MALADES DANS LE MÊME LIT
(■ Collection de l’auteur )
SÉBASTIEN MERCIER
« dans ce lieu redoutable » être inscrit depuis huit à dix mois et « souvent le tour de l’infortuné qui attend n’arrive pas encore » après un si long stage.
Rien n’a échappé à la curiosité du pénétrant observateur que nous suivons pas à pas. A peine l’inoculation vient-elle d’être introduite dans la pratique, il en constate aussitôt le triomphe, tout en regrettant qu’elle ne soit pas encore adoptée par le bourgeois, l’artisan et l’indigent.
Il applaudit à la création de l’Académie de chirurgie, qui pourra former des chirurgiens habiles et qui rendront des services qu’on ne saurait trop chèrement acquitter; de la Société Royale de médecine, embryon de notre Académie actuelle.
Il consacre plusieurs pages aux sages-femmes, aux accoucheurs, aux dentistes.
Les convulsionnaires, les simulateurs de maladies ne lui en imposent pas.
Il observe qu’« à peu près tous les ans, vers le milieu de novembre, surviennent des indispositions catarrhales, occasionnées par la présence subite d’une atmosphère humide et froide, et des brouillards qui suppriment la transpiration. Plusieurs en meurent, mais le Parisien, qui rit de tout, appelle ces rhumes dangereux, la grippe, la coquette, et le rieur, trois jours après, est grippé lui-même et descend au tombeau. |
Il n’a pas été non plus sans voir le danger que
présentait cette pyramide de faux cheveux qu’on se posait sur la tête.
« Les maux d’yeux, la maladie pédiculaire, l’inflammation du cuir chevelu, naissent de cette complaisance outrée pour ce®e coiffure bizarre... on est affligé de fluxions, de douleurs de dents, de maux d’oreilles, d’érésipèles, tandis que la villageoise, la paysanne qui se tient la tête propre et nette, qui ne se sert que de linge blanc et bien lessivé (1), qui use d’une pommade sans aromates et d’une poudre sans odeur, ne ressent aucune de ces incommodités... »
Mais là où Sébastien Mercier a donné les preuves d’une véritable perspicacité de clinicien, c’est quand, rendant pour la première fois visite à J.-J. Rousseau, dans son petit logement de la rue Plâtrière, il diagnostique, à première vue, que le philosophe est « malade du cerveau ».
« Je soupirai, narre S. Mercier, lorsque je l’entendis me parler de ses chimériques ennemis, de la conspiration universelle formée contre sa personne, et je me disais tout bas, les larmes de compassion me roulant dans les yeux : « Quoi, cet homme que
j’ai tant admiré est un maniaque! ... »
« Oui, J.-J. Rousseau, mû par une vive imagination trop ardente et plein d’un orgueil inconnu à lui-même, s’imaginait voir autour de lui une ligue