‹ Médecine pratique (volume 2)Chapitre 71 sur 156 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

Voici, mon cher Lecteur, Fessai d’une excellente pratique Médicinale que l’illustre Sydenham composa lui-même avec tout le soin et l’exactitude possible. On peut dire , avec raison , qu’on n’a guère vu jusqu’à présent , de Médecins qui soient comparables à ce grand homme , tant pour la pénétration et la vivacité de son esprit sur tout ce qui regarde son art , que pour sa probité, son. humanité et son inclination bienfaisante à l’égard de toutes sortes de personnes ; qualités qui Font fait généralement regretter.

Cet abrégé ne se trouve point rempli de bagatelles , ni de vaines et fausses idées de certains demi-savans infatués de leurs chimériques systèmes. Néanmoins , tout simple et modeste qu’il est , il donne une idée juste et précise des maladies , et ne tend à autre chose qu’à faire connaître ce que la nature peut opérer d’elle^même, et ce qu’elle peut supporter.

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Or , s’il est permis de s’expliquer ici avec sincérité, il faut convenir que pourvu que l’on connaisse la situation des parties du corps, que Ton ait une notion suffisante des maladies par le moyen des symptômes qui les désignent ( ce que l’on apprend par de soigneuses observations ) , et qu’avec cela on soit instruit de la véritable méthode de les traiter , tant par le régime que par des remèdes sagement administrés , on devient par-là un habile Praticien , et I on se trouve en état d’exercer sa profession avec honneur, et d’être utile à toute sorte de malades.

Car il importe peu que ion sache si c’est l’acide ou l’alcali qui pèche dans une maladie ; si c’est dans les esprits animaux, ou dans le sang, ou dans quelque viscère particulier , qu est renfermé le foyer du mal , au moyen de quoi l’on puisse faire de longs et savans raisonnemens sur le retour périodique des* fièvres intermittentes, pendant que la fievre qui fait toujours son chemin, est évidemment connue des assistans, même les moins intelligens , parles inquiétudes du malade , par sa soif et l’ardeur qui le dévore , par la vitesse de son pouls, par les nausées, et par tous les autres symptômes qui le travaillent.

Aussi me suis-je souvent étonné pourquoi des hommes d’un très-grand jugement , et très-versés dans la pratique de la Médecine , se donnent tant de peine à rechercher scrupuleusement les causes prochaines et immédiates des maladies, et font des efforts inutiles pour dévoiler les ténèbres dont la Nature les a enveloppées; tandis qu’ils n’ignorent pas que les choses qui se présentent à tous momens sous leurs yeux , leur sont inconnues ; comme , par exemple , d’où vient la couleur verte de l’herbe , ou la couleur blanche

de la neige ; pourquoi notre ame ne peut raisonner dans l’enfance ; en quoi consiste notre forme spécifique , et autres choses semblables.

Il vaut mieux, pour Futilité commune, être Médecin que Philosophe, car qui est-ce qui voudrait avoir Descartes pour son Médecin ? Il vaut mieux détailler avec soin et d’une manière claire les moindres phénomènes des maladies, et proposer sincèrement les remèdes les plus propres à combattre chacune d’entre elles. C’est par ce> moyen que la Médecine , cet Art si noble , franchirait enfin les bornes trop étroites dans lesquelles elle a été jusqu’ici renfermée : c’est parla qu’elle procurerait la santé à tout le genre humain , et les plus grands honneurs à ceux qui l’exercent.

L’Auteur , peu de temps avant sa mort , travaillait à un Traité sur la Plithisie ; mais il ne put l’achever , car la grande application qu’il y donnait , ayant épuisé ses forces déjà très-diminuées par la vieillesse et par la goutte à laquelle il était sujet depuis bien des années, l’humeur goutteuse se jeti tout à coup sur les viscères , et lui causa des vomissemens et des déjections énormes. Pour comble de malheur, il survint un pissement dé sang, causé par le calcul des reins, qui avait déchiré les vaisseaux. Le malade ne put résister à tant de maux, et il expira tranquillement au milieu de ses douleurs. On trouvera ici les morceaux qu’il avait composés sur la Phthisie , ils sont dignes de leur Auteur , et font regretter qu’il n’ait pas vécu suffisamment pour traiter à fond cette matière.

L’abrégé de Médecine dont il s’agit présentement , fait assez connaître combien son Auteur a excellé dans le traitement des fièvres , de la

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petite-vérole , de la rougeole , et de toutes Les autres maladies aiguës et chroniques.

Le régime et la diète des malades y sont déduits de la manière la plus convenable. On y propose peu de remèdes , mais ce sont les plus nécessaires. Ils ne sont point ordonnés pour faire gagner les Apothicaires, ni pour le faste de l’Art.

L’Auteur propose , pour appaiser la soif des malades , le même moyen qu’il mettait en usage pour étancher la sienne ; savoir , la petite-bière dont il leur fait boire amplement et à discrétion, ce qui les restaure et les rafraîchit à merveille : et il n’est pas de ces Médecins impitoyables qui , sourds aux prières des malades , les forcent de prendre des apozèmeset des juleps , malgré toute l’horreur qu’ils en ont.

Il prend bien garde qu’on ne les échauffe a l’excès par un trop grand feu , ou qu’on ne les accable sous le poids des couvertures , ou qu’on ne les gorge de potions sudorifiques , dans la vue de donner issue par les pores de la peau à la matière morbifique encore crue et indigeste ; d’où il arrive qu’étant mise en mouvement par ces remèdes , elle se porte au cerveau , et cause aux malades la frénésie ou le coma ; ou bien le sang s’étant extravasé, couvre toute la peau de taches pourprées, ou le col et la poitrine d’éruption milîiaire.

Il décrit avec la dernière exactitude la petilevérole. Il marque dans les deux espèces de cette maladie le jour de l’éruption. Il décrit exactement la nature des pustules; quand la salivation commence à paraître , et combien elle dure ; en quel temps l’enflure du visage et des mains se manifeste; enfin ce qu’il faut attendre de jour en jour'dans cette maladie.

lia introduit le premier l’usage des caïmans. Les Praticiens savent quel service il a rendu en cela à la Médecine. Il a publié le premier que c’était un mal de donner des cordiaux avant l’éruption , et que cet usage était souvent cause que la petitevérole simple dégénérait en confluente. Mais il est plus à propos sur tous ces articles , daller s’instruire aux sources mêmes. C’est pourquoi je n’en dirai pas davantage.

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