‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 68 sur 156 · CAUSÉ PAR UNE PIERRE ENGAGÉE DANS LES REINS · texte numérisé non relu

CAUSÉ PAR UNE PIERRE ENGAGÉE DANS LES REINS

t On trouvera peut-être d’abord qu’il y a de l’im- EaUon de

prudence à moi de publier des observations que p u !ji îo r cette je n’ai faites que sur moi-même. Cependant corn- Dissertation, me j'ai souffert pendant fort long-temps de trèscruelles douleurs par un pissement de sang que me causait une pierre engagée dans les reins , j’espère que les personnes équitables ne me blâmeront pas , si , en faveur de ceux qui sont attaqués de la même maladie , j’indique ici les remèdes qui m’ont soulagé , quelque ordinaires et quelque Méprisables qu’ils puissent paraître.

2. L’an 1660, j’eus une attaque de goutte aux pieds , la plus violente et la plus longue que j eusse jamais éprouvée auparavant. On était alors en été , et je fus obligé de demeurer couché pendant deux mois entiers ; tantôt dans le lit , tantôt dessus. L’accès se termina par une douleur sourde que je commençai à ressentir dans le rein gauche, et quelquefois , mais plus rarement , dans le rein droit. La goutte s’étant dissipée , la douleur de Tein resta. Elle augmentait par intervalles , niais

ôoo

DU PlSSELZENT DE SANG

elle était modérée et assez supportable ; car je n avais jamais eu une seule attaque de néphrétique , maladie qui est toujours accompagnée d’un vomissement violent, et d’une douleur aiguë qui se fait sentir le long de l’uretère , en tirant ver^ la vessie.

L’Auteur Or , quoique je n’eusse pas cette douleur ni ce unepierredans vomissement , qui sont des signes d un calcul l’uu des reins, dans les reins , je ne laissais pas d’etre bien fondé à croire que j’avais dans le bassinet d’un des reins une pierre considérable , qui étant trop grosse pour passer par les uretères , ne causait pas les deux symptômes dont j’ai fait mention. Ce qui m’arriva au bout de plusieurs années , me prouva que je ne m’étais pas trompé dans ma conjecture. Car pendant l’hiver de l’an 1676, m’étant beaucoup promené après un grand dégel , je rendis aussitôt de l’urine mêlée de sang, n rend de pa m£me ch0ge m’arriva ensuite toutes les fois

s urine still’"

giante. que je faisais beaucoup de chemin à pied , ou que j’allais en carrosse sur le pavé , quoique j’allasse très-lentement ; mais non pas lorsque j’allais par un chemin qui n’était pas pavé , quelque longue route que je fisse. L’urine que je rendais alors était effrayante , car elle paraissait être du sang tout pur ; mais au bout d’un peu de temps on la voyait transparente et dans son état naturel , et le sang se ramassait en grumeaux au fond du vaisseau.

îement 1 1 jdu- P°ur guérir cette maladie , je me fis fairê

sieurs remè- une assez bonne saignée du bras , et après m’être purgé plusieurs fois , je pris différens remèdes rafraîchissans et incrassans. J’observai un régime assez convenable , évitant avec soin les liqueurs acides , âcres et apéritives. Tous ces remèdes . et plusieurs autres qu’il serait trop long de détailler

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ici , furent inutiles ; et comme je craignais d’employer des eaux martiales contre une pierre que je soupçonnais trop grosse pour pouvoir être expulsée , je perdis enfin toute espérance de guérison , voyant sur-tout que des vieillards de ma connaissance s’étaient causé la mort en voulant faire sortir le calcul des reins par le moyen de ces eaux. Ainsi je résolus de ne pltfS tenter aucun remède, et de me contenter d’éviter, autant qu’il me serait possible , tout mouvement du corps.

4- Il me vint alors dans l’esprit , que certains n reut fs— Auteurs vantent extrêmement la vertu lithontrip- *ayer la mau~ tique de la semence de frêne. Je pensai donc que si la semence de frêne avait cette vertu, la manne que produit cet arbre devait l’avoir encore davantage , puisqu’elle n'est autre chose qu’une liqueur ou une gomme qui découle des feuilles , des 1

branches et du tronc des frênes de Calabre , et nullement un miel de l’air , ou une rosée céleste.

C’est ce que nous ont appris plusieurs Auteurs , et entre autres le célèbre Botaniste Jean Ray, qui, dans son voyage d’Italie , en fut assuré par un très-savant Médecin , lequel avait souvent recueilli la manne en couvrant exactement d’un linge les feuilles et les petites branches d’un frêne. Voyez Jean Ray dans son Catalogue des Plantes d'Angleterre.

Voulant donc essayer l’effet de la manne , j’en Sa manure fis dissoudre deux onces et demie dans deux livres de IaPrcadiede petit-lait , et je pris cela par verrées , avalant de temps en temps un peu de suc de limon , afin d’animer Faction de ce purgatif qui , pour l’ordinaire , opère faiblement , et de le rendre moins désagréable à l’estomac. Ce remède me soulagea infiniment; car quoiqu’auparavant je ne souffrisse pas une douleur continuelle dans les reins , j’y

Il est fort soulagé.

Le pissement tie sang re- T&ient.

L’Auteur a recours à la manne avec un narcotique le soir.

!1 quitte le narcotique.

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ressentais toujours une pesanteur incommode.

Voyant que cette purgation m’avait si bien réussi , je la réitérai une fois la semaine pendant plusieurs mois de suite , et je me trouvai toujours mieux chaque fois que je fus purgé ; tellement que je pouvais soutenir d’ëtre rudement cahoté dans un carrosse , sans en être incommodé. Enfin je ne ressentis rien du tout jusqu’au printemps dernier. Mais comme j’avais eu la goutte durant presque tout l’hiver précédent, et qu’ainsi j’avais été obligé de renoncer à tout exercice , et de me tenir en repos , je fus de nouveau attaqué d’un pissement de sang.

5. Dans cette conjoncture , j’étais incertain si j’aurais de nouveau recours à la purgation ; car comme la matière goutteuse avait infecté , pour ainsi dire , toutes mes humeurs, je craignais avec raison que le purgatif le plus léger ne m’attirât un long accès de goutte. Enfin , je m’imaginai qu’en prenant un narcotique le soir de la purgation , afin d’appaiserle tumulte qu’elle aurait excité, je pourrais revenir sans danger à mon premier remède.

Dans cette idée , je pris le matin deux onces et demie de manne dissoute dans deux livres de petitlait; etle soir, à l’heure du sommeil , seize gouttes de laudanum liquide dans de la petite-bière. Je réitérai de cette manière la manne et le laudanum deux fois la semaine , jusqu’à six fois différentes. Ensuite je me contentai de prendre de la manne seulement une fois la semaine, parce que les humeurs se trouvaient alors purgés si abondamment , qu’il n’y avait pas sujet de craindre que la goutte revînt.

Mais comme je pensais que si la manne avait quelque vertu de dissoudre ou de briser la pierre,

cette vertu devait nécessairement être affaiblie par Faction du laudanum qui est un puissant astringent x je crus qu'il fallait alors supprimer ce narcotique. Je continuai donc pendant plusieurs mois à me purger régulièrement une fois la semaine avec la manne , et toujours le même jour. La douleur que je ressentais au dos, diminua dès la première purgation , comme elle avait fait dans l’autre pissement de sang dont j’avais été attaqué.

Il est vrai qu’à la seconde purgation j’eus La purgation quelques atteintes dégouttes , tantôt aux extré- ques^ymTfî mités, tantôt dans les viscères; mais le laudanum ™es d? dissipa bientôt cet accident. Ensuite l’hémorrhagie rit cessa tout-à-fait ; et après qu'elle eut cessé, je ne rhasie* laissai pas de continuer quelque temps l’usage de la manne , afin d’assurer la guérison , et de prévenir, autant qu’il m’était possible, la formation du calcul dans les reins.

6. Il s’ensuit de tout cela, que lorsqu’un homme L'Auteur ré» sujet à la goutte est attaqué d’un pissement sa nguin , causé par une pierre dans les reins , on chant n purpeut et on doit mettre en usage la purgation , gauou’ pourvu qu’on se serve uniquement de manne , et qu’on la donne de la manière que nous avons expliquée.

Et à cette occasion , je suis obligé de rétracter ce que j’ai dit dans le Traité de la Goutte , savoir, qu’on ne devait jamais purger dans cette maladie, soit au commencement , soit à la fin, soit dans les intervalles des accès ; car alors je ne m’étais pas encore avisé qu’un narcotique donné le soir pouvait empêcher Faccès de la goutte que je craignais de la part du purgatif. Cependant , à ne considérer que la goutte seule , toutes les évacuations , de quelque genre qu’elles soient , y

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