‹ Medee tragedie en trois actes et en versChapitre 15 sur 56 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Je la prîrai pour vous, son culte m’est permis : lie Neptune ? Il protège et Corinthe et mon père. Nos offrandes iront apaiser sa colère...

Dites, quel est le dieu qu’il faut fléchir pour vous ?

MÉDÉE

Du dieu qui me frappa rien n’arrête les coups... C’est l’amour!

CREUSE

Quoi! l’amour! l’amour ! Tout nous rassemble. Parlez! jamais deux cœurs ne battront mieux ensemble.

MÉDÉE

Hélas! l’amour pour vous est l’heureux (ils du ciel,

Le dieu couronné, jeune, au sourire éternel ;

Pour moi, c’est l’envoyé des noires Euménides,

Et son front, pour parure, a des serpents livides.

CREUSE

De l’amour je connais aussi les pleurs !

MÉDÉE

Qui ? vous !

CRÉUSE

Oui, moi!

MÉDÉE, avec affection.

Comment ! celui qui sera votre époux N’est-il pas quelque ami de votre heureuse enfance ?

CRÉUSE

C’est un étranger, fort de sa seule vaillance.

MÉDÉE

Comme moi!... Mais qui donc vous soumit à sa loi?

Son malheur!

CRÉUSE

MÉDÉE

Comme moi!

Sa beauté !

MÉDÉE

MÉDÉE

Comme moi !

creuse.

Son courage héroïque !

MÉDÉE

Ah ! malheureuses femmes !

Toujours même destin brisera donc nos Ames,

Et le récit des maux qui frappent l’une au cœur. Toujours des maux de l’autre est donc l’écho moqueur ! CREUSE.

En effet, entre nous, sous l’ombre qui vous cache,

Je sens comme une étrange et douloureuse attache.

Moi de même !

MÉDÉE

CREUSE

Eh bien, donc, ouvrez-moi votre cœur, Et pour que je vous sauve, éclairez-inoi... ma sœur!

MÉDÉE

Que dire ? Je vivais innocente, adorée,

Heureuse ! Un jour, s’avance en notre âpre contrée Un jeune homme cherchant sous ce ciel étranger Ce que cherche un héros, la gloire et le danger.

Il demande mon père... Il entre... O misérable ! Dieux cruels ! mal sacré! Vénus impitoyable !

A son premier regard, avant qu’il eût parlé,

Une stupeur muette au cœur me prend ! Troublé, Mon œil flotte au hasard : une Apre inquiétude Me tourmente... mon corps fléchit de lassitude...

Je souffre!... Mais il parle!... et bientôt... et soudain Un torrent de bonheur coule à flots dans mon sein ! Comme si quelque dieu m’eût jetée en délire,

Je sentais, malgré moi, ma bouche lui sourire,

Et, les yeux ardemment attachés à ses traits, J’écoutais! j’aspirais! je regardais !... j’aimais!. .

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