HYMNE DES PREMIÈRES VÊPRES
« Jésus, doux souvenir, vraie joie du cœur, sa présence est plus douce que le miel et toutes les douceurs.
« Il n'y a point de chant plus suave, de parole plus agréable, de pensée plus douce que le nom de Jésus, le Fils de Dieu.
< Jésus, Fespérance des repentis, si affable à ceux qui vous prient, si bon à ceux qui vous cherchent, ah ! qu'êtes-vous donc pour ceux qui vous trouvent?
c La langue ne peut dire ni l'écriture exprimer ce que c'est qu'aimer Jésus! Il faut l'éprouver pour le croire.
« Soyez, 6 Jésus, notre joie, vous qui devez être notre récompense, et que notre gloire soit en vous dans tous les siècles. »
ÊPITRE (aux Rom., XII, 16-21).
Soyez unis dans les mêmes sentiments. Ne recherchez point ce qui est élevé, mais accommodez-vous de ce qui est humble. Ne soyez point sages à vos propres yeux. Ne rendez à personne le mal pour le bien. Ayez soin de faire le bien non-seulement devant Dieu, mais aussi deyaot tous les hommes. Vivez en paix, si cela se peut et autant qu'il est en vous, avec tout le monde. Ne vous vengez point vous-mêmes, mes chers frères, mais laissez la place à la colère divine, car il est écrit : C'est à moi qu'appartient la vengeance, et je l'exécuterai, dit le Seigneur {Deut.y XXXII, 35). Au contraire, si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger; s'il a soif, donnez-lui à boire; car en agissant de la sorte, TOUS amasserez des charbons ardents sur sa tite. Ne vous laissez point vaincre par le mal, mais tâchez de vaincre le mal par le bien.
L'Apôtre indique ici les caractères princ ipaux e opposés qui distinguent l'esprit de; Dieu et l'esprit du inonde, le vrai chrétien et le mondain. Celui-ei est plein de lui-même, et lorsqu'il s'en défend avec les apparences de la modestie, au fond, il se croit plus sage ou plus capable que fous ceux qui l'entourent. Celui-là, au contraire, ne se compare à personne, ou s*estime inférieur â tous d'une nianière ou de Tatitre, se regardant comme rien ùa peu de chose devant Dieu : ce qui constitue Thu* milité. L'homme du monde ne veut souffrir aucune injustice ou ce qu'il prend pour tel, et le meilleur, s'efforçant de rendre le bien pour le bien, se croit aussi en droit de rendre le mal pour le mal; car c'est la stricte équité, la loi du talion, expression dé la loi naturelle , œil pour œil , dent pour dent. Aussi est-il ardent à la vengeance quand il Éè croit lésé ou insulté , et il ne veut en laisser le soin ni à la société ni à Dieu. De là le duel et les ressentiments de famille , qui se propagent à travers les générations. Le chrétien animé par la parole et l'exemple de son divin maître , est toujours prêt à pardonner les offenses, comme il désire que Dieu lui pardonne les siennes. Par là force, que la grâce inspire à sa volonté, il domine la colère et l'orgueil blessé, et le comble de sa vertu est d^imiter Jésus-Christ en faisant 'du bien à ceux qui lui font du mal, en priant pour ceux
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api le haïssent oa le persécatent. II ne cherche point à se venger lui -même ^ et remet sa cause a^^ confiance entre les mains de Dieu. Le mon^ daÎB, quand il fait du. bien, ce qui lui arrive quelquefois, v^ que les hommes en soient témoins on k sachent, afin qull en ait le mérite, la gloire ou le pr<^t. Il ne le fait point devant I^u ou en vue à» Dieu, et c'est pourquoi sa bienfaisance n*eM point de la charité. D*un autre côté, TÉvan^e re^ commande aussi au disciple de Jésus-Ghrist de ne pdfit accomplir le bien seulement devant Dieu, mais auçsi devant les hommes, pour les édifier et les animer par Texemple. La lumière ne doit pas toe mise sous le boisseau, mais sur un chan* d€}ier, pour qu'elle éclaire au loin. Ce qui nous apprend encore que dans sa conduite il ne faut point se confier uniquement en ses bonnes intentions que Dieu voit, mais qui, n'étant point reçoimues par les hommes, peuvent les scandaliser par les apparences du mal. L'homme de Dieu <^rdbe jaaâsi k paix en tout et partout , tâehant i'apms^^ de rappn)cber, d'accorder, d'unir» ce foi n'est pas facile au milieu du mal et de ses pixiisans. tJjast pourquoi TApôtre ajoute, si cela se peol et autant qu'il .est en vous. L'homme dn monde, au contraire, est toujours prêt à entrer en guerre, à bataîHer dans l'intérêt de sa fortune, de sa vanité ou de son plaisir. H regarde comme en-
nemi tout ce qui l'empêche de se satisfaire oii veut partager sa jouissance, en sorte que la société est une arène, où les passions et les amours-propres sont toujours aux prises et l'état social un état de guerre. Enfin , le mondain se décourage vite dans sa lutte contre le mal, s'il est obligé de Tentreprendre ou de l'accepter, et il se résigne facilement à pactiser avec lui et à en prendre sa part, quand il ne peut l'empêcher de prévaloir. Le chrétien ne faillit point dans ce combat qui se renouvelle chaque jour; il travaille sans cesse à vaincre le mal par le bien au prix de ses souffrances» à l'exemple de son maître, qui a brisé la puissance de Satan par la vertu de la croix, et dont la passion a fait le triomphe. Sa victoire sera donc aussi dans la patience, et il absorbera en lui l'iniquité et ses effets pour la détruire.
Jésus étant descendu de la montagne, une grande foule de peuple le suivit, et voici qu'un lépreux vint à lui et l'adora en lui disant : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir. Jésus étendant la main, le toucha et dit : Je le veux, soyez guéri. Et à l'instant sa lèpre fut guérie. Jésus lui dit : Voyez, n'en dites rien à
personne, mais allez vous montrer au prêtre et offrez le don prescrit par Moïse en témoignage. Gomme Jésus entrait à Gapharnaiim, un centenier s'approcha de lui et lui fit cette prière : Seigneur, mon serviteur est couché dans ma maison, frappé de paralysie et il souffre extrêmement. Jésus lui dit : J'irai et je le guérirai* Mais le centenier lui répondit : Seigneur, je ne suis point digne que vous entriez dans ma maison^ mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Car quoique je ne suis moi-même qu'un homme soumis au pouvoir, ayant des soldats sous moi, je dis à l'un : allez, et il va ; à l'autre : venez, et il vient, et à mon serviteur : faites cela, et il le fait. Jésus, entendant ces paroles, en fut dans l'admiration, et dit à ceux qui le suivaient : Je vous le dis en vérité, je n'ai point trouvé une si grande foi en Israël. Aussi je vous déclare que beaucoup viendront d'orient et d'occident et prendront place dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob (Malachie, I, H), mais que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et
des grincements de dents. Alors Jésus dit au centenier : Allez, et qu'il vous soit fait selon votre foi. Et son serviteur fut guéri au même moment.
La lèpre, qui est une corruption du sang, figure ici le péché, qui est la corruption du cœur, lequel défigure Tâme en la couyraat de souillures, comme la lèpre couvre la peau d'une humeur infecte. Le péché est contagieux comme elle. Le lépreux de cet évangile montre au pécheur à qui il doit s'adresser pour être guéri et ce qu'il a à faire. Il commence par se prosterner devant Jésus , s'humiliant devant Celui dont il implore le secours. Combien de pécheurs entrent dans le temple du Seigneur, daignant à peine âéchir les genoux oa donner un signe d'adoration^ et ne prononçant point un mot de prière. Celle du lépreux est courte, mais elle exprime la foi la plus vive en la puissance et en la bonté du Sauveur : Seigneur , si vous voulez, vous pouvez me guérir. Ainsi devons-nous approcher du tribunal de la pénitence , avec le sentiment vif de la maladie de notre cœur, Taveu sincère de nos fautes et k confianee la i^us entière au pouvoir et k la miséricorde de notre juge. Touché de la foi du lépreux,. Jésus lui dit : Je le veux, sois guéri, comme au saint tribunal il
dit par son miaistre : Je t'absous. C'est la même paiale qui cbasse les maladies du corps et celles de rame. Puis Tiemient deux recommandations qui s'adressent à nous comme an lépreux. La premiè]:e nous enseigne à ne pas nous ranter des bienfaits reçus ni des bonnes ceufres accomplies. N'en parlons à personne pour ne pas risquer de noBS glorifier et d'en ôter à Bien la gloire. La seconde prescrit d'aller se présenter au prêtre, pour faire ccmstater sa guérison, selon la loi de Moïse, afin de pouvoir rentrer dans la vie civile; nous pour nous découvrir jusqu'au fond devant le médecin de l'âme, afin d'être pleinement purifiés et de rentrer dans la vie de la grâce. Le dm imposé par la loi aux lépreux guéris est le symbole de la satisfaction^^ partie essentieÛe de la pénitence chrétienne, et qui s'accomplit ordinaireokent par des prières, des jeûnes, des absti-* nenees, ^es aumônes et des bonnes opuvres.
Le centenier, qui vient après le lépreux, présente à notre imitation plusieurs vertus, qui lui attirent les élog^ du Sauveur. Il montre d'abord nne touchante charité pour son serviteur malade, et ainsi il est un exemple du soin que les maîtres doivent prendre de ceux qui les servent. Puis, plein de cimfianee en la puissance de celui qu'il im{dore, il se contente de lui exposer simplement l'état de son serviteur. Eïkfin son humilité, qui décline
rhonneur que lui ferait Jésus en entrant dans sa maison , à cause de son indignité, dont le senlîment Ten rend justement plus digne , lui donne occasion de manifester Ténergie de sa foi , puisqu'il ne demande à- Jésus-Christ qu'une seule .parole pour opérer la guérison. Aussi l'Église, en mémoire de la foi de ce païen , que le Seigneur a trouvée plus grande et plus méritoire que celle d'Israël, et pour exciter la nôtre par son exemple, nous fait redire sa parole au moment de la sainte communion, c'est-à-dire quand nous allons recevoir dans notre cœur Celui qui descend du trône de sa gloire ,pour venir par un incompréhensible miracle de sa bonté se renfermer sous de viles espèces et s'incorporer à nous. Par là aussi nous exprimons notre reconnaissance et notre indignité de l'honneur immense qui nous est accordé. Les autres paroles du centurion expliquent admirablement l'obéissance chrétienne, telle que l'Église l'enseigne aux fidèles, au point que Jésus Tadmire et le loue ; ce qui est la plus grande des récompenses. Cet homme était cependant un païen, et le voici élevé par sa foi au-dessus des enfants d'Israël , dont beaucoup seront jetés dans les ténèbres extérieures, tandis que les gentils entreront d^ns le royaume des cieux par la vertu de leur foi, qui en fait spirituellement des enfants d'Abraham. Aussi Jésus termine-:t-il par cette parole :
Allez^ et qu'il vous soit fait comme vous avez cm, nps enseignant par là que la foi, qui anime nos prières, est la raison et la mesure de leur efficacité. Demandez avec foi et sans restriction, dit Tapôtre saint Jacques; car celui qui hésite est semblable an flot de la mer, que le vent agite et ballotte. Que celui-là ne s'imagine pas qu'il obtiendra quelque chose du Seigneur. (Jacq., I, 6-7.)
PRATIQUE
Ne ferons-nous pas pour Dieu ce que le soldat fait ponr son capitaine, allant où il lui dit d^aller, venant quand il l'appelle, et faisant ce qu'il lui ordonne de faire ? D'autant plus que nous ne risquons rien de nous abandonner pleinement à la volonté divine, dont les commandements sont souverainement sages et la parole toujours infaillible. Soyons donc de vrais soldats de Jésus-Christ.
PRIÈRE
Que par le secours de votre grâce, Seigneur, ma confiance en vous devienne si entière , qu'elle vous engage à m'assister dans tous mes besoins et à m'accorder tout ce que je vous demanderai pour mon salut. Par Jésus-Christ, etc.
ËPITRE (aux Rom., XIII, 8-10).
Ne soyez redevables àpersonne que de l'amour qu'on se doit les uns aux autrçs; car celui qui^ aime son prochain accomplit la loi. En effet, vous ne commettrez point d'adultère, vous ne tuerez point, vous ne déroberez point, vous ne porterez point de faux témoignage, vous ne convoiterez point le bien d'autruî, tous ces commandements et les autres, s'il y en a, sont compris dans cette parole : vous aimerez votre prochain comme vous-même. L'amour du prochain ne souffre pas qu'on lui fasse du mal, et c'est pourquoi l'amour est le complément de la loi.
L'Église nous rappelle par ces paroles ce que nous avons à faire à Tégard de nos semblables, pour accomplir pleinement la loi divine, qui est la loi d*amour : car, comme tous les devoirs envers Dieu se résument dans cette parole : Tu aimeras
le Seigneur, ton Dieu, de tonte ton âme et par- ' dessus toat, ainsi les commandements qui regardent le prochain sont compris dans cette phrase : Ta aimeras ton prochain comme toi-même. D'nn côté comme de Tautre la loi ancienne n'est qne poor noas apprendre à aimer. Elle est le pédagogue ou l'apprentissage de Tamonr divin dont k charité , enseignée par TÉvangile, est la plé* nitude et la perfection. Mais on n'arrive à cette apogée de 1 amonr qne par degrés, et ces degrés sont exposés dans cette] épître. Il y a d'abord les devoirs spéciaux, qui ressortent de la position de chacun et de ses rapports avec les autres hommes : devoirs des parents, des enfants, des maîtres, des serviteurs ; devoirsMe reconnaissance et de convenance ; devoirs du citoyen, en raison de l'état politique de la société dont il est membre et des fcmctions qu'il y remplit. L'accomplissement de ces devoirs est de stricte justice, et c'est pourquoi l'Apôtre dit : Nerqjini quidqttam debeatis^ ne devez rien à personne. Il y a ensuite le devoir général de tout homme envers ses semblables, envers lesquels il n'a point d'obligation particulière. C'est l'amonr que nous nous devons les uns aux antres, parce que nous sommes les membres d'un même corps, ou, comme dit l'Apôtre, membres les ims des autres ; ce qui est nettement exprimé par cette formule : Tu aimeras ton prochain comme
toi-même. C'est encore de Téquité , puisque devant la justice nous sommes tous égaux comme devant Dieu par notre nature; et ainsi l'amour inné que nous avons pour nous-mêmes, qui nous pousse et nous autorise à soigner notre propre existence avant celle des autres, chacun étant chargé par la Providence de pourvoir à la sienne, ne nous fournit cependant point de raison légitime de préférence dans Fapplication de la justice distributive. Il y a encore deux parties dans cette zone de la charité : la partie inférieure où Tampur de soi empêche par la réflexion défaire aux autres ce qu'on ne voudrait pas avoir à souffrir de leur part, et c'est pourquoi il est écrit : Celui qui aime son prochain ne* lui fera point de mal (/îom., XUI, 10); puis la partie supérieure, où l'amour du prochain n'est plus seulement négatif ou pour empêcher le mal, mais positif, pour effectuer le bien, en nous portant ^ à faire pour les autres ce que nous voudrions qu'^^s fissent pour nous. Ici le précepte tend à se confondre avec le conseil de perfection ; car, notre désir du bonheur étant infini, si nous aimons le prochain comme nousmêmes, non- seulement nous lui souhaitons cet infini bouheur, mais encore nous devrons nous employer à le lui procurer comme à nous-mêmes. Ainsi nous arrivons graduellement à la sommité de l'amour, formulée dans cette parole de Notre-
Seigneur : Aimez-vous les ans les antres, comme je vous ai aimés (Jean, XIII, 34) ; celui qui aime bien donne sa vie pour ce qu'il aime ; ce qui porte à aimer son prochain , non plus seulement comme soi-même, mais plus que soi, ou avec le sacrifice de soi-même. C'est pourquoi l'Apôtre dit : Plenitudo ergo legis dilectio, l'amour est la plénitude de la loi. (ftom., Xin, 10.) Et saint Augustin ajoute {lib. XVy cap. xxn , De Civil . Dei) : Definitio hrevis et ver a virtutîs est ordo amoris, l'amour renferme toutes les vertus. Dilige et fac quod vis , aimez et faites tout ce que vous voudrez (De Doct, Christ. ^ lib. 7, cap. xxii). Nonpotestde isla radice nisi bonum transir ey que l'amour soit le principe de vos actes, et de cette racine il ne peut sortir que du bien.
Jésus étant monté sur une barque, ses disciples le suivirent. Et vdiei qu'une grande tempête s'éleva sur la mer, en sorte que la barque était couverte par les flots, et lui cependant dormait. Alors ses disciples s'approchèrent de lui et l'éveillèrent en disant : Seigneur, sauveznous, nous périssons! Jésus leur répondit : Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de
foi? Et se levant aussitôt, il commanda aux vents et à la mer, et il se fît un grand calme. Or ceux qui étaient présents furent dans Tadmîration, disant : Quel est celui à qui les vents et la mer obéissent?
Dans le miracle de la tempête apaisée les saints Pères voient deux allusions : l'une à l'âme fidèle, l'autre à TÉglise. Les apôtres suivaient leur divin maître ; il était au milieu d'eux, quand la tourmente assaillit leur barque. Que les chrétiens fidèles ne s'étonnent donc pas, si malgré la présence du Sauveur ils subissent des orages intérieurs, et sont éprouvés par des tentations violentes. Leur piété même leur attire de plus vives attaques de l'ennemi du salut. Le souvenir de Jésus dans la barqtte, au milieu des flots soulevés^ figure répreuve à laquelle il soumet l'âme en ne lui faisant plus sentir la vertu de sa présence, comme s'il Tabandonnait pour un temps à ellemême et la laissait livrée sans le sentiment de son secours aux agitations de la vie. Ou encore ce sont des fautes qui, sans faire perdre la présence de Jésus -Christ, en atténuent l'effet, en diminuent la grâce, comme des négligences, des distractions volontaires ou des attachements étrangers. C'est ordinairement pendant ce temps qne s'élèvent les
orages. Le tort des apôtres en recourant à leur maître est de l'avoir inyoqué trop tard et avec trop peu de confiance. C'est quand nous sentons la tempête naître au dedans de nous, que nous ^vons appeler Celui qui peut seul la calmer. Croire que de nous-mêmes nous serons assez forts pour la vaincre et nous sauver, est une tentation trèsHlangereuse et qui nous expose au naufrage ; ou bien dans ce cas, notre prière, comme celle des apôtres, n'a pas assez de foi ; elle semble se méfier du Sauveur, ou craindre qu'il n'ait pas la volonté ou la puissance de nous arracher, au péril , puiscpe nous avons peur de f^er tout en invoquant son secours. Et cependant, bien qu'il nous reproche notre peu de foi et notre vaine peur, il nous préserve de la ruine malgré notre imperfection et à cause de notre bonne volonté.
L'autre allusion se rapporte aux orages contre lesquels lutte centinuellement le vaisseau de l'Église au milieu de la mer du monde, et c'est pourquoi on l'appelle l'Église militante. C'était, selon la tradition, dans la barque de Pierre que Jé&m traversait les flots. La véritable Église de Jésus-Christ est celle que gouverne le Prince des apôtres. C'est encore la barque de Pierre qui porte les destinées de l'humanité de la terre au ciel sous la direction du Fils de Dieu, pilote invisible, que Pierre animé de son esprit remplace
au gouvernail, la conduisant au port par Tunique route qui y mène et à travers les écueils dont elle est semée. Un tel voyage ne peut donc se faire sans essuyer des orages. L'arrivée est assurée, mais la traversée est pénible, et, au milieu des accidents de tout genre qui viennent assaillir la nef, Jésus-Christ, qui y sera présent jusqu'à la consommation des siècles, semble parfois y dormir et l'abandonner au gré des vents. De là les persécutions, les hérésies, les schismes, les scandales et tous les maux qui désolent l'Église. De nos jours l'incrédulité a déchaîné contre elle toutes les fureurs des passions humaines, et, en ce moment, on dirait que la barque de Pierre va sombrer au milieu de la tourmente la plus terrible qu'on ait encore vue sur la mer du monde. Le Seigneur semble dormir dans la tempête, et les incroyables audaces de l'impiété ont Tair de profiter de son sommeil. Il se réveillera, n'en doutons pas; d'un geste il commandera aux vents et à la tempête et le calme renaîtra. Son Église, abaissée pendant un temps par la violence de l'orage, se redressera purifiée, brillante d'un nouvel éclat, rajeunie, et les peuples de la terre, étonnés aujourd'hui et peut-être scandalisés de son humiliation et de ses périls, s'écrieront encore une fois avec admiration : Quel est celui-là , pour que les vents et la mer lui obéissent? et, s'inclinant
avec respect devant le Pilote de la barque divine, ils rendront hommage à Dieu.
Soit dans nos épreuves particulières, soit dans celles de TÉglise, quelle que soit la menace du danger, n'oublions jamais que par notre foi en Jésus-Christ nous sommes dans sa barque, sous sa conduite et protégés far sa puissance. Crions avec confiance vers lui au milieu de la fureur des flots , et quand tout paraîtra perdu, il nous sauvera à son- moment, d'un mot, par on signe , si notre foi ne défaille pas en nos frayeurs et la face du monde sera renouvelée.
PRIÈRE
0 Jésus, plein de bonté, daignez dans les dangers auxquels nous sommes exposés, nous accorder votre secours, que nous voulons toujours implorer avec la plus grande confiance. Déployez votre puissance contre nos ennemis , commandez à la mer agitée et aux vents de la persécution de s'apaiser, afin que, Totre Église jouissant de la paix, nous puissions mieux vous servir et arriver plus sûrement au port de l'éternelle félicité.
ÉPITRÊ (aux Coloss., III, 12-17).
Revêtez-vous donc, comme des élus de Dieu, saints et bien aimés, de miséricorde, de bonté, d'humilité, de modestie, de patience {Éphés,, YÎ, 2), vous supportant,mutuellement, vous pardonnant les uns aux autres ce dont vous aurez à vous plaindre, comme le Seigneur vous a pardonné. Mais surtout ayez la charité, qui est le lien de la perfection. Faites régner dans vos cœurs la paix de Jésus-Christ, à laquelle vous avez été appelés dans un même corps, et soyezen reconnaissants. Que la parole de Jésus-Christ habite en vous avec plénitude et vous remplisse de sagesse. Instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant de cœur avec édification les louanges du Seigneur. Quoi que vous fassiez, en paroles ou en œuvres, faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui à Dieu le Père (/ Cor.y X, 31).