Tome
Fièvre continite
j^ECXiOJN V.
Ses symptôîües propres.
la première année que la fièvre régna , et le prlnt€nnps suivant , les symptômes de la pleurésie survenaient, et le sang que l’on tirait ressemblait à celui des pleurétiques , du moins dans la première et la seconde saignée; mais , quand la maladie eut duré quelque temps, il n’y eut plus de signes d’une violente inflammation.
2. Voici quels étaient les symptômes particuliers de cette fièvre, outre ceux qui sont communs à toutes les fièvres en général. Les malades étaient ordinairement attaqués d’une douleur assez violente à la tête et au dos, d’un assoupissement et d’une douleur tensive dans les articulations et les membres , et meme dans tout le corps , mais un peu moins grande que dans le rhumatisme. Les premiers jours , la chaleur et le froid se succédaient alternativement , et quelquefois meme il y avait de légères sueurs dès le commencement de la maladie. Quand la fièvre était abandonnée à ellemême, la langue n’était ni sèche, ni d’une couleur fort éloignée de la couleur naturelle , seulement elle était un peu blanche , et la soif était médiocre; mais, si on augmentait la chaleur ordinaire de la fièvre, en donnant au malade des remèdes échauffans , alors la langue était trèssèche , et d’une couleur jaune-noirâtre ; la soif augmentait, et l’urine qui autrement conservait presque sa couleur naturelle, devenaitfort rouge.
Quand la fièvre n’avait pas d’autres symptômes, et qu’elle était bien traitée, elle se terminait le quatorzième jour, et au plus tard le vingtet unième.
mencent à communiquer leur impression morbifique , qu’au bout d’un certain temps. C’est pourquoi il peut se faire que la maladie qu’elles produisent soit beaucoup plus xnÜammatoire et plus répandue daus sou commçaueqiieat que dans son propres et dans son declia.
CHAi?. li.
Le jjrincipal
DES ANNIES i(>73, 74, 73. 277
3. Le plus considérable de ses symptômes était line espece de coma qni jetait le malade dans l’assoupissement et le délire ; il dormait quelque- était une espè fois durant plusieurs semaines, et ne se reveillait^^
que par de grands cris et avec peine : alors il ouvrait simplement les yeux, et apres avoir pris quelque remède, ou un verre de sa boisson 01 dinaire, il retombait aussitôt dans son assoupissement , lequel était quelquefois si profond, qu’il aboutissait à une parfaite aphonie.
4. Les malades qui revenaient de cet état, corn- p remier signe
• . » • ,1 ' I I ' de suérisoa.
mençaient a se mienx porter le vingt-huitieme * ou le trentième jour. Le premier signe de convalescence était l’envie démesurée qu’ils avaient de quelque nourriture ou de quelque boisson extraordinaire. La tète restait faible durant quelques jours, et penchait tantôt d’un côté , tantôt d’un autre. Il y avait encore d’autres signes qui montraient que la tête avait beaucoup souffert. A mesure que les forces revenaient , celte faiblesse s'évanouissait.
5. Quelquefois le malade avait plutôt un délire n tranquille qu’un sommeil. Cependant il parlait de diilrê temps en temps sans rime ni raison , comme un trau^uiu^ homme qui est en colère et hors de son bon sens;
mais il ne devenait pas si furieux que ceux à qui la petite-vérole ou d’autres fièvres causent la frénésie.- Une autre différence , c’est qu’il s’endormait tout à coup par intervalles, et ronflait plus profondément ; d’ailleurs son délire , quoique moins violent que la frénésie, durait plus longtemps. Le délire tranquille arrivait sur-tout aux eufans et aux jeunes gens au-dessous de l’âge de puberté ; le délire furieux arrivait sur-tout aux adidtes. Dans les uns ou les autres, si on donnait des remède^i trpp cjraudi? , et qu’on excitât les
Nièvre costtinue
M""'"*" — sueurs , le mal se portait facilement à la tête, et Sjîctiow y. (jg^^gait les symptômes dont nous avons fait
mention.
6. Quand il ne survenait point de délire léthargique , soit naturellement, soit par l’effet des remèdes, la maladie se terminait ordinairement le quatorzième jour; je l’ai meme vue quelquefois se terminer le treizième.
7. Pendant l’automne de 167Ô, cette fièvre , comme nous avons déjà remarqué ci-dessus, finissait par la dyssenterie, et quelquefois aussi par la diarrhée. Cette dernière sur-tout arrivait souvent lorsque le malade était encore assoupi. Mais autant que j’ai pu m’en assurer par de soigneuses observations , la dyssenterie et la diarrhée n’étaient que des symptômes de la fièvre.
Curation de 8. Quant à la curation de cette fièvre, ses diqui Itai/'d’un phénomèncs, très-différens de ceux qui acgenrepaiticu. compagnaient la fièvre précédente, et d’ailleurs sa résistance aux purgatifs par le moyen desquels j’avais guéri très-heureusement toutes les fièvres de la précédente constitution , me firent connaître dès qu’elle commença, savoir, au mois de Juillet 1673, qu’elle était d’un tout autre genre. Mais j’eus besoin d’employer plus de temps que les autres fois à examiner sa nature , et par conséquent j’étais d’abord incertain et en suspens sur l’indication que je devais suivre dans le traitement. Car lorsque cette fièvre commença , il n’v avait en meme temps aucune autre maladie épidémique , dont la connaissance pût me fournir quelques idées vraisemblables sur sa nature , parce que les petites-’véroles qui l’accompagnaient ressemblaient entièrement, comme j’ai déjà dit., à ces petites- Téroles noires qui avaient commencé en 1670 , que d’ailleurs elles étaient alors très-bénignes ,
et sur le point de cesser tou t-à-fait. Ainsi il ne me restait d’autre moyen que d’examiner avec beaucoup d’attention la maladie en elle-même et indépendamment de toute autre, et déconsidérer avec toute l’application possible ce qui était utile et nuisible aux malades , afin de récrier là-dessus mes indications.
9. La violente douleur de tête et de côté , et la Elle était ressemblance du sang avec celui des pleurétiques , dw^gSe m’apprirent bientôt que cette fièvre était accom- inflamiaatioii. pagriée d’une inflammation considérable , et que néanmoins on ne pouvait pas saigner aussi copieusement qu’il est nécessaire dans la pleurésie.
Car après la première , ou tout au plus la seconde saignée , il ne paraissait plus de coène sur le sang; et quand on saignait davantage, le malade n’était point soulagé , à moins que la maladie ne se changeât en pleurésie, comme il arrivait queL quefois après un régime trop échauffant , surtout le premier printemps qu’elle régna , c’està-dire en 1674. Car alors elle semblait approcher de la péripneumonie , à cause de la chaleur de la saison , et parce qu’étant encore dans son commencement, elle dépendait d’un principe qui était alors plus spiritueux qui ne fut ensuite. L’exemple M
J A ^ reittjree y était
des autres et mon experience propre m empe- uuisihie. chant donc de réitérer la saignée, quoiqu’il me lût évident que cette fièvre , sur tout quand elle commença , était fort inflammatoire , il ne me restait d’autre moyen pour en tempérer la chaleur , que l’usage des lavernens fréquemment réitérés et des remèdes rafraîchissans.
Non-seulement les signes manifestes d’inflam- Nécessité de^ mation, mais encore l’assoupissement dont celte fièvre était plus souvent accompagnée que toute autre , demandaient l’usage' continuel des lave-
laYeaie.iis,
Fièvre cojytoee
mens , afin de détourner la matière f^rile qui se portait si rapidement à la tête. Les lavemeus tenaient lieu des fréquentes saignées, qui ne convenaient pas à la nature de la maladie ; et ils suppléaient à leur défaut , en ce qu’ils modéraient peu à peu l’effervescence du sang, et évacuaient la matière morbifique.
lo. Je crus aussi que des emplâtres vésicatoires assez grands, et appliqués sur la nuque du cou, seraient plus utiles dans cette fièvre que dans les autres où la matière fébrile ne portait pas de même à la tête ; car la douleur et la chaleur que ces sortes d’emplâtres causent à la partie sur laquelle on les applique , y fait une dérivation de la matière qui , autrement , se porterait à la tête. Avec ces remèdes et un régime rafraîchissant , on venait sans peine â bout de la maladie. Mais si on l’attaquait d’une autre manière, elle était très-rebelle, comme un grand nombre d’expériences ne me l’avaient que trop fait voir.
TI. Voici donc la méthode que je suivis. Je faisais, avant toutes choses, saigner du bras , et la quantité de sang que l’on tirait était proportionnée à fâge et aux forces ,du malade , et aux autres circonstances. Aussitôt après je faisais appliquer sur la nuque du cou un grand emplâtre vésicatoire. Le lendemain j’ordonnai un lavement laxatif; et je voulais qu’il fût pris d’assez bonne heure pour que le tumulte qu’il causerait pendant son opération fût appaisé avant la nuit, c’est-à-dire , à deux ou trois heures après-midi. On réitérait chaque jour ce lavement, jusqu’à ce que la maladie diminuât. Alors je faisais cesser les lavemens, et même plutôt, si la fièvre durait au-delà du quatorzième jour : car dans ce cas-là , quoique les lavemens précédens ne l’eussent pas emportée , je trouvais qu’il
CfiÂf. il/
Lesaialades sortaient du lit
DES AUTN^ES 1675, 74^ 75.
était inutile d’en donner de nouveaux , et qu’il valait mieux abandonner la maladie à la nature , et la laisser s’affaiblir insensiblement d’elle même, puisque l’ébullition précédente avail déjà arreté sa plus grande violence, et qu’il n’y avait plus à craindre de symptômes dangereux. Cette méthode m’a toujours mieux réussi que de tenler alors aucune évacuation. Durant ce temps-là j’interdisais la viande au malade , et je lui permettais de la petite-bière à discrétion.
J 2. Une autre chose qui m’a réussi un trèsgrand nombre de fois, et que je ne dois pas chaque jour, omettre en décrivant le régime qui convenait et pourquoi, dans cette maladie , c’est que je faisais chaque jour sortir les malades au moins pendant quelques heures; ou si la faiblesse ne leur permettait pas de se lever , je les faisais habiller et demeurer ainsi couchés sur leur lit , la tête un peu élevée.
Car en considérant la grande rapidité avec laquelle la fièvre portait à la tête , et en même temps la disposition inflammatoire du sang , il me vint en pensée qu’il serait avantageux pour les malades de ne pas garder toujours le lit, parce que la chaleur du lit , en augmentant l’impétuosité du sang qui se porte à la tête, échauffe davantage le cerveau , met les esprits animaux en mouvement, augmente les vibrations du coeur, et par conséquent la fièvre.
i3. Mais quoiqu’il soit très-bon dans toutes les IneonT^nieat fièvres où il y a une inflammation considérable , de ne pas toujours garder le lit , néanmoins si on temps levé, demeure trop long-temps levé chaque fois, surtout dans le déclin de la maladie, il survient quelquefois des douleurs vagues , qui peuvent dégénérer en rhumatisme ; et d’autres fois il survient une jaunisse.
Fli:VRE CONTINUE
Dans ce cas-là , il faut que le malade se tienne 5c«oM . lit, afin que les pores de la peau étant ouverts, les particules qui causent l’une ou Tautre de ces deux maladies , s’évacuent par la transpiration : mais il ne faut garder le lit qu’un jour ou deux, sans exciter la sueur. Ces accidens sont fort rares, et n’arrivent jamais que dans le déclin de la fièvre. Alors il vaut beaucoup mieux permettre au malade de garder le lit, que dans le commencement ou dans la force de la maladie. De cetle façon la matière fébriles’atténue mieux ;au lieu qu’elle s’effarouche et s’enflamme davantage qîiand on oblige trop tôt le malade de demeurer continuellement couché.
Jnstlficatron 14. Si on objecte que cette méthode est assez l^otine pour empêcher le sang de se porter à la tête , et pour soutenir les forces du malade, mais que d’ailleurs elle est mauvaise en ce qu’elle empeche les sueurs par lesquelles doit s’évacuer la matière fébrile après qu’elle a été digérée , je réponds que cette raison ne prouve rien, à moins qu’on ne montre auparavant que les sueurs sont nécessaires dans toute sorte de fièvres ; ce qu’on ne montrera pas facilement.*
C’est l’expérience et non pas la raison qui apprend quelles sont les fièvres qui doivent se guérir par les sueurs , et quelles sont celles qui doivent se guérir par les purgatifs , etc. Nous avons même sujet de croire qu’il y a certaines fièvres que la nature guérit par une méthode particulière , et sans aucune évacuation sensible , c’est-à-dire, en corrigeant la matière morbifique, et en la rendant semblable au sang avec lequel elle ne pouvait auparavant s’assimiler.
C’est sur ce fondement que j’ai souvent guéri la fièvre dont nous parlons , et d’autres sortes de fièvres, pourvu qu’elles ne fussent pas intermit-
DES AIVNÉES 1673, 74 5 75.
lentes , et je les ai guéries dès qu’elles commençaient, et avant que toute la masse du sang fût infectée, sans employer pour cela d’autre remède que la petite-bière, dont j’ordonnais aux malades de boire toutes les fois et en telle quantité qu’ds voudraient. Je leur défendais en meme temps les bouillons et toute autre nourriture , et je leur permettais de faire leurs exercices ordinaires, et de prendre l’air , sans que je misse en usage aucune évacuation , pas même une seule fois. Par cette méthode , continuée seulement pendant deux ou trois jours, j’ai guéri mes enfans et quelques-uns de mes amis. Mais elle ne convient que dans des personnes jeunes et d’un tempérament sanguin.
i5. Quand on accorderait même que la nature ne peut vaincre la maladie que par les sueurs , il faudrait toujours convenir qu’il s’agit uniquement des sueurs qui arrivent dans le déclin delà maladie, et lorsque la matière morbifique est digérée, et non pas de celles„ qui arrivent les premiers jours de la maladie , et qui sont l’effet du trouble où est alors l’économie animale. Il ne faut point exciter ces dernières sueurs , mais plutôt calmer le tumulte qui les produit. Les premières se rencontrent dans plusieurs sortes de fièvres, quoique non pas dans toutes 11 y a certaines fièvres où elles sont critiques et nécessaires dans le déclin de la maladie^ Telles sont les accès de fievres intermittentes ; telle est une autre fièvre considérable et très-fréquente , je veux dire celle qui dépend de la constitution de l’air par laquelle sont produites les fièvres intermittentes épidémiques. Dans ce cas-Ià, on doit travailler en premier lieu à digérer la matière morbifique , ensuite à l’évacuer par les sueurs. Si on suit une a^iUe méthode, la maladie ne fera qu’augmenter.
Quelle sorté (le sueur il faut exciter dans les fièvres.
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StCTION V.
Dans quelles fièvres la ,sueur est nuisible.
Fièvre continü»
C’est pourquoi toutes sortes d’évacuations doivent être bannies , si ce n’est les premiers jours de la maladie , où il s'agit de modérer sa violence : hors de là , les évacuations pourraient être funestes. Et même la fièvre pestilentielle , dont la cause est d’une extrême subtilité , peut se guérir dès les premiers jours par les sueurs, comme l’expérience Ta toujours fait voir.
i6. Mais dans les fièvres où nous ne voyons point que la nature abandonnée à elle-même , et selon le cours ordinaire des symptômes , évacue au bout d’un certain temps la matière morbifique déjà préjiarée , ne serait-ce pas une trop grande témérité de vouloir guérir la maladie, en excitant bon gré malgré les sueurs, puisque, selon Hippocrate (’*) , tout est inutile quand la nature est con* traire^ Or, je pense que c’est-Ià justement le cas de la fièvre particulière dont nous traitons maintenant. QuantitéH’expériences m’ont appris qu’elle peut se guérir sans sueurs; et même que si l’on s’obstine à vouloir faire suer les malades, on les jette souvent à pure perte dans un danger évident, parce qu alors la matière morbifique se porte à la tête.
Néanmoins, si dans cette fièvre , ou dans toute autre de celles qui n’ont pas coutume de se terminer par une sueur critique, il survient dans le déclin de la maladie et sans le secours de l’art, une sueur de cette espèce , que la diminution de tous les symptômes fasse juger être l’effet d’une digestion convenable delà matière morbifique, aucun Médecin prudent ne méprisera une pareille sueur. Mais quand elle ne vient pas ainsi d’elle-même , pouvons-nous être assurés de ne pas tuer le ma-
«VTtîrpaT Tovijyîç xsvsà rrxvzo:.
DES AWNÊES 1678 , 74, 7^.
lade, si, pour le faire suer, nous employons un régime échauffant et des cordiaux ? Un homme qui trouverait par hasard un trésor à terre , serait simple de ne pas le prendre. Mais ce serait être fou de risquer sa vie dans l’espérance de trouver un pareil trésor. Quoiqu’il en soit, je suis très-assuré cpie la chaleur de la fièvre toute seule , suffit pour préparer la matière fébrile à la coction, et qu’il ne faut pas augmenter cette chaleur par un régime échauffant.
17. La méthode de traiter cette fièvre par la saignée et les lavemens , réussissait très-bien : mais quand on y employait les sudorifiques, non-seu' lement il survenait des symptômes très-fâcheux , mais le succès était toujours fort incertain. Le principal de ces symptômes et qui arrivait souvent, comme nous l’avons dit , était un délire , où la malade ne parlait pas beaucoup, mais était plutôt attaqué d’un assoupissement qui ressemblait au coma. Ce symptôme venait quelquefois de luimême , et le plus souvent de ce que des gardes ignorantes travaillaient mal à propos à exciter les sueurs; car la matière morbifique qui, dans cette sorte de fièvre ne s’évacuait point par les sueurs, venant à être violemment agitée , elle se portait à la tête, et mettait les malades en grand danger.
1 8. En traitant la fièvre d’une autre constitution , j’avais déjà pris garde que durant les dernières années de cette fièvre , il survenait quelquefois un assoupissement, principalement aux enfans et aux jeunes gens qui étaient à peine sortis de l’âge de puberté. Mais cet assoupissement n’était ni aussi profond , ni aussi épidémique que celui qui accompagnait la fievre dont il s’agit maintenant. Je ne pus toutefois venir à bout de dissiper le premier , qui était le plus léger , et beaucoup moins
Chap. II.
Utllwë de la saignée et des la’ïemensdans cette fièvre, et mauvais effet des sudori£- (j^ues.
L’assoupissement ne cédait à rica dans le commencement de la maladie.
286 Fièvre continïte
Section V. p U S-J 6 dissiper le second dans le commencement ***"™***^ de la maladie , quoique je n’oubliasse rien pour cela , et que j’employasse les saignées réitérées du bras, de la gorge et du pied , les emplâtres vésicatoires, les iavemens, les diaphorétiques de toute espèce, etc.
Enfin, je pris le parti de saigner du bras , d’appliquer un emplâtre vésicatoire sur la nuque du cou , et de donner deux ou trois Iavemens avec le lait et le sucre , tout cela dans les premiers jours de la maladie ; après quoi je ne faisais rien du tout , si ce n’est que j’interdisais la viande et toute sorte de liqueurs spiritueuses. En meme temps j’étudiais la méthode de la nature, afin d’apprendre, en marchant sur ses traces , le moyen de dissiper cet assoupissement. Le succès fut heureux ; la maladie diminuait peu à peu , et enfin disparaissait entièrement. Je crus donc devoir insister sur cette méthode dans toutes les fièvres que je traitai ensuite. La grandeur du symptôme que j’avais à combattre , et le bon succès que j’eus toujours , justifient suffisamment ma conduite.
©li Ta trop iq. Il m'est quelquefois venu en pensée que traL^e'ntdes Ic traitement des maladies nous allons trop maladies. vite; qu’il faudrait, au contraire, aller plus lentement, et laisser plus agir la nature qu’on ne fait aujourd’hui. C’est une erreur grossière de croire que la nature a toujours besoin du secours de l’art. Si cela était, elle n’aurait pas assez bien pourvu à la conservation du genre humain; car il n’y a pas la moindre proportion entre le grand nombre des maladies dont les hommes sont attaqués , et les moyens qu’ils ont pour s’en délivrer : je parle meme des siècles où la Médecine a été le plus cultivée et le plus en honneur. J’ignore ce qu’a produit ‘dans les autres maladies la méthode de laisser
Chap. IL
agir la nature. Ce que je sais certainement par des observations faites avec soin , c’est que dans la fièvre dont nous parlons, l’assoupisvsement léthargique se dissipait heureusement de lui-même après les évacuations générales, savoir, la saignée et les lavemens.
20. Nous avons dit ci-dessus qu’on ne voyait le i^n quel cas plus souvent des signes de convalescence que le îLttîrun’iél trentième jour (savoir, dans le cas d’un assoupis- gime absurde, sement considérable) , et qu’il survenait même quelquefois une aphonie ; après quoi le malade demandait obstinément quelque nourriture ou quelque boisson mauvaise et absurde , parce que
la longueur de la maladie avait extrêmement corrompu le levain de l’estomac. Dans ce cas-là , comme il était absolument nécessaire de réparer les forces épuisées, je permettais volontiers des choses moins convenables, pourvu qu’elles fussent agréables au goût des malades»
21. Au mois de Septembre 1674 je traitai un en- Histoire d’une faut de neuf ans, fils d’un Libraire de mes voisins , nommé M. /Vol.'ll était attaqué de la fièvre et de l’assoupissement. L’ayant fait saigner du bras, et
lui ayant fait donner des lavemens pendant quelques jours de suite dans le commencement de la maladie, j’en demeurai-là, et je m’opposai aux importunités de sa mère, qui me pressait vivement d’aller plus vite en besogne, ce que je ne croyais pas expédient jDOur le salut de son fils.
Tout ce que j’ordonnai déplus, fut un julep ordinaire, et cela plutôt pour contenter la mère quô pour autre chose. Le malade commença à se mieux porter vers le trentième jour. Il eut divers appétits bizarres , lesquels je jugeai à propos de satisfaire en partie, uniquement pour contente!' son goût; et enfin , il guérit parfaitement.
Fièvre corsiHNiJE
Sectiojnt V