‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtesChapitre 17 sur 103 · SIXIEME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

SIXIEME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

ÊPJTRE I (aux Thess., 1 , 2-10).

Nous rendons sans cesse grâces à Dieu pour vous tous, faisant toujours mémoire de vous dans nos prières, et nous souvenant devant Dieu notre Père des œuvres de votre foi, des travaux de votre charité, et de la persistance de votre espérance en notre Seigneur Jésus- Christ. Car nous savons, frères chéris de Dieu, quelle a été votre élection, et que notre prédication de rÉvangile n'a pas été seulement en discours, mais a été confirmée par la vertu de l'Esprit-Saint et l'abondance de ses dons : comme vous savez aussi ce que nous avons été pour vous au milieu de vous. Ainsi vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, recevant la parole dans votre grande tribulation avec la joie du Saint-Esprit, en sorte que ' voas êtes le modèle de tous ceux qui ont eml)msé la foi dans la Macédoine et dans TAchaïe. Car non-seulement la parole du Seigneur a été

donne Texemplç de ce qu'il prêche, pouvant dire en toute vérité comme TApôlre : Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus- Christ. {Philip., m y 17.)

Jésus leur proposa une autre parabole, disant : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé, qu'un homme reçoit et va semer dans son champ. Ce grain est la plus petite de toutes les semences, mais lorsqu'il a crû, il est plus grand que tous les légumes, et il devient un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses branches et y habitent. 11 leur dit encore cette autre parabole : Le royaume du ciel est semblable au levain qu'une femme prend et mêle en trois mesures de farine, jusqu'à ce que toute la pâte soit levée. Jésus dit toutes ces choses au peuple en paraboles, et il ne leur parlait point sans paraboles, afin que cette parole du prophète fût accomplie : J'ouvrirai ma bouche en paraboles; je manifesterai des choses cachées depuis la création du monde. (Marc, IV, 34.)

Le Lut de la parabole est d'expliquer une vérité métapliysique par la comparaison avec une chose qui tombe sous les sens, ce qui suppose entre elles une certaine similitude non de forme mais par l'esprit, et qu'on appelle analogie. Ici les deux termes comparés sont le royaume du ciel et un grain de sénevé 9 c'est-à-dire, selon TÉvangile , la graine la plus petite qui produit la plante la plus

Le royaume du ciel ici-bas est la manifestation de la puissance de Dieu par l'accomplissement de sa volonté et de sa loi dans Thomme et par l'homme. C'est pourquoi il est dit dans l'oraison dominicale : Que votre règne arrive, que votre volonté soit f^ite en la terre comme au ciel. Or, c'est surtout par sa parole que Dieu déclare sa volonté et révèle sa loi. Le règne divin est donc apporté à la terre par la prédication de la parole de Dien, laquelle, contenant en elle la vie divine en puissance, est vraiment une semence, qui l'implantera et la développera dans les âmes disposées à la recevoir. Là elle germe, croît, fleurit et fructifie comme la graine dans une bonne terre , d'abord dans l'obscurité et Thumilité de la foi, comme le germe dans les ténèbres et l'humilité du sol; pais par la lumière de l'instruction et de la doctrine comme la plante excitée et nourrie par le rayon solaire, et enfin par la chaleur du cœur

allumée en loi par le soleil des esprits, par le fea diyin qne Jésus-Christ est vran apporter à la terre et que sa parole attire, comme les fruits du yégé« tal sont mûris par la chalenr centrale de la terre unie à la chaleur diffuse de l'astre du jour. Alors la plus petite semence devient un grand arbre, ou autrement la parole évangélique, si simple à son origine et qui semble la plus humble des paroles, a produit TÉglise universelle, qui embrasse le monde entier dans son enseignement, dans son gouvernement et par ses œuvres, et où descendent et s'arrêtent les vertus, les puissances d'en haut, qui apportent et distribuent à la terre les bénédictions et les grâces du ciel. Tout chrétien porte donc en lui le royaume de Dieu, fondé dans son âme par la semence de la vie^ divine reçue au baptême et développé par renseignement de l'Église. Qu'il prenne donc garde de ne point laisser cette semence dépérir en lui, la tenant captive et stéri}e dans les ténèbres et Tendurcissement de son coeur. Car un jour il lui sera demandé compte des fleurs et des fruits qu'elle devait produire, et celui-là sera coupable et malheureux, qui la représentera au maître comme il Ta reçue, c'est-à-dire sans développement et sans vie, tel que le mauvais serviteur rapporte le talent, à lui confié pour le faire valoir, seul et couvert de rouille. Mais m crime et un malheur encore plus grands, c'est la pervwr-

•sion de la parole divine oa le don de Dieu tourne ecmtra Dieu même par l'abus des grâces ^ par la corruption de la vie du ciel, ou quand la sem^ace d'en haut, qui devait rendre des fruits de vie, ne produit que des fruits de mort.

Notre-Seigneur compare encore ici le royaume des cieux au ferment qu'on mêle à la pâte et qui la fait lever. C'est l'emblème de la grâce , qui exdte dans le cœur où elle s'introduit une fermentation salutaire, la pénètre de sa vertu, lui ôte de sa pesanteur et de son insipidité, l'élève et en fait sortir des qualités nouvelles dont elle ne semblait point capable, ou rend plus puissantes et pins efficace celles qu'elle avait déjà. Ce levain sacré paraît souvent peu de chose en son commencement, et il n'en faut qu'une parcelle pour produire de grands effets et changer complètement une âme. La première grâce, qui amène la conversion et prépare la grande œuvre du salut, est quelquefois presque imperceptible. Mais il y a mi autre levain, plus commun et aussi actif que le premier et dont la funeste fermentation infecte l'âme qui le laisse pénétrer en elle. C'est ce levain despharisiens et des sadducéens, dont Jésus-Christ avertit ses disciples de se garder. Il n'en faut qu'une petite quantité pour corrompre la masse entière , et comme une seule grâce bien reçue et cultivée avec soin peut devenir le principe du

du monde. Il gâte la charité par la vaine gloire, h justice propre, le désir de commander, on la ra cherche de soi-même plus que de la gloire de Diei ou du bien du prochain. Il fait tout cela la nui c'est-à-dire en se cachant pour n'être point vu, et quand dorment les serviteurs du père de famiU^. qui devraient garder son champ. Tel est le trist$ résultat de la négligence ou de l'incurie des parents, des maîtres, des directeurs des aines et des âmes elles-mêmes, s'endormant dans une fausse sécurité, et n'accomplissant pas la parole de Jésus* Christ, qui recommande de veiller et de prier pour ne pas entrer en tentation. Cependant vient le moment où l'ivraie se montre par ses fruits. Alors ceux qui l'ont laissé semer et croître jusque-là voudraient, par un zèle exagéré ou imprudent, l'arracher tout de suite, au risque d'enlever le bon grain avec le mauvais ; car ils sont mêlés ensemble. Le maître veut, au contraire, qu'on les laisse mûrir jusqu'à là moisson, où s'opérera la séparation définitive : et, en effet, il y aurait eu plus de pertes dans un arrachement prématuré, à cause du bon grain gâté, qu'il n'y en aura par le dommage apporté au bon par le mauvais, croissant jusqu'au bout en commun. La parabole nous donne la leçon et l'exemple de la patience intelligente, qui sait tolérer le mal et ceux qui le commettent dans une certaine mesure, soit pour ne

pas amener on mal plus grand, soit dans fespoir de changer on de guérir celui qui existe. C'est le gouyemement de la Providence en ce monde, qui permet beaucoup de choses contraires à la loi et à ses desseins par respect de la liberté qu'elle a donnée aux hommes, pour leur accorder le temps de s'amender et de revenir à bien, ou enfin pour hbser le mal s'épuiser par son cours et en lui- Blême, sûr que le jofur de la réparation de la justice et de Tordre arrivera en^son temps. Ainsi agit l'Église avec les pécheurs. Elle use de la plus grande indulgence à leur égard, ne rompant point le roseau brisé, n'éteignant pas la mèche qui fume encore. Ainsi faut-il agir dans l'éducation de l'enfance, où rivraie est toujours mêlée au bon grain. On est souvent obligé de tolérer des défauts, qu'on ne pourrait enlever sans nuire à des qualités qui y sont impliquées. Dans l'ordre moral, dit saint Chrysostome, le mauvais grain peut devenir bon par la possibilité du repentir, de la conversion et du retour à Dieu. En outre, dit saint Jérôme, en ce monde les bons encore faibles ont besoin d'être mêlés aux méchants qui les rendent meilleurs en exerçant leur vertu , et c'est pourquoi Dieu les tolère.

PRATIQUE

Gardons-nous bien de vouloir réparer par un zèle

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