusement tous les symptômes , je trouve qu’il faut principalement attaquer deux causes : la première est la cause antécédente , c’est-à-dire l’indigestion des humeurs, produite par un defaut de chaleur et des esprits: la seconde est la cause conjointe , c’est-à-dire, la chaleur et l’inflammation des mêmes humeurs, lorsqu’ayarit séjourné trop long-temps dans le sang à raison de leur crudité , elles se sont a finalisées , et sont devenues âcres.

Ces deux causes sont absolument différentes Tune de l’autre , en sorte que les remèdes qui conviennent à l’une sont contraires à fautre ; et de là vient la difficulté de la cure. Car, d’un côté, si on emploie les remèdes échauffans pour com*

(1) Plusieurs Auteurs recommandent d’exciter et d’entretenir une sueuc douce et égale pendant l’accès de goutte, parce qu’il est accompagné de fièvre,, et que l’expérience montre l’utilité delà sueur pour diminuer la fièvre , purifier la masse du sang, et évacuer peu à peu et insensiblement l’humeur goutteuse. Mais les remèdes qu’ou emploie pour exciter la scieur^ doiveuÊ être dclayans et naudéréaieut chauds, et poiut trop actif».

flLAltÉ

battre l’indigestion des humeurs, on risque d’an g-1 menter leur chaleur ; et de l’autre coté , si on met en usage le régime et les remèdes rafraîchissans pour tempérer la chaleur et l’âcreté des humeurs, on augmente l’indigestion, en affaiblissant la chaleur naturelle. J’appelle ici cause conjointe , nonseulement celle qui, occupant actuellement les articulations, forme l’accès de goutte , mais aussi celle qui, étant encore dans le sang, n’a pas reçu les préparations nécessaires pour en être séparée; car rarement un accès , quelque long et quelque cruel qu’il soit, évacue tellement la matière peccante , qu’il n’en reste rien du tout dans le corps, après qu’il est passé. Ainsi on doit avoir égard à cette double cause, tant durant l’accès que dans l’intervalle des accès.

Indication Mais , comme l’évacuation de la matière morbide rétïbifr les ^due est uniquement l’ouvrage de la Nature, et digestions, que , pour adoucir l’ -creté et l’inflammation des humeurs, sans affaiblir encore davantage les digestions, on ne saurait faire autre chose que d’éviter les alimens et les remèdes trop chauds , il s’ensuit que 1 indication principale consiste à rétablir les digestions. Je vais parler maintenant des ^moyens de la remplir, et j’indiquerai aussi, suivant que l’occasion s’en présentera , les remèdes qui sont propres à tempérer la chaleur des humeurs, et à adoucir leur âereté.

Comment il 29. Les remèdes capables de rétablir les digespiir, k rem tions sont tous ceux qui fortifient l'estomac, afin qu’il fasse dûment la coction des alimens ; qui donnent de la vigueur au sang, afin que le chyle se change parfaitement en cette liqueur ; qui fortifient les parties solides, afin quelles convertissent mieux en leur propre substance les sucs destinés à leur nutrition et leur accroissement ; enfin

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tous ceux qui conservent les différens organes sécrétoires et excrétoires dans un état convenable pour bien faire leurs fonctions. Je nomme digestifs, tous ces remèdes , soit qu'on les tire de la matière médicale , ou du régime , ou de l’exercice , ou de quelqu’une des six choses non naturelles.

30. Les remèdes proprement dits qui remplis- Dénombresent cette indication, sont ceux qui ont une cha-ffièdçS leur, ou une amertume médiocre, ou qui piquent doucement la langue. Telles sont les racines d’angélique et d’aunée , les feuilles d’absinthe, de

petite centaurée, de germandrée, d’ivette, etc. , à quoi l’on peut ajouter les antiscorbutiques , comme les racines de raifort sauvage, les feuilles de cochléaria , de cresson d’eau , etc. , dont on doit néanmoins user modérément , parce que ces remèdes étant âcres et piquans , quoique d’ailleurs bons à l’estomac, et favorables à la digestion, entretiennent le foyer de la maladie, et augmentent la chaleur; au lieu que les premiers, sans produire ces mauvais effets, fortifient l’estomac , et donnent de la vigueur au sang par une chaleur douce et une amertume médiocre.

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