T. III, pp
l’étudient, que je vais dire ce que le service m’a appris.
« Le pain mal cuit, la friponnerie d’un entrepreneur qui y met beaucoup d’eau pour lui donner le poids; le mauvais fruit, trop de farine; l’eau bourbeuse, l’eau même la meilleure, en marche pendant la chaleur; le brandevin, les poêles trop échauffés dans les maisons des paysans, la vieille paille pourrie, l’ordure des cantonnements; toutes les injures de l’air, qu’on essuie sous ces malheureuses canonnières; les ligaments trop serrés, les boutons aux guêtres, les habits trop étroits, la circulation arrêtée; des cols, les jarretières (je ne veux ni des uns ni des autres) ; une position trop gênée et trop longue sous les armes; l’exercice pendant la canicule, les cuirs qui se croisent sur la poitrine; le poids d’une gibecière raide et chargée de cuivre, qui écrase l’estomac : voilà les causes des maladies des soldats.
« Qu’on ne les gêne pas, qu’on les habille, qu’on les armes, qu’on les équipe, qu’on les campe, comme j’en donne le modèle et la description, je réponds de conserver l’armée; qu’on les fesse marcher et manger aux heures que je voudrai; qu’on les fasse baigner; qu’on me permette de faire pendre le premier médecin à qui je verrai, dans un hôpital, faire saigner la droite et purger la gauche, le premier chirurgien qui fera des expériences sur ces pauvres
ADDENDA
malheureux, et le premier entrepreneur qui voudra gagner sur eux; qu’on donne du vin dans certaines circonstances; qu’on n’épargne pas le veau, le bouillon, le poulet, aux malades convalescents; dans la mauvaise eau, de l’ail, et le pain trempé dans du beurre et de l’eau chaude, pour ne pas manger toujours froid, lorsqu’on ne peut pas s’arrêter, et, avec du vinaigre, toutes les troupes du monde se porteront bien; qu’on ne les tienne pas enfermées, qu’on les loge et qu’on les amuse comme j’ai dit; point d’huile dans les chambrées, ni de houille, vapeurs dangereuses l’une et l’autre; point d’habit de laine, si l’on pouvait, car elle s’imbibe de sueur et exhale une odeur putride; point de chandelle mal éteinte; un ventilateur pour renouveler l’air; une espèce de gouttière pour l’urine, qui se jette dans les lieux qui seront nettoyés presque tous les jours, et un bouchon à cette gouttière pour que l’odeur n’en revienne pas; point de casseroles de cuivre étamé, elles sont dangereuses; les casseroles de fer blanc à la guerre, et de terre en garnison; point d’eau dormante, mille petits animaux y déposent leurs œufs; point d’eau de pluie, elle ne désaltère point; on trouve des fontaines et des rivières, les premières sont les meilleures; mais qu’on fasse des étangs près des casernes, et qu’on fasse filtrer l’eau (1).