SCÈNE VI
Les mêmes, CRÉUSE.
C R É US E , parlant à ses compagnes, et une corbeille à la main.
Oui ! je vais de ces dons consacrer la moitié...
Apercevant les enfants.
Oh ! les deux beaux enfants ! c’est peut-être un présage ! Pauvres petits! déjà suppliants! à votre âge !...
Tenez! prenez ces pains, ces fruits délicieux...
Ce qu’on donne aux souffrants, on le consacre aux dieux. Mais comment êtes-vous venus sur celte terre?
L YC AON.
Dans un grand vaisseau.
CREUSE
Seuls?
LYCAON
Non.
CRÉUSE
Avec votre père ?
LYCAON
Notre père n’est plus avec nous.
CRÉUSE
Et les dieux
De l’aspect d’une mère ont-ils privé vos yeux?
Je veux la remplacer.
LYCAON
Nous avons notre mère,
Elle veille sur nous.
CRÉUSE, regardant Lycaon .
Douce et tendre chimère !
Dans ses traits, dans sa voix, mon cœur, plein d’un seul nom, Mon cœur, qui le croirait? retrouve encor Jason!
Elle l'embrasse.
LYCAON
Comme vous m’embrassez ! vous m’aimez donc?
MÉDÉE
CREUSE
Sans doute !
Ma mère l’avait dit...
L YC AO N.
CREUSE
Votre mère ?
LYCAON
Elle écoute,
Elle est là !
CREUSE
Pourquoi donc vous fuir?
LYCAON
Par amitié !
Pour les enfants tout seuls on a plus de pitié,
Dit-elle !
CREUSE
Un pareil mot ! 6 dieux, où donc est-elle ?
- Appelez-la!... Je sens que tout mon cœur l’appelle!
M É D É E , s'avançant.
Jeune fille, des dieux vos jours seront bénis,
Car les infortunés sont pour vous des amis.
CREUSE, à part, avec émotion.
Quel accent dans sa voix!... quel front de souveraine!
Un voit une exilée, on devine une reine !
MÉDÉE, à sos enfants.
Présentez-lui ce voile aux splendides couleurs,
Ce don la touchera.
CREUSE
Parlons de vos malheurs,
Ils me toucheront mieux ! Dites, infortunée,
Quelque parent cruel vous a-t-il détrônée ?
MÉDÉE
Mon malheur vient des dieux !
CRÉUSE
De quel dieu ? d’Artémis ?