‹ MédéeChapitre 20 sur 90 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Jeune femme, tu peux, aux sœurs de ton enfance,

Demander la pitié des torts de ton mari;

Vierge, si tu te plains après avoir souri,

Ton frère te console, enfant qui te ressemble.

Avec des jeux que vous avez appris ensemble.

Mais moi qu'un traître amant traîna comme un butin

De ma chère patrie en ce pays lointain.

Moi qu'il ravit princière, et qu'il quitte exilée,

Sans parents, sans amis, je n'ai, moi, désolée,

Sur ce sol étranger trop cruel pour s'ouvrir.

Ni des bras où pleurer ni des cœurs où souffrir!

LA NOURRICE

Se levant et accourant

Créon vient. Il se hâte, il s'écrie, et te nomme.

Un très mauvais démon pousse ici ce vieil homme! Certes, fùt-elle sœur ou fille de l'enfer, La femme est peu hardie et, rien qu'au bruit du fer, Défaille... Mais, lésée en les droits de sa couche, Elle est, plus que la louve et que l'aigle, farouche!

MEDEB

LES VIEILLES

Malheureuse au grand cœur, crains le pouvoir des rois.

Voici Créon.

LA NOURRICE

MEJ)EE

Bien.

Aux jeunes filles

Vous, chassez de vains effrois.

Non moins que la fureur la ruse sert ma tâche ; Et, s'il le faut, j'aurai la force d'être lâche.

Le chœur se disperse et se dispose derrière l'hémicyclc, en groupe harmouieux. Crcoa entre, en désordre, suivi d hommes arméo qui resteront sur le seuil.

CRÉON Furieux et radoteur

Femme à l'atroce cœur, j'ai su que tu parlais ! Ta malédiction plane sur le palais

ACTr: I 35

Comme une grande orfraie aux battements funèbres Va-t-en d'ici ! Va-t-en, femme aux yeux de ténèbres. Du temple et de la ville, et que soit ton orgueil Dispersé, comme au vent la poussière d'un seuil!

Médce n'a- poiat bougé.

Pars ! pars !

Ne tarde plus .

Je sais que tu médites Des crimes ! mes cités te, seront interdites.

Es-tu donc sourde ?

Pars

Qu'attends-tu là?

MKDEE

J'attends Que Jason et mes fils partent en même temps. Creuse n'oserait bannir, vierge jalouse, La mère sans les fils et sans l'époux l'épouse.

cnÉON

Tes enfants te suivront... bien que Jason n'eût point Voulu s'en séparer. ..

Il les aime à ce point!

CREON

Mais toi, pour ton affreux savoir.

MEDEB

Ta peur me vanlc ; Tu connaîtras bientôt que je suis peu savante.

cncoN

Pour ton art de mêler à la rosée, au fond

Des calices, des pleurs d'astres maudits, qui font,

Jetés au loin, surgir des spectres, goutte h goutte..

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