‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtesChapitre 23 sur 103 · LE VENDREDI APRÈS LA PASSION · texte numérisé non relu

LE VENDREDI APRÈS LA PASSION

PRATIQUE

Au milieu de nos peines, si vives qu'elles soient, ayons devant les yeux les douleurs de Marie, la mère des douleurs, qui comme son divin fils n'a pu accomplir sa mission qu'à travers les souflfrances. Et nous aussi, nous ne pourrons nous délivrer du mal et faire quelque bien sans être en butte aux contradictions, sans que notre cœur soit percé par le glaive. Unissons-nous donc avec saint Jean à la mère douloureuse au pied de la croix, pour participer comme lui à sa tendresse maternelle.

PRIÈRE

0 Jésus, qui pendant votre passion avez vu l'âme si douce de Marie, votre mère toujours vierge, traversée par le glaive de la douleur, accordez-nous la grâce, pendant que nous vénérons le déchirement de son cœur et ses souffrances , et par les mérites de tous les saints attachées fidèlement à la croix, de recueillir les heureux fruits de votre passion. Vous qui vivez et régnez, etc.

L*ÊVANGILE A LA PROCESSION, selon saint Matthieu , XXI , 1-9.

Lorsqu'ils approchaient de Jérusalem, étant arrivés àBethphagé, à la montagne des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples, leur disant: Allez au village qui est devant vous, et vous y trouverez en arrivant une ânesse attachée et soD ânon avec elle. Détachez-les et amenez-lesmoi. Si quelqu'un vous dit quelque chose, dites que le Seigneur en a besoin, et aussitôt il les laissera aller. Or tout cela s'est fait afin que celte parole du prophète fût accomplie : dites à la fille de Sion : Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur, monté sur une ânesse et sur Tânon de celle qui est sous le joug. (Isaïe, LXII, 1 1 ;Zacharie, IX, 9.) Les disciples allèrent donc et firent ce que Jésus leur avait ordonné.

Ds amenèrent Tânesse et l'ânon, et les ayant couverts de leurs vêtements, ils le firent monter dessus. Une grande multitude de peuple étendit

ses vêtements sur le chemin ; d'autres coupaient des branches d'arbre et les jetaient sur son passage. Tous ceux qui le précédaient et tous ceux qui le suivaient criaient : Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna au plus haut des cieux!

Les deux disciples que Notre-Seigneur envoie chercher l'ânesse et Tâifon, dont il doit se servir pour faire son entrée à Jérusalem, vont droit à la place indiquée , et exécutent exactement ce qui leur a été dit sans réflexion aucune ni sans retard. Et cependant la commission pouvait leur sembler singulière et même peu agréable, ne sachant point comment ils seraient reçus. Le maître de ces animaux, de son côté, qui aurait pu refuser leur service, ou s'inquiéter de ce que deviendraient ses bêtes, les laisse aller aussitôt qu'on lui dit que le Seigneur en a besojn. Prenons exemple sur leur soumission et leur confiance. Que de fois nous connaissons la volonté divine, et cependant nous ne l'exécutons pas. Nous trouvons toujours des raisons pour nous en dispenser, ou au moins pour différer, et il semble que la loi soit faite pour tout le monde, sauf pour nous, dont la position à cet égard nous semble exceptionnelle. Ou bien, si nous nous décidons à faire, nous faisons lente-

ment, partiellement, en y mettant du nôtre le pins que nons pouvons, ponr faire prévaloir, an moins indirectement, notre manière de voir, notre volonté propre , on accommoder le commandement ^vin avec ce qne nons désirons. Quand nons n'osons point ne pas faire, nous faisons mal.

En second lieu, il y a encore ici l'accomplissement d'une prophétie, et d*une prophétie de dé* tafl qui avait prédit comment le Messie entrerait triomphalement à Jérusalem, conmie aussi presque tons les faits de sa passion sont annoncés ou démis dans les Psaumes et dans Isaïe. Ce qui ne peut être rapporté qu'à l'Esprit-Saint, préparant longtemps k Tavance ce qu'il veut opérer pour le saint des hommes, et notre foi est singulièrement fortifiée par la comparaison de la prédiction, ri antérieure aux événements qu'elle annonce, avec la réalité.

La prophétie annonçait Jésus-Christ comme le roi de Sion, qui vient à elle plein de douceur. Le Messie est souvent désigné par les. prophètes sous le titre de Roi, et c'est ce qui a trompé les juifs charnels , qui croyaient qu'il serait un grand monarque, puissant par sa sagesse et par ses armes, qui triompherait de toutes les nations, y rétablirait la loi de Dieu, et les soumettrait toutes à son peuple. Ib n'ont jamais compris le royaume spirituel que le Sauveur a fondé sur

la terre en instituant son Église, et qui est en effet le plus grand empire du monde, puisqu'il a attiré et conquis des hommes de toutes les nations, et s'étend avec la parole divine jusqu'aux extrémités du globe. C'est pourquoi on l'appelle universel ou catholique. C'est en outre un empire de douceur, de mansuétude, et de liberté, puisqu'on y entre de bonne volonté , avec foi, par conviction et sans aucun moyen de coaction ni de contrainte ^ C'est l'accomplissement de la prophétie qui annonce un roi plein de douceur.

En troisième ' lieu , tout en contemplant le triomphe de Jésus-Christ au milieu de ce peuple qui l'accompagne de ses jubilations et de ses louanges, et jonche sa route de palmes, de fleurs et même de ses vêtements, tout en nous écriant avec lui : Hosanna au Fils de David, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, n'oublions pas que cinq jours plus tard ce même peuple, trompé et retourné par les princes des prêtres et les docteurs de la loi, qui en font un instrument de leur haine et de leur vengeance , le suivra aussi au tribunal de Pilate en criant de toute sa force et à plusieurs reprises : Toile eum^ crucifigatur^ tuez-le, qu'il soit crucifié. Jésus n'est troublé ni par ces chants de triomphe ni par ces cris de mort. H connaît le peuple, parce qu'il sait ce qu'il y a dans l'homme (Jean, II, 25), et son exemple nous apprend en ces deux

cas à ne point nous laisser influencer par les opinions ou les passions humaines, si changeantes et si contradictoires , accomplissant droitement et avec courage ce que Dieu demande de nous, quelle que soit la bonne ou la mauvaise volonté des hommes et quoi qu'il arrive.

ÉPITRE (aux PhiUpp., II, S-ll).

Mes Frères, ayez les mêmes sentiments qu'a eus Jésus-Christ, lui qui, ayant la forme et la nature de Dieu, n'a point cru que ce fût pour lui une usurpation de s'égaler à Dieu. Cependant il s'est anéanti lui-même en prenant la forme et là nature du serviteur , se rendant semblable aux hommes,et paraissant un homme dans tout son extérieur. Il s'est abaissé luimême, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et jusipi'à la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Weu son Père. •

L'Église, qui notis fait lire aujourd'hui la passioû de Nolre^Seigneur, nous avertit par tes paroles de saint Paul d'entrer dans les sentiments qui Font amenée, afin de nous préparer convenablement aux mystères de la grande semaine. Ces sentiments sont Thumilité et l'abnégation, par lesquelles seulement peuvent être combattues et détruites les deux causes du crime et de la chute de rhommOy Torgueil et Tégoïsme. C'est parce que l'humanité s'était exaltée jusqu'à vouloir se mettre à la place de la divinité, que le Fils de Dieu, daignant s'offrir en victime pour elle et se substituer au coupable dans l'expiation réclamée par l'impres^ criptible justice, s'est abaissé, et comme dit saint Paul {Philip, y II, 7), anéanti jusqu'à se faire homme. L'excès de l'exaltation a amené cet excès d'abaissement. C'est parce que l'homme, ingrat et rebelle, s'est aimé plus que Dieu par l'idolâtrie de lui-même, que le Rédempteur devait se renoncer complètement pour restituer à fond Phumamté à son créateur. L'Incarnation et le crucifiement sont le commencement et la fin de l'immolation répara* trice, ou l'anéantissement volontaire du Dieu fait homme pour racheter les hommeà. Mais le sacrifice du Sauveur ne nous profitera que si nous y participons volontairement par l'humiliation d notre esprit, par le renoncement de notre volonté propre, ]^ar l'abandon de toute notre personne.

DOIàNCHB DBS HAMEAUX. 231

C'est pourquoi on n'est Téritablemefnt le disciple do Fib <pi'en ren^mçsnt an mofnde et à soi-même, en prenant sa croix volontiers et en la portant tons les jours sur la voie doulourense et jnsqn'an

; Calvaire. Oh I qu'il en coûte à la nature de mortifier sans cesse, non pas seulement sa chair et ses appétits , mais la vanité de sa raison et Torgneil de sa volonté en acceptant les contra-

' fictions et les traverses jusqu'à obéir à tous les autres et les croire , comme le vent TApôtre, meilleurs que soi. Combien il nous en coûte de mettre en arrière notre avantage, notre gloire, notre plaisir, pour exercer la charité et même la snqple justice , tant nous sommes poMs par les siBtes da péché à noos aimer et nous estimer p»-de85us tout. C'est un crucifiement de la nature pervertie dans ses instincts, ses penchants, sa sensibilité, sa raison, sa volonté. H faut que Thonmie du péché meure dans son corps et dans son esprit, dans toutes les puissances de son existence viciée, par l'effet même de sa volonté régénérée et soutenuepar la grâce de Jésus-Christ; et alors c'est aussi a^ sortir de la mort, et du tombeau où il est entré par la croix , qu'il reprend nne autre vie, devient une nouvelle créature, ayant part à la gloire et au bonheur du ressuscité, comme il a participé aux ignominies et aux angoisses de sa mort. L'exaltation primitive de la

nature humaine ayant causé sa chute, elle nje pouvait se relever que par son anéantissement volontaire en Jésus-Christ, c'est-àniire par l'immolation sur Tautel de la croix.

PRATIQUE

Comment puis-je porter mon regard sur le crucifix sans renoncer à la vanité de mon esprit, à l'orgueil de , ma volonté, pour embrasser l'obéissance et Thmnilité, qui peuvent seules me réconcilier avec Dieu et m'attirer son amour.

PRIÈRE

Dieu tout puissant et étemel, qui pour donner à ' l'homme un modèle à imiter, avez voulu que votre Fils se revêtit de notre chair et souffrit le supplice de i la croix, faites qu'instruits par sa patience nous méritions d^avoir part à sa résurrection. Par Jésus- Christ, etc.

LE JEDDI S.UNL

ÉPITRE (1 aux Cor., XI, 20-3Î).

Vous réunir comme vous le faites, ce n'est plus manger la cène du Seigneur; car chacun se hâte de manger ce qu'il a apporté, et ainsi run n'a rien à manger et l'autre s'enivre. N'avezvous pas vos maisons pour y boire et y manger? ou méprisez-vous l'Église de Dieu, et voulez faire honte è ceux qui sont pauvres? Que vous dirai-je? vous louerai-jeî Non, je ne vous en loue pas. Car c'est du Seigneur même que j'ai appris ce que je vous ai aussi enseigné, savoir (pelé Seigneur Jésus, la nuit même où il a été livré, prit du pain, et ayant rendu grâces le rompit et dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps, qui sera livré pour vous; faites ceci en mémobe de moi. Il prit de même le calice après avoir soupe, et il dit : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang; toutes les fois que vous le boirez, faites ceci en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain et

que vous boirez ce calice, vous annoncerez la tnort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. C'est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement sera coupable du corps et du sang de Jésus-Christ. Que l'homme donc s'éprouve lui-même, et qu'après cela il mange de ce pain et boive de ce calice. Car quiconque en mange et en boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur. C'est pour cela qu'il y a parmi vous beaucoup de malades et de languissants, et que plusieurs sont morts. Que si nous nous jugions nousmêmes, nous ne serions pas ainsi jugés par Dieu. Mais lorsque nous sommes jugés de U sorte, c'est le Seigneur qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde.

Le Seignenr 9. institué la sainte eucharistie la veille de sa mort, donc en la dernière cène qu'il fit avec ses disciples. C'est comme son testament qu'il leur laisse avec les paroles sacramentelles de l'institution , le testament de la nouvelle alliance par lequel il se donne ou se lègue lui-même à ses apôtres et à tous ceux qui croiront en lui par leur

parde jusqu'à la fin àa monde. H leur donne son e^rpg auquel le pakt est changé ipit la vertu de la eoDsécratiim; il leur donne son sang par la transsabtantiation du vin , le sang de Talliance nou- Ytlle, et dans cet ineffable sacrement il assure racconfjplissement de sa promesse à ses disciples, qn*il sera ayec ceux, présent parmi eux, jusqu'à la consommation des siècles. Ainsi a été établi sa présence réelle et perpétuelle au saint autel et èms le tabernacle. Dieu a fixé sa résidence per- Knmelle au milieu des hcHumes : ecce tabemaciUum Mcumhominibw. (Apoc., XXI, 3.)

Cependant il ne s'est pas contenté d'habiter perpétndleiâent dans l'Église pour l'assister de SA esprit et la remplir de ses yertus par TeffusicA de sa grâce dans les sacrements , il s'est fl&core livré en nourriture aux fidèles pour s'unir à eux de la manière la plus intime en leur corn- BumiqnaDt sa propre vie par la manducatiim de ion corps divin et l'absorption de son sang adora- Me. C'est pourquoi pénétrés dans toutes les parties de leur existence par les vertus du Dieu fait homme, leur chair par sa chair, leur sang par son sang, leur esprit par son esprit, leur cœur par son cœur, et enfin leur humanité par la plénitude de sa divinité, ils deviennent un avec lui tant qu'il réside en eux, et cette grâce immense n'est encore qu'une ébauche de la gloii-e qulls auront

un jour de lui être indissolublement unis dans l'éternité. Enfis, par l'admirable sacrement, qi^ transmet l'aliment divin, la vie divine à chaque fidèle, tous, participant à la nïSme nourriture , i la même vie, sont unis entre eux par celui qui sd donne ensemble à chacun, et ainsi ils forment un même corps mystique, qui est l'Église, dont fe cœur de Jésus est le centre et dont tous les chrér tiens sont les membres. Le baptême les y engendre et la sainte communion les y nourrit par la circulation et l'absorption du sang émané de (» cœur divin, et l'assimilation de sa chair ou de son corps qui est le pain descendu du ciel. C'est pourquoi l'Église prescrit à ses enfants de communier au moins ime fois dans l'année, à l'époque solennelle de la mort du Sauveur, pour que chaque âme, purifiée de ses péchés, renouvelle son alliance vivante avec Dieu en mangeant le corps et en buvant le sang de THomme-Dieu, et se retrempe ainsi dans la vie du ciel, qui unit les hommes à Dieu et entre eux par la foi et l'espérance dans le temps, et par la charité toujours.

Avant la fête de Pâques, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce -monde à

son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima JQsqu*à la fin. Et après le souper, le diable ayant déjà mis dans le cœur de Judas fils de Simon Iscariote de le trahir, Jésus, qui savait que son Père avait remis toutes choses entre ses mains, qu'il était sorti de Dieu et qu'il s'en retournerait à Çieu, se leva de table, ôta ses vêlements, et ayant pris im linge, il le mit autour de lui; Puis, ayant ymé de l'eau dans un bassin, il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge qu'il avait autour de lui. Il vint donc à Simon Pierre ; mais Pierre lui dit : Vous, Seigneur, me laver les pieds ! Jésus lui répondit : Vous ne savez point maintenant ce que je &is, mais vous le saurez dans la suite. Pierre tai dit : Jamais vous ne me laverez les pieds. Si je ne vous les lave, reprit Jésus, vous n'aurez point de part avec moi. Simon Pierre lui dit : Seigneur, non-seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête. Jésus lui dit : Celui qui sort du bain n'a besoin que de se laveries pieds, car il est propre par tout le reste de son corps. Et TOUS aussi, vous êtes purs, mais non pas tous ;

car il savait quel était celui qui devait le trahk. C'est pourquoi il dit : vous n'êtes point %9m purs. Après donc qu'il leur eut lavé les pîeds^ repris ses vêtements, s'étant reçois à table-il leur dit : Savez-vous ce que je viens de voili ' feire ? Vous m'appelez Maître et Seigneur et vous avez raison; je le suis en effet. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi qui suis votre Seigneur et Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres* Car je vous &i m d(Hmé l'exemple, afin que vous fessiez les uns pour les autres ce que j'ai fait pour vous,

Jésus nous offre ici l'exemple de la plus pro&nde bunûlité et de k charité la plus vive. Cœpit facett et docere^ est-il dit aux Actes des apôtres {Act. 1, 1), il a toujours commencé par faire lui-même et ensuite il a enseigné. Le fait rapporté par l'évangile d*aujourd*hm est encore une confirmation de la parole de saint Paul « lui qui avait en lui la nature divine, il s'est anéanti lui-même en prenant la forme du serviteur. » (PhUip.y U, 7.) Il a revêtu la nature humaine pour la guérir et la sauver en lavant ses iniquités dans son sang. Ici il remplit la fonction la plus humble, celle du serviteur qui lave les pieds de son maître, et cependant

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ete lui qui est le Maître et le Seigneur; ce qui léilise la parole par laquelle il a recommaxidë à m disciples de se servir les uns les autres. Le Fils daTHomme, leur dit-il, est venu pour servir et non pour commander. C'est pourquoi le vicaire de Jésos- Christ sur la terre^ le chef de TÉglise uni- Terselle, celui qui est revêtu 'du caractère le plus sacré et de Tautorité la plus haute, s'appellfi avec raison, d'après la parole du divin Maître, le ser* viteur des serviteurs, servus ^ervorum. .Depuis Jésus-Christ régner c'est servir, et le pouvoir n'est miment légitime que s'il agit pour le bien de ceux qu'il gouverne. Aussi, le Seigneur, quand il a terminé son humble ministère, recommande à se8 disciples de faire entre eux ce qu'il vient de faire pour eux, de se laver mutuellement les f^eds, c'est-à-dire de se rendre les uns aux autres les services les plus humbles dans la vie commune, sans oaindre de s'abaisser ni de blesser la délicatesse Ab la nature. C'est là que se montre la charité, ^, foulant aux pieds la vanité et la répugnance de la chair , s'adonne au service des pauvres , au soin des malades, à la visite des prisonniers, à l'é* ^cation des enfants, à toutes les œuvres qui la mettent aux pieds de l'humanité déchue et souf* frante, pour en laver les impuretés et en soulager les misères. Cette parole peut encore se rapporter au pardon réciproque des offenses, même, et sur-

tout, quand on croit avoir pour soi la raison et la justice ; car alors , comme Jésus Ta fait , on ôte le vêtement de sa dignité propre, on s'entoure du linge de la charité , avec lequel en essuie et prend sur soi les fautes des autres.

Saint Augustin {tract, 55 in Joan.) . indique à ce passage un sens mystique. Jésus ôtant soû vêtement signifie l'anéantissement du Fils de Dieu, qui semble se dépouiller de sa gloire en se faisant homme. Le linge dont il s'entoure est la forme du serviteur qu'il a acceptée. L'eau versée dans un bassin pour laver les pieds de ses disciples est le sang qu'il a répandu sur la terre pour détruire l'impureté du péché. Il a essuyé avec ce linge les pieds qu'il avait lavés, c'est-à-dire que par la chair dont il s'est revêtu il a affermi les pieds des évangélistes. En prenant la forme du serviteur il n'a point déposé ce qu'il avait, mais il a reçu ce qu'il h'avait pas. Il a été dépouillé de ses vêtements pour être crucifié, mort il a été enveloppé de linges, et toute sa passion a servi à nous laver. Puis la purification de notre rédemption étant accomplie mystiquement par l'effusion de son sang, il a repris ses vêtements le troisième jour par sa résurrection, en sortant du tombeau revêtu du même corps transfiguré, et il est monté au ciel, où il est assis à la droite du Père, d'où il viendra juger Jes vivants et les morts.

Rien n'empêche d'adopter k la fois ces denx sens, qui se confirment Tun Faatre, l'exemple et la leçon d'humble charité donnée par le Sauveur à ses apôtres étant la préfiguration du sacrifice de la croix qui s'accomplira le lendemain, et dont cette dernière purification les rend capables de profiter en effaçant les taches les plus extérieures de ceux qui étaient déjà purs. Ce qui semble expliquer pourquoi Notre-Seigneur a choisi ce moment pour hver les pieds de ses apôt^^es.

PRATIQUE

Servons-nous les uns les autres, comme le Sauveur BOQs a servis. Ne dédaignons aucun office, si bas qu'il paraisse, pour être utile à nos frères ; mettonsnous à leur disposition par la charité et pour les services les plus répugnants, à l'exemple de Jésus, qui a voulu laver les pieds de ses disciples, pour nous apprendre à la fois à être humbles et charitables.

PRiiRE.

0 Dieu, de qui Judas a reçu la punition de son crime et le bon larron la récompense de sa foi, daignez nous traiter avec miséricorde, afin que, comme notre Seigneur Jésus-Cbrist dans sa passion a rendu à chacun selon son mérite, il nous accorde aussi, après nous avoir dépouillés du vieil homme, la grâce de la résurrection ; lui qui, étant Dieu, vit et règne, etc.

Après avoir lu la Passion de Notre-Seigneur et adoré la croix ou plutôt le Crucifié qui a sauvé le inonde, contemplons le divin Jlédempteur dans les moments les plus terribles de ses souffrances ; et en voyant Comment il les a supportées, revenons sur nous-mêmes pour reconnaître notre faiblesse, et combien nous avons besoin de sa grâce pour le suivre dans la voie où il nous invite à marcher à sa suite, si. nous voulons vraiment être ses disciples; car il a dit : Que celui qui veut être mon disciple renonce à lui-même , prenne sa croix et me suive.

Considérons d'abord Jésus au jardin des Oliviers, dans la grotte de Géthsémani, en face da calice de nos iniquités qu'il doit boire jusqu'à la lie pour les expier à notre place et satisfaire à la justice divine outragée par notre révolte et notre ingratitude. Toute sa passion est virtuellement dans rhorrible agonie qu'il subît en ce moment, ou dans la lutte de la nature humaine contre l'affreuse mort qu'il lui faut accepter en tant que victime volontaire, pour racheter Th amanite coupable. L'angoisse du Fils de l'Honimie , accablé d'une

tristesse mortelle qui le rempUt de crainte et dTiorreor, est tellement violente qu'elle le couvre d'mie ssenr de sang , et cependant tout en demandant par trœs fois que ce calice s'éloigne de lui, s'il est possible, par trois fois aussi il l'accepte, disant : Qu'il ea sTOt ce que vous voulez et non ce que je veux. !^ nous , où en sommes-nous devant le moindre sacrifice, non pas seulement en faveur des autres et pour leur épargner une peine ou leur procurer mibien, mais même pour accomplir notre devoir et résister k un penchant, à un désir, à une mau- Taise habitude. Que de raisons ou de prétextes pour éviter dans ces cas, non pas la mort ou une grande douletgr, mais même la plus petite peine ou l'ennui le plus ordinaire. Nous disons stravent que nous ne cherchons que la volonté de Ken, et quand elle se présente, nous ne voulons pas la voir, si elle nous contrarie, ou nous tâchons de lui échapper d'une manière ou de l'autre, afin de faire ce que nous voulons, ou au moins de ne pas faire ce que nous ne voulons pas.

Regardons Jésus en face de Judas, devant la trahison et la perfidie. Ami, lui dit-il , qu'êtes- ▼Otts venu faire ici? Et il souffre que le misérable «ppHque ses lèvres sur les siennes , il subit avec doiïceur l'horrible impression de cet odieux baiser. Et nous, comment recevons-nous , je ne dirai pas Bos eonemis, mais ceux que nous soupçonnons de

nous vouloir du mal ou de n'être pas de nos amis? Nous sommes tout prêts aies accuser, aies condamner, à les repousser, leur faisant éprouver directement ou indirectement les effets de notre colère ou de notre disposition malveillante, et cela souvent à cause de la moindre contradiction de leur part, ou même sur le simple soupçon qu'ils ne nous sont pas favorables.

Jésus amené devant Gaïphe, c'est-à-dire en face de l'hypocrisie , ne répond aux accusations multipliées dont il est l'objet que par le silence, ou bien il ne parle que pour affirmer simplement ce qui est. Et nous, à la plus légère accusation, comme nous sommes hors de nous, surtout si elle a quelque fondement I Avec quelle violence* nous réagissons par la parole et par l'action contre ceux qui disent du mal de nous ! Comme nous les chargeons à notre tour pour nous venger, excitant les autrescontre eux, et nous imaginant que le monde entier doit prendre notre cause en main, et qu'il n'y a point de châtiment assez terrible pour ceux qui nous traitent de la sorte ! Oh ! apprenons donc par l'exemple du Sauveur à garder aussi 1^ silence quand on nous accuse, à laisser tomber les paroles de médisance ou de calomnie, ou, si nous devons répondre, à ne dire justement que ce qui est nécessaire pour affirmer la vérité et détruire le mensonge.

Jésus devant Pilate ou en face de la lâcheté 1

Pilate ne le croit pas coupable ; il ne trouve rien àms sa conduite qui mérite une condamnation, et cependant il Tabandonne à la fureur de ses ennemis, se contentant de se laver les mains du sang innocent et le rejetant sur leur tête. C'est le type de la prudence humaine qui craint par-dessus tout de se compromettre , même pour la défense de la ?érité et de la justice. G est la lâcheté de l'intérêt propre ou de l'égoïsme, qui, ne voyant rien à gagner et beaucoup à risquer à combattre l'iniquité, s'arrange avec elle pour avoir sa part, ou, comme dans ce cas, s'il n'y a point à profiter, en dégage, autant qu'elle peut, sa responsabilité. N'avonsnons jamais été des Pilâtes en face de Jésus-Christ accQsé ? N'avons-nous pas quelquefois abandonné sa cause ou sa doctrine, sa parole, ses commandements ou son Église en face des maximes du monde qui les condamne, ou de son esprit qui les rqwusse ou les tourne en ridicule? N'avons-nous pas en paroles, en actions ou par omission, ne fat-ce même qu'en participant par le silence ou par un sourire aux attaques de ses ennemis , trahi Jésus-Christ, pactisant avec l'injure par faiblesse, on au moins le laissant outrager, blasphémer, maltraiter , parce que nous n'avons pas eu le courage de nous y opposer, et afin de ne pas nous at tirer la persécution ou la moquerie du monde? Jésus devant le peuple en face de l'ingratitude,

Eccehomo! Voilà rhomme! voilà votre roi, lui dit Pilate, et le peuple répond par des cris de mort: ToUe, toile eum, crucifigatur ! Tuez-le, tuez-le, qu'il soit crucifié ! C'est ce même peuple qui le recevait il y- a quelques jours en triomphe à son entrée à Jérusalem, jonchant le chemin de branches d'arbres, étendant ses vêtements sous ses pas et criant : Hosaima au fils de David l Et il n'y a là personne pour le soutenir ; tous ses ap&tres se sont enfuis, et leur chef, celui dont il fera la pierre fondamentale de son Église, effrayé du sort de soiï maître et craignant de le partager , le renie par trois fois avec jurement. Qui de nous se croit est droit de le juger, de le condanmer ? Qui osera lui jeter la première pierre? Qu'aurions-nous fait à sa place et dans cette extrémité? N'avons-nous pas un jour ou Tautre renié notre maître pour moms que cela, par la fascination de Tespi^t du monde ou par l'entraînement du respect humain? Apprenons par la vue de Jésus-Christ calme et digne devant les fureurs du peuple, qu'il a comblé de ses bienfaits, à supporter l'ingratitude de ceux auxquels nous avons fait quelque bien. C'est peutêtre ce qui nous coûtera le plus, parce que le ressentiment de notre cœur blessé, de notre oi^eil offensé, s'autorise des réclamations de la justice foulée aux pieds , et nous avons l^air de soutenir les droits de l'équité, quand au fond

nous sommes pleins des récriminations de notre perscmne.

Jésus devant la mort! Jésns entre les mains de sesbonrreanx et attaché à la croix ! Pas une plainte! B se liyre à eux comme la brebis à celni qui va regorger, et dans Tagonie de ses derniers moments il prie pour ceux qui Tout crucifié. « Par- <(»mez-Ieur, mon Père, parce qu'ils ne savent ce qa'ils font. » (Luc, XXIII, 24.) Et nous, quand sens avons à souffrir quelque chose des autres, M que nous nous croyons maltraités , ne fût-ce qtt*en paroles, nous leur imputons, au contraire iHe intention encore plus mauvaise que la vérité, les accusant de plus qu'ils ne font, bien loin de les excuser ou d'atténuer leurs torts. Nous savons qu'à l'exemple de Jésus-Cbrist nous devons rendre le bien pour le mal et bénir ceux qui nous mau- &sent, et cependant que de peines nous avons à ptrdonncr la moindre injure, à oublier la plus petite injustice, k étouffer le plus léger ressentiment.

Jésus crucifié et agonisant, après avoir prié pour 868 bourreaux , ouvert la porte du ciel au larron pénitent, pourvu au sort de sa mère et à celui de «es disciples en la personne de Jean, au milieu de Pabandonnement de la victime condamnée à Timmolation et consumé par la soif, ne perd point de ▼ne dans ses derniers moments, et malgré ses im- Bûtenses douleurs, le but de sa mission, qui est de

restituer à Dieu rhumanité rebelle par le sacrifice de sa volonté, de son esprit, de son corps, de toute sa personne, par l'obéissance jusqu'à la mort de la croix ; et de là les deux dernières paroles tombées de ses lèvres mourantes : « Consummatum esty » tout est consommé, lesquelles s'expliquent par celle-ci : Inmanus tuas^ domine^ commando spiritum meum, » Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains! C'est là, en effet, la consommation de la perfection de l'humanité coupîJ)le, ou l'apogée de son retour à Dieu par la donation entière d'elle-même : consommation qui devait avoir lieu par l'amour libre de la créature avant le péché, et qui depuis n'a pu s'accomplir que par l'immolation de sa volonté pervertie ou le sacrifice volontaire du coupable, s'offrant en victime à la justice divine en la personne du Dieu fait homme, qui a souffert et est mort pour nous racheter. Mais pour avoir part au bénéfice de sa mort , qui nous a réconciliés avec son Père par le prix de son sang, il nous faut mourir avec lui dans toute les parties de notre personne, dans notre âme, dans notre esprit, dans notre corps, et consommer aussi en nous, par la mortification et l'immolation de la nature viciée ou de notre fausse existence en un corps de mort, comme dit saint Paul iRom.j Vil, 24), la remise ou la restitution de notre esprit entre les mains de Dieu. Telle est la fin dernière

da mystère de la croix, accompli au Galyaire d'une loanière sanglante en la personne adorable de Jésus-Christ pour le salut du monde, et qui doit se renouveler en chaque chrétien, suivant sa mesure, d'une manière sanglante ou non sanglante ^ pour son propre salut, par Tinmiolation de toute sa personne à la volonté divine.

PRATIQUE

Ghaqae jour place sur notre chemin une croix nouvelle, ou quelque chose qui nous traverse et nous contrarie. Prenons cette croix avec bonne volonté, portons-la avec résignation, et suivons Notre- Seigneur dans sa voie douloureuse et jusqu'au Golgotha, s'il y a lien.

PRIÈRE

Salut, ô croix, notre unique espérance ! en ce temps de la passion du Sauveur, augmentez la justice dans lésâmes pieuses et acclkdez le pardon aux pécheurs.

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