‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 42 sur 156 · DE LA GOUTTE · texte numérisé non relu

DE LA GOUTTE

ï. On ne manquera pas de croire qu’il est très- Nature de

i ' ro 'T , a • la. goutte est

difficile, et meme presque impossible de con- difficile à comnaître la nature de la goutte , ou que jai bien peu prendre, d’esprit et de sagacité , puisque , malgré les observations que j’ai faites sur l’histoire et le traitement de cette maladie , je n’ai pu m’en guérir moi-méme depuis trente-quatre ans que j’en suis affligé. Quoiqu’il en soit , je ne laisserai pas de rapporter ici de bonne foi tout ce que j’ai pu découvrir jusqu’à présent sur cette matière ; je ne dissimulerai point les difficultés qui s’y rencontrent , et je m’assure que le temps confirmera et éclaircira mes observations.

2. La goutte attaque le plus souvent les Quels sujets vieillards qui , après avoir passé la plus grande pdudpateT partie de leur vie dans la mollesse , les plaisirs ment, et la bonne chère , dans les excès du vin et d’autres liqueurs spiritueuses , étant ensuite appesantis par l’âge , ont abandonné entièrement les exercices du corps auxquels ils étaient accoutumés dès leur jeunesse. Outre cela , ceux qui

sont sujets à la goutte , ont la tète grosse , sont ordinairement d’une corpulence pleine , molle et humide , mais d’une constitution forte et robuste , et ont de très-bons principes de vie.

3. On ne laisse pas néanmoins de voir quel- Ce qui dispose quefois , mais plus rarement , des personnes a la 8°utte' maigres et décharnées , sujettes à la goutte , et

même des jeunes gens ; savoir , ceux qui ont

Elle est différente suivant les différons sujets.

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hérité cette maladie de leur père , ou ceux qui , sans l’avoir d’origine , se sont livrés de bonne heure et avec excès aux plaisirs de l’amour , ou qui ont tout-à fait renoncé à leurs exercices ordinaires, et ont été avec cela de grands mangeurs, et après avoir usé immodérément des liqueurs spiritueuses , sont ensuite passés tout d un coup à l’usage des boissons légères et rafraîchissantes (ï).

4, Lorsque la goutte survient pour la premiere fois dans la vieillesse , elle n a jamais de périodes si réglées , et n’est jamais si violente que lorsqu’elle attaque dans la jeunesse. La raison de cela , c’est que la mort arrive d’ordinaire avant que la maladie ait eu le temps de parvenir à son plus haut degré ; et que la chaleur naturelle et la vigueur du corps étant diminuées à cet âge , la matière morbifique ne saurait être poussée si fortement et si régulièrement aux articulations.

Quand la goutte attaque de meilleure heure, elle est d’abord vague et peu douloureuse , ne dure pas long-temps , cesse et revient sans aucune règle , et sans garder de période certaine ; mais insensiblement elle se fixe et prend un type régulier , tant par rapport à la saison de l’année où elle arrive, que par rapport à la durée de l’accès; et alors elle se fait sentir avec beaucoup plus de violence qu’au commencement

(1) Un changement subit d'une extrémité à l’autre ne saurait manquer d’affaiblir beaucoup le tempérament dans la plupart des sujets , et peut aisément leur causer la goutte ou d’autres maladies chroniques , suivant qu’ils y ont plus de disposition ; de cette manière il fera un plus grand mal que celui qu’on voulait prévenir. Ainsi quand ou veut changer sa manière de vivre , il faut toujours avoir soin d$ prendre conseil , et que ce changement se fasse par degré, et peu à pe.tu

de la Goutte.

5. Je parlerai d’abord de la goutte régulière ; ensuite de l’irrégulière , c’est-à-dire de celle que grès de u des remèdes employés mal à propos ont fait reinonter , ou qui , à raison de la trop grande faiblesse du sujet, n’a pu produire les véritables symptômes de la maladie. ^

La ^outte régulière arrive soudainement a la fin de Janvier ou au commencement deFéviier, sans presque aucun avant-coureur , si ce n est que le malade , quelques semaines auparavant , a été incommodé de crudités d estomac , ou din igestion , et qu’il s’est trouvé pesant et gonflé, comme par des vents. Cette enflure et pesanteur augmentent de jour en jour , jusqu à 1 arrivée de l’accès qui est précédé de quelques jours par un engourdissement. En même temps le malade sent comme des vents qui descendent le long des muscles des cuisses , avec une espèce de

crampe. , .

La veille de l’accès , le malade a un appétit

plus grand que de coutume , et qui n’est pas naturel. Se portant bien en apparence , il se met au lit et s’endort ; mais vers les deux heures après minuit , il est reveillé par une douleur qui se fait sentir d’ordinaire au gros doigt du pied, et quelquefois aussi au talon , au gras de jambe , ou à la cheville du pied. Cette douleur ressemble à celle qui accompagne la dislocation des os de ces parties , avec un sentiment , comme d une eau qui ne serait pas tout-à-fait froide , répandue sur les membranes de la partie affectée ; et bientôt après , il survient un froid , un tremblement et une fièvre légère.

La douleur qui d’abord est supportable , devient par degrés plus fâcheuse j et , à mesure qu elle augmente > le froid et le tremblement di-

Traité

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minuent: cela dure ainsi tout le jour , jusqu’à ce qu’enfin vers le soir la douleur parvient à son plus haut point , s’accommodant aux différens os du tarse et du métatarse , dont elle attaque les ligamens. Cette douleur ressemble tantôt à une tension violente , ou à un déchirement des ligamens ? tantôt à celle que cause la morsure d’un chien , et quelquefois à celle qui est produite par une violente compression. De plus , la partie affligée ressent une douleur si vive , qu’elle ne peut seulement supporter le poids de la couverture , ni qu’on marche un peu fortement dans la chambre. Le malade s’agite continuellement, et fait mille efforts pour donner une autre situation , tant à son corps qu’à la partie affectée.

Mais c’est inutilement qu’il cherche à appaiser la douleur ; elle ne cesse que vers les deux ou trois heures du matin , après que l’accès a duré l’espace d’un jour et d’une nuit. Alors l’humeur peccante étant un peu digérée et dissipée , le malade se trouve soulagé tout à coup , soulagement qu’il attribue mal à propos à la situation ou il a mis en dernier lieu la partie souffrante. Il lui prend ensuite une douce moiteur, et il se laisse aller au sommeil.

À son reveil , la douleur est encore fort diminuée , et il aperçoit la partie malade nouvellement tuméfiée , au lieu qu’auparavant on n’y voyait qu’un gonflement considérable des veines , comme il est ordinaire dans toutes les attaques de goutte. Le lendemain , et même pendant deux ou trois jours , lorsque la matière morbifique est abondante , il reste un peu de douleur qui augmente sur le soir , et diminue dès le grand matin.

Peu de jours après , l’autre pied se trouve attaqué d’une douleur toute semblable , et avec

de la Goutte,

les memes symptômes ; et quand elle est fort violente , il ne reste plus ni douleur, ni faiblesse au pied qui a souffert le premier , et il se trouve dans le meme état que s’il n’avait jamais souffert. Quelquefois neanmoins la matière peccante est si abondante, que , ne pouvant se décharger toute entière sur l’un des pieds T elle se fait sentir en même temps et avec la même violence dans tous les deux , dès les premiers jours de la maladie $ mais , pour l’ordinaire , elle n’attaque les deux pieds que successivement.

Après que les deux pieds ont été si maltraités, les accès qui suivent sont sans règle, tant pour leur commencement que pour leur durée, à i’exception que la douleuuaugmente toujours le soir et diminue le matin. Tous ces petits accès composent l’accès entier de la goutte qui est plus long ou plus court, suivant l’âge du malade. Car il ne faut pas croire qu’un homme qui a été tourmenté de la goutte pendant deux ou trois mois, n’ait eu qu’un seul et même accès ; il a eu une suite et un enchaînement de plusieurs petits accès, dont le dernier a toujours été plus doux et plus court que le précédent, jusqu’à ce qu’enfin la matière morbifique étant tout-à-fait détruite , le malade recouvre sa première santé.

Dans les sujets vigoureux et dans ceux que la goutte attaque plus rarement, l’accès ne dure souvent que quatorze jours. Dans les veillards et dans ceux qui ont été souvent attaqués, il dure jusqu’à deux mois. Enfin, dans ceux qui ont déjà été affaiblis par la longueur de la maladie , il dure encore davantage, et on n’en est quitte que lorsque l’été est déjà avancé.

Durant les quatorze premiers jours, l’urine est fort colorée, et laisse, après quelle est reposée.

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Irajte

Symptômes de la goutte

irrégulière.

im sediment rouge, et plein de petits sables. Le malade ne rend le plus souvent en urinant que la troisième partie de sa boisson, et, pendant ce temps-là, le ventre est serré. La perte d’appétit, un froid de tout le corps vers le soir, une pesanteur et une sensation douleureuse , meme dans les parties qui ne sont point attaquées, accompagnent l’accès pendant toute sa durée.

Lorsque l’accès finit, il survient au pied malade une démangeaison insupportable, sur-tout entre les orteils, d’où ilse détache une matière semblable à du son , et il tombe des écailles de la peau des pieds , comme il arrive à ceux qui ont été empoisonnés. La maladie étant terminée, les forces et l’appétit reviennent plus ou moins vite , à proportion que l’accès a été plus ou moins violent; et il «ri est de même de l’accès suivant ; c'est-dire, que si le dernier a été fort cruel , le suivant ne paraîtra précisément qu’au bout d une année (i).

6. Tels sont les véritables symptômes de la goutte régulière; mais quand cette maladie n’est pas traitée méthodiquement, ou quelle a duré longtemps, et s’est, pour ainsi dire , naturalisée dans le corps, ou lorsque la Nature n’est pas en état d’expulser comme il faut la matière peccante, les symptômes sont bien différens de ceux que nous venons de décrire.

Les pieds sont le siège propre de la matière peccante , et quand elle se porte ailleurs, c’est une

(lj Cette description de la goutte régulière est la plus exacte qu’ou ait jamais donnée et qu'on puisse donner. On voit bien quelle est copiée d’après nature, et il n’est poiut de goutteux qui uese reconnaisse dans ce lidele tableau. L'exactitude de notre Auteur daus la description des maladies, mérite d’être proposée à tous ceux qui voudront écrire sur la Médecine , comme un modèle vraiment digue d’etre imité. Lecelèbre Hoffmann a inséré tout au long cette histoire de la goutte dans sou discouy» sur celte maladie , ne cioyant ^a? ÿouyoiç en douter nue meilleur®.

de la Goutte.

marque sûre que l’on a employé une mauvaise méthode dans la curation , ou que la force du corps a diminué peu à peu. Or, la douleur qui, dans la goutte régulière , n’occupait que les pieds , occupe dans l’irrégulière les mains, les poignets, les coudes et d’autres endroits, et s’y fait sentir vivement. Quelquefois, après avoir tourmenté un ou plusieurs doigts, elle les tord et les rend semblables à une botte de panais, les prive peu à peu de leurs mouvemens, et forme autour de leurs ligamens des concrétions tophacées qui détruisent la peau et l’épiderme des articulations, et ressemblent à de la craie ou à des yeux d'écrevisses , qu’on peut tirer avec la pointe d’une épingle.

Quelquefois la matière morbifique se jette sur les coudes, et y forme une tumeur blanchâtre, qui est presque de la grosseur d’un œuf, et qui peu à peu s’enflamme et devient rouge. D’autres fois , elle occupe la cuisse , et fait sentir comme un poids qui y .serait suspendu, sans causer pourtant de douleur considérable : de là passant au genou , elle l’afflige davantage et empêche son mouvement , en sorte que le malade est comme cloué dans son lit, sans pouvoir bouger de sa place.

Quand il s’agit de le remuer, soit à raison du malaise qu’il sent par-tout le corps, et qui est si ordinaire dans cette maladie, soit pour quelque besoin naturel, si on n’apporte pas toute l’attention possible à le manier délicatement , on lui cause une douleur qui serait insupportable , si elle durait quelque temps. Cette attention et cette délicatesse qu’il faut avoir en remuant le malade , n’est pas une des moindres incommodités de la goutte; car les douleurs violentes ne durent pas pendant tout le temps de l’accès, lors-

Traité

Elle dure la plus grande partie de l'année.

Intervalles sont plus courts et accompagnés d’une grande faiblesse.

Antres symptômes.

qu’on a le soin de tenir la partie affligée dans un parfait repos.

7. La goutte qui auparavant ne commençait d’ordinaire que sur la tin de l’hiver , et se terminait au bout de deux ou trois mois , dure ensuite pendant toute l’année , excepté deux ou trois mois en été. Et comme l’accès entier est alors plus long qu’anparavant , chacun des petits accès qui le composent , l’est aussi davantage ; car, au lieu qu’auparavant chacun ne durait qu’un jour ou deux, présentement il dure jusqu’à quatorze jours, en quelque endroit qu’il se fixe , sur - tout s’il occupe les pieds ou les genoux. De plus, dès le premier ou le second jour de l’accès, le malade, outre la douleur, sent un certain malaise et perd entièrement l’appétit.

8. Avant que la goutte fût à ce point de violence, le malade avait de longs intervalles entre les attaques , et alors il jouissait d’une parfaite santé, et faisait bien toutes ses fonctions ; mais dans le temps dont je parle, il a les membres presque entièrement retirés et empêchés ; et quoiqu’il puisse se tenir debout, ‘et même marcher un peu, il ne le fait néanmoins qu’avec beaucoup de peine, et en boitant, en sorte qu’il ne semble presque pas se remuer du tout ; et s’il s’obstine à vouloir marcher au-delà de ses forces , afin de se dégourdir et d’éloigner la goutte, il risque d’attirer sur les viscères la matière peccante qui, durant tout cet intervalle, n’a jamais été entièrement dissipée , et qui n’a pas la même liberté de se jeter sur les pieds; quoique, dans ce tempslà même, les pieds ne soient pas tout-à-fait exempts de douleur, et qu’ils souffrent toujours plus ou moins.

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