‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtesChapitre 18 sur 103 · CINQUIÈME DIMANCHE APR. L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME DIMANCHE APR. L'EPIPHANIE

intempestif les dommages causés par notre incurie ou par notre imprudence. Dans ces cas confessons notre ! faute devant Dieu» et attendons avec confiance le mo- | ment de la Providence, prêts à faire tout ce qu'elle demandera de nous.

PRIÈRE

Seigneur Jésus, qui avez répandu dans nos âmes la 1 semence de votre divine parole, faites qu'elle y pro- i duise une riche moisson. Préservez-les de la licence des fausses doctrines et du sommeil du péché, afin qu'au jour du jugement elles paraissent devant vous avec les fruits du ciel et pures de l'ivraie de la terre.

i SIXIEME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE.

ÊPITRE I (aux Thess., 1 , 2-10).

Nous rendons sans cesse grâces à Dieu pour vous tous, faisant toujours mémoire de vous dans nos prières, et nous souvenant devant Dieu notre Père des œuvres de votre foi, des travaux de votre charité, et de la persistance de votre espérance en notre Seigneur Jésus- Christ. Car nous savons, frères chéris de Dieu, quelle a été votre élection, et que notre prédication de rÉvangile n'a pas été seulement en discours, mais a été confirmée par la vertu de TEsprit-Saint et l'abondance de ses dons : comme vous savez aussi ce que nous avons été pour vous au milieu de vous. Ainsi vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, recevant la parole dans votre grande tribulation avec la joie du Saint-Esprit, en sorte que ' vous êtes le modèle de tous ceux qui ont eml)msé la foi dans la Macédoine et dans TAchaïe. Car non-seulement la parole du Seigneur a été

répandue par vous en Macédoine et en Achaïe, mais même votre foi en Dieu est devenue si célèbre partout, qu'il n'est point nécessaire que nous en parlions; car tous racontent quel a été le succès de notre arrivée chez vous, et comme vous vous êtes convertis, quittant les idoles pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre du ciel son Fils Jésus, qu'A a ressuscité d'entre les morts, et qui nous a délivrés de la colère future.

Les louanges que l'Âpôtre donne aux Thessaloniciens nous offrent un double enseignement.

1** Nous devons recevoir avec foi la parole de Dieu, surtout quand nous sommes dans la tribula-^ tion, et alors nous goûterons la joie de l'Esprit saint. Mais cette foi ne doit point se borner aux discours et aux protestations; elle doit être aetive, effective, c'est-à-dire se réaliser par des faits, par des travaux, par des œuvres de charité, et aussi par la persistance de notre espérance en Dieu au milieu des épreuves. En un mot, elle doit dans sa manifestation tendre à imiter les fidèles serviteurs de Jésus-Christ et Jésus-Christ kd-même. Alors seulement elle devient vivante, féconde ea bienfaits, parce qi^elle attire k vertu et les d(»]ks du

Saint-Esprit; eUe donite la vie en abondance et peut même produire des miracles , conmie il est arrivé chez les Thessaloniciens par le ministère de saint Panl.

S"* La parole de Diea, que nous avons eu le bonheur de recevoir dans notre âme et qui lui a fait tant de bien , ne doit pas y rester enfermée pour ne profiter qu'à elle. Non-seulement elle doit se faire sentir indirectement à nos semblables par la disposition de notre cœur, et la réalisation de notre foi par nos actes, mais encore nous devons à notre tour Tannoncer, comme elle noas a été annoncée, et faire partager aux autres par nne espèce d'apostolat, et autant qu'il dépend de nous, le don reçu. Il n'y a personne , si bninble que soit sa position , qui ne puisse contribuer d'une manière quelconque à répandre la parole divine dans le monde, dans sa famille, dans la société qu'il fréquente, parmi ceux qu'il voit habituellement, et cela sans importunilé, sans co&trainte morale; ce qui nuit souv^it au succès de la parole quand elle est présentée mal à propos, mais simplement, sincèrement, et par un mouvement spontané du cœur, quand Toccasion en est offerte et surtout quand les événements du jour semblent l'introduire ou la confirmer. Toutefois, il faut le dire, cet apostolat n'a d'aur- ^rilé et d'efficacité, que si celui qui Texeroe

sipation, et ce travail est des plus pénibles, la culture de la vigne. Et, en effet, depuis le péché d'origine, notre âme, comme la terre, ne rapporte plus de fruits que par une culture laborieuse et assidue. Cette parole ; Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, s'applique à Tesprit conune au corps, et il eu coûte encore plus pour instruire l'homme que pour le nourrir. C'est le soir, au boift de la journée, quand le travail cesse, que se distribue la récompense. La nuit vient, a dit Jésus- Christ, où il n'est plus donné à personne de travailler. Ce qui veut dire qu'il n'y a plus rien à faire pour le salut après la mort, quand la nuit est venue. Mais jusqu'à la dernière heure on peut travailler utilement, et même jusqu'au dernier instant de la dernière heure, comme il arrive au repentir du pécheur et à sa conversion avant de rendre le dernier soupir. Le bon larron, qui a eu l'insigne bonheur de profiter le premier des mérites ineffables du sang de Jésus -Christ, a gagné le paradis au moment d'expirer. Quant à Tégalité de la récompense pour tous, bien qu'il n'y ait pas eu le même temps de travail, le père de famille, en donnant aux uns ce qu'il leur a promis, est bien le maître d'en accorder autant aux autres. Il est juste envers les premiers et charitable envers les seconds. Qui peut l'empêcher d'être généreux, s'il le veut? C'est la sphère de la miséricorde et de

l'amour qui est au-dessus de celle de la justice. D'ailleurs il y aurait encore à estimer la qualité du travail des uns et des autres. H y a des &mes qui font plus pour le ciel en un moment que d'autres en des années. Ge sont sans doute celles des élus, dontil est dit qu'il sont peu nombreux, tandis que le nombre des appelés est grand. Ge qu'on peut aussi entendre des saints qui vont droit au ciel en sortant de ce monde, à cause de leur purification achevée sur la terre, et entrent ainsi immédiatement dans la gloire divine, sans avoir besoin de passer par le purgatoire.

PRATIQUE

Quelle que soit l'heure à laquelle Dieu nous appelle à son service , hâtons-nous de répondre à son appel , qui pourrait ne pas se renouveler, si nous le négligions, et tâchons d'être de bons ouvriers, actifs, vigilants, consciencieux, afin de réparer par un travail assidu le temps perdu jusque-là et de mériter la réeompense promise.

PRIÀRE»

0 Jésus, mon Seigneur et mon Dieu, faites qu'avec le secours de TOtre grâce que je veux m'efforcer de mériter, je marche sur les traces de votre saint Apôtre, en renonçant à moi-môme, en mortifiant mon corps et ses appétits, en tendant à la perfection par la pratique de toutes les vertus, afin que je puisse parvenir au séjour des bienheureux.

ÊPITRE (2 aux Cor., XI, 19-33, et XII, 1-9)

Étant sages comme vous l'êtes, vous supportez sans peine ceux qui ne le sont pas. Car vous souffrez qu'on vous asservisse, qu'on vous dévore, qu'on vous pille, qu'op vous traite avec hauteur, qu'on vous frappe au visage. Je le dis à ma honte, nous leur avons été inférieurs de ce côté. Mais en quoi qu'ils osent se vanter, je l'ose aussi (pour parler peu sagement). Sont-ils Hébreux? je le suis; sont-ils Israélites? je le suis; de la race d'Abraham? je le suis; sont-ils ministres de Jésus-Christ? je parle comme un imprudent, je le suis plus qu'eux, ayant essuyé plus de traverses , plus d'incarcérations, plus de coups, plus de périls de mort. Cinq fois j'ai reçu des juifs trente-neuf coups de fouet. Trois fois j'ai été battu de verges, j'ai été lapidé une fois, j'ai fait trois fois naufrage. J'ai été un jour et une nuit au fond de la mer* J'ai été

souvent en royage, exposé à toutes sortes de dangers, danger sur les fleuves, danger des voleurs, de ceux de ma nation^ des païens, au milieu des villes, dans la solitude, sur la mer, parmi les faux frères, dans les travaux et Tinfortmie, par des veilles multipliées, dans la Mm et la soif, dans des jeûnes répétés, dans le froid et la nudité, et outre tous ces maux qui viennent du dehors, l'accablement des affaires quem'attire chaque jour la sollicitude de toutes les églises. Qui est faible, que je ne sois moimême affaibli? Qui est scandalisé, sans que je brûle du désir de le secourir? S'il faut se glorifier, je me glorifierai de ma faiblesse. Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est béni dans les siècles, sait que je ne mens pas. A Damas celui qui commandait le pays pour le roi Arétas faisait garder la ville pour m'arréter. Mais on me descendît par une fenêtre dans une corbeille le long de la muf^le, et je me sauvai ainsi de ses mains. S'il faut se glorifier (il n*est pas avantageux de le &ire), j'en vi^tklrai aux visions et aux révélations du S^gneur. Je connais un homme en

Jésus-Christ qui fut ravi, il y a quatorze ans, jusqu'au troisième ciel (si ce fut avec son corps ou sans son corps, je ne sais. Dieu le sait). Et je sais que cet homme (dans son corps ou hors de son corps, je l'ignore, Dieu le sait), fut ravi en paradis et qu'il y entendit des paroles mystérieuses, qu'il n'est pas permis à un homme de parler. Je pourrrais me glorifler d'un tel homme ; mais, pour moi, je ne me gloriQerai que dans ma faiblesse. Car, si je voulais me glorifier, ce ne serait point une folie de ma part, puisque je dirais la vérité. Mais je m'en abstiens de peur que quelqu'un ne m'estime au-dessus de ce qu'il voit en moi ou de ce qu'il entend dire de moi- Aussi, pour que la grandeur de ces révélations ne m'exalte point, Faiguillon de la chair m'a été donné comme un ange de Satan pour me souffleter. C*est pourquoi j'ai prié trois fois le Seigneur de me délivrer, et il m'a dit : Ma grâce te suffit, car la vertu se perfectionne dans la faiblesse. Je me glorifierai donc volontiers de mes infirmités, afin que la vertu de Jésus-Ghrist habite en moi.

Qai de nous osera se plaindre de ses souffrances en face de celles de saint Paul, si généreusement exposées dans cette épitre? Quel courage pour les subir et avec quelle grandeur d'âme, avec qaelle simplicité il les raconte, parce qu'il dit la Irrité même, et que d'ailleurs c'est la vertu de Jésus-Christ qui a tout fait en lui ! Est- il possible d'accumuler plus d'épreuves, plus de dangers, plus de tribulations, plus de douleurs dans une seule vie ? Hélas 1 à la moindre contrariété de cœur ou d'esprit nous devenons tristes, découragés, et la plus légère souffrance du corps nous abat et nous déconcerte. Et cependant nous sommes chrétiens, disciples de Jésus-Christ, peut-être son ministre ou voué à son service, et nous lisons presque tous les jours le livre si pieux qui nous recommande de l'imiter et nous en indique les moyens! Prenons exemple et courage dans les paroles de l'Apfttre, afin de supporter au moins avec un peu de patience les peines et les ennuis de notre situation, si nous n'avons point l'avantage d'y trouver, comme lui, de la joie et de la gloire. C'est qu'en effet ceux-là seuls auront pari au bonheur du Maître qui parli- ^peront à sa douleur; à sa gloire, qui à son ignominie. C'est pourquoi l'Apôtre raconte ensuite les grâces éclatantes qu'il a reçues, ses visions célestes, les révélations qui lui ont été faites, le ravissement de son âme au paradis, et il ne sait pas même si

son corps n'y a pas été transporté, enfin les paroles qu'il y a entendues et qu'il n'est pas permis à un homme de rapporter. Puis après une si grande élévation, et pour qu'il n'en fût point exalté en lui-même, il avoue, afin de nous apprendre à iie« point nous glorifier vainement des dons divins, qu'il a été abaissé, humilié dans sa chair après avoir été enlevé au ciel par son esprit, et qu'ainsi il a touché successivement à la plus haute sublimité et au plus profond abaissement. Lui qui a conversé avec les anges du ciel, il a été comme souffleté dans sa chair par un ange de Satan! Triste condition de l'homme I tant qu'il vit ici-bas au milieu de puissances contraires, qui se disputent le concours de sa volonté par leur influence sur les diverses parties de son être ! Cet aveu de saint Paul, qui nous rappelle notre propre faiblesse, nous est cependant un encouragement au milieu des tentations du même genre auxquelles nous sommmes continuellement exposés. Il n'en n'est pas moins resté le grand apôtre pour les avoir subies comme le dernier des hommes, et si nous les repoussons comme lui par la grâce de Jésus-Christ qui nous est donnée pour les vaincre, comme lui aussi nous trouverons notre force dans notre faiblesse et la gloire dans notre ignominie. Mais pour cela il ne ne suffit point de demander à être préservé de la tentation. Il faut la combattre

îigoiireasemeiit avec le secours d'en haut et par tons moyens de la nature et de la grftce. C'est le bon combat dont TApôtre parle ailleurs , et dont personne n'est dispensé , parce qu'il est le but et 1 épreuve de la vie actuelle. {2 Tim^ IV, 7.)

Evangile selon saint luc, viu, 4-15.

Gomme le peuple s'assemblait en foule et s'empressait de sortir des villes pour aller trouver Jésus, il leur dit en parabole (Mattb., XIII, 3; Marc, IV, 3) : Le semeur sortit pour semer son grain, et une partie du grain qu'il sema tomba le long du chemin où elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. Une autre partie tomba sur la pierre» et le grain ayant levé se dessécha, parce qu'il n'avait point d^humidité. Une autre partie tomba au milieu des épines, et les épines croissant avec la semence l'étouflèrent. Une. autre partie tomba dans une bonne terre, et quand le grain fut. levé, il rendit cent pour un- En disant ceci il criait : Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre. Ses disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole* Et il leur dit :

Pour VOUS, il VOUS a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais aux autres il n'est proposé qu'en parabole, afin qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en entendant ils ne comprennent point(Isaïe, VI, 9). Or voici ce que veut dire cette parabole : la semence c'est la parole de Dieu. Ce qui tombe le long du chemin désigne ceux qui l'entendent; mais le diable vient ensuite, qui enlève la parole de leur cœur, de peur que leur foi ne les sauve. Ce qui tombe sur la pierre marque ceux qui, écoutant la parole, la reçoivent avec joie ; mais elle n'a pas de racines encore, parce qu'ils croient pour un temps et se retirent au moment de la tentation. Ce qui tombe parmi les épines indique ceux qui, ayant écouté la parole, s'en vont sans porter de fruit, parce qu'elle est étouffée en eux par les sollicitudes, les richesses et les plaisirs de la vie. Ce qui tombe dans la bonne terre figure ceux qui, écoutant * la parole avec un cœur pur et sincère, la retiennent et portent des fruits dans la patience.

Dans l'explication de la parabole du grain de sénevé on a vu comment la parole de Dieu est une

semence spirituelle, qui porte en puissance en elle les vérités étemelles, que notre raison ne peut comprendre, et dont elle donne Pintelligence ou la conviction aux âmes bien disposées à la recevoir. L'évangile de ce jour nous représente, encore sous la forme parabolique, les obstacles qui s'opposent à ce développement de la divine semence. D en indique trois principaux : l'endurcissement du cœur, la légèreté de l'esprit et les embarras du monde.

Le chemin battu par les pas des voyageurs représente les âmes remplies de Tesprit du monde et oavertes à toutes les influences contraires à l'esprit de Dieu, qui les ferment à l'action de sa parole, quand elle les atteint. Ou elles n'ont jamais été pénétrées par les rayons de la foi, ou la foi de leur enfance a été étouffée par l'entraînement des passions; elles n'ont jamais eu ou elles ont perdu le sens du divin. La parole céleste, si elles l'écoutent, n'est donc reçue que dans l'entendement, ou elle n'est comprise que dans son sens littéral et interprétée d'une manière ou de l'autre par la raison propre selon les circonstances. Il n'en reste dans la mémoire que des notions obscures , des images fugitives , des mots incompris, que les distractions de chaque jour emportent, comme les oiseaux du ciel enlèvent la semence tombée sur la route. Pour rendre le ter-

rain de ce chemin à la culture, il faudrait TouTrir et le retourner par le fer, afin que le grain pût s'y attacher et y germer. Ainsi de ces âmes endurcies; elles ont besoin d*être déchirées, brisées et amollies par de grandes tribulations pour que la parole de Dieu puisse y prendre et y fructifier.

Les âmes légères reçoivent d'abord la parole avec joie; elles ont delà bonne volonté, mais peu de force et de persévérance. La parole leur plaît d'abord par sa vérité, par sa beauté, et comme elles désirent la perfection qu'elle annonce, elles s'empressent d'embrasser les moyens proposés; car elles sont pleines de zèle dans les commencements: d'où résultent de belles résolutions, de beaux désirs entretenus par l'espérance et les consolations. Cependant la parole divine devient exigeante; elle demande la réalisation successive de ce qu'on a résolu ou promis, une pratique sérieuse de tous les jours et non pas seulement des imaginations et des phrases. Elle impose par conséquent la lutte -avec tous les obstacles : au dedans les instincts, les penchants, les habitudes à régler ou à détruire, les tentations toujours renaissantes à éviter ou à repousser ; au dehors les difficultés de la position, des circonstances, des intérêts ou des volontés des autres. De là des mécomptes et le découragement, surtout dans les tribulations et la persécution, in tentatione recedunt, ils lâchent pied dans Té-

prenre ; car la parole reçae seulement dans l'imagioation n*a pas de racines dans la profondeur de Tâme, et comme le grain tombe dans une terre pierreuse où il n'y a point d'humidité, elle est bientôt desséchée par la chaleur du jour. Cest encore de la semence perdue.

Les embarras du siècle sont les épines et les ronces étouffant la parole divine qui a germé dans l'âme. Ge sont d'abord les sollicitudes de la vie y ou les agitations de l'honmie pour se faire un état dans le monde, ou pour acquérir ce qui est utile ou agréable à la vie physique et sociale. On oublie trop souvent la fin dernière, ou la destination de l'homme céleste pour sa situation passagère ici-bas. On est tellement absorbé par l'observation des convenances et des exigences du monde, qu'on ne pense plus à ce qu'on doit à Dieu. Les soins de la vie matérielle empêchent de songer aux besoms de la vie spirituelle. C'est, en second lieu, l'âlasion des richesses : illusion double, et par le bonheur qu'elles promettent sans le donner, et parce qu'elles nous échappent, quand nous y pensons le moins par la mort ou par un mauvais coup de fortune. On ne peut servir à la fois DieuetMammon. (Matth., YI, 24.) Donc, le cœur possédé par l'amour de la richesse n'a plus de goût que pomr ce qui s'y rapporte, et les soucis qu'excitent en lui la passion de l'acquérir et le

soin de la conserver, étouffent les bonnes inspirations , les impressions et les mouvements de la grâce. Ce sont, en troisième lieu, les plaisirs de la terre : plaisirs des sens, plaisirs de la société, qui embarrassent le cœur en toutes sortes d'atjraits inférieurs, et Tenveloppent d*un fourré d'épines oii la vie spirituelle n'a plus l'air, la lumière et la nourriture qui lui sont nécessaires.

Enfin, la bonne terre qui rapporte au centuple désigne les âmes pleines de foi, d'espérance et d'amour, qui, cherchant Dieu par-dessus tout, écoutant sa parole avec avidité, la gardent en elles comme Marie , la repassent et la méditent sans cesse pour mieux la réaliser, et ainsi produisent des fruits abondants dans la patience du mal et Paccomplissement du bien. Elles sont la consolation de l'Église dans ses tribulations et le salut du monde. La pluie et la rosée du ciel les humecte, sa lumière les éclaire, son soleil les échauffe. C'est le champ béni du Seigneur où croissent, fleurissent et fructifient les semences de l'éternité, que la parole divine répand sur la terre.

PRATIQUE

Écoutons la parole de Dieu avec attention et bonne volonté, afin que, n'étant point dévorée en notre esprit par les distractions , elle s'implante au fond de

notre âme pour y prendre racine. Gardons-la précieusement en nous» la cultivant par la méditation, pour qa elle ne soit point étouffée par les embarras du siècle, et qu'elle rapporte* du fruit dans la patience.

PRIÈRE

Que votre grâce, ô mon Dieu, aussi efficace en moi qu'elle le fut en saint Paul, me rende ardent au travail, patient dans la tribulation, fort contre la tentation et zélé pour votre gloire, pour notre salut et celui de nos frères. -.-•—

LE DraANCHE DE tA QUINQUAGÉSIME.

ÊPITRE (1 aux Cor., XII, M3).

Quand je parlerais les langues des hommeset des anges, si je n*ai point la charité, je suis comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. Quand j'aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères et posséderais toute science, et quand j'aurais toute la foi possible jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tout mon bien pour nourrir les pauvres, et que je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai la charité, cela ne me sert de rien. La charité est patiente, elle est bonne. La charité n'est point envieuse, elle n'agit point témérairement, avec précipitation, elle ne s'enfle point. Elle n'est point ambitieuse; elle ne cherche point son intérêt propre; elle n'est point irritable; elle ne soupçonne point le mal; elle ne se réjouit point de l'injustice, mais de la vérité. Elle supporte tout.

croit tout, espère tout, souffre tout. La charité ne finira jamais. Les prophéties n'auront plus lieu, les langues cessèrent et la science sera détruite; car notre science est partielle et nos prophéties sont bornées. Mais lorsque nous serons dans rétat parfait, tout ce qui est imparfait sera aboli. Quand j'étais enfant, je parlais en enfant, je jugeais en enfant, je raisonnais en enfant; mais lorsque je suis devenu homme, j'ai laissé tout ce qui tenait de l'enfant. Maintenant nous voyons par un miroir et en énigme; mais alors nous verrons face à face. Je ne connais maintenant qu'en partie : alors je connaîtrai conmie je suis connu. Or, trois choses subsistent à présent : la foi, l'espérance et la charité; mais la charité est la plus grande des trois.

n faudrait une longue suite d'instructions pour commenter convenablement ce chapitre de saint Panl sur la nature et les qualités de la charité. Ici, où nous n'avons qne quelques mots à dire, nous nous bornerons à faire remarquer ce qu'est et fait la charité en ce monde et dans Tautre. Ici-bas elle est le principe de tout bien véritable, et rien de ce

qui est moralement bon ne va à sa perfection sans elle. Dans Téternitë elle subsiste seule, et remplit tout de sa lumière, dq son bonheur et de sa gloire. L'Apôtre montre d'jabord que les dons les plus précieux, à savoir : la capacité de parler toutes les langues, même celle des anges, la prophétie, la science des mystères, la foi elle-même, et enfin la grandeur d'âme, qui emploie ses biens à nourrir les pauvres et expose même sa vie , n'ont ni sens ni vertu pour le salut, si la charité n'est au fond, c'est-à-dire si tout cela n'est animé par Tamour de Dieu, qui fait agir uniquement en vue de lui plaire et d'être utile au prochain. Sans cela, dit l'Apôtre, toutes ces belles choses ne servent de rien et je ne suis rien. En outre la charité, qui seule donne la vraie patience pour supporter et absorber le mal, et en même temps la véritable bonté qui désire par-dessus tout et opère le bien, nous préserve par son heureuse influence des vices, qui dépravent ordinairement les hommes et les mettent en guerre les uns avec les autres, à savoir : l'envie , la précipitation et la témérité à juger les autres, l'enflure de l'orgueil, le dédain, l'ambition, la recherche de ses propres intérêts, la susceptibilité, l'aigreur, la défiance et le soupçon, le plaisir de l'injustice faite aux autres. Saint Paul achève ce tableau par le trait le plus saillant de la charité, et qui n'appartient qu'à elle : nunqmm

excidii, elle ne finira jamais, elle est étemelle. Seule elle subsistera cpiand tout le reste aura passé , même les choses les plus excellentes de ce monde , la foi et Tespérance ; car on ne croit plus à ce qu'on voit , et dans la lumière de l'éternité il y aura une pleine évidence de ce que nous croyons dans les ténèbres de notre existence actuelle. L'âme participera à la science divine par la contemplation pleine de la vérité , et non plus par la vue partielle et énîgmatique qu'elle en a aujourd'hui. C'est pourquoi l'Apôtre ajoute que la science humaine sera abolie, et que les langues qui l'expriment cesseront. D n'y aura plus qu'une kngae, parce qu'il n'y aura plus qu'une science, la science divine, qui unira toutes les intelligences pures à Dieu et entre elles par l'amour. L'espérance s'évanouira avec la foi ; car elle est à la volonté ce que celle-ci est à l'esprit. On n'espère plus ce qu'on possède, comme il n'y a plus lieu de croire à ce c[û*on voit, et c'est pourquoi la prophétie, organe de la foi et mobile de l'espérance, disparaîtra avec elles. L^état actuel, si imparfait, est k la perfection de l'éternité ce que l'enfance esta l'âge adulte, où l'on quitte tout ce qui tient de l'enfant. L'humanité n'aura son complément qu'au ciel, quand elle verra Dieu face à face, le counaitra comme elle en est connue, et l'aimera comme il aime : ce qui ne peut se réaliser que par

la charité, la seule chose nécessaire et qui ne passera pas.

Jésus prit à part les douze apôtres et leur dit: Voici (jue nous allons à Jérusalem, et tout ce qui a été écrit par les prophètes touchant lafin deThomme sera accompli; car il sera livré aux gentils, il sera moqué, flagellé, on lui crachera au visage ; et après qu'ils l'auront flagellé, ils le feront mourir, et il ressuscitera le troisième jour. Mais ils ne comprirent rien à tout cela. C'était pour eux une énigme et ils n'entendaient rien de ce qu'il leur disait. Or, lorsqu'il s'approchait de Jéricho, un aveugle qui était assis au bord du chemin et qui mendiait, entendant passer la foule, s'enquit de ce que c'était. On lui dit que c'était Jésus de Nazareth qui passait, et aussitôt il s'écria : Jésus, fils de David, ayez pitié de moi. Ceux qui précédaient Jésus le grondaient pour le faire taire; mais il criait encore plus fort : Fils de David ayez pitié de moi. Alors Jésus s'arrétant ordonna qu'on le lui amenât. Et quand il se fut approché, il lui

DIMANCHE DE LÀ QUINQUAGÉSIME. 163 demaiMla : Que veux-tu que je te fasse ? L'aveugle répondit : Seigneur, faites que je voie. Jésus lui dit : Vois , ta foi t'a sauvé. Et il vit au même instant et il le suivait en glorifiant Dieu. Ce que fit tout le peuple en voyant ce qui s'était passé.

Ce que Jésos-Ghrist disait à ses disciples en montant à Jérusalem, où il devait accomplir les prophTéties par les douleurs de sa passion, T Église nous l'annonce aujourd'hui de sa part. Elle nous invite à méditer dès ce jour les mystères de la passion, qu'elle célébrera dans quelques semaines, et auxquels elle veut que nous nous préparions par les exercices et les œuvres de la sainte Quarantaine. Mais souvent, hélas! nous ne la comprenons pas plus que les apôtres ne comprenaient leur mautre, et nous sonunes bien moins excusables : car pour nous il s'agit de faits accomplis en notre faveur, et dont nous possédons tous les avantages comme chrétiens, tandis que pour les premiers disciples c'était une prédication qui leur paraissait incroyable, à cause de la fausse opinion que les juifs se faisaient de l'avènement du Mesâe. En outre, habitués au langage parabolique du Maître, ils pouvaient penser qu'il en usait encore en ce mom^it. Cette illusion ne nous est pas possible» Nous savons très-bien que tout ce que

l'Église nous dit de la passion de Jésus-Christ est véritable, et que nous ne pouvons profiter de la rédemption et du salut qu'elle nous promet, qu'en participant aux souffrances de l'Homme-Dieu et en portant notre croix avec lui. Et cependant, loin de s'y préparer en cesj ours qui précèdent le Carême, beaucoup prennent le contrepied de ce que TÉglise demande, et prétendent se disposer aux exercices de la pénitence, l'abstinence, le jeûne, la prière et les œuvres de charité, par une surabondance dans le manger, dans le boire, dans la dissipation du luxe et des plaisirs de tout genre. Les chrétiens eux-mêmes se laissent aller plus ou moins à cette intempérance déplacée ; tellement, que l'Église a établi en ces jours les prières des quarante heures avec l'exposition et l'adoration du saint Sacrement pour rappeler ses fidèles autour de Jésus-Christ, et faire amende honorable au Sauveur outragé de tant de manières pendant ce temps. Eh bien ! nous sommes si faibles dans notre foi, et si dominés par l'esprit du monde, qu'il nous arrive de participer à la fois à ces réjouissances intempestives et à ce qui doit leur servir de remède, ou au moins de compensation. Combien de chrétiens au sortir des prières des quarante heures, et après avoir reçu la bénédiction du saint Sacrement, prennent part, au moins par une vaine curiosité, soit au spectacle des mascarades

sur la voie pubKque , soit à des festins et des danses dans rintérieur des familles. Nous ne parlons pas de ceux qui passent les nuits dans ces antres de désordre et de m'ensonge qu'on appelle des kls masqués. L'esprit du monde a les mains des harpies, il gâte tout ce qu'il touche. Il profane les jours les plus saints de l'année, en étalant à Paris sur la voie publique l'éclat nouveau de son luxe par la richesse ou l'élégance de ses équipages et de ses toilettes, et, pendant que l'Église prêche surtout le renoncement aux choses de la terre et k soi-même, en nous rappelant de toutes manières le sacrifice et la mort sanglante du Rédempteur, l'esprit du monde fait du plus triste et du plus saint des jours, où les iniquités de Thumanité ont été lavées dans le sang de la croix, la fête la plus solennelle de la vanité comme pour détruire en beaucoup d'âmes le bienfait de la Rédemption. Ainsi encore dans les classes inférieures le jour du Seigneur, qui doit être sanctifié par le culte divin, la prière, et le repos honnête du corps, est devenu pour les hommes sans foi, ou qui ne la suivent plus, un jour d'orgie ou de travail défendu. L'impiété a substitué le lundi au dintianèe pour le repos nécessaire à l'homme, et ainsi elle se donne le double triomphe de violer le conomandement de Dieu , en travaillant le dimanche sons le prétexte qu'elle a besoin de cela

pour vivre, et d'insulter à Tautorité divine en ne travaillant point le lundi à cause de la nécessité du repos. Elle n'a plus voulu du jour de repos accordé par le Créateur.* Elle s'en est fait un à sa guise, qui n'est plus le jour du Seigneur, mais celui de Satan.

Heureux aveugle que sa foi a éclairé et sauvé ! Il a crié vers Jésus-Christ avec confiance , malgré tous ceux qui voulaient le faire taire , et par sa persistance il a attiré sur lui le regard et IsTmisé- -ricorde du Sauveur. Que son exemple nous encourage ! Comme lui nous sommes aveugles des yeux de l'esprit, et la preuve en est dans notre ignorance de tant de choses et surtout de celles qui importent le plus à notre véritable bien. Crions donc aussi avec foi vers Celui qui est la lumière du monde , et qui éclaire tout homme venant en ce monde. Les plus grands saints et les plus éclairés, saint Thoiiias par exemple, disaient qu'ils avaient plus appris au pied du crucifix et dans la prière que par les enseignements etles livres des hommes. Demandons la clarté de l'intelligence à Celui qui est la lumière éternelle, et que notre vif désir de voir celte divine lumière ne se laisse point arrêter, empêcher ni refroidir par ceux qui voudraient aussi nous imposer silence, c'est-à-dire par les savants ou les esprits forts du monde , qui prétendent atteindre la vérité par les seules lumières

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de leur raison. Ne tenant ancnn compte de leurs rédamations, de leurs moqueries ou de leurs invectivesy crions toujours plus fort : Jésus, Fils de David, ayez pitié de n^oi; faites que je voie.

PRATIQUE

Efforçons-nous ds devenir des chrétiens sérieux, ancères, ayant le courage de notre foi et la pratiquant en esprit et en vérité. Ne nous* laissons pas fasciner et entraîner par Tesprit du siècle, qui est toujours en opposition avec Tesprit de Jésus-Christ, afin que toutes nos actions soient animées par la charité décrite par saint Paul, et que nous attirions (iaos l'œil de notre intelligence la lumière céleste qui l'ouvre, et le rende capable de percevoir Téternelle vérité. ^

0 Jésus, qui ave» tant souffert pour nous, faites que par amour pour vous nous haïssions les plaisirs des sens, et que nous aimions la mortification et le enicifiement de la chair, afin que délivrés de Tavengletnent de Pesprit, nous vous connaissions toujours iQieox, et que vous aimant de plus en plus nous méritions de vous posséder éternellement.

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