A MONSIEUR
JEAN MAPLETOFT,
Docteur en Médecine , Professeur dans le Collège de Gresham à Londi’es , et Membre de la Société Koyaie.
M ÔNSIEUR,
Permettez-moi de vous rendre compte ici
de deux choses : premièrement , des raisons
qui ni engagent h publier ce Traité; secon-dement , des motifs qui me déterminent à vous le dédier.
Quant au premier article , il y a mainte^ nant trente ans que , venant à Londres , dans le dessein de retourner une seconde fois à Gxfort 5 où les malheurs de la première guerre civile ni empêchaient depuis quelques années de me rendre , je rencontrai heureusement le
célèbre Médecin M. Thomas Coxe , dans le temps quil avait soin de mon frère qui était alors malade. Cet habile homme qui pratiquait la Médecine avec une réputation extraordinaire 5 et qui joignait une grande probité avec beaucoup de politesse , me demanda agréablement a quoi je me destinais^ puisque f allais reprendre mes études^ et que j’étais en âge de me déterminer. Comme il me vit indécis y il m’exhorta à prendre le parti de la Médecine. Et^ quoique je ii eusse jamais eu la moindre pensée 'd’embrasser cette profession , ses exhortations firent tant d’impression sur mon esprit , que je m’y déterminai entièrement. C’est pourquoi 5 si mon ouvrage est jamais de quelque utilité au public , on en aura l’obligation à ce Grand Homme , dont les conseils m’ont engagé dans l’étude de la Médecine.
Après avoir étudié cet Art durant quelques années dans l’Université ^ je revins à Londres , ou je commençai à pratiquer. Et comme je rriy appliquais avec tout Le soin et toute l’attention possible 5 je reconnus bientôt que le meilleur moyen d apprendre La Médecine , était t exercice et l’usage 1 et que , suivant toute appa-
dédicatoire.
rence , le Médecin qui étudie avec le plus de soin et d application les phénomènes dès maladies, devait être nécessairement le plus capable de connaitre les véritables indications curatives, V Jillt la méthode à laquelle je me livrai entièrement , bien persuadé que , si je suivais la Nature , quand même je marcherais dans des routes inconnues jusqu alors, et abandonnées, je ne m’écarterais jamais en rien du droit chemin. Me gouvernant donc par cette règle , je m appliquai à observer exactement les fièvres ; et après m’être donné , pendant quelques années , bien des peines , des fatigues et des inquiétudes , je découvris enfin une méthode pour les guérir , et je la publiai, il y a déjà long-temps , à la prière de mes amis.
Depuis ce tempsdâ , ayant observé de nouvelles especes de fievr es qui mêlaient inconnues üup ai aidant , et qui se succédaient continuelle* ment les unes aux autres^ je résolus de joindre ensemble,^ a^ec le plus de soin qiiil me serait possible 5 tout ce qui regardait cette matière, ou qui en dépendait , afin de réparer la petitesse de mon premier Ouvrage, par une Histoire I plus exacte et plus complète de ces maladies.
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Lorsque je méditais ce dessein ^ et que jUtais entièrement occupe à chercher une Méthode propre à guérir toutes sortes de fiei^res , eu égard aux divers changemens que la Na^ ture y opère , et aux divers remedes qu il faut employer , je reconnus bientôt qu au lieu de la reconnaissance que j^ avais sujet d attendre , je n essuierais que des reproches , et que les uns m accuseraient de ne suivre d autre regie que mes propres imaginations , et les autres de ' nen suivre absolument aucune*
T aurais souhaité ne donner au public mes observations qu après les avoir encore augmentées et confirmées par t expérience de quelques années; mais^ fatigué a f excès par les insultes et les railleries de ces hommes insolens dont la malignité n épargne personne , fai cru devoir condescendre à la volonté de mes amis^, au nombre desquels je me fais toujours honneur de mettre f illustre Docteur Gautier Needham^ également habile dans la Médecine, et dans les Belles-Lettres. Dans cette vue ^ fai entrepris ma propre défense , en publiant, des Observations qui , à ce que j espere , met-front tous les honnêtes gens de mon côté.
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Quant aux autres , je ne jn attends pas d’en être épargné ^ mais aussi je ne m’en embarrasse nullement. C’est pourquoi , s’il se rencontre de ces gens , que leur humeur s atypique porte à se déchaîner a^ec fureur contre moi y sans examiner si ce que je dis est vrai ou non y qui blâment aussitôt tout ce quun autre qu’eux avance de nouveau , ou ce qu’ils nont pas encore entendu , f espère que je les supporterai tranquillement , du moins je ne leur rendrai point injure pour injure y je me conteîiterai de leur répondre ce que Titus-Tacitus répondit autrefois à Métellus qui [insultait : oiis
pouvez ni attaquer librement , lui disait-il , parce que je ne répondrai pas à vos insultes: vous avez appris à outrager les gmis ; et moi , à qui la conscience ne reproche rien , fai appris à mépriser les outrages: si vous êtes maître de dire tout ce qui vous vient à la bouche , je suis maître de vous entendre sans m’en offenser. Réponse vraiment digne d’un Chrétien. î^oila les raisons qui ni ont engagé a publier cet Ouvrage.
Celles qui m’ont porté a vous le dédier , Monsieur , sont y d’un côté y notre amitié mu-
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tuelle ; et de I autre , la situation ou vous êtes de pouvoir juger , mieux que personne , du prix de mes observations , ayant vu vous-même de ^os provres yeux , depuis sept ans , plusieurs des principales choses qu elles contiennent. J^otre parfaite probité , que tout le monde connaît si bieii^ ne vous permet pas de vouloir induire les autres en erreur par de faux exposés , sur» tout quand il s agit de la vie des hommes » D un autre cote ^ vous etes si habile et si éclairé^ quil me serait impossible de vous en imposer y quand meme je l entreprendrais sérieusement. Encore moins pourriez-vous vous faire illusion a vous-même au sujet des expériences par lesquelles vous avez reconnu sur vos malades mêmes y la vérité de certaines choses que fai rapportées dans cet Ouvrage ^ ou que je vous ai déclarées de vive voix.
Vous savez d'ailleurs que M. Jean Lock , notre ami commun , qui connaissait à fond ma méthode, l'approuvait entièrement', et que c'était un homme egalement recommandable par son exacte probité, et par l'étendue de son génie , et la finesse de son jugement. Mais je n'ai pas besoin de solliciter davantage votre appro-
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bation ; il y a long-temps que je suis sûr de l avoir. Pour ce qui est des autres , de quelque manière quils reçoivent mon Ouvrage, je le souffrirai sans peine : car , comme je suis déjà avance en âge , je prétends faire en sorte ,• pendant le peu de temps qui me reste à vivre , de ne me point chagriner moi-même , et de ne point chagriner les autres , et par ce moyen de jouir du bonheur que Fracastor a décrit si ügreablement en ces termes :
Heureux et comparable aux Dieux.
Le tranquille mortel qui , d’un luxe odieux , Des plaisirs inquiets , d’une gloire incertaine , Méprisé tout l’éclat , ainsi qu’une ombre vaine; Et qui , vivan t sans bien , sans crime , sans remord' Loin du monde et du bruit, peut défier lamort(*).’
Au reste , Monsieur , je vous prie d'agréer cet Ouvrage , comme une preuve de mon amitié et de mon estime pour vous ; d’autant que les fautes qui s’y rencontreront , ne peuvent en
(*) Feli.v nie animi , Dinsque simillimus ipsis , Quem non rnendaci resplendens glo/ia fuco Sollicitât , non fastosi mala gaudia luxûs ;
Sed tacitos sinit ire dies , et paupere cuUu Exigit mnocucg tranquilla silentia vitœ.
Xvj É P IT RE DÉDICATOIRE.
aucune façon uous être imputées , et do went être mises uniquement sur mon compte» Cependant ^ quelque défectueux que soit mon Livre ^ je ne regretterai pas les peines quit rria coûtées , puisque mes erreurs mêmes ni auront fourni t occasion de faire connaître a tout le monde t attachement sincère et le parfait dévouement avec lequel je suis ,