ACTE III
M’apparut celte vierge à l’œil doux, au front pur, . Quand ma pensée, auprès de son chaste visage Evoqua la barbare et sa sanglante image,
Alors, saisi de bonté et comme de terreur,
Devant ces nœuds maudits je reculai d’horreur,
Et j’appris à haïr cette infernale amie
Qui m’avait tout couvert de gloire et d’infamie !
ORPHÉE
Malheureux !
4 A SON
Oh ! n’attends ni regrets ni remords !
Tel qu’un homme échappant du noir séjour des morts, Avec ravissement, à travers sa paupière,
Sent tout à coup descendre un rayon de lumière,
Il me semble, en sortant de ce funèbre amour.
Que je remonte aussi vers la vie et le jour !
Et, comme si des dieux la clémence suprême Affranchissait mon cœur du fatal anathème,
Tous les sentiments purs y rentrent à la fois ;
Mes fils me sont plus chers, je me plais à ta voix.
Leur sourire me charme et leur douleur m’attriste ;
Je me sens homme, époux, ami, père : j’existe !
Un jour change souvent la joie en désespoir.
JA SON
Vénus veille sur moi! Nieras-tu son pouvoir.
Toi qui dis que l’amour est une aile de flamme Que pour monter vers eux les dieux donnent à l’âme?... ORPHÉE.
L’amour qui nous emporte aux célestes sommets Ne vit que dans les cœurs qui ne changent jamais!
Oui, j’adore Vénus, et tout haut le proclame !
Mais je n’eus qu’un amour comme je n’ai qu’une âme ;
Et tandis que Jason, «ans remords ni regret.
M ÉDÉE.
Abandonne et maudit tout ce qu’il adorait, Tandis qu’en son ingrat et barbare caprice,
II appelle la mort sur sa libératrice;
Moi, comme d’un trésor lentement amassé.
J’orne l’amour présent de tout l’amour passé; Et si la mort venait ravir celle que j’aime...
J A SON
Tu mourrais!
ORPHÉE
Non! j’irais affronter la mort même!
Oui ! sans guide, sans arme, une lyre à la main, J'irais du Phlégéton tenter le noir chemin !
La douleur donne à l’âme une force divine !
Et parmi les sanglots sortis de ma poitrine,
Ma bouche exhalerait de tels vers, et mes chants La redemanderaient en accords si touchants.
Que Pluton même aurait pitié de mon supplice,
Et les enfers émus me rendraient Eurydice !
Voilà, voilà l’amour que bénissent les dieux!