‹ Medee tragedie en trois actes et en versChapitre 38 sur 56 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Votre hymen se prépare, et Médée elle-même.

A tout ce qu’elle hait livre tout ce qu’elle aime?

CREUSE, lui montrant la nourrice qui entoure les colonnes de guirlandes.

Regarde, ami! déjà les guirlandes de fleurs Prêtent aux sombres murs l’éclat de leurs couleurs.

Elle remonte vers les enfants.

JASON

Son père, pour fléchir les dieux de la Tauride,

A voulu que leur roi, Saturne l’homicide,

Dans nos fêtes d’hymen eût sa place aujourd’hui.

Lui montrant la statue.

Et tu vois son image...

ORPHÉE, se tournant vers la statue.

Oui ! je le vois ! c’est lui !

Lui qui des premiers-nés veut le sang pour prémices, . Lui qui ne connaît pas de plus doux sacrifices Qu’une mère immolant ses enfants de sa main !...

Quel sinistre témoin pour ton nouvel hymen !

Et tu dis que Médée y consent?

JASON

Oui, sans doute !

ORPHÉE

Seule, de son exil elle reprend la route ?

Elle te rend ses fils?

JASON

Son orgueil s’est soumis.

Dans les mains de Créuse elle les a remis.

ORPHÉE

Quoi! sans conditions?

JASON

Elle n’en fixe qu’une !

ORPHÉE, vivement.

Laquelle ?

JASON

Sa misère à la fin l’importune ;

54 MÉDÉE

Un vaisseau chargé d’or, sur quelque bord lointain L’emportant dès demain...

ORPHÉE

Ah! seulement demain?

J ASON

Elle demande un jour pour choisir son asile.

ORPHÉE

Un seul jour! Et depuis...

J ASON

Elle est calme, tranquille !

ORPHÉE

Mais toi, peux-tu briser sans un secret effroi L’hymen à qui tu dois ta gloire et tes fils !

JASON

Moi?

Que mon âme à tes yeux s’ouvre donc tout entière ! Quelle est de tes discours l’éternelle matière?

Les bienfaits de Médée, et mon ingrat oubli...

Non, mon cœur jusque-là ne s’est pas avili,

Et parmi les héros je n’aurais pas pris place,

' Si j’avais d’un ingrat l’âme perfide et basse!

Mais puis-je oublier, moi, que ses affreux bienfaits M’ont poussé, sur ses pas, de forfaits en forfaits ;

Que sans elle, aux déserts où l’Hypanis se cache,

Je mourais, j’en conviens, mais je mourais sans tache, Et que si, du trépas sauvé par sa merci.

Mon nom est immortel, ma honte l’est aussi!

Oh! j’ai pu supporter cette union funeste,

J’ai pu subir, braver l’anathème céleste

Tant qu’au fond des déserts, en Colchide, j’errais !

Ce dur climat, ces rocs, ces neiges, ces cyprès,

Tout s’accordait avec notre sombre tendresse.

Mais quand je retrouvai le beau ciel de la Grèce,

Quand parmi les ilôts bleus de sou limpide azur

Page 1