MONSIEUR
Votre très-humble et très-obéissant serviteur , Thomas SYDENHAM.
PRÉFACE
PRÉFACE
DE L’AUTEUR
T. Le corps humain est composé de particules ong;„c de qui se détruisent continuellement , c’est ce qui fait la Médecine, qu il ne saurait toujours demeurer dans le meme état; et il est si fort exposé à l’action des causes extérieures , qu’il ne saurait s’en défendre en toute occasion. De là cette multitude de maladies qui , dans tous les temps , a affligé le genre humain.
Aussi n y a-Lil pas lieu de douter que déjà plusieurs siècles avant l’Esculape Grec, et meme avant l’Esculape Egyptien, plus ancien que l’autre de mille ans , la nécessité n’ait obligé les hommes de chercher des remèdes à leurs maux.
2. Mais, comme il n’est pas aisé de savoir qui, Difficile à le premier, a inventé les bâtimens et les habits pour se prantir des injures de l’air, de meme on ne saurait montrer les premiers commencemens de la Médecine ; d autant que cet Art, ainsi que certains autres, a toujours été en usage, quoiqu’il aitétéplus ou moins cultivé , suivant la différence des temps et des pays (i).
(0 Si l’on accorde que Loriglne de la Médecine a été le désir de sa propre conservation, il n est aucun Art qui puisse s’attribuer une plus grande antiquité , puisque, dans ce sens, la Medecine est presque aussi ancienne que le monde ; car elle doit , sans doute , avoir commencé immédiatement après la chute de nos premiers pères , lesquels , en punition de leur
Anciens et modernes l'ont ennchie.
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3. On sait combien les anciens , et sur-tout Hippocrate , l’ont enrichie. C’est à eux et à ceux qui ont recueilli leurs Ouvrages, que nous sommes redevables de la plus grande partie de nos connaissances thérapeutiques. Dans les siècles suivans, il y a eu des hommes illustres qui, en s appliquant à FAnatomie , ou à la Pharmacie , ou à la Pratique , ont travaillé à perfectionner la Médecine. Notre pays même et notre siècle n’ont pas manqué de gens habiles qui se sont distingués dans toutes les
désobéissance , devinrent nécessairement, eux et tout le reste des hommes , sujets à une infinité de maladies et d accidens ,
meme à la mort. • •.
Je ne prétends pas néanmoins que la Medecine ait ete réduite en Art dès les premiers temps ; mais elle se pratiquait indifféremment par tout le monde , chacun étant son propre Médecin. Dans la suite €;lle devint un Art par le moyen d un certain nombre d’observations et d’expériences que l’on avait faites * et alors l’exercice en fut confié à certaines gens en particulier , qui , à cause de cela , furent nommés Médecins. C’est ainsi c{ue la Médecine exista avant qu’il y eût de Médecins , quoiqu’elle ne pût être appelée proprement un Art , jusqu’à ce qu’il se trouvât des gens qui fissent une profession particulière
de l’exercer. j .
En effet il semble que la maladie et la douleur ont du nécessairement engager les hommes à chercher un prompt secours, et que ceux-ci ne pouvaient être assez stupides et assez insensibles à leurs propres maux , pour négliger une recherche si intéressante. Car on ne s’imaginera pas que l’homme seul lut tellement sourd à la voix de la nature et de la raison , qu il ne s’embarrassât pas de conserver ou de rétablir sa santé , tandis que nous voyons que les animaux sont poussés violemment a
cela par le seul instinct naturel. ^ .m*. '
Après tout , on doit plutôt consulter la certitude et 1 utiliter
d’une Science ou d’un Art , que son antiquité. C’est par cesi deux qualités que l’on doit juger de son excellence , et non. par son antiquité seule, qui, d’elle-même, ne lui donne aucuni mérite réel, et qui , par une vénération mal entendue quelle^ inspire , ne sert souvent qu’à établir des erreurs pernicieuses.
de L’auteur.
sciences capables de l’enrichir , et dont le mérite domier (O"* ^°»a»Ses que je pourrais leur
4. Nonobsîant les Iravaus desautres , j’ai toujours Co tu U que J aurais a me reprocher d’avoir vécu inu- * tilement, si ayant pratiqué, comme j’ai fait'
I la Médecine, je ne contribuais pas , du moins de quelque petite chose, à l’avancement de cet art.
G est pourquoi , après de longues et sérieuses réflexions, et des observations faites avec beaucoup de soin durant plusieurs années, j’ai résolu en piemier heu de publier mon sentiment touchant les moyens de perfectionner l’Art de guérir et ensuite de donner un échantillon de ce queVai exécuté dans cette matière. ’’
D. Or , je pense que , pour l’avancement de la Moyens de Médecine il est nécessaire , i.o d’avoir une His- CmUZZ toire ou Description de toutes les maladies , la plus exacte et la plus fidèle qu’il est possible ;
(i) En comparant l’ancien état de la Médecine avec l’état present où elle se trouve enrichie des savantes et utiles décou vertes des modernes , on sera surpris du peu de progrès que on a fait dans cet Art. Mais cela vient assurément de ce qu on > est écarté de la seule et véritable méthode de le perfectionner în joignant la raison avec l’expérience. Quiconque lira attend ivement les Auteurs praticiens , trouvera qu’ils ont avancé ouchant les causes et la nature des maladies ^ plusieurs choses ontraires à l’expérience , comme il paraîtra clairement, si on onsulte un certain nombre de ces Auteurs sur quelque matdie particulière. On Yoit par-là combien il faut apporter de irconspection pour n’être pas induit en erreur. D’ailleurs experience nous enseigne une méthode de guérir diverses ma- Idies , plus courte et plus facile que l’ordinaire , et il est bsurde de résonner contre les faits. D’où il s’ensuit qu’on e doit pas s’astreindre à suivre scrupuleusement les méthodes irativcs généralement reçues, mais qu’on doit abandonner
s chemins battus, suivant que la raison et l’expérience ndiqueront. ^
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2.0 d’avoir une méthode sûre et constante pour les traiter (i). Il est aisé de décrire superficiellement les maladies ; mais de le faire d’une manière exempte des défauts que le célèbre Véruiam reprochait aux Ecrivains de î’Histoire naturelle , c’est toute autre chose. « On ne saurait disconve- » nir , dit ce grand homme , que nous n’ayons » une Histoire naturelle très-ample , pleine d’une » agréable variété , ' et meme de recherches cuy) rieuses. Néanmoins , si on en retranche les fa- » blés , les citations d’Auteurs , les disputes inutiles , » enfin l’érudition étrangère , et les ornemeus » ( choses qui sont plus propres à des entretiens » de table , et à des conversations de Savans , yy qu’à former des Philosophes ), il se trouvera » qu’une telle Histoire sera réduite à fort peu de » chose , et qu’elle sera bien éloignée de celle: )) dont je me forme l’idée. »
H est très-aisé pareillement de proposer , à lai manière ordinaire , des moyens de guérison ; maisi d’en proposer qui aient réellement le succès qu’om
(i) L’Histoire des maladies , ditBaglivi, doit être distinguées de la partie curative. La première est une science particulière, et doit uniquement se puiser dans les sources pures de la nature ; ou pour parler sans figure, elle consiste dans unc^ description claire et exacte des maladies , telles qu’un soigneu? et judicieux Observateur les remarque dans leur commencement, leur augmentation, leur force, leur déclin et leuL fin. La Médecine curative peut retirer beaucoup d’utilité de autres Sciences , et sur-tout de celles avec qui elle a quelqu-; rapport, et qui en sont comme les branches, telles que 1 Chimie, la Botanique, la connaissance des six choses non nai turelles , la Philosophie expérimentale , l’Anatomie et autre semblables. Toutes ces Sciences peuvent beaucoup servir perfectionner la méthode , et à tirer des indications curative des moindres circonstances. Ba^livi ^ Op, p, i/j., i5.
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promet , c’est ce qui paraîtra d’une toute autre difficulté à ceux qui ont observé qu’il se trouve dans les Auteurs Praticiens un grand nombre de maladies que, ni ces Auteurs , ni aucun autre Médecin n’ont pu guérir jusqu’à présent.
G. Quant à l’Histôire des maladies , si on examine L’Histoire la chose avec attention, on verra facilement que , pour en donner une bonne , il est nécessaire de §e difficile, porter ses vues beaucoup plus loin qu’on ne croit communément. Voici quelques-unes des choses qu’on doit observer.
7. En premier lieu , il faut réduire toutes les ii faut rémaladiesà des espèces précises et déterminées, avec le meme soin et la même exactitude que les Bo- taines espèces, tanistes ont fait dans leurs Traités sur les Plantes.
Car il se trouve des maladies qui , étant du même genre et de même nom, et , outre cela , semblables en quelques symptômes , sont néanmoins d’une nature bien différente , et demandent aussi un traitement différent. On sait que le nom de chardon est commun à plusieurs espèces de plantes.
Ce serait néanmoins être un Botaniste peu exact, que de donner seulement une description générale de cette plante, et de la distinguer par-là des autres , sans s’embarrasser de marquer les signes propres et particuliers qui en caractérisent et distinguent chaque espèce.
De même, il ne suffit pas à un écrivain démarquer seulement les phénomènes communs d’une maladie qui a plusieurs espèces : car , quoique la même variété ne se trouve pas dans toutes les maladies, j’espère néanmoins montrer clairement dans cet Ouvrage, qu’il en est plusieurs dont les Auteurs traitent sous un même nom , sans aucune distinction d’espèces, et qui sont cependant d’uné nature très-différente.
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Il faut ban- D’ailleurs , lorsqu’on trouve des maladies dis-
ïîir les hypo- . , ' ^ ^ i i
îiièses. tinguees par espeees , c est le plus souvent pour favoriser une hypothèse appuyée sur des phénomènes véritables ; et par conséquent une semblable distinction n’est pas conforme^ à la nature de la maladie , mais c’est plutôt un produit de l’imagination et des spéculations de l’Auteur. On voit par l’exemple de plusieurs maladies , combien le défaut d’exactitude en ce point a empêché les progrès de la Médecine; car nous ne serions pas aujourd’hui à ignorer la manière de guérir ces maladies , si les Auteurs qui ont communiqué là-dessus leurs expériences et leurs observations , ne s’étaient pas laissé tromper en mettant une espèce de maladie pour une autre. C’est ce qui a fait aussi , à mon avis, que la matière médicale est devenue d’une étendue immense , mais avec très-peu de fruit.
înconvëniens q. Eli sccoiid lieu, celui qui voudra donner une
te?, Histoire des maladies, doit renoncer à toute hypo¬
thèse et à tout système de Philosophie , et marquer avec beaucoup d’exactitude les plus petits phénomènes des maladies qui sont clairs et naturels , imitant en cela les Peintres qui, dans leurs portraits , ont grand soin d’exprimer jusqu’aux moindres taches des personnes qu’ils veulent représenter. On ne saurait presque dire de combien d’erreurs ont été cause ces hypothèses physiques : d’un côté , les Auteurs qui s’en sont laissé entêter, attribuent aux maladies des symptômes qui n’ont jamais existé que dans leur cerveau, et qui auraient dû néanmoins se manifester , si leur hyj)othèse était véritable; d’un autre côté, lorsqu’un symptôme qui accompagne réellement la maladie dont ils veulent tracer l’idée , se trouve cadrer avec leur hypotlièse , alors ils exagèrent outre mesure ce symptôme , et en fout , comme on dit , d’un rat
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un éléphant , ni plus , ni moins , que si tout le reste dépendait de-là. Mais si le symptôme ne s’accorde pas avec l’hypothèse , alors , ou ils n’en font point du tout mention, ou ils en disent peu de chose, à moins qu’ils ne puissent l’accommoder et l’ajuster à leur système, au moyen de quelque subtilité philosophique (i).
lo. En troisième lieu, il faut , dans la description d’une maladie, exposer séparément les symptômes propres ou essentiels , et les accidentels ou étrangers. J’appelle accidentels , ceux qui
(i) Les hypothèses doivent leur origine à la vanité et à une vaine curiosité , d’où il est aisé de concevoir combien elles doivent empêcher les progrès de la Médecine , qui est une science fondée sur des expériences sages , et des observations exactes et suivies ; au lieu que les hypothèses ne sont établies la plupart que sur des principes obscurs ou arbitraires , et ne méritent d’autre nom que celui de productions informes d’une imagination déréglée. L’erreur de négliger des effets sensibles et palpables , pour en rechercher les causes secrètes , et absolument impénétrables , n’est pas une chose nouvelle. C’est ce qui a embarrassé la Médecine d’une multitude d’hypothèses qui n’ont servi qu’à rendre cet Art incertain , douteux , trompeur , mystérieux , et en quelque façon inintelligible.
En considérant ce pernicieux effet des hypothèses , il paraîtra surprenant qu’elles aient prévalu si long-temps , et qu’elles se soutiennent meme encore aujourd’hui : car il est certain que , depuis plus de deux mille ans qu’on les a introduites dans la Médecine , elles n’ont pas servi à découvrir le moindre remède , ni porté le moindre jour dans la pratique ; mais qu’elles n’ont fait autre chose que l’embarrasser , la rendre incertaine , et causer des disputes qui ne se peuvent jamais terminer sans avoir recours à l’expérience qui est la véritable pierre de touche des opinions en Médecine. En effet , comme lés hypothèses sont principalement établies sur des suppositions et des principes incertains , ce serait une folie de croire y trouver de la vérité et de la certitude.
Il faut distinguer , en décrivant une maladie , les symptômes essentiels d’avec les accideuy tels.
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dépendent non-seulement de l’âge et du tempérament des malades , mais encore de la manière de traiter les maladies ; car il arrive souvent qu’une maladie est différente , suivant la manière différente dont on s’y prend pour la traiter; et il y a des symptômes qui sont moins l’effet du mal que des remèdes ; en sorte que des gens qui 'auront la meme maladie , mais qui seront traités différemment , auront aussi des sym])tômes différens. De là vient que , sans une grande attention , le jugement que l’on porte sur les symptômes des maladies , ne saurait manquer d’etre extrêmement vague et incertain. Je ne parle point ici des cas fort rares ; ils n’appartiennent pas proprement à l’Histoire des maladies. C’est ainsi qu’en décrivant, par exemple, la sauge, on ne met pas les morsures des chenilles au rang des signes distinctifs de cette plante (i).
(i) Hippocrate découvrit , par des observations attentives , que les maladies avaient certains symptômes essentiels ou propres , et d’autres accidentels ou communs à d’autres maladies : que les premiers dépendaient de la nature constante et invariable de la maladie , et les derniers de la différente manière de la traiter , ou d’un assemblage de quantité de diverses causes. Il forma sur les premiers des aphorismes , selon les règles de l’Art , et il abandonna les derniers au jugement du Médecin,
Les symptômes constans et essentiels qu’on peut nommer les sigrzes caractéristiques de la maladie , frappent quelquefois les sens , et d’autrefois demeurent cachés et obscurs. IN'éanmoins , quels qu’ils soient , le Médecin ne doit pas les négliger , mais il doit les remarquer soigneusement comme il les aperçoit. Car , comme les indications curatives se tirent des moindres circonstances , ainsi les moindres mouvemens qui arrivent dans les maladies , doivent être observés •et décrits , quoiqu’ils soient un peu obscurs. Et , par ce moyen , on aura non-seulement une Histoire complète des maladies , mais aussi une méthode curative , ce qui est en-
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