RUE HUYGHENS
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LÉONARD DE VINCI (i) ANATOMISTE ET PHYSIOLOGISTE
Après maintes discussions on est loin d’être tombé d’accord sur l’utilité, pour l’artiste, peintre ou sculpteur, des connaissances anatomiques.
Ceux qui n’attachent qu’une importance secondaire à ces connaissances, soutiennent, à l’appui de leur opinion, que le but unique des représentations de l’art étant l’expression du beau, la science ne peut que nuire, en altérant la pureté idéale de cette expression. Ceux, au contraire, qui les croient indispensables, allèguent des exemples fameux : ils citent, avant tous, Michel-Ange, qui passe pour avoir beaucoup disséqué de sa propre main et dont
1. Les deux premiers chapitres de ce volume, ne sont qu’une esquisse de l’étude approfondie qui devait être consacrée à Léonard de Vinci, anatomiste, et à Cervantes, psychiatre. La mort a surpris le docteur Cabanes avant qu’il ait pu reprendre ces deux sujets sur des données plus larges. Nous avons cru devoir quand même les faire figurer (chronologiquement, et pour mémoire), en tête de cette première série de Médecins Amateurs. (Bl.-A. Cabanès.)
les œuvres se font remarquer par une précision scientifique qui ne nuit en rien à l’esthétique. A côté de Michel-Ange, ils placent son émule Durer, le peintre et graveur de Nuremberg, dont nous avons un traité d’anatomie pittoresque (1), qui a certainement préparé la voie aux Vesale, Sylvius, Fallope, et autres anatomistes de profession. On joint à ces exemples celui de Léonard de Vinci, dont les manuscrits attestent une extraordinaire fécondité; Léonard de Vinci, qui a composé de véritables traités didactiques sur la morphologie et la physiologie des mouvements, traités qui n’ont pas vieilli, et qu’on peut consulter encore aujourd’hui avec fruit.
Léonard de Vinci, en effet, a eu ce privilège exceptionnel, de réunir en lui les admirables dons de l’artiste et la précision minutieuse de l’anatomiste et du physiologiste. Il a plus qu’entrevu, il a presque établi quelques-unes des grandes lois naturelles dont la découverte devait, par la suite, illustrer les noms des Galilée, des Bacon, des Harvey, des Cuvier.
Dans son avidité de savoir, il a voulu embrasser l’universalité des connaissances humaines. La physique et la mécanique, l’astronomie et la géologie, lui ont été aussi familières que les sciences naturelles.
Nul exemple ne saurait mieux démontrer que l’antinomie de l’art et de la science est superficielle;