‹ Médérine (volume 2)Chapitre 11 sur 30 · UNE VIEILLE GLOIRE EN · texte numérisé non relu

UNE VIEILLE GLOIRE EN

(l'opposant ; car Christoplio Polard en voulait à la sociélc, cil raison de ces deux noms de Polard et de Christophe, de son père, tailleur en vieux, et de sa fortune, qui se montait à zéro !

Ouand la pauvreté n'est pas noblement supportée, et qu'elle n'élève pas l'ànie, elle la dégrade... Christophe n'était pas vicieux par nature ; mais il avait souffert dès l'enfance, recevant par charité un peu de cette espèce d'éducation qui ne sert pas à grand'chose quand elle est complète, et qui fait qu'on n'est plus bon à rien quand elle est insuflisante.

Il aurait pu suivre avec constance un métier qui n'eût pas demandé une trop grande intelligence ; il eût pu vivre honnêtement à ne rien faire, sil'héritage paternel lui en eut laissé la faculté ; il n'aurait été ni bon ni mauvais, et eut passé inaperçu dans ce monde , s'il n'avait pas fallu qu'on s'aperçût qu'il y était pour qu'il y trou\àt le moyen de vivre. Son pauvre père, entièrement ignorant, avait passé sa vie à raccommoder des habits plus ou moins déchirés, appartenant à des habitants plus ou moins pauvres du quartier latin. La plus opulente de ses pratiques était un répétiteur de grec et de latin d'un des collèges voisins, qui, par reconnaissance, avait élevé le fds, c'est-à-dire l'avait occupé plusieurs années à l'étude du latin, du grec et des auteurs de ces deux langues mortes, dont il lui apprit à faire des langues bien malades dans les compositions qui exaltèrent ses ambitieuses idées. Christophe rêva donc la gloire d'abord, sans en 1 11.

lôO l M'. VIKII.I.I. (.lOlUI. t^ l.S'l').

avoir rien lie |)rocis cl d'airiHô dans ses oijçiicillnisc's ospéraiiccs : il ne savait pas s'il scrail Alcxaii drc uu lldiiièic. Mais à incsiiic que sa iieiiséo, plus claire cl jilus jiisic, lui iiMniIra mieux les choses de la vie dans leur réalité, il cm \iiil à s'apercevoir ([u'une gloire qui n'a besoin que d'un cahier de pnpicr pour se prctduire. doil cire préférée par riioniine sage à celle qui demande une année à commander el un monde à conquérir. De ce moment son plan lui arrête, et il ajouta bien vite à l'orgueil que lui inspirait son génie, l'admiration (|ue niéritail à ses yeux une si généreuse modéralion.

Christophe Poïard avait recueilli une petite, trèspclite somme de la vciilc ilii mobilier i)alerncl; puis il recevait quelque argent de sa marraine, cuisinière dans une riche maison, fière de la célébrité future de son lilleul. Il avait au moins le bon esprit de ménager ces petits moyens avec la plus grande parcimonie, et était arrivé à vivre avec une somme si minime, qu'Adelberl, malgré ses projets économiques el le peu de besoins qu'il avait, ne poux ail (•epcridant le concevoir : et sa générosité naturelle l'avait lié avec son voisin pour lui faciliter le moyen de lui procurer un peu plus de bienêtre à son insu.

— Oh ! s'écria Christophe , quand il eut repris l'audace du génie, c'est un drôle de vieux, que ce vieux-là! Il ne dit pas une parole en huit jours, el ne rit pas une fois en un an ! 31oi , je le connais

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depuis cinq ou six ans qu'il est dans le quartier, e(. je ne sais pas seulement son nom : on l'appelle le vieux, et il dit qu'il n'a pas d'autre nom; il parait qu'il est venu au monde comme cela !... (Christophe s'interrompit pour jeter un gros éclat de rire; et madame de Salvy, se tournant vers son neveu, murmura faiblement: La misère, peut-être?... Mais Christophe, qui l'avait entendu, reprit gaiement : '; La misère! ah ! bien oui! c'est un riche, très-riche!... Un vieil avare!... C'est logé au premier de la maison ; quatre chambres pour lui tout seul... et son chien !... Mais il n'y a pas de luxe, par exemple ! tout londjc de vieillesse comme lui !... il ne dépense pas un sou, il lait...

— Ah ! dit Adelbert en l'interrompant , vous oubliez que s'il ne dépense pas beaucoup pour lui, il donne beaucoup pour les autres... Il a payé le mois dernier un remplaçant pour le fils du menuisier en face, qui est bon travailleur, aidant son père à élever une famille de huit petits eid'anls.

— Oui, et il a laissé partir le poêle ! un homme de génie, qui a été obligé de se faire soldat... Il aurait bien pu le sauver à la place de l'autre... un homme illustre au lieu d'un meimisier !

— Bah ! s'écria Adelbert. vous disiez que ses vers étaient détestables.

Christophe Polard, à cette interpellation de son ami, tourna sur lui-même, siffla un petit air, cl dit : Allons, vous êtes guéri, je vous souhaite le bonsoir. Puis, adressant une espèce de salut plein

152 um; viKii.iiv (.loiitK Ki\ 18i.".

(le iç.nicliorio cl (rimiicrliiiciicc ;'i iii;ii!;iiiic de S.ilvy, il surlil.

Les deux individus (|iu' le vitisiii.if^c avail liés avec AdcibcrI, vetiaionl de jclcr une grande surprise dans res|)ril de sa tanic. Jamais le monde ne lui avail rien oITcrl de scinblahic. (",'élail à ne pas croire ([u'unc di ini-licurc de rlicniin loul au |)lus séparait une société si singulière de la société élégante de la (Ihaussée-d'Antin, et ce ne fut pas sans quelques réflexions pénibles qu'elle envisagea l'exislence à laquelle l'aniour de l'élude livrait son neveu. Il lui sendilait qu'il pou\ait arriver à la science cl à la gloire par un autre chemin. (Cependant, comme le meilleur moyen n'est pas la discussion quand on veut faire changer quelqu'un d'avis, elle espéra l'amener au sien insensiblement et sans rien ajouter que quelques recommandations pressantes sur sa santé; madame de Salvy quitta son neveu avec la promesse qu'il viendrait diner chez elle le surlendemain, et qu'il lui accorderait plus souvent dans l'avenir l'occasion de le revoir.

Tout reprit l'ordre habituel ; seulement madame de Salvy s'informait sou\eiit du vieillard , dont la figure l'avait tellement frappée qu'elle l'avait encore présente à l'esprit. Souvent ce visage altéré, souffrant, et dont les traits énergiques s'étaient effacés sous la durée d'une peine profonde . lui apparaissait, cl jetait sa pensée dans de vagues suppositions sur les malheurs qui l'avaient réduit à une si cruelle situation. C'était surtout depuis que la comtesse

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savait que la misère n'était pour rien dans les infortunes du vieillard, que son attention était plus fortement attirée sur les causes d'une peine aussi incessante; car elle avait ap[)ris d'Adelbert que les mêmes symjjtùmcs de souffrances s'étaient constamment manifestés depuis ces cinq ou six années de séjour dans cette maison , où le vieux , comme on l'appelait, avait successivement éveillé l'attention des jeunes locataires , et où sa conduite avec eux avait été constamment la même. 11 les cherchait, mais pour les regarder , les écouter ; pour scruter leurs pensées avec tout ce qui restait encore de vie dans son regard , et cela sans leur adresser jamais la parole et sans répondre autrement que par des monosyllabes aux questions dont la curiosité de ses jeunes voisins l'accablail. — Si bien qu'après ces six années et en résumant tout ce qu'il avait dit et fait pendant cette période , nul n'avait rien pu savoir ni deviner de son passé ; seulement on avait vu que ce passé devait avoir été douloureux , car souvent, à un mol joyeux d'un des étudiants qui l'entouraient , à une espérance de bonheur qui s'épanouissait devant lui, à un sentiment exalté qui s'exprimait sans contrainte, ses yeux si secs s'humectaient encore... El parfois une larme s'en échappait, accompagnée d'un soupir. Une des plaies saignantes de son âme avait été touchée ; un souvenir cruel s'était réveillé, et jamais on n'avait vu un sourire attester qu'il restait encore dans celte âme quelque place que le mal n'eût pas envahie.

1S4 LNE vitii.1.1: (.iiMiii: Ky IS'iô.

(Icpciidaiil, tic lous les jeunes fçciis qui s'élaieiil siiirédé dans la maison , (|ui avaient conquis i'allenlion du Nieillard el a\ aient eu part à sa niuolle protection, plus d'une l'ois utile, nul n'avait cxcilé en lui un aussi \ir intérêt qu'Adelherl de Saint Génies. La première fois que son nom l'ut prononcé, il avait paru (orlement ému, et. hien qu'il n'eut lait aucune (]ueslion et n'eût pas répondu à celles qu'on lui adressait à ce sujet, ou resta persuadé qu'il existait quelque lien entre ses souvenirs el le nom du jeune iiomme. Sa conduite, d'ailleurs, ajoutait à chaque instant à celle idée; car lout(,' son atlentiot) l'ut dès lors absorbée par le nouveau venu et ne se démentit pas un seul moment. On en citait dans la maison, entre camarades, mille traits bizarres, ingénieux et louchants. Un jour, croyant Adelbert souffrant, il avait passe la nuit loul entière, debout, à coté de son lit. à le re garder dormir. (^)uelquefois le jeune homme trouvait un livre ouvert à ses côtés , et toujours c'était sur un de ces passages qui calment les petites agitations vaniteuses de l'âme au profit des sages el grandes pensées qui l'élèvcnt ; ou bien c'était la douce peinture des innocents el tendres plaisirs du cœur dans les liens paisibles de la famille.

Mais ces muettes leçons ne laissaient pas de traces dans l'esprit d'Adelberl ; il souriait à l'expérience qui les a\ail placées là , refermait le livre cl jetait toute l'ardeur de sa jeunesse dans les rêves brillants des succès, delà gloire, cl de la renommée.

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Madame de Salvy, instruite par lui de tous ces détails, s'attachait au mystérieux vieillard et, bien (ju'elle no IVùt vu qu'un instant, il lui semblait que c'était une intime connaissance et presqu'un ami. Mais tous les efforts que fit son neveu, à son instigation, pour en apprendre davantage, furent inutiles. Après un an il n'en savait pas plus. Deux choses seules pouvaient se deviner dans la pensée du vieillard, un profond désespoir sur tout ce qui avait rapport à lui , un puissant intérêt sur ce qui avait rapport à Adelbert.

Deux hivers et un été s'étaient passés de la même manière; Adelbert approchait de vingt ans, sa faille et sa figure se développaient dans les plus belles proportions; il était remarquablement beau et souvent fort remarqué par les femmes. Plus d'une employa pour lui ce que 3Iolière appelle les muets truchements; on lui dit de bien des façons, sans prononcer les mots, mais clairement : Vous êtes beau et je suis jolie : comment se fait-il que vous n'ayez

l'air de vous douter ni de l'un ni de l'autre? Ou

bien : Que faites -vous de vos vingt ans que je ne serais pas fâchée d'occuper? Est-ce que vos yeux ne voient rien? ni ces beaux cheveux noirs , ni cette taille charmante, ni ces parures délicieuses, ni ces mains délicates? Est-ce que vraiment tout cela est inutile? Ecoutez au moins cette voix qui peut charmer, ce sourire gracieux , et ces mots de tendresse qu'on dit devant vous, pour vous avertir qu'on peut encore en prononcer de plus doux? Ce

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sornil à n'cii plus finir avec toulosrcs pnrolcs qu'on ncdisail pas cl (juc Idiil anlrccnl cnlcndiics, (jifil cnlcndail bien aussi parfois; mais alors il sVloi^iiait vile, allail (Jans le |tclil salon . on ce ()n'ii y avait de plus âgé et de plus grave dans la sociélé de sa lanle se tenait liahitociletneiM . et laissant la folle joie de la jeunesse, les doux regards, les séduisants propos, il écoutait de sérieux discours sur les ministres, les chambres, les imp(Ms, la réforme (;l le droit comnmn. Ou plutùl, il écoutait en dedans de lui-même, une voix qui parlait si haut qu'elle l'enq^écliait de rien entendre au dehors. Une forte préoccupation absorbait en lui le présent au pr(»lit de l'avenir. Souvent se passent ainsi les plus belles années de la vie, celles où l'on en jouirait le mieux, avec toutes les facultés ardentes et les énergiques désirs que la réflexion n'a point encore comprimés, que le découragement n'a point refroidis. On dédaigne ce qu'on doit regretter plus tard, pour une espérance qui, se réalisât-elle, n'offrirait pas la centième partie des biens qu'on a repoussés pour elle. Uneoudeux fois pourtant, Adelbert avait eu quelque entraînement qui semblait devoir le distraire de la vie rêveuse cl occupée ; mais les soupçons qu'on avait pu former avaient été bien vite déroulés, et ses éludes sérieuses, ses jours de retraite et de Iravaux mystérieux avaient repris leur cours. Les frais pour l'en distraire avaient été fterdus : la coquetterie était en défaut ; et l'amour lui-même eût échoué devant sa raison, ou plutôt devant une pas-

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sion qui tenait tant de place qu'elle n'en laissait plus pour rien.

Cependant une amie d'enfance de madame de Salvy. et voisine du château qu'habitaient les parents d'Adelhert, vint à Paris avec les recommandations les plus vives de la mère, pour voir, examiner le jeune homme, et rapporter ensuite à sa famille inquiète, des nouvelles de la vie qu'il menait à Paris, bien que des lettres eussent déjà donné vingt fois tous ces détails auxquels on avait peine à croire et qu'on croyait avec chagrin. 3Iadame de Celcourt arrivait pour chercher une nièce orpheline et riche, élevée dans un couvent de Paris, et qui venait d'atteindre sa dix-seplicnie année,

Pauline de Celcourt était une petite brune, vive, étourdie, mais ravissante de grâce, de gentillesse et de gaieté; tout lui plaisait et l'mtéressait pour un moment, mais aucune occupation ne la tenait longtemps captive. Elle quittait le piano pour le dessin, cl la broderie pour sauter au milieu de la chambre. Jamais elle n'avait réQéchi longtemps, et pourtant toujours elle avait agi comme si elle eût beaucoup réfléchi. Bonne par nature, spirituelle sans y penser et sans se douter qu'il y eut de l'esprit dans ses paroles , elle trouvai! des mots ingénieux, fins et élevés, comme s'il lui eut été impossible de prendre autre chose dans sa pensée. Quant aux malices, aux moqueries, aux remarques méchantes, il paraît qu'il n'y en avait pas une seule dans son esprit, pourtant vifet pétulant, car elle n'en trouvait jamais ! c'était 1 12

lôs IM-. \ 11,11. i.K (;i.oinr. e\ IH'i.",.

1,1 iiicillcmc cl la pins j()\ (Mise personne (In monde. Il snllisnil de sa iirésenee |)<inr animer un salon; lont l<' monde s'y scrilail pins à l'aise. |)lns eonlenl, plus (Ml Irain de plaisanter, elle eut lail iiiir le clia- Rrin ! Ouaiil à l'ennui, elle ne savait pas ce que c'était, et ceux qui ne l'avaienl pas quittée n'avaient jamais fait connaissance avec lui.

Ses traits étaient lins et réguliers, et sa petite figure mignonne pouvait subir le plus rigoureux examen : mais nul ne pensait à regarder les détails, tant l'ensemble plaisait par une expression si gracieuse, si spirituelle et si bonne, qu'on sentait que c'était surtout à l'àme qu"a|)parle)iait le charme irrésistible de sa beauté. Les yeux restaient attachés sur ce visage mobile, et suivaient involontairement toutes les expressions qui se succédaient sur cette physionomie ravissanli;.

Adelbert ne connaissait pas Pauline. Un avaitbicn parlé devant lui de la jeune fille que madame de Salvy allait voir au couvent; il savait même qu'elle était venue chez sa tante, mais il ne l'avait pas rencontrée, et il n'avait jamais eu la pensée de s'en inquiéter. 11 ne s'occupait pas même de ceux qui étaient présents, comment se serait-il occupé des absents?

Pauline ne connaissait donc pas Adelbert, mais elle en avait entendu parler, et sa curiosité était fort éveillée par le beau neveu sauvage et rêveur de madame de Salvy. Cependant, il (allait que le nom du jeune homme vint réveiller son souvenir; elle n'y

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pensait point d'elle-même, et, l'instant d'après, elle n'y pensait i)lus.

Entre le jour où Pauline était sortie du couvent et l'époque qui devait la ramener dans la province, deux mois avaient été destinés à lui faire connaître Paris, et à choisir foutes les parures indispensables à une jeune liérilière qui est destinée à se marier dans l'année. Tout faisait présumer que Pauline deviendrait avant peu la femme de l'un de ces gentilshommes campagnards qui mènent la vie de château et représentent encore assez dignement, dans la province, la vieille noblesse, dont ils ont gardé beaucoup de vertus, entourées de beaucoup de préjugés, au grand scandale de la génération nouvelle, qui ne fait pas plus de cas des unes que des autres.

L'époque du départ de Pauline arrivait ; la journée s'était passée en courses et en emplettes, et se terminait par une promenade du soir au jardin du Luxembourg , rempli de lilas fleuris, de ces roses épanouies qui font le charme des premiers beaux jours du printemps. 3Iadame de Salvy s'était décidée à sortir avec sa vieille amie et la jeune Pauline ; toutes trois, après avoir parcouru le jardin, dont les provinciales voulaient emporter le souvenir, s'étaient assises près d'un massif de lilas, pour se reposer, au frais, des fatigues de la journée.

Elles avaient causé longtemps de Paris, de la pro- \ince, des inconvénients et des avantages attachés au séjour de l'un et de l'autre ; le jour avait baissé, la conversation s'était épuisée ; la nuit qui conimen-

liO l'NK \iniii; (.Kiim: j;\ \H-iô.

(Mil. iiivilail ;iu silcncr, cl, (lc|)uis(|ii('l(|U('.s inskiiiLs, cliaciiiic se livrail à ses rêveries, lorscjue iiiadaine de Sal\ Y <lil en soiiriaiil à son ami»; madaine de Celcourl : Kli liicii ! ma clièrc j'ai Icini ma inomesse, je me suis cdiirmiiK'e à \(is inleiilioiis; Pauline est resiée à l'aris plusieurs années; (le|mis deux mois, elle est veime eliez moi |)resque tous les jours, cl elle \a |i,iilir sans avoir vu mon neveu, Adcibertde tjaiiit-Géniès.

l'auline (il un brusque mouvemenl, el fraj)|)anl légèremenl ses deux petiles mains d'un air mulin, el avec une grâce enlanline :

— La ! dil-elle ! c'clail un complol !.... ah ! si je l'avais su !

En ce niomenl un léger bruit se fil entendre dans le feuillage, elle se tourna, mais elle ne vil rien.

Madame de Salvy et madame de Celcourl se mirent à rire.

— Avec ses dix-huit ans et sa curiosité, reprit madame de Salvy, elle eut peut-être mis en défaut nos deux vieilles expériences.

— J'es[)èrc, s'écria Pauline, que vous n'imaginez pas que la coquetterie eût formé des projets... ah! un écolier... avec sa pâle figure de pédant, qui sèche sur ses livres; il me semble le voir ! long, maigre et décontenancé! l<'naiit un paquet de livres sales et déchirés, serrés par une ficelle lorlillée au bout de ses doigts tachés d'encre... el...

Pauline s'arrêta : il lui avait semblé voir passer

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