LE VENDREDI APRÈS LE DM. DE LA PASS
L'Église applique en ce jour à la sainte Yiei^e les paroles adressées par Ozias, le prince dlsraël, , à Judith, qui vient de délivrer le peuple par la mort d'Holopheme. Il y a donc un certain rapport entre la situation de l'une et de l'autre , et l'acte courageux de Judith, si différent d'ailleurs par sa nature et par la manière dont il a été accompli de la conduite de Marie , peut être regardé comme nne préfiguration de ce qu'a fait la sainte Vierge pour le salut du genre humain, et par conséquent pour la défaite du prince du mal, l'ennemi de Dieu et des hommes. En effet, Marie, en acceptant la maternité divine, a dévoué sa vie à toutes les douleurs qu'elle devait amener, comme le vieillard Siméon le lui a prédit par ces paroles : Votre âme sera transpercée par un glaive ; et de là la fêle célébrée le vendredi après le dimanche de la passion, qui rappelle et vénère les sept douleurs de la sainte Vierge. Ainsi il peut lui être dit comme à Judith : Vous n'avez point craint d'exposer voire vie en voyant l'extrême afOiction de votre peuple ; mais vous vous êtes présentée devant notre Dieu pour empêcher sa ruine. Et il a été dit à Marie, comme à Judith, qu'elle a été bénie plus que toutes les femmes de la terre. Elle-même dans son ravissement s'est écriée : toutes les généra- " tions m'appelleront bienheureuse. (Luc, I, 48.) Il a été dit à Judith : Les hommes , se souvenant
de la puissance du Seigneur, ne cesseront |amaîs de vous louer : vous êtes bénie de votre Die^i dans toute la maison de Jacob, parce que le Dtea d'Israël sera à jamais glorifié en vous par tous le& peuples qui entendront parler de votre nom.
Nous ne voyons nulle part quelles sont exa©tement les sept douleurs de la sainte Vierge. Peutêtre le nombre sept est-il employé ici pour signi*fier Tabondance, de ses peines, ou bien, si Ton veut les spécifier, on trouve vraiment dans la vie de Marie plus de douleurs qu'il n'en faut pour comjdéter ce nombre. On est réduit alors à choisir les principales, que désigne en effet la tradition. Ce sont : 1° l'affliction que Marie dut ressentir par la prophétie du saint vieillard Siméon, qui lui prédit avec la gloire de son- fils les contradictions aux* quelles il serait en butte, et tous les déchirement» de cœur qu'elle en éprouverait; â'» la fuite en Egypte quand, sur Tavertissement de Tange, la sainte famille fut obligée de quitter Nazaretii et la Palestine, afin de sauver Tenfant Jésus de la persécution d'Hérode; 3° les angoisses qu'elle a ressenties en ne retrouvant point son fils qu'elle a cherché vainement à Jérusalem et dans les envi-r rons, la douleur d'une mère qui croit avoir perdrr . son enfant; 4** la trahison de Judas et Tarrestation de Jésus, conduit garrotté devant le grand prêtre, devant Pilate, devant Hérode ! Quelle douleur pour
006 mère qui connaît l'innocence de son fils, mais aussi la haine et l'iniquité de ses ennemis ! Puis S(Hi jugement et sa condamnation à mort avec toutes les violences et toutes les indignités qu'il a subies : souffleté , flagellé , conspué , foulé aux pieds comme un ver de terre ; toutes ces tortures retentissent dans son cœur maternel, qui en est plus déchiré que le cœur même de son fils ; S"* le portement de la croix sur la voie douloureuse qu'il arrose de ses sueurs et de son sang, et où, suivant la tradition, sa mère le rencontre dans une de ses défaillances; 6" le crucifiement dont Marie est le courageux témoin, bien que chaque coup de marteau qui enfonce un clou dans la chair de son fils lui brise le cœur; puis tout ce qu'elle ressent sous la croix inondée du sang de Jésus, et pendant qu'elle eoutemple ses plaies béantes et qu'elle entend le raie de son agonie, la dernière parole que Jésus lui adresse ainsi qu'à saint Jean, et qui lui donne un autre fils; ?• le côté de Jésus entr'ouvert par la lauce du soldat, qui perce le cœur de sa mère, quand l'âme de son fils ne la sent plus; la déposition de la croix du corps de Jésus, qui l'enlève à ses regards maternels et k sa tendresse par l'ensevelissement I Douleur immense et que Marie seule peut éprouver à ce degré, parce que, mère de Dieu et ayant l'intuition de ce qu'est son fils, elle est accablée par le contraste de tant de gloire et de
tant d'abaissement, d'un anéantissement si profond avec une puissance infinie. C'est pourquoi saint Bernard dit {in serm. de duod, stell.) : « Le martyre de la Vierge est décrit dans la prophétie de Siméon comme dans l'histoire de la passion du Sauveur ; car tout ce qui a déchiré le chair de Jésus-Christ a traversé l'âme de sa mère. 0 bienheureuse mère ! la pointe de la douleur a tellement percé votre cœur que nous pouvons ajuste titre vous dire plus que martyre , parce qu'en vous le sentiment de la compassion a surpassé celui de la passion corporelle. »
Cependant la mère de Jésus et la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie-Madeleine se tenaient au pied de la croix. Jésus donc, ayant aperçu sa mère et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : Femme, voici votre fils. Puis il dit au disciple t Voilà votre mère. Et dès ce moment le disciple la traita comme sa mère.
Puisque l'Église nous fait lire en ce jour cette parole de Jésus sur la croix adressée à sa mèrOi il
faut qu'elle la regarde comme ime douleur pour la sainte Vierge, bien qu'elle témoigne de la tendre sollicitude du fils pour sa mère, qu'il remet en mourant aux mains de son disciple bien-aimé. Et aussi, saint Bernard s'écrie à l'endroit cité plus haut :' « N'a-t-elle point été pour vous plus qu'on glaive, cette parole qui, en effet, a traversé YOtre cœur, descendant jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit ? Femme ,. voici votre fils 1 Oh ! quel échange I Jean vous est donné à la place de Jésus, le serviteur pour le seigneur, le disciple pour le maître, le fils de Zébédée pour le fils de Dieu, un homme pour un Dieu I > Mais la contre-partie de cette parole adressée à Jean, voici votre mère, a été à la fois un honneur et un immense bienfait pour le disciple chéri et ceux qu'il représente en cette circonstance ; en sorte que là encore Marie, consentant à devenir la mère des hommes après avoir été la mère de Dieu, s'immole pour notre salut et devient victime de son amour. Elle devient en la personne de Jean la mère de tous les disciples fidèles comme lui , qui participeront par leur foi et par le baptême au bienfait de la régénération.
En effet, Marie est la mère des chrétiens à double %e : 1* comme la mère de Jésus-Christ qui nous a transmis la vie véritable, la vie même de Dieu, mère selon l'esprit; car c'est par elle que Celui qui
est la vie même a été donné à nos âmes ; 2** mère même selon la nature et par la chair, mais selon la nature régénérée et par la chair glorifiée. Car, si nous sommes les frères de Jésus-Christ par Topération de TEsprit-Saint, par runion de notre âme avec le Père en la personne adorable du Pils, nous le sommes aussi par l'humanité que Jésus a prise au sein de Marie , par son corps uni indîs* solublement à sa divinité, et dont nous sonmies devenus les membres par le baptême , corps spirituel du nouvel Adam, qui est l'Église.
Marie est encore notre mère par la volonté expresse de Jésus-Christ mourant, par la dernière parole qu'il lui adresse du haut de sa croix et qui est comme son testament. H dit à Marie en lui indiquant Jean : Voici votre fils ; il dit à Jean : Voici votre mère. Or Jean représente ici tous les chrétiens fidèles, et Marie l'Église, que le Seigneur fonde spirituellement par cette parole, comme tout à l'heure il va-l'établir mystiquement par l'eau et le sang qui sortiront de son côté entr'ouvert, sources des deux sacrements principaux, le baptênete qui régénère les âmes, et l'eucharistie qui les nourrit.
Ainsi, nous avons au ciel une mère spirituelle, dont la tendresse ne nous manquera jamais, la mère de Jésus-Christ, qui est la mère des vivants à pins juste titre qu*Ève , puisqu'elle a donné à la terre Celui qui est la vie même , et par qui seulement
on vit pour Tête mité. Et ce que Marie a fait pour son divin fils sur la terre, ITEglise, son représentant, le fait et le fera jusqu'à la fin des temps pour dutque chrétien. £lle Tenfante par le baptême; «lie le nourrit du lait de sa doctrine et du pain des forts ; elle l'élève pour le ciel par les soins maternels dont elle l'entoure, la direction qu'elle lui donne et les grâces qu'elle lui transmet. Et ce (ue fait l'Église., c'est Marie qui l'opère du haut du ciel, en union avec l'esprit de Jésus-Christ, qui sera avec son Église comme avec sa mère jusqu'à la consonunation des siècles et dans Téternité. Donc on ne peut pas aimer l'Église sans aimer la sainte Vierge, qui en est l'archétype, le modèle, et ç*£St pourquoi on l'invoque comme le canal de toutes les. grâces qui s'y répandent, parce que Celui qui en est la source ou le principe nous a été donné par die. C'est pourquoi ceux qui se séparent de î'ÊgUse en ne participant plus ni h, sa foi ni à sa charité., conmie une branche détachée du tronc n'en reçoit plus la sève, en protestant contre l'autorité de l'Église qu'ils repoussent^ s'éloignent nécessairement de celle qu'elle représente , et ne lui rendent plus le culte qui lui est dû, parce qu'ils méconnaissent sa mission sublime et la grandeur comme la douceur de sa puissance.