‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 60 sur 156 · DE FIÈVRE · texte numérisé non relu

DE FIÈVRE

QUI PI RUT EN i685.

Nouvelle cons- r* Vüoiqüe mon grand âge et ma mauvaise Santé. ne ,me permettent guère d’écrire, je ne relie sorte de saurais néanmoins m’empêcher de le faire pour 1 intérêt du public, et pour instruire mes concitoyens du changement qui est arrivé dans la constitution de Pair, et qui a produit une nouvelle sorte de fièvre très-différente de celles qui ont régné les années précédentes.

précédées parr 2‘ 11 faut se s°uvenir que pendant l’automne de froid vio. 1 annee 1677 » il commença à paraître des fièvres intermittentes, qui ensuite augmentèrent chaque année , et devinrent de plus en plus épidémiques, jusqu a ce qu’étant parvenues à leur plus haut de- |pé ? elles allèrent après cela en diminuant , et furent si rares |3endant les dernières années de cette constitution , qu’on ne pouvait presque plus les regarder comme une maladie épidémique (1).

. remarquer que les deux dernières années de la même constitution , il y eut un hiver très- 1 igoureux , sur-tout la pénultième année, savoir, en 168'E, où le froid fut le plus violent et le pius ong qu 011 eut jamais vu. La Tamise fut tellement

(j) Voyez/;. 9 ? 10. num, 10 , 11.

Lettre sur une nouvelle sorte de Fièvre. 3oi

gelée , que les carrosses y passaient librement ; on y tenait des marchés comme sur une place , et il y avait un grand concours de monde.

L hiver de lannee suivante j68/j ne fut ‘Uière ^II moins froid et moins long que le précédent. Au mène™ c°m' mois de Février i685 , un dégel étant venu , la constitution de 1 air changea , et il parut une fièvre , qui est celle dont je veux parler maintenant, et que je regarde comme une nouvelle sorte de fièvre, entièrement différente de celle qui avait régné pendant les huit années précédentes.

3. Je ne saurais dire si ce changement de cons- d’où venait titution doit être attribué à un changement des 1Jech!îngemen-t qualités manifestes de iair, car je sais certainement tu^on(^e^airque les diverses altérations qui sont arrivées en différentes années aux qualités sensibles de cet élément, n’ont pas produit différentes sortes de maladies épidémiques ; et que durant un certain nombre d’années, quoique très-différentes entre elles par rapport aux qualités manifestes de l’air,

il n’a régné que la même espèce de fièvres stationnaires.

Les réflexions sérieuses que j’ai faites là-dessus ; m ont porté à croire , comme j’ai dit ailleurs , que les divers changemens qui arrivent dans la constitution de 1 air , viennent principalement de quelque altération secrète et cachée qui se fait dans les entrailles de la terre, dont les vapeurs se répandent dans 1 atmosphère; ou bien de quelque influence des corps célestes.

Il est bon néanmoins d observer que lorsque la fièvre opntinue de l’an 1664 cessa, il y avait eu cette année-là, dès le commencement de l’hiver, une gelée très-forte et très-sèche , qui dura jusque vers le milieu du mois de Mars. Alors le dégel étant venu, la fièvre pestilentielle et ensuite la peste

Lettre

commencèrent à se faire sentir. Quoiqu il en soit, la fièvre dont il s’agit maintenant, parut pour la première fois au mois de Février de 1 année dernière i685 , et elle a régné cette année-là et l’année présente 1686 dans tous les quartieis de 1 Angleterre. Mais elle a été beaucoup plus épidémique par-tout ailleurs qu’à Londres.

L’Autenr se 4- Les premières fois que je fus appelé pour trompe d’a- traiter cette fièvre, je crus quelle n était nulleardce«“ % ment du genre des fièvre stationnaires , mais plu- Tre* tôt de celui des intercurrentes, qui reviennent in¬

différemment presque chaque année; c’est-à-dire, que je la pris pour la fausse péripneumonie dont fai donné la description dans le Traité des Maladies Aiguës (i): j’y trouvais seulement cette dixrérerfce |&c est que quelquefois elle n’avait pas les symptômes les plus essentiels et les plus ordinaires de la fausse péripneumonie, savoir, une toux violente, une très-cruelle douleur de tète qui se fait sentir en toussant , et où il semble que la tete va se fendre, des vertiges sitôt qu on se remue tant soit peu , une grande difficulté de respirer.

Mais je sentis ensuite queje m’étais trompé dans ma conjecture , et que la source de mon erreur était la grande ressemblance qu avait cette fievie avec la fausse péripneumonie, qui tous les hivers se fait sentir de temps en temps. En effet, comme la fièvre dont nous parlons , continua pendant l’été , qui est la saison où la fausse péripneumonie a coutume de cesser, je reconnus bientôt mon erreur, et je fus persuadé que cette fièvre provenait d’une nouvelle constitution de 1 air.

Dénombre- 5 Voici les symptômes quelle eut dès le corn- St^,ses mencement , et quelle a encore aujourd’hui au-

(i) Voyez Tom. I , Sect. 0 , Ghap. 4*

SUR UJN'E NOUVELLE SORTE DE I IEVRE. 3 O 3

tant que j’ai pu le remarquer. Le malade est attaqué alternativement de froid et de chaud; il se plaint fréquemment d’une douleur à la tête et dans les membres : son pouls n’est, pas fort différent de celui des personnes qui sont en santé. Le sang qu’on lui tire ressemble assez souvent à celui des pleurétiques. Il y a ordinairement nne toux. Plus on est éloigné de l’hiver quand la maladie survient, plus tôt cette toux cesse , de meme que les autressymptômes quiaccompagnent une péripneumonie douce et d’un bon caractère. Il y a quelquefois dans le commencement de la maladie une douleur au cou et au gosier , mais plus légère que dans l’esquinancie. La lièvre , quoique véritablement continue, ne llKse pas d’avoir sur le soir de très-fâcheux redoublemens , de meme que si

c’était une fièvre double tierce ou quotidienne. Il est très-dangereux pour le malade de toujours garder le lit, quelque légèrement qu’il soit couvert ; car alors la fièvre se portant à la tète, cause aisément le coma ou la frénésie ; et même la frénésie survient très-souveut d’elle-méme dans cette maladie, quoiqu’on n’ait pas gardé le lit. A la vérité, ce n’est pas une frénésie accompagnée de fureur comme celle qui arrive dans la petite-vérole et dans d’autres fièvres ; c’est plutôt un délire tranquille où le malade parie de temps en temps d’une manière extravagante.

L’usage imprudent des cordiaux et un régime un peu trop échauffant, causent souvent des taches de pourpre , sur-tout dans les jeunes gens d’un tempérament chaud. Ces taches de pourpre sont un signe certain d’une très-grande inflammation, nojjiseulement dans cette maladie , mais encore dans toutes les autres maladies aiguës. Quelquefois il paraît sur la superficie du corps des éruptions

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milliaires qui ne sont pas fort différentes de la rougeole, si ce n’est qu’elles sont plus rouges, et que quand elles s’en vont, elles ne laissent pas des écailles farineuses comme fait la rougeole. Elles viennent quelquefois d’elles-mèmes ; mais le plus souvent elies sont Feffet de la chaleur du lit et des cordiaux.

La langue du malade est humide ou sèche , suivant la nature du régime qu’on ordonne. Quand elle est sèche , le milieu se trouve de couleur brune , et il est environné de tout côté d’un bord blanchâtre. Quand la langue est humide , elle est entièrement blanche , et couverte d’une pellicule blanche et inégale. En un mot, si on emploie un régime trop écuau fiant , la langue est sèche et noirâtre ? sinon elle est blanche et humide. Il en est de meme de la sueur, elle varie suivant la diversité du régime ; car si le régime est trop chaud , elle est visqueuse , sur-tout celle qui coule de la tête.

Mais quelque abondante que soit la sueur , elle soulage peu le malade ; ce qui fait voir qu’elle est seulement symptomatique , et nullement critique. Quand on l'excite par des remèdes les premiers jours de la maladie , il arrive de là que la matière morbifique se porte ordinairement à la tête , ou du moins se jette sur les membres. Lorsqu’une fois la tête est prise , et que la frénésie est survenue , il ne reste aucune marque de fièvre , sinon que le pouls bat tantôt plus vite, et tantôt plus lentement. Mais enfin lorsque par une mauvaise manière de traiter le malade , les esprits animaux sont entièrement mis en désordre , alors levpouls se dérègle , il survient des tressaillemens dans les membres , et le malade meurt bientôt après.

Sun UNE NOUVELLE SORTE DE FlfiVRE. 3o5

6. Pour ce qui est maintenant de la curation , Comment u cette fièvre , dès qu’elle commença , se trouva feutPaitercetaccompagnée des signes de la fausse péripneumonie , et qu ainsi je crus quelle n était autre

chose que celte dernière maladie , je [iris d’abord le parti de la traiter suivant la méthode que j’ai recommandée dans la fausse péripneumonie , et dans 1 addition touchant la lièvre d’hiver. Cette méthode me réussit assez bien dans le petit nombre de malades que ma mauvaise santé me permit alors de traiter , et elle réussit de même à d’autres qui l’employèrent par mon conseil.

Quoiqu il en soit des raisons qui me portèrent à la mettre en usage , je suis bien assuré présentement lorsque je considère les symptômes de la maladie et la temperature de 1 hiver ou elle commença de paraître , hiver qui fut des plus doux et sans aucun froid considérable ; je suis bien assuré , dis-je , que cette lièvre n’est autre chose qu’une simple inflammation du sang, et qu’ainsi les indications curatives doivent tendre uniquement à appaiser cette inflammation par les moyens convenables.

7. Sur ce pied-là , je fais tirer d’abord dix onces Détail de la de sang du bras droit, et je m’en tiens ordinai- “^hode cura' rement là. Car quoique dans cette fièvre le sang ^

que 1 on tire ressemble , pour l’ordinaire , à celui des pleurétiques , les malades néanmoins ne soutiennent pas aisément plusieurs saignées. Toutefois s il y a une difficulté de respirer, une violente douleur de tète , qui se fait sentir en toussant , et d autres symptômes de la fausse péripneumonie; alors on doit réitérer la saignée et la purgation jusqu’à ce que tous les symptômes aient cessé , suivant que je l’ai enseigné en parlant de la fausse Tome IL

Potion Purga live,

Potion calmante.

30G Lettré

péripneumonie (i) , et c’est ce qu’il faut bien remarquer.

8. Le soir clu meme jour que le malade a été saigné , je lui fais appliquer lin vésicatoire sur ta nuque du cou. Le lendemain matin je lui donne la potion purgative suivante.

Prenez tamarins , demi-once ; feuilles de séné , deux gros ; rhubarbe , un gros et demi. , Fades bouillir tout cela dans suffisante quantité d'eau qui sera réduite à trois onces. Coulez la liqueur , et dissolvez-j une once de manne , et autant de sirop de roses solutif , pour une potion qui sera prise de grand matin.

Je réitère ce purgatif de deux jours l’un jusqu a trois fois. Le jour de chaque purgation , je donne le soir un narcotique tel que le suivant.

Prenez eau de primevère , deux onces ; sirop diacode , une once ; suc de limon nouvellement exprimé , deux cuillerées. Mêlez tout cela ensemble pour un / u le p .

La vue que j’ai en donnant un narcotique , est d’empècher que l’agitation et le tumulte que les purgatifs excitent souvent dans le sang et les humeurs de ceux qui ont la fièvre, et le désordreou ils mettent les esprits animaux , ne jettent le malade dans une affection comateuse , accident que les narcotiques préviennent très-bien , quelque peu propres qu’ils paraissent à produire cet effet. C'est pourquoi dans la fievre comateuse qui régna en r 6 7 3 , n’osant pas donner des purgatifs , je m en tins au seul usage des lavemens , parce que je savais bien que les purgatifs employés dans cette maladie avaient aussitôt causé des affections comateuses ; ce qui peut-être ne serait pas arri\é si

(i) Voyez Tom. I , Sect. 6 , Chap. 4*

sur ujve nouvelle sorte de Fièvre. 3o^

après chaque purgation on eût donné un narcotique fri,

9. Mais le jour qu'on ne purge pas , il ne faut point donner de narcotique le soir , de peur qu’il n empeche ou du moins affaiblisse l’opération du purgatif que le malade doit prendre le lendemain, comme cela arrive ordinairement quelque tard qu’il prenne le narcotique. Au reste , dans cette fièvre et dans toutes les autres fièvres épidémiques, ma méthode est de ne purger , ni dans le commencement , ni dans 1 état de maladie , qu’après avoir fait précéder la saignee. Le mépris ou l’inobservation de cette règle a coûté la vie à quantité de malades , et sur-tout d’enfans , comme je l’ai dit ailleurs fa). J

1 o. Or , quoique en traitant la fièvre dont il s’agit on doive ordinairement purger jusqu’à trois fois, il arrive souvent néanmoins que le malade , surtout si c est un jeune homme ou un enfant , se trouve guéri après une saignée et une seule purgation. Alors il ne faut pas le purger davantage , parce que ce serait le fatiguer inutilement. Quelquefois au contraire, il est besoin de purger plus de trois fois ; et c’est lorsque la fièvre qui avait cessé par les purgations , revient au bout de quelques jours ; mais cela est rare , et alors la fièvre est ordinairement causée par desaphthes qui sont survenues vers la fin de la fièvre précédente , et qui, étant arrivées à leur plus haut degré d’inflammation , la raniment et la renouvellent.

Cette dernière fièvre n’est donc que symptomatique , et elle est souvent accompagnée d’un hoquet qui revient par intervalles , et qui subsiste

(x) Voyez Tom. /, Sect. 5, Chap. n.

(2) Voyez p. 3a , 33 , num . 47 , 48,

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même durant quelques jours apres que la fie\re a cessé , mais qui se dissipe enfin de lui-meme^, à mesure que les forces du malade se rétablissent, La remarque est d autant plus impoi tante , que ce hoquet n’est nullement dangereux , a moins qu’on ne l’irrite en employant un grand nombre de remèdes ; car alors il est mortel. Neanmoins si les aphthes et le hoquet ne se dissipent pas cl euxmêmes et qu’ils durent long temps , a est aise d’y remédier par l’usage du quinquina.

Pour cela on prend une once de quinquina en poudre , et avec suffisante quantité de sirop ne coquelicot on forme un électuaire , ou des pûmes qui se prennent de la manière que j'ai expucpice dans ma lettre au Docteur Brady , sur les Maladies Épidémiques (i) , et on boit par-dessus un verre de petit-lait. L’expérience m’a appris que ce remède était le plus efficace dans ce cas-là , et qu i l’emportait même sur les autres remèdes les plus vantés, pourvu qu’on ne le rende pas mutile , en. faisant tenir continuellement le malade au lit , comme il se pratique d ordinaire. ^

j i. Les jours que je ne purge pas, J ordonne quelquefois les remèdes suivans , ou d autres semblables.

Électuaire Prenez des conserves d alleluia et de cynorrho a-fraichissant. don ? de chacune une once ; conserve d epi ne -vinette , demi-once ; crème de tartre , un gros ; sirop de limon , ce quil en faut pour un électuaire , dont le malade avalera trois fois le jour la grosseur d une noix muscade ? et par-dessus il bon a

six cuillerées du julep suivant.

Prenez des eaux de pourpier , de laitue , de primevère , de chacune trois onces ; sirop de limon ,

'ulcp rafraî Güiâsant. .

(i) Voyez p. 16 , 17? num. 2ï.

SUR UNE NOUVELLE SORTE DE FlEVRlL 3oq

une once et demie ; sirop violât > une once . Mêlez, tout cela ensemble :

Ou bien :

Prenez une livre d'eau de fontaine , eau rose , Autre juiep. suc de limon, et sucre fin , de chacun quatre onces.

Faites bouillir le tout ensemble à un feu doux , jusqu à ce que la liqueur ait écumé Le malade en prendra trois onces autant de fois qu il voudra .

Dans tous ces remèdes j’évite toujours l’esprit de vitriol , quoiqu’il soit très-rafraîchissant. C’est qu’à raison de son extrême stypticité il ne convient pas dans les maladies qui se guérissent par la purgation.

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