‹ Médérine (volume 2)Chapitre 13 sur 30 · i m; \ 11.111.1; (.i.tiiiiE t.i · texte numérisé non relu

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iiioiisicur AdcIItcrl »Io Saiiil-Géiiics de paraître à l'iiislaiil.

— Kl il obcil ! répondit en riiiiil une voix sonore et douce.

Alors Adelbrrt parut.

Pauline fit un cri, et s'euluit ciïrayée.

11 avait bien passé par l'esprit de la jeuiKî lille que le bruit dans le leuillaf^çe, et la liyure qu'elle avait aperçue, pouvaient appartenir à l'étudiant qu'on lui avait caché : cette pensée l'avait troublée; et cependant sa joyeuse humeur n'avait cru faire qu'une i)laisanlerie. Dans le court espace d'une seconde qu'avait duré cette conversation, plusieurs pensées contraires, et plusieurs impressions diverses s'étaient succédé dans l'àme de la belle enl'anl. D'abord, c'était la raison qui rendait invraisembla ble cet aspect imprévu; puis c'était le lieu qui le rendait possible ; c'était aussi la crainte qui se mêle à un désir défendu, et à côté de cette frayeur, un de ces indicibles pressentiments du cœur, un de ces mouvements intérieurs que les choses extérieures n'expliquent pas, mais qui sans doute arri vent à noire âme [)ar d'invisibles moyens, cette lumière inaperçue par nos sens, et qui exerce une influence sur nous avant que nos yeux aient vu, et même que notre pensée ait pu concevoir la cause dont nous ressentons les efîefs, avaient appris à Pauline qu'Adelbert était là.

Mais la chaste timidité de la jeune fille avait repris d'autant plus d'empire qu'elle avait essayé de

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la braver. Elle eut peur en nièinc temps de son audace et de celle du jeune homme, qui courut après elle, la joignit très-vite, et prenant en riant ses deux pelites mains tremblantes, dont clic essayait de cacher son visage. — x Ah ! je vous verrai, i> dit-il. Mais au moment où il découvrait cette jolie figure, si vive d'ordinaire, il la vit pâle et altérée, et sentit que les forces de la belle enfant ne suffisaient plus à la soutenir. Adelbert la souleva doucement dans SCS bras et la porta près des deux tantes, interdites, inquiètes et effrayées.

— <i Et pourquoi donc me cachiez-vous cette charmante enfant? »

En disant cela, en courant après la jeune fdle, en la portant dans ses bras, Adelbert avait vu sa taille délicate, sa figure ravissante, et toute cette grâce délicieuse qui recevait encore un plus doux prestige de la circonstance où elle se montrait à lui, de la clarté poétique et mystérieuse de la lune, des vingt ans et de la sagesse du jeune homme.

Il y avait eu tant de surprise pour tous dans ce qui venait de se passer, que chacun resta silencieux, comme pour se donner le temps de se rendre compte des sensations qu'il éprouvait.

Pauline avait perdu un moment ses forces . tant la vie s'était portée violemment à son cœur vivement agité ; mais elle avait gardé la connaissance de ce qui se passait autour d'elle. Adelbert n'avait point échappé à ses regards. S'il avait vu tout ce qui pouvait séduire en elle, l'aulitio n'avait rien perdu

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lie ce (|iii piiin.'iil rliiirincr en lui; et tous deux, alors ili'bdul cl iiiiiiiuhilcs, se rcj^anltTcril (''lonriés et ravis.

Mais une voix rail)lt', hTiiibl.irilc cl riiiiic, s'éleva lout à coup ctilrc ces quatre personnes silencieuses, pour répéter ces mots:... P(»ur(iu(ii vous avail-on caché celle jeune (ille cliartnaiile? \ ous le deniariclez?... C'esl que si vous la voyez, el si elle vous aime,... elle est perdue! Elle mourra jeune et déscspcrcc !

Tous les yeux se lournèrent alors sur celui qui venait de mcllre ce (|ui lui reslail de l'orce à [)ronoiicer ces paroles, el madame de Salvy avait à peine reconnu le vieux, que Pauline s'écria, remplie de terreur : C'est lui, c'est lui ! et comme madame de Celcourt regardait avec surprise, et qu'Adelbert interrogeait avec anxiété, la jeune lilie reprit : <•• Ne reconnaissez -\ ous pas la (igure qui m'a tant effrayée dans mon enfance, celle... du portrait trouvé dans la chambre de ma mère après sa mort?

— <! Oui, c'est bien lui... répéta Pauline, mais plus pâle et plus sombre encore ; et pourtant c'était cette expression de douleur (jui m'avait frap[)ée dans le portrait, et qui a gravé pour toujours dans ma pensée cette figure si triste et si souffrante ! n

— <t Comment?... que voulez-vous dire? reprit le vieillard tremblant et hors de lui... vous avez vu mon portrait? et aux mains de qui? Répélez, répétez ces mots! :> Et sa voix plus faible semblait prier la jeune fille; mais la surprise et l'émotion

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rcmpèchaient de répoiulre aussi vile qu'il le désirait.

— it C'est aux mains de ma mère, dit-elle enfin, de ma mère mourante, que celte image m'a frappée. J'étais encore enfant , et assise près de son lit; je ne croyais pas au malheur affreux qui se préparait pour moi... Elle pleurait en me regardant... puis regardait un portrait en pleurant encore!... 3Ioi, je m'approchai... mes bras l'entourèrent, et je lui dis : ic Pourquoi pleurez- vous ainsi, ma mère? Je vous en prie, diles-le-moi. — Pourquoi? répondit-elle, c'est qu'il y eut pour moi dans ce monde que je vais quitter deux grands intérêts, mon enfant!... L'un m'attachait à celui que tu vois là... il a lourmentc ma vie ! l'autre qui me lie à toi, et il tourmente ma mort! Ma vie a donc été inutile, puisque je n'ai rien pu faire pour le bonheur ni de l'un ni de l'autre! ;>

Je pris le portrait dans mes mains : c'était une petite gravure encadrée dans du bois de cèdre. Je contemplai longtemps ce large front... ces yeux expressifs et ce visage maigri et fatigué dont ma mère me faisait remarquer les traits nobles, mais altérés. ^ Oh ! si tu voyais jamais, dit alors ma mère, celui que cette triste image représente, console -le, et dis-lui que mon dernier vœu fui pour son boidieur... et pour le tien !... ajouta-t-ellc en me pressant sur son cœur. Peu de jours après, j'avais perdu ma pauvre mère! et, depuis, toutes mes questions ne m'ont rien appris sur celui qu'elle

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