‹ Medee tragedie en trois actes et en versChapitre 27 sur 56 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

MK DÉ K.

Ah! je n’y songeais pas ! et si je ne m’abuse.

Vous aussi, vous pourrez...

J AS ON

Moi, j’épouse Créuse.

M É D É E , toujours 1res froidement.

Vous épousez Créuse?

JASON

Et grâce à cet hymen,

Mes fils, en ce palais établis dès demain,

Dans le puissant Créon trouvent un second père.

Quel plan ingénieux ! Mais pourtant, moi, leur mère,

Quel sera mon deslin? j’en ressens quelque effroi,

Car je ne vois pas bien ce que l’on fait de moi.

JASON

Si vous y consentez, un rapide navire,

Tout chargé des trésors de l’opulente Éphyre,

A la voix de Créon, sur quelque bord lointain,

Chez un monarque ami vous conduira demain.

MÉDÉE

Tout est prévu ! Pourtant., encore une demande :

Où me conduira-t-on? Il est bon qu’on s’entende.

Est-ce auprès de mon père, et sur ces heureux bords Dont j’ai ravi pour vous les célestes trésors?

Est-ce sur le Pbagase, aux remparts de Méthone,

Dont le roi fut tué pour vous donner un Irène?

Est-ce en Thrace, où la mer roule encore en courroux Les ossements d’un frère assassiné pour vous?

Voyons, cherchez. . avant de lancer le navire,

Cherchez quel bord lointain, quel solitaire empire Ne maudit pas en moi ce que pour vous j’ai fait,

Ne nous reproche pas quelque commun forfait ;

Car de notre union vous oubliez les causes

JT

Peut-être... l’amour fait oublier lanl de choses!- Ce <|ui fait de nos cœurs l’étroite liaison,

Ce n’est pas l’amour seul, c’est le crime, Jason ! Vous fûtes de moitié dans tous mes artifices,

Kt nous sommes enfin moins époux que complices.

JASON

Femme !

MÉDÉE, avec une agitation croissante.

Si par mon art mon frère fut trompé,

Vous seul l’avez saisi, vous seul l’avez frappé!

Oh ! ne dites pas non !... frappé seul, sans défense.

Kt vous avez eu beau rechercher l’innocence Dans les lustrations du temple delphien...

Le Inourant... le mourant... rappelez-le-vous bien! Recueillant dans ses mains le sang de sa blessure,

Nous le jeta fumant encore à la figure,

Criant... Soyez maudits, fratricides!... Et toi.

Tu crois qu’on peut dissoudre iin tel hymen, tu croi Que deux êtres, unis par un tel anathème,

Peuvent chercher l’amour ailleurs que dans eux-mème, Que leur cœur homicide et leur bras meurtrier Avec un être pur peuvent s’associer,

Et qu'il suffit, pour rompre un joug comme le nôtre,

De me dire : Va-t’cn, femme !.. . j’en aime une autre !

JASON

Veux-tu sauver tes fils ?

MEDEE

Tais-toi! tais-loi! leur nom Met le comble à ta honfc !... Oui ! que ta trahison Me déchiré le cœur, me chasse, me remplace.

Je le conçois, ce crime est commun à la race ! Mais parler de tes fils cl de leur sûreté,

Quand tu n’as dans le cœur que ta brutalité,

Et, mêlant leur candeur à tes plans d’adultère,

Page 1