MÉDÉE, MÉLANTHE, LYCAON
MÉDÉE
Orphée !... un chant de joie !... un doux chant d’hyménée! . . . Naguère, aussi, naguère à l’autel amenée,
Je crus... et maintenant... O Jason ! cher Jason !
Es-tu mort ? as-tu fui ? Quelque sombre prison Te retient-elle au loin ? Où donc es-tu, mon maître ?
Où donc es-tu ?
MÉLANTHE, à sa mère.
Je suis bien las.
MÉDÉE , avec douleur.
Cher petit être !...
Tu me brises le cœur ! Pas d’abri ! pas d’appui !...
Ce rocher nu, voilà votre couche aujourd’hui !...
LYCAON
La faim nous affaiblit plus encor que la route.
MÉDÉE
Avec désespoir.
Ne pouvoir épuiser ses veines goutte à goutte,
MÉDÉE
Et leur dire : Prenez, buvez!... nourrissez-vous!
Avec résolution.
Du courage pour eux !
Aux enfouis.
Mettez-vous à genoux ;
Prenant aux pieds do la statue deux rameaux de suppliants.
Prenez ces deux rameaux ornés de bandelettes.
LYCAON
Pourquoi donc V
MÉDÉE
Pour paraître, hélas ! ce que vous êtes,
Des suppliants !
LYCAON
Et qui faudra-t-il supplier ?
Celle qui, dans ce temple, est encore à prier...
LYCAON
Que lui dirons-nous ?
MÉDÉE
Rien!... à votre seule vue,
Son âme, je le crois, doit se sentir émue :
Un jour d’hymen, quelle est la vierge de seize ans Qui ne s’attendrit pas sur de petits enfants?
Apercevant Creuse.
La voici.
Médée fait un pas en arrière.
LYCAON
Tu pars !...
MÉDÉE
Non, mais que votre détresse Sans nul appui d’abord à ses yeux apparaisse :
Pour des enfants tout seuls on a plus de pitié.
Elle se retire au fond.