‹ Médecins et empoisonneurs au XVIIe siècleChapitre 16 sur 22 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'AUTOPSIE DE MADAME

Misérable cupidité de Monsieur. — Témoignage qu'en rend lord Montaigu, ambassadeur d'Angleterre. — L'autopsie de Madame. — Les médecins français concluent à la mort par le choléra morbus. — Opinion de Littré. — 11 se prononce pour im ulcère simple de l'estomac. — Le coup de ciseau du chirurgien Félix. — Discussion de la thèse de Littré et des procès-verbaux d'autopsie. — Madame a été empoisonnée par le sublimé. — Preuves médicales. — Preuves morales. — Opioion conforme des gens bien informés au xvii? siècle.

A peine Madame eût-elle cessé de vivre, neuf heures après l'absorption du verre d'eau de chicorée, que Monsieur se précipita sur les tiroirs qui contenaient l'argent que la princssse avait reçu de Londres et qu'il s'empara de la sbmme tout entière.

Lord Monlaigu, ambassadeur d'Angleterre, raconte ce fait inouï dont il a été témoin

en sa qualité d'exécuteur testamenfaire de la princesse. Il s'agissait d'une somme de six mille pistoles que Madame avait prié lord Montaigu de distribuer lui-même à ses domestiques. « Monsieur, écrit-il, se saisit de toutes ses clefs et de son cabinet. Je demandai, le lendemain, à une de ses femmes où était cet argent, laquelle me dit qu'il était en un tel endroit. C'était justement les premières six mille pistoles que le roi notre maître lui avait envoyées. Dans le temps que cet argent arriva, elle avait dessein de s'en servir pour retirer quelques joyaux qu'elle avait engagés en attendant cette somme. Mais le roi de France la lui avait déjà donnée deux jours avant que celle-ci arrivât; de sorte qu'elle avait gardé toute la somme que le roi son fbère lui avait envoyée.

« Sur cela, j'ai demandé ladite somme à Monsieur, comme m'appartenant, et que l'ayant prêtée à Madame, deux de mes domestiques l'avaient remise entre les mains de deux de ses femmes, lesquelles

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en ont rendu témoignage à ce prince, car elles ne savaient pas que c'avait été par ordre du roi notre maître* Monsieur en avait déjà emporté la moitié, et Ton m'a rendu le reste. J'en ai disposé en faveur des domestiques de Madame, selon les ordres qu'elle m'en avait donnés en présence de M. l'abbé de Montaigu et de deux autres témoins. Monsieur m'a promis de me rendre le reste que je ne manquerai pas de distribuer entre eux de la même manière.

« Cependant, ajoute lord Montaigu, s'ils n'ont l'esprit de le cacher, Monsieur ne manquera pas de le leur ôter dès que cela parviendra à sa connaissance (1). »

On voit, par ce qui se passait, quelques instants après la mort de la princesse, que les suspicions dans lesquelles on tenait Monsieur et son entourage étaient en quelque sorte justifiées. Il n'y avait

(1) Lettre de lord Montaigu ambassadeur d'Angleterre au comte d'Arlington 6 juillet ^670. Ralph Montagu nommé ambassadeur en France en 1669, mort le 7 mars 1708.

donc qu'un seul parti à prendre en présence des compatriotes de Madame : décider Tautopsie. Elle eut lieu dans la matinée.

Le corps ayant été disposé dans Tanlichambre, sur une table, et dans la clarté vive du jour, le visage fut couvert, ainsi que la parlie inférieure du corps, d'un drap de fine toile. Au bout de la table c'est-à-dire aux pieds de Madame, vinrent se placer l'ambassadeur d'Angleterre et quelques gentilshommes de la cour de Charles II. A la droite se trouvaient le médecin et le chirurgien anglais. Bourdelot(l) était à gauche, Valot à coté du jeune chirurgien Félix, qui allait pratiquer l'autopsie, et qui avait Yvelin en face de lui.

Daquin, Brayer, Lachambre, étaient derrière eux tandis qu'autour de la table se

(1) Ce Bourdelot qui cumulait les titres de médeciit et d'abbé avait une réputation exécrable. Il avait été médecin du grand Condé puis était passé au service de Christine de Suède « celte reine livrée à tous les genres de débauche, même avec les femmes. Elle était redevable de ses vices aux Français et surtout au vieux Bourdelot. C'est lui qui Tavait fortifiée dans toute son inconduite ». Lettre de la Palatine, 10 novembre 1719.

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tenaient Blond el (1), Pelil (2), Levasseur(3) et Lebel (4).

L'opération commença.

.« Au premier coup de ciseau que Ton a donna dans le ventre, à la région de « Testomac, il en sortit une puanteur hor- « rible et le ventre s'abaissa beaucoup. On « continua l'ouverture jusqu'ài la serviette « qui était jusqu'au-dessous du nombril.

« Les intestins parurent tout boursouflés, <i quelques-uns de très mauvaise couleur, « livides et tendant à la gangrène, entre « autres l'iléon. La partie des intestins qui « était près de la vessie du fiel, était toute « teinte d'un jaune ardent. Au fond des « intestins, sous le diaphragme, était ré- « pandue une liqueur jaune blanchâtre, « que tous les médecins appellent sanieuse

(1) Blondel, François, reçu docteur le 3 août 1632, doyen de 1658 à 1660, mort le 5 septembre 1682.

(2) Petit, Guillaume, de Goutances, reçu docteur le 20 décembre 1668. Premier médecin du Dauphin. ,

(3) Levasseur, Claude, né à Paris, reçu docteur le 16 octobre 1639, médecin de la Charité, mort le 26 mai 1684.

(4) Lebel, Gilles, reçu docteur le 6 janvier 1657, mort le 4 septembre 1689.

« et bilieuse, provenue de la fœtiaux (sic) « que Ton avait sentie. Mais on ne trouva « ni ulcère, ni fond de vomique ; de sorte « qu'apparemment c'était une sérosité bi- « lieuse et chylieuse qui était extra-vasée a et tombée hors des intestins par Timpéc( luosité de la bile qui était en fermen- « tation.

« On trouva le foie d'un jaune fort éteint « et cendreux, couleur de ventre de biche, c( avec une substance mollasse, ce qui fit <( récrier tout le monde à admirer qu'elle « eût pu vivre avec un aussi méchant foie.

« La rate était assez bonne et même les « reins dont le gauche était tant soit peu « flétri.

« On ouvrit la poitrine. On trouva les « poumons engorgés d'un sang noir qui « paraissait échauffé et brûlé ; -le gauche « était attaché aux côtes ; et comme on « l'ouvrit, on trouva la partie supérieure « sanieuse. II. fallut regarder l'estomac et « l'œsophage où probablement devait être (c plus visible la cause de la mort.

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« Lé venlricule parut au dehors très « bien conditionné : la substance était « ferme et blanche comme doit êlre une « membrane. Il fut ouvert par-dessus, tout « du long. On y trouva quantité de bile glai- « reuse, haute en couleur, qui enduisait « tout pair dedans. On poussa le ciseau jus- « qu'au bout de Fœsophage tjui était tout « rempli d'une même humeur jaune qui « montait jusqu'à la bouche. L'orifice infé- « rieur de l'estomac et l'intestin duodénum « étaient tout pleins de même humeur, et i( même gorgés de bile épaisse qu'on eût (( amassée à la cuiller : toute cette bile (( venait delà vessie du fiel qui était grossie <( extraordinairement et remplie. '

« On ne lui trouva aucun aliment danè « le ventricule, en ayant vomi si peu qu'elle « avait. Mais comme c'était un corps sec', « elle n'ayoit que de vaines irritations de <( vomir, qui servaient encore à filtrer la c( bile dans les fibres du ventricule et de « l'œsophîjige, et parla contention et effort, « lui e?î/loit les lèvres et les Joues.

« L'expiration de cette méchante bile « couvée se portant au cœur causait ses « défaillances, d'autant plus que nul ali- « ment nouveau ne récréait ses forces, car « elle vomissait ce qxjHon lui donnait^ et (( comme Teau qui tombe dans la chaux « la fait fumer, Teau, et le bouillon qu'on « lui donnait, faisaient de même et ser- « valent à faire infiltrer dans ses parties, <( en l'atténuant [sic] ; aussi sentit-elle ses « douleurs renouvelées quand elle prit un (( bouillon. Cette bile était fort irritée, « montant toujours en haut, et les remèdes « qu'on lui donnait n'ont jamais pu la faire c( descendre, ni même une médecine faite « avec du séné et sirop de fleurs de pêcher « qu'on lui administra..., etc. (1) ».

En présence de lésions aussi nettement caractérisées, les médecins auraient dû — s'ils n'avaient pas eu d'intérêts à ménager — tirer des conclusions tout au moins sensées.

(1) Relation de la maladie, mort et ouverture du corps de Madame par M. raj}bé Bourdelot. médecin. Pièce pour servir à l'Histoire de France. T. VI, Bihlioth. de Saint-rVictor. Manuscrit 712. n^ 10.

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On ne peut, en effet, expliquer que par la crainte de déplaire au roi Tabsurdité de leur rapport qui affirme que « Madame est morte du choléra-morbus dont les causes sont très connues et Teffet ordinaire, ce qui, ont-ils bien soin d'ajouter, ne laisse aucun soupçon de poison lent ni actif (1 ) ».

Dans une étude des plus intéressantes et portant ce titre : « Madame est-elle morte empoisonnée ? » Littré se prononce nettement pour la négative. 11 conclut, après une discussion des plus serrées, avec une puissance de dialectique merveilleuse, que Madame est morte à la suite de la perforation d'un ulcère simple de l'estomac.

Or, malgré tout notre respect pour Fillustre savant, nous nous permettrons de lui opposer une opinion contraire, en reprenant un à un les motifs de son argumentation.

(1) Pièce pour servira l'Histoire de France. T. VI. Manus. Fonds Saint-Victor, 712, n^ 10.

Pour soutenir sa thèse, Liltré se base sur deux documents :

r Le récit de la maladie fait par M""' de La Fayette ;

2° Le procès-verbal d'autopsie du chirurgien anglais.

Nous allons les examiner successivement tous les deux.

Le récit de M"' de La Fayette nous paraît absolument insuffisant pour faire accepter la conclusion d'un ulcère à Testomac. En effet, pour établir le diagnostic certain d'ulcère de l'estomac, il faut au moins deux ordres de faits : qu'une hémorragie plus ou moins abondante, se traduisant par une hématémèse, se soit produite ; ou bien que le malade ait enduré des douleurs très violentes et vraiment caractéristiques depuis un certain temps.

Or, le récit de M""* de La Fayette ne relate que de vagues douleurs et aucune hématémèse- Reconnaissons cependant que l'ulcère de l'estomac bien qu'étant resté à l'état latent pendant la vie, peut, parfois amener

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une mort foudroyante. Dans ce cas la mort est déterminée par l'ulcération d'un gros vaisseau, ou bien encore par perforation ; el, dans ces deux circonstances, l'aulopsie T^è\e irès nettement la cause exacte de la mort.

C'est cette dernière hypothèse que Liltré admet pour expliquer celle de Madame, — mais ce n'est qu'une hypothèse qui n« nous semble pas avoir pour elle des preuves suffisantes.

Arrivons maintenant au second témoignage invoqué par Littré : le procès-verbal d'autopsie, rédigé par un chirurgien anglais et ajoutons que Littré s'appuie notamment sur ce fait : qu'on a trouvé un trou dans l'estomac de Madame.

En relisant ce procès- verbal, nous constaterons que cette ouverture n'offrait en aucune façon les caractères constants qu'on observe dans une perforation causée par l'ulcère simple. « Seulement, dit ce même procès-verbal, un petit trou dans la partie moyenne et antérieure, lequel était arrivé

par mégarde du chirurgien qui l'avait coupé ; sur quoi je fus le seul qui fis instance. Mais, l'ayant bien visité de près, je n'y trouvai aucune excoriation, ni corrosion, ni noirceur, ni dureté, ni macule, ni lésion d'aucune autre partie. »

Cette perforation due à la maladresse et à l'inexpérience de Félix (1) et que Littré croit pouvoir considérer comme un véritable ulcère de l'estomac frappe tellement le chirurgien anglais qu'à la fin de son procès-verbal d'autopsie, il y revient avec une certaine insistance, et nous sommes étonné que l'illustre savant n'ait pas jugé à propos de citer ce passage pourtant bien instructif. Qu'on en juge : <c Ce petit coup d'incision à l'estomac que l'on a éclairci et le mauvais procédé de l'opérateur qui a si mal fait son devoir qu'il ait plutôt voulu dérober aux assistants la vérité de la cause

(1) Le choix de ce jeune homme (il n'avait que dixsept ans) dans des circonstances aussi délicates, nous paraît au moins malheureux. Il ne faut pas oublier que son collègue anglais, Alexandre Bosch er, ne put s'empôcher de le blâmer ouvertement.

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de la mort que Téclàircir et démentir. »

Mais deux autres médecins, Bourdelot (1) et Valot, quoi qu'en dise le chirurgien anglais, ont été également frappés de cette incision, et le premier Ta décrite en des termes fort exacts pour l'époque : « Cette ouverture avait été faite en disséquant, car la peau qui était au bord n'était ni cautérisée, ni enflammée, ni avec veines gonflées autour de la peau, n'était point bouffie ni épaisse, ce qui arrive aux plaies qui sont faites dans les corps vivants. »

On le voit, cette description de Bourdelot est exactement la même que celle du chirurgien anglais, et nous ajouterons qu'elle n'a aucun rapport avec l'aspect des lésions

(1) « Il arriva par mégarde, dit Bourdelot, lors de la dissection, que la pointe du ciseau fit une ouverture à la partie supérieure du ventricule, sur laquelle beaucoup de gens se récrièrent demandant d'où elle venait. Le chirurgien dit qu'il l'avait faite par mégarde, et M. Valot dit avoir va quand le coup avait été donné ». Valot n'est pas d'accord avec ses confrères quant à la nature de la maladie : il prétend que Madame est morte des suites d'un trop grand épaochement de bile et non du choléramorbus. Les deux opinions se valent. Biblioth. de l'Arsenal. Manus. Conrart. T. XIII, p. 779.

254 MÉDECIIVS KT EMPOISONNEURS

qu'on trouve aux ulcères ayant déterminé une perforation, lésions qui présentent l'apparence suivante :

L'ouverture, ordinairement ronde, mais à bords plus ou moins déchiquetés, forme un bourrelet circulaire épais qui, dans quelques cas, peut offrir une épaisseur de 3 millimètres (1).

Telle est la caractéristique de cette lésion. C'est sa règle habituelle, et on ne peut pas concevoir un ulcère ayant amené la perforation s'il ne présente préalablement de lésions hypertrophiques de ses bords (2).

Lillré, pour fortifier son hypothèse de l'ulcère simple de l'estomac, se base sur l'existence d'une péritonite décrite ainsi par le chirurgien anglais : « L'épiploon était tout mortifié et gangrené. Les intestins tendaient aussi à mortification et à putréfaction, etc. (3). »

(1) Luton. Dictionnaire Jaccoiid, art. Estomac.

(2) Voir BulL de ta Soc, Anat. Années 1890 et 1891.

(3) Mémoire d'un chirurgien du roi d'Angleterre qui a été présent à l'ouverture du corps de Madame. Bibliotlu Nat. Fonds Fr. 17052.

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Mais n'avons-nous pas le droit de dire ici que celle périlonite ne peut être interprétée comme une péritonite par perforation, éiant donné qu'on n'a trouvé dans le péritoine aucune matière alimentaire, quoique Madame ait pris une certaine quantité de liquides et de drogues :. bouillon, lait, huile de ricin, séné avec sirop de fleurs de pêcher, ofviélan, poudre de vipère, et surtout la fameuse tisane de chicorée, cause

première de tout k mal (1)?

Littré prétend que les médecins ont constaté la présence de l'huile; mais c'est parce qu'il profite de l'équivoque— nous nous

(1) M. Jules Loiseleur, le très distingué bibliothécaire de la Tille d'Orléans, a consacré dans les numéros des 2, 3 et 4 novembre 1872 du journal le Temps, trois articles à la mort de Madame. Il conclut à une péritonite suraigu ê déterminée par. le bain de rivière pris, le vendredi, malgré l'avis contraire, du médecin Yvelin.

De plus, M, Loiseleur démontre, comme nous, que . Touvérture constatée dans l'estomac de Madame est bien due à la maladresse de Félix. Toutefois'il se trompe lui même en attribuant au froid la péritonite de Madame. En effet, une péritonite à marche aussi rapide ne peut être due qu'à une perforation de l'estomac ou de l'intestin ou bien alors à un empoisonnement par un sel caustique tel que le sublimé.

permettrons cette critique, — à laquelle, se prête une phrase du rapport d'autopsie que nous rappellerons ici : «... toute la capacité pleine d'une matière sanieuse, putride, jaunâtre, aqueuse et grasse comme de l'huile. » Franchement, n'est-ce pas là donner au texte une signification qui certainement n'est jamais entrée dans l'esprit des médecins?

Tels sont les arguments de Littré en faveur de la thèse qu'il soutient avec un merveilleux talent, arguments que nous considérons scientifiquement comme non probants.

Nous allons maintenant nous placer à un point de vue différent, et nous appuyer, à notre tour, sur les documents médicaux pour démontrer, que la mort de Madame est bien due à un empoisonnement et à tin empoisonnement par le sublimé corrosif.

Nous croyons pouvoir trouver cette preuve dans les symptômes qu'à présentés la princesse pendant les dernières heures de sa vie et dans les lésions constatées à l'autopsie.

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Commençons par établir un parallèle entre les symptômes classiques de l'empoisonnement par le sublimé, et les différents points saillants de la maladie de Madame..

D'après Tardieu, la forme suraiguë de l'empoisonnement par le sublimé — toxique violent, même à très petites doses — se manifeste par les symptômes suivants :

« La tuméfaction de la bouche commence, la sensation de brûlure de la gorge s'étend au creux épigastrique en s'accompagnantde douleurs atroces. Ces phénomènes surviennent aussitôt après l'absorption du poison. Presque immédiatement les nausées sont suivies de vomissements très abondants qui sont soit bilieux, soit composés de mucosités visqueuses. Le ventre e&t tendu, très douloureux. De fréquentes évacuations alvines ou bilieuses se produisent. La face est alternativement rouge ou décolorée, la peau froide et baignée de sueurs, la prostration considérable. Bientôt le pouls devient petit, faible et filiforme.

La respiration lente et anxieuse, quelque-

fois très difficile à cause du gonflement de la cavité buccale et des premières voies aériennes. Les extrémités se refroidissent, le pouls devient petit, serré, fréquent; des syncopes se manifestent, et, au bout d'un temps variable, la mort vient mettre un terme à ces horribles souffrances. »

Eh bien! il est facile de se remettre en mémoire les passages du récit de M""' de La Fayette répondant aux symptômes décrits par Tard i eu :

« M"'' de Gama^ches lui apporta ainsi qu*à moi un verre d'eau de chicorée qu'elle avait demandé il y avait déjà quelque temps, M"' de Gourdon, sa dame d'atours, le lui présenta; elle le but, et, en remettant d'une main la tasse sur la soucoupe, de l'autre elle se prit le côté et dit avec un ton qui marquait beaucoup de douleur ; Ah ! quel point de côté! Ah! quel mal! » Elle rougit, et dans le moment d'après, jpâlit d'une pâleur livide qui nous surprit tous. On la mit ^u lit et, sitôt qu'elle y fut, elle cria encore plus fort qu'elle n'avait fait, et se jeta de

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côlé et d'autre comme une personne qui souffrait infiniment. » A ce moment, on croit devoir appeler M. Esprit. « Il vint et dit que c'était la colique... Tout ce que je viens de dire s'était passé en moins d'une demi-heure... Ce qu'on lui donna la fit vomir; elle en avait déjà eu envie plusieurs fois avant que d'avoir rien pris. Mais les vomissements ne furent qu'imparfaits et ne lui firent rejeter que quelques phlegmes et une partie de la nourriture qu'elle avait prise. L'agitation de ces remèdes et les excessives douleurs qu'elle souffrait la mirent dans un abattement qui nous parut du repos. »

Ce repos dont parle M""* de La Fayette n'est-il pas la prostration signalée précédemment par Tardieu?

« On lui donna un bouillon parce qu'elle n'avait rien pris depuis son dîner. Sitôt qu'elle l'eût avalé, les douleurs redoublèrent... La mort se peignit sur son visage vers onze heures du soir... Son agonie n'eut qu'un moment et, après deux ou trois petits

mouvements convulsifs dans la bouche, elle expira è deux heures et demie du matin, et neuf heures après avoir commencé à se trouver malade.»

A côté de cette description rappelons ce passage significatif du rapport de Bourdelot :

« Madame se plaignait d'un feu (1) et de douleurs cruelles, non du ventre mais de Testomac jus(|u'à la gorge. » Ce médecin constate plus loin « qu'elle avait les lèvres et les joues enflées; qu'elle avait aussi des défaillances, et que l'ingestion de tout liquide était suivie de douleurs atroces et de vomissements ».

N'avons-nous pas le droit d'interpréter ces différentes relations des derniers moments de Madame dans le sens de la description type que nous avons faite, d'après Tardieu, de l'empoisonnement par le sublimé?

(1) Cette sensation de brûlure est également constatée par M^*« de Montpensier : « Elle s'est mise à crier qu'elle (E sentait un feu dans l'estomac, qu'elle n'en pouvait plus. » Mém. de Mademoiselle. T. IV, p. 144. Edit. Charpentier.

Maintenant, quelles conclusions devons nous tirer des procès-verbaux d'autopsie ?

Selon nous, il y avait de la péritonite, les constatations faites sur le cadavre par Bourdelot et par Alexandre Boscher, le chirurgien anglais l'indiquent clairement :

« Au premier coup de ciseau que Ton donna dans le ventre, à la région de Testomac, il en sortit une puanteur horrible et le ventre s'abaissa beaucoup, etc. Mais on ne trouva ni ulcère, ni fond de vomique; de sorte qu'apparemment c'était une sérosité bilieuse et chylieuse qui s'était extravasée et tombée dans les intestins par l'impétuosité de la bile. »

Il s'agit bien là d'une péritonite suraiguë avec production de sérosité, comme il arrive fréquemment dans l'empoisonnement par le sublimé (1).

(1) yinflammation du péritoine et l'épanchement de sérosité dans sa cavité sont le résultat fréquent de Tempoisonnement par le sublimé corrosif.

Richard Hughes, Action des médicaments homosopathiqueSf traduit de l'anglais et annoté par le docteur Guérin-Méneville. Paris, librairie J.-B. Baillièra et fils, 1874.

262 MÉDECi:«S ET EMPOISONNEURS

Nous savons aussi qu'on peut trouver à la surface des intestins et des épiploons des ecchymoses et des sufTusions sanguines en plus ou moins grand nombre (1). De plus, le chirurgien anglais nous dit que le a ventricule était en dedans tout fourré et teint d'une bile aduste, (c'est-à-dire brûlée), presque jusqu'en haut de l'œsophage, laquelle se nettoyait aisément avec le doigt, sans que l'on y eût trouvé aucune excoriation. »

Il nous parait aussi que l'on peut interpréter la lésion décrite (œsophagienne et gastrique) comme un boursouflement et un ramollissement de la muqueuse, ce qui, d'après Tardieu, peut se présenter, assez souvent, dans l'empoisonnement par le sublimé.

Et pour nous résumer sur ce lointain problème historique que soulève encore aujourd'hui la mort de Madan^e, nous dirons, d'une part, d'après les symptômes constatés pendant la vie et les lésions no-

, (1) Tardieu.

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lées après lamort que nous ne pouvons conclure, comme Litlré, dans le sens d'un ulcère rond; et, d'autre part, nous croyons avoir démontré qu'il y a des présooaptions assez fortes en faveur de l'empoisonnement parle sublimé.

Enfin, pour compléter cet examen rétrospectif, ajoulonsque Madame était malade(l) depuis longtemps et qu'à l'autopsie on constata « que le poumon était adhérent aux côtes du côté gauche, rempli d'une matière spumeuse. Le côté droit était meilleur, mais non pas tout h fait bon. » Cette affection, qui datait de loin, explique les douleurs de côté dont elle se plaignait continuellement. Mais, dans la cir<îons tance, on ne peut invoquer ces lésions comme ayant pu amener une mort aussi brusque. Madame était atteinte probablement d'une pleurésie tuberculeuse latente, avec lésion du sommet gauche du poumon — maladie

(1) « Madame la duchesse d'Orléans est fluette délicate et du nombre de ceux qu'Hippocrate dit avoir du pen chant à la phtisie ».

Guy Patin, lettce du 30 juillet 1670 à Falconet.

qui ne s'était pas révélée pendant la vîè par des phénomènes accentués.

Et maintenant que les faits scientifiques sont groupés de façon positive ; maintenant que les phénomènes qui ont marqué la fin de Madame se rattachent de manière indéniable aux symptômes terrifiants qui accompagnent l'empoisonnement par le sublimé, voyons les preuves morales.

Elles ne nous manqueront pas pour corroborer cruellement l'acte criminel accompli, au xvii** siècle, à la Cour de France.

M""" de La Fayetle, on ne peut le méconnaître, s'efforce d'abord de nier, comme tout bon serviteur d'une maison qui veut lui épargner le scandale. Mais, dans ses M entoilées de la Cour de France (1), elle se contredit complètement : Écoutons-la : « La

(i) Mémoires de la Cour de France pour les années 1688 et 1689, à Maestricht chez Jean-Edme Dupont et Philippe Roux, imprimeurs-libraires, MDCGLXXIX*

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reine d'Espagne fut empoisonnée, à ce que Ton a jugé, par une tasse de chocolat... Elle mourut, plus âgée de six mois que feue Madame, qui était sa mère, et qui mourut de la même mort et eut à peu près les mêmes accidents. »

Comment expliquer cet étrange revirement entre 1670, date de la mort de Madame, et 1689, date de la mort de sa fille? C'est que, entre ces deux époques, M"* de La Fayette avait su démêler la vérité à travers les hésitations des médecins.

Bouillaud, l'ami de Gassendi, dans une note laissée à la Bibliothèque nationale, écrit en effet : « Plusieurs ont dit et voulu faire croire qu'il y avait du poison ; mais elle est morte de mort naturelle, suivant les médecins français; de poison, selon les anglais. » Que prouve cette parole? Que les médecins français étaient persuadés de la nécessité rigoureuse qu'il y avait, pour demeurer bien en cour, à ne laisser planer aucun soupçon sur l'entourage de Madame, soupçon qui aurait infailliblement rejailli sur Monsieur.

Mais lorsque le chevalier Thomas Amstrong annonça au roi d'Angleterre la mort de Madame, Charles II répliqua par cette terrible parole : a Orléans est un coquin I mais, Thomas, n'en dites rien, sous peine de vie. »

A Zurich, pourquoi voyons-nous la nouvelle de cette mort accueillie par les habitants « avec une démonstration de joie et de circonstances dignes de leurs mauvaises inclinations? » Pourquoi, sinon comme le fait très justement remarquer Moustier à Colbert » parce que Tintérôt des Hollandais les fait mouvoir (1) ».

Dans un rapport de Fanibassadeur d'Espagne, don Ituriela, à don Diego de laTorre nous trouvons le passage suivant : « Dans une lettre à part, je vous rends compte de la mort de Madame. Je vous dirai par celleci, au sujet du verre d'eau qui a été la cause de ce malheur, qu'on dit ici qu'il a été empoisonné. Cela fait que pour établir la faus-

(1) Lettre de Moustier résident en Suisse à Colbert, 18 juillet 1670. Bibiiotb. Nat. Maauscrits. Fonds Colbert.

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setéde ce bruit, et pour donner satisfaction à TAnglelerre, on a ouvert le corps en présence de Tambassadeur et des médecins anglais qui sont ici. On dit qu'ils ont jugé qu'il n'y avail pas trace de poison. Mais c'est un pays où, dans des occasions moins importantes, chacun mesure ses paroles. Le roi a ressenti extrêment cette mort. Il est certain que les intrigues et les négociations que Ton faisait ici avec l'Angleterre par l'entremise de la duchesse, recevront un grand échec par ce malheur. Et Ton doit espérer qu'ils (les Français) ne sépareront pas le roi d'Angleterre de la triple alliance, chose qu'ils cherchaient tant et cherchaient par toutes les voies imaginables (1) ».

En Angleterre, on persista à croire à l'empoisonnement, et lord Montaigu, ambassadeur de Charles II,, apprenant que le chevalier de Lorraine avait obtenu l'autorisation de reparaître à la Cour, laissa éclater son indignation dans une lettre

(1) Archives Nationales. Lettre datée de Paris du 6 juillet 1670.

adressée à son ministre, le comte d'Arlington : « Si Madame, lui écrivait-il, a été empoisonnée, comme la plus grande partie du monde le croit, toute la France le regarde comme son empoisonneur et s'étonne avec raison que le roi de France ait si peu de considération pour le roi notre maître, que de lui permettre de revenir à la cour, vu la manière insolente dont il en a toujours usé avec cette princesse pendant sa vie. »

Ainsi, Topinion publique, facile à égarer cependant, ne variait pas en dépit des assertions contraires. M"* de Sévigné, si peu explicite en 1670, ne craignait pas d'écrire à sa fille, à propos de la reine d'Espagne, qu'elle élait morte comme sa mère, « mandant au roi, qu'elle n'a point de regret de la vie et qu'elle meurt de sa mort naturelle, quoiqu'elle eût dit d'abord comme Madame et comme elle s'en repentant. Enfin, on ne parle pas de poison... ce mot est défendu à Versailles et par toute la France, mais la pauvre princesse est morte (1)1 »

(1) Lettre à M-"» de Grignan 23 février 1689,

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Voilà, il nous semble, des paroles assez significatives. Et si Ton se rappelle quel refuge de jeunes gens suspects et de femmes tarées était le Palais-Royal, on concevra la persistance de l'opinion à croire à une tragédie domestique.

Ce n'était un secret pour personne, par exemple que M'^** de Montalais (i), fille d'honneur de Madame, renvoyée quelques années avant l'effroyable nuit de Saint- Cloud, était en relations suivies avec des empoisonneurs avérés^ tels que le chevalier de Vanens, l'avocat Terron du Clauzel Loltinet et M""' de Saint-Martin. Quant aux hommes qui fréquentaient chez Monsieur, c'étaient le marquis d'Effiat, le comte de Beuvron, Morelli et le chevalier d'Hanivel.

A propos de ce dernier personnage , rappelons que Monsieur avait recueilli au Palais-Royal cet empoisonneur, ami de la

(1) Anne-Constance de Montalais, fille de Pierre de Montalais. seigneur de Chambellay et de Renée Leclerc de Sautré, sœur de M»® de Marans. A la suite d'intrigues et de déportements, elle fut conduite, par ordre du roi, au couvent des carmélites de la rue Saint-Jacques.

Voisin. Sur Tordre du roi, Louvois écrivit, de Fontainebleau, le 31 août 1683, au chevalier de Lorraine, alors plus en faveur que jamais, pour faire cesser un pareil scandale (1). Il y avait, on le voit, dans la maison de Monsieur, plus de monde qu'il n'en . fallait pour verser le poison dans la tasse où but l'infortunée princesse. Plus tard, le comte de Beuvron, atteint d'une hallucination étrange, prétendit que Madame lui était apparue et se convertit sous le coup de la terreui* qu'il en ressentit. Cette hallucination était-elle ou non le lait d'un remords?

Nous ne parlerons que pour mémoire du récit bien. connu de Saint-Simon qui est convaincu de l'empoisonnement de Madame.

On sait que le premier maître d'hôtel de Monsieur, Purnon, avait été suspecté. On

(1) « Le roi m'a commandé de vous avertir que le chevalier d'Hanivel contre lequel il y a plusieurs décrets de la Chambre de l'Arsenal est au Palais-Royal dans la chambre de M. Mannevillette, son parent, et que S. M. sera bien aise que Monsieur donne ordre qu'on' ne lui donne plus de retraite au Palais-Royal. » Archives de la Bastille, Tome VII, p. 126.

L' AUTOPSIE DE MADAME 271

sait également, que le roi avait voulu Tinterroger lui-même, aussitôt après la mort de la princesse, lui assurant qu'il aurait sa grâce s'il disait la vérité, — ce que Purnon s'était empressé de faire, — avouant au roi

qu'en effet Madame avait été empoisonnée

avec un toxique envoyé par le chevalier de Lorraine, mais que Monsieur l'ignorait.

« Or, raconte Saint-Simon, peu de temps « après le second mariage de Monsieur, le « roi prit Madame en particulier, lui conta « ce . fait, et qu'il voulait la rassurer sur <( Monsieur et sur lui-même, trop honnête • <( homme pour lui faire épouser son frère « s'il était capable d'un tel crime. Madame « en fit son profit.

« Purnon était demeuré son premier « maître d'hôtel. Peu après, elle fit sem- « blant de vouloir entrer dans la dépense « de sa maison, le fit trouver bon à Mon- « sieur, et tracassa si bien Purnon qu'elle le « fit quitter, et qu'il vendit sa charge, sur la « fin, au sieur Morel de Vaulonne (1). »

(i) Mémoires de Saint-Simon, cli. XCIV.

Nous ne saurions trop le répéter : on avait grand intérêt à établir qu'il n'y avait pas eu de poison, car on redoutait à Versailles une rupture avec Charles II, et il ne serait pas impossible que, dans la circonstance, les médecins eussent été influencés dans leurs rapports. Madame, seconde femme de Monsieur, qui, ainsi que nous venons de le voir, avait recueilli tout ce que l'on savait à la cour sur cette mort, fortifie singulièrement ces doutes. Elle affirme, dans sa correspondance (1), qu'il n'est que trop vrai que Henriette d'Angleterre a été empoisonnée. Elle cite même le nom du complice du chevalier de Lorraine. « D'Ef- « fiât, dit-elle, n'avait point empoisonné « l'eau de chicorée, mais la tasse de Ma- « dame; et c'était bien imaginé car on a <( bu de l'eau de chicorée, mais personne <( ne boit dans notre tasse (2). »

(1) Lettres du 26 août 1689 et du 13 juillet 1706. Correspondance complète de Madame. Bibl. Charpentier.

(2) M. J. Lair, dans sa très remarquable Histoire de Louise de La Vallière accepte la version de Madame en ce qui concerne Tempoisonnement de la tasse et ajoute

l'autopsie de madame 273

Il fallait que la seconde femme de Philippe d'Orléans eût une bien triste opinion de Monsieur et de son entourage pour exprimer si brutalement sa pensée, tout oseuse et tout audacieuse que nous puissions la considérer et bien que ce fût dans l'intérêt de celui qui devait être plus tard le Régent.

En vérité, comment le doute serait-il permis après un groupement d'indices aussi précis? Comment ne pas se demander, en se reportant à la nuit terrible du 26 juin 1670, pendant laquelle Madame se débattait dans les bras de son mari, si le prince ne frissonnait pas en voyant apparaître en son esprit la figure de l'indigne favori ? Non, il n'avait pas contribué aux tortures de Madame;

que « telle était la pratique très fréquente des empoisonneurs de ce temps.

n est, aujourd'hui scientifiquement démontrée que le poison, par ce procédé, n*a aucune action nocive.

Nous croyons pour notre part, que le toxique à dû être versé dans la tasse, très peu d'instants avant qu elle fut présentée à Madame. Nous avons déjà dit, d'ailleurs, qu'il ne manquait pas de gens autour d'elle pour se charger de cette besogne.

mais il avait laissé faire ; mais il se doutait qu'un autre lui-même s'était chargé de lui rendre cet office. Et si l'histoire n'est pas en mesure de prouver qu'il y prit une part directe, elle ne peut l'absoudre entièrement, car elle n'ignore pas que la princesse était un obstacle au libertinage de son mari. De plus, il ne faut pas oublier que l'intérêt de trois pays était dans la balance, à côté de la destinée d'une femme : la Hollande (1) voulait à tout prix l'alliance britannique que Madame, représentant le parti français auprès du roi son frère, faisait son possible pour empêcher. La jeunesse et la grâce d'Henriette ne pesèrent pas assez lourd.

On peut donc attribuer ce crime tout aussi bien à la politique qu'au vice qui déshonorait alors la Cour de Monsieur. Les précautions prises par Louis XIV et les dé-

(1) « Ils ont fait croire à Monsieur que les Hollandais avaient donné à Madame nn poison lent dans du chocolat. » '

Correspondance complète de Madame. Lettre du i 3 juillet 1716.

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marches tentées auprès du roi d*Angleterre pour faire croire à une mort naturelle en sont une preuve manifeste (1). Quant aux médecins, leur rapport d'autopsie ne fit que mieux mettre en lumière et la profondeur de leur ignorance et la grandeur du service qu'on exigeait d'eux. La science officielle, si bien domestiquée, a toujours su se taire à propos devant la raison d'Etat ; et il ne faut jamais s'étonner de la voir, sous tous

(1) Louis XIV, lui-môme, n*était pas rassuré. La lettre suivante qu'il écrivit à M. de Pomponne, alors ambassadeur en Hollande, le prouve surabondamment :

« Monsieur de Pomponne, >

« Votre dépesche du 26® de l'autre mois ne requérant aucune réponse précise, je ne vous parlerai que du rude coup que je viens de recevoir avec toute ma famille de la main de Dieu qui nous a ôté ma sœur la ducbesse d'Orléans qu'une violente colique a emportée en sept ou huit heures de temps. Cette disgrâce ne sera pas regardée au lieu où vous êtes du même œil et avec les mêmes sentiments que je les dois considérer. H faut se conformer à la vcrionté divine et chercher la consolation dont je puis être capable dans la manière de la mort de cette princesse qui ne pouvait être plus sainte et plus chrétienne qu'elle l'a été...

« De Saint-Germain en Laye, le quatrième jour de juillet 1670. «

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les régîmes, n'apporter qu'un commentaire I discret et souvent mensonger aux soudaines disparitions de personnages en évidence ou aux causes véritables des morts tragiques.

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