ACTE III
Le plus faible?... Je tremble également pour eux!
Le meilleur?... Tous les deux sont si bons !
Montrant un des enfants.
C’est Mélanthe
Qui, dans mes longues nuits d’angoisse et d'épouvante, Près de moi, dans ma couche, accourait se serrer, Aussitôt que, dans l’ombre, il m’entendait pleurer !
Montrant l’autre enfant.
Et Lycaon?... La neige un jour couvrait la terre,
Il ôta son manteau pour abriter son frère !
El tu veux que je perde... ô Jasonl... cher Jason!... Laisse-les-moi tous deux !
JASON
Non!
MÉDÉE
Pour toi-même !
JASON
MÉDÉE
Pour ta Creuse, au moins!
Non!
JASON, avec colère.
Encore cette ruse !
C’en est trop ! Le fléau qui menace Creuse,
C’est toi ! c’est ta présence ! et, rebelle à ma voix, Puisque ta volonté se refuse à ce choix...
A la nourrice qui tient les deux enfants.
Emmenez-les tous deux !
Creuse court aux enfants et les retient.
MÉDÉE, à Créon.
O roi de cette terre !...
CIIÉON.
Quand le père a parlé, le prince doit se taire.
MÉDÉE, avec désespoir.
Oh ! déchire-toi donc, triste cœur maternel ! Déchire-toi, mon cœur, et que puisse le ciel
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Leur rendre tous les maux que je souffre moi-même !
S'adressant aux enfants.
Chers enfants, vous avez entendu ce blasphème,
On m’oblige à choisir!... Ces hommes généreux,
Votre père..., ce roi, soutien des malheureux,
Permettent qu’un des fils appartienne à la mère !...
Mais moi, ce choix cruel, je ne veux pas le faire,
Oh ! non ! le délaissé croirait à moins d’amour.
Prononcez donc vous-même, et qu’en ce triste jour,
Celui qui de vous deux plaint le plus ma misère,
Que celui-là s’approche et parte avec sa mère !
ORPHÉE, à part, avec terreur.
Ils ne s’approchent pas!...
MÉDÉE
Qu’attendez-vous? Pourquoi Ces regards effrayés que vous jetez sur moi?
Venez, enfants, venez!...
Les enfants restent immobiles.
ORPHÉE, à part.
O châtiment terrible!...
J A S ON , avec force à Médéc.
Ils ne le veulent pas!...
MÉDÉE
Tu mens!... c’est impossible!...
Lycaon! Lycaon!... ô mon enfant chéri!...
Viens à moi !... sur mon sein!... ce sein qui t’a nourri,
Ne crains plus les transports de ma folle colère,
Je serai douce!...
LYCAON, se détachant de Creuse.
Adieu, Creuse... Adieu, mon frère!
L'enfant va lentement vers sa mère, et, arrivé près d’elle, se cacho en pleurant dans son sein.
MÉDÉE le regarde en silence pendant quelque temps, puis se retournant vers Creuse.
O monstre!... tu m’as pris le cœur de mes enfants!