ACTE I
Je la prîrai pour vous, son culte m’est permis : lie Neptune ? Il protège et Corinthe et mon père. Nos offrandes iront apaiser sa colère...
Dites, quel est le dieu qu’il faut fléchir pour vous ?
MÉDÉE
Du dieu qui me frappa rien n’arrête les coups... C’est l’amour!
CREUSE
Quoi! l’amour! l’amour ! Tout nous rassemble. Parlez! jamais deux cœurs ne battront mieux ensemble.
MÉDÉE
Hélas! l’amour pour vous est l’heureux (ils du ciel,
Le dieu couronné, jeune, au sourire éternel ;
Pour moi, c’est l’envoyé des noires Euménides,
Et son front, pour parure, a des serpents livides.
CREUSE
De l’amour je connais aussi les pleurs !
MÉDÉE
Qui ? vous !
CRÉUSE
Oui, moi!
MÉDÉE, avec affection.
Comment ! celui qui sera votre époux N’est-il pas quelque ami de votre heureuse enfance ?
CRÉUSE
C’est un étranger, fort de sa seule vaillance.
MÉDÉE
Comme moi!... Mais qui donc vous soumit à sa loi?
Son malheur!
CRÉUSE
MÉDÉE
Comme moi!
Sa beauté !
MÉDÉE
MÉDÉE
Comme moi !
creuse.
Son courage héroïque !
MÉDÉE
Ah ! malheureuses femmes !
Toujours même destin brisera donc nos Ames,
Et le récit des maux qui frappent l’une au cœur. Toujours des maux de l’autre est donc l’écho moqueur ! CREUSE.
En effet, entre nous, sous l’ombre qui vous cache,
Je sens comme une étrange et douloureuse attache.
Moi de même !
MÉDÉE
CREUSE
Eh bien, donc, ouvrez-moi votre cœur, Et pour que je vous sauve, éclairez-inoi... ma sœur!
MÉDÉE
Que dire ? Je vivais innocente, adorée,
Heureuse ! Un jour, s’avance en notre âpre contrée Un jeune homme cherchant sous ce ciel étranger Ce que cherche un héros, la gloire et le danger.
Il demande mon père... Il entre... O misérable ! Dieux cruels ! mal sacré! Vénus impitoyable !
A son premier regard, avant qu’il eût parlé,
Une stupeur muette au cœur me prend ! Troublé, Mon œil flotte au hasard : une Apre inquiétude Me tourmente... mon corps fléchit de lassitude...
Je souffre!... Mais il parle!... et bientôt... et soudain Un torrent de bonheur coule à flots dans mon sein ! Comme si quelque dieu m’eût jetée en délire,
Je sentais, malgré moi, ma bouche lui sourire,
Et, les yeux ardemment attachés à ses traits, J’écoutais! j’aspirais! je regardais !... j’aimais!. .