MESMER
M KDECINS AMATEURS
SÉBASTIEN MERCIER
marchands de vin, épiciers, regrattiers, etc., parce qu’il s’y mêle perpétuellement des fraudes, qui, pour la plupart, nuisent à la santé des citoyens... Quoi de plus important à surveiller avec vigueur, que ce qui contribue à la santé publique? On poursuit avec vigilance les voleurs de mouchoirs et l’on ne poursuivrait pas de même celui qui m’empoisonne ! Quelle contradiction ! »
Pour parer à ce péril. Mercier propose la création d’un Conseil de santé qui, selon lui, devrait être composé « non de ces médecins, si dangereux avec leur routine, si ignorants avec leurs thèses — il n’est pas indulgent pour nous, l’excellent homme ! — mais de ces chimistes qui ont fait de ces belles et neuves découvertes, qui nous promettent enfin le vrai secret de la nature.
Il définit admirablement les attributions de ce Conseil, que rappelle, dans ses grandes lignes, notre Comité d’hygiène.
« Ce Conseil examinerait à Paris tout ce qui sert à la nourriture de l’homme : l’eau, le vin, l’eau-devie, la bière, les huiles, le blé, les légumes, le poisson, etc. Il reconnaîtrait les perfides mélanges; souvent la marée est corrompue, les huîtres gâtées, les légumes recèlent des charançons. De là les mala- ’ dies dont on ignore l’origine.
« Des physiciens préposés pour examinateurs des denrées et des boissons, arrêteraient dans leur
source les maladies épidémiques. On appelle les médecins lorsque le danger se manifeste : pourquoi ne le préviendrait-on pas? Mais les médecins ne songent pas à conserver la santé de l’homme; ils attendent le profit de la maladie. »
Ces accès de médicophobie sont assez fréquents chez notre auteur, et on en peut relever plusieurs au cours de son ouvrage. C’est surtout dans son chapitre des Médecins, qu’il a donné libre carrière aux sentiments peu tendres, qu’il nourrissait à notre endroit.
« Passez-moi l’émétique, je vous passerai le séné, a dit le bon Molière. Telle est encore, de nos jours, la politique des membres de la Faculté. »
Si Molière revenait, il ne reconnaîtrait plus un seul de ses médecins, poursuit notre censeur.
« Où sont-ils les Guénaud, montés sur une mule? Où sont MM. Purgon et Diafoirus? Au lieu d’un homme grave au front sévère et pâle, ayant une marche méthodique, pesant ses paroles et grondant quand on n’a point observé ses ordonnances, il apercevrait un homme agréable, parlant de tout autre chose que de la médecine, souriant, étendant une main blanche, jetant une dentelle avec symétrie, parlant par saillies et jaloux d’étaler au doigt un gros brillant.
« S’il tâte le pouls, il trouve partout la santé, il ne voit jamais de danger. Au lit d’un moribond, il