‹ MédéeChapitre 49 sur 90 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

MEDEB

Rien d'humain ne demeure à souffrir comme moi.

LES JEUNES FILLES

Tu meurtrirais le doux couple où la vie espère?

C'est en eux que sera mieux déchiré leur père.

LES JEUNES FEMME

Frappe plutôt l'ingrat fier de l'hymen rompu!

Ce serait déjà fait, si mon cœur l'avait puj

LES VIEILLES

Tu seras misérable encor plus, sans otage.

MEDEB

Croîs-tu qu'on puisse vivre et l'être davantage?

— O mes chéris, c'est donc vainement que j'aurai

Fait votre chair du sang de mon flanc torturé ;

Et que mon doigt, d'un mur à l'autre de la chambre,

Guida vos petits pieds lavés d'eau pure et d'ambre?

Je pensais : « Je verrai les fils de mon amour

Grandir, sages, vaillants, puis aimer à leur tour;

C'est moi qui, fière, vers une couche royale,

Porterai devant eux la torche nuptiale ; »

Vieille, vous me gardiez, sans ennui, près de vous;

Morte, vous m'honoriez de soins pieux et doux;

Car c'est le plus cher bien qu'ici-bas l'on envie

Que d'être enseveli par qui vous dut la vie.

Mais il n'est plus, l'aimable espoir! Je pars d'ici,

Seule et farouche, et vous, vous partirez aussi

Pour Texil plus obscur d'une vie inconnue !

Qu'avez-vous? et pourquoi m'avez-vous retenue,

Si tristement?... J'ai cru que vous me compreniez...

Non, vous riez. Oh! ces doux rires... les derniers!

— Je n'accomplirai pas la chose surhumaine !

J'embrasse mes enfants vivants, et les emmène !

Stupidité que pour punir l'époux enfui,

Je nous fasse, nous trois, plus malheureux que lui !

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