‹ Médée, groupe moderneChapitre 3 sur 3 · Les parties sexuelles · texte numérisé non relu

Les parties sexuelles

Toutes ces restaurations sont en général de peu d’importance.

Ce marbre, du plus beau temps de l’art grec, peut être attribué aux premiers sculpteurs qui florissaient sous Périclès , tels que Phidias, Praxitèle, Lysippe, Appollonius, etc. La pureté des lignes, la simplicité de la pose, l’élégance des formes, son admirable modelé, en font un ouvrage comparable aux statues les plus renommées que le temps nous ait conservées. La tête, d’une noble expression, semble inspirée par

les doux accords que le dieu fait entendre; son front est peu élevé, ainsi que les anciens l’ont toujours observé dans l'indication du beau ; les cheveux qui le couronnent, à partir des tempes décrivent une portion de cercle, de même que nous le voyons ordinairement chez les belles personnes. Cette forme de front est tellement propre à toutes les têtes idéales, et aux figures juvéniles des anciens , qu’on n’en rencontre point avec des angles rentrants et dégarnis de cheveux au-dessus des tempes. Les cheveux du dieu étaient primitivement retroussés sur le derrière de la tête et formaient un nœud qu’un sculpteur maladroit a replacé à l’opposé au-dessus du front, semblablement à celui qui orne la tête de l’Apollon Pylhien.

Quatre têtes antiques d’Apollon parfaitement ressemblantes et en partie bien conservées, donnent une idée très exacte de la coiffure de ce dieu; la première de ces tètes se trouve au Belvédère à Frascati, la seconde, dans la salle appelée de Conservatori , au Capitole; la troisième au cabinet du Capitole, et la quatrième au palais de la Farnésine à Rome. A l’une de ces têtes les cheveux sont relevés tout autour de la tête, et attachés sur le sommet, de manière à ne

laisser paraître aucun ruban qui put les retenir. Telle était sans nul doute, la coiffure de notre statue avant la restauration dont nous venons de parler.

N’omettons pas de vous faire remarquer, mon ami, les oreilles de cette belle tête ; voyez avec quel soin elles sont traitées. Chez les sculpteurs grecs, cette partie était infiniment soignée, c’est un caractère infaillible pour discerner le travail antique de la restauration moderne.

Admirez encore, je vous prie, le beau dessin de ce bras qui fait résonner l’instrument ; voyez cette élévation qu’il imprime sur le sein droit, et cette douce compression qu’il produit en refoulant les chairs.

Comme ce torse est simple, comme son mouvement légèrement accusé lui donne de la grâce et de la volupté ! L’abdomen est tranquille sans plénitude. Dans l’Olympe les dieux ne se nourrissent que d’ambroisie. L’ombilic est petit, peu renfoncé, formant un demi-cercle dont une moitié est saillante tandis que l’autre est rentrée. Remarquez aussi le dos ; on n’y aperçoit aucun muscle, et cependant il est d’une vigueur peu commune; quelle fermeté et quelle morbidesse dans ses contours!

Les connaisseurs, et particulièrement Winckelmann, citent les beaux genoux et les belles jambes d’Apollon Sauroctonos de la villa Borghèse, ainsi que celles d’un autre Apollon avec un cygne à ses pieds. Ne pouvons-nous pas avancer ici , sans crainte d’être contredit , que celles de notre statue ne le cèdent en rien. Admirez la belle ligne produite par cette jambe sur laquelle repose le corps, et comme celle qui se croise au-dessus forme un contraste heureux! Quant aux pieds, ils sont d’une délicatesse et d’un style tels, qu’ils pourraient être comparés avec ceux de Polixène et d’Aspasie.

Pour la proportion générale de cette statue, elle excède un peu la hauteur de sept têtes; il en est de même pour l’Apollon Pythien.

Considérée sous différents aspects, on ne sait de quel coté l’on préfère cette figure, tant elle est gracieuse et élégante; l’a-t-on vue, on désire la revoir, et l’admiration qu’on ressent pour elle s’accroît , en raison des nouvelles beautés que l’on ne cesse d’y trouver. A son aspect la fable de Pygmalion devient une réalité; que vous dirai-je de plus, mon cher Lussy, nous ne pouvons la contempler sans éprou-

ver chaque fois un nouveau plaisir, et sans ressentir un frissonnement de bonheur, qui serait peut-être une volupté, si au lieu du dieu du Pinde, notre statue était la déesse de Paphos.

Placée à l'extrémité de cette galerie dans laquelle règne un éternel printemps , où fleurissent les arbustes les plus rares, à l’ombre de ces grands palmiers dont les larges feuilles se croisent et forment une voûte de verdure, nous pouvons la visiter à notre aise. Mais plus prudent que Candaule, j'éloigne les Gygès de ce lieu , et les tapis persans que je viens de faire suspendre à ces colonnes de marbre, retombent à ma voix, pour cacher le dieu des beaux-arts; aux initiés seuls il est permis de l’admirer.

P. S. Au moment où nous allions envoyer celte notice à l’impression nous avons reçu de Monsieur de Kœhne, si constamment obligeant pour tous les amis des arts et de la science, dont il est un des flambeaux, la notice suivante relative à notre Apollon. — Le nom de Monsieur de Kœhne

a trop d’autorité pour que nous n’ayons pas immédiatement sollicité son autorisation pour rendre public un si précieux témoignage.

Apollon avec la lyre; belle statue en marbre de Paros.

Il y a une statue semblable au Musée Borbonico de Naples, mentionnée dans le IVe vol. de la description de ce Musée, PI. NXII. Le texte est de G. Finati. Cette statue de marbre grec a une hauteur de sept palmes et demie. Elle provient de la collection Farnésienne et a été placée autrefois dans les jardins Farnésiens. Winckelmann fait beaucoup d’éloge de cette statue dans la préface de ses «Monuments inédits». V. aussi Clarac, Musée de sculpture, III, 479, JW 918.

La pose du dieu exige qu’on admette un tronc d’arbre sur lequel il s’incline. Il est connu que les anciens ont omis très souvent ces choses accessoires; dans les peintures, sur les reliefs, etc., on trouve, par ex. très souvent les héros avec l’épée au côté, sans que le baudrier soit indiqué.

Nous devons admirer dans notre statue la noblesse des formes, l’élégance des contours, le mouvement môme de la figure entière. Quant à l’attitude, le célèbre Winckelmann l’explique comme la plus convenable au sujet; les jambes croisées désignent la jeunesse et l’aise du chanteur divin et inspiré.

On voit distinctement, que cette superbe statue appartient à l’école altique nouvelle. Nous ne trouvons pas en elle les traits plus forts et mâles, l’expression sévère et les signes de maturité de l’école plus ancienne de Praxiteles, de Skopas, de Lysippe. Notre statue nous offre plutôt le dieu comme Hemàxiov (jeune homme); la délicatesse de ses formes juvéniles est unie à l’expression d’une force solide. La belle forme

ovale de son visage est augmentée encore par le na'ud ionien des cheveux (xçaflvÀoç, xÔqvp(3oç, oxoqttloç) qui surmonte sa tète. Les traits expriment un sens fier et éclairé, le corps est long et svelte, les hanches élevées et les cuisses allongées.

Nous n’avons donc pas un Apollon pythien, car celui-ci est représenté toujours vêtu de la stola. Apollon comme jouant de la lyre est représenté rarement nu, comme dans notre statue.

Notre statue, d’après son style, parait appartenir environ à la 120° Olympiade, à l’époque où les généraux d’Alexandre le Grand se disputèrent, l’épée à la main, les dépouilles du vaste empire de leur grand souverain. Peut-être est elle l’ouvrage de Kleoménes, fils d’Apollodore, successeur digne d’un Praxiteles et sculpteur de la Vénus de Medicis — ou de son fils, qui avait le même nom que le père.

A côté du dieu l’artiste a sculpté un cygne, qui accompagna le dieu d’après Pylhagoras et Timarchides. Sur un char orné d’ailes de cygnes, Apollon venait du pays des Hyperboréens, au commencement de la récolte, à Delphes et porté par un cygne, à Delos. Le «paean» du célèbre poète Alkaeos (') et plusieurs peintures antiques (V. Tischbein, Vases IV, PI. 8 (2), Laborde, Vases, II, PL 26, etc.), ainsi que des médailles de Chalcedon ont pour sujet cette épiphanie d’Apollon.

Apollon, le chanteur, est accompagné d’un cygne aussi dans une répétition médiocre de notre statue, conservée au Musée Capitolin, v. Clarac, Musée de sculpture, 483, 928. Ici

l’oiseau a la forme d’un oie ou d’un petit aigle (?). U n’y a plus d’autres statues d’Apollon avec le cygne, mais d’autres

(') V. le fragment en prose chez Himerius, 14, 10.

(2) Il est représenté sur ce vase tenant un épi dans la main. V. les paroles de Kallimachos, in Apollinem, 4:

èjtcvcvacv o AijAioç JjSv n cpoïvit;

'E^amvTjQ à 8c xvxvoç iv tjcçi y.aAàv atiSci.

monuments offrent le dieu avec un griffon (l’attribut du dieu des oracles), avec un serpent (Apollon pythien), avec un lézard (Apollon Sauroctone) et autres.

Une autre répétition de notre statue se trouve au parc de Versailles, mais sans le cygne, v. Clarac, 489, JW 948 A. L’Apollon tient avec la main droite un carquois, duquel il tire de la main gauche une flèche, — ce qui semble être une restauration mauvaise, car la pose de notre statue ne convient pas à un chasseur.

Un Apollon du Musée Capitolin (Clarac, 490, .AT 954 A.) a quelque ressemblance avec le nôtre, mais il est sans cygne et tient la grande lyre (<puQ[uy£) et le plectrum.

Veuillez avoir la bonté, Monsieur, de vous contenter de cette notice superficielle, mal composée et mal rédigée et veuillez l’agréer comme un petit signe de l’intérêt que je porte à votre bel Apollon et surtout à vous.

Tout à vous de cœur

B. de Koehne.

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