SUR
Bien que tous les jours de Tannée doivent être sanctifiés par la prière, par les œuvres de la justice chrétiecne et de la charité^ et en rappportant à Dieu tout ce que nous faisons et ce que nous sommes, cependant pour exciter notre faiblesse, nous réveiller de Tassoupissement de l'habitude, on nous .arracher à l'entraînement des passions, l'Église, qui sait comme son divin fondateur ce qu'il y a dans l'homme, a déterminé certaines époques et certains jours, où elle nous exhorte particulièrement à élever notre âme vers Dieu par des prières plus fréquentes, à la purifier par les actes de la pénitence, à la fortifier par la méditation plus approfondie de la parole sainte. Par là elle nous dispose Ji la célébration des mystères de la
religion ou de quelque grande fête. Ainsi PAvent^ ou le mois qui précède Tavénemeiat du Sauveur sur la terre , est employé à préparer en nous les voies du Seigneur, c'est-à-dire à nous disposer à le recevoir dans la sainte communion le jour de Noël, comme en ce jour il a daigné naître pour le saliit des hommes. Le Carême est la préparation aux mystères de la passion et de la résurrection de Jésus-Christ, et les Vigiles , ou les veilles de certaines fêtes, doivent disposer à les célébrer plus dignement, afin que nous en retirions plus de fruit.
ÊPITRE (Rom., XIII, 11, 14).
Nous devons d'autant plus exercer la charité que nous savons que le temps presse et que l'heure est déjà venue de nous réveiller de notre assoupissement, puisque nous sommes plus près de notre salut que quand nous avons reçu la foi. La nuit est déjà fort avancée et le jour s'approche ; quittons donc les œuvres de ténèbres et revêtons-nous des armes de lumière. Marchons honnêtement comme pendant le jour et non dans les débauches, dans Tivroguérie, dans l'impudicité, dans les disputes et les jalousies. Mais revWez-vous dç Noire-Sel-
gnear Jésus-Christ et ne tous préoccupez point dH5oin de Totre chair dans vos désirs.
L'Église emploie en ce premier jour de l'Avent les paroles de saint Paul aux Romains pour tirer les âmes du fatal assoupissement qui leur ftte le sentiment , le goût des choses du ciel et le désir de les recherdier. Le propre dusimuneil physique est de nous enlever la conscience de nous-mêmes et de suspendre Texercice de la volonté libre; ce qui nous empêche de rien fiaire d'utile au développement de Tesprit et du cœur. Ainsi dans le sommeil spirituel, dont TApôtre parle, Fâme chrétienne perd avec la conscience de sa dignité le sentiment èe la vie surnaturelle que le baptême a mise en elle, et sa volonté, enchaînée et fascinée par le charme des choses sensibles, devient incapable de travailler k son avancement. Chez les uns ce sommeil est si profond, qu'il leur ôte entièrement le souvenir des vérités étemelles qui leur ont été annoncées , des grâces qui leur ont été faites, et de la haute destinée à laquelle ils furent appelés, quand le sacrement de la régénération les a initiés à la vie divine. Ils ne vivent que pour le monde et les choses du inonde. Chez d'autres c*est un assoupissement passager ou un demi- sommeil, dans lequel il y a alternative et lutte entre la vie
rhonneur de lien désirer qni ne se rapporte qu'à ses satisfiactioDS et aax jouissances de ce monde. Conversatio vestra est in cœlis {Philip, y III, 10). que toute votre vie soit portée au ciel. Sicansur^ rexistis cum Ckristo, quœsursvm sunt sapite^ non qux svper terram (Coloss., III, i). Puisque vous avez ressuscité avec Jésus-Christ, cherchez les choses d'en haut et n'ayez plus de goût pour celles de la terre ; et alors, si l'esprit de Dieu secd vous fait agir, vous serez vraiment les enfants de Dieu; ce ne sera plus vous qui vivrez, mais Jésus-Christ en vous. (GaU.^ VI, 29.)
Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles; et sur la terre les nations seront dans Tangoisse à cause du bruit confus de la mer et des flots. Les hommes sécheront de frayeur dan^ l'attente de ce qui doit arriver dans tout l'univers ; car les vertus des cieux seront ébranlées, et alors ils verront venir le Fils de THomme sur une nuée, avec une grande puissance et plein de majesté. Or, quand ces choses commenceront d'arriver, regardez en haut et levez la tête, parce que votre
rédemption approche. Jésus leur proposa ensuite cette comparaison : Voyez le âguier et tous les autres arbres. Lorsqu'ils commencent à pousser , vous savez que Tété est proche. Ainsi, lorsque vous verrez arriver ces choses, sachez que le royaume de Dieu est proche. Je vous dis en vérité que cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent. Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront point.
An moment où TÉglise dispose ses fidèles à célébrer le premier avènement du Fils de Dieu, afin qu'au jour anniversaire de son humble nais* sance ils le reçoivent dans leur coeur comme dans une crèche, elle leur rappelle un second avènement qui sera aussi manifeste, aussi glorieux, que le premier a été caché* et obscur. En ce temps-là, et ce sera la consommation des temps, tout sera bouleversé dans le monde et autour du monde, et sous les ruines de l'univers écroulé, dévoré par le feu, apparaîtra le Fils de l'Homme au milieu des nuées avec une grande puissance et une grande majesté, entouré de la multitude de ses anges, pour juger les vivants et les morts. C'est ce jugement final que cet Évangile nous annonce, nous
invitant à ne jamais le perdre de vue et à nous y préparer par toute notre conduite. Si nous avons le bonheur de vivre en enfants de TÉglise, dans robéissance à ses commandements et conformément à la parole divine, qui ne passera point, quand les signes de la désolation universelle éclateront, ou, ce qui est la même chose pour chacun, quand la dissolution de notre existence par la maladie et par la mort deviendra imminente, alors nous pourrons regarder en haut avec confiance et lever la tête vers le ciel, parce que la mort est une délivrance pour Tâme animée de l'espérance chrétienne. Mais pour cela elle doit s'affranchir de bonne heure de la servitude du corps et du joug de l'esprit du monde qui la rabattent vers la terre et Ty attachent. C'est pourquoi dans le temps de l'Avent l'Église recommande les mortifications de la chair, de l'esprit et du cœur, les privations, les abstinences , les jeûnes qui retranchent au corps le superflu en le réduisant au«nécessaire, l'abstention du plaisir et des fêtes du monde pour se tourner plus aisément vers Dieu par la prière, et enfin le renoncement à beaucoup de choses qui plaisent à la nature, afin d'offrir à Jésus-Christ son cœur tout entier et tout son amour. Elle invite aussi à veiller et à prier sans cesse, pour n'être point envahi par les tentations chaque jour renaissantes avec les besoins de notre existence,- la satisfaction
de DOS appétits et les influences extérieures qui y correspondent, ni surpris soit par le dernier jour de Tunivers qui enveloppera soudainement comme un filet tous ceux qui habitent la terre, soit par notre dernier jour à nous, par la fin subite de notre vie ici -bas. Car la mort, qui n'épargne personne, frappe à chaque moment ceux qui l'attendent le moins.
PRATIQUE
Ne perdons jamais la pensée de la mort ni du jugement dernier, afin que, par la recherche du bien et la fuite du mal, nous soyons toujours prêts à paraître devant Dieu, qui nous demandera compte de notre vie, et en état de participer aux bienfaits et à la gloire de la résurrection universelle.
PRIÈRE
Seigneur, manifestez votre puissance, et par le secours de votre grâce, venez nous sauver des périls pressants où nos péchés nous engagent; vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père, en l'unité du Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
ÉPITRE(Rom., XV, 4-13).
Tout ce qui est écrit a été écrit pour notre instruction, afin que nous ayons espérance par la patience et la consolation que les Écritures nous donnent. Et que le Dieu de patience et de consolation vous fasse la grâce d'être toujours unis de sentiments et d'aifection les uns avec les autres selon Jésus-Christ, afin que d'un même cœur et d'une même bouche vous glorifiiez Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus- Christ. C'est pourquoi supportez-vous les uns les autres, comme Jésus-Christ vous a supportés pour la gloire de Dieu. Car je vous déclare que Jésus-Christ a été le ministre de l'Évangile à l'égard des circoncis, afin que la véracité de Dieu fût prouvée par l'accomplissement des promesses faites à leurs pères. Quant aux gentils, ils doivent louer Dieu de la miséricorde qu'il leur a faite, selon qu'il est écrit : C'est pourquoi, Seigneur, je publierai vos louanges parmi les
DEUXIÈMB DMANCHB DE L'AVENT. 11
nations, et je chanterai la gloire de votre nom. H est encore écrit : Réjouissez-voQs, nations, avec son peuple. Et ailleurs : Nations, loue* toutes le Seigneur ; peuples, glorifiez-le tous. Isaïe dit aussi : Il sortira de la tige de Jessé un rejeton qui s'élèvera pour régner sur les nations, et les nations espéreront en lui. Que le Dieu d'espérance vous remplisse de joie et de paix dans votre foi, afin que vous abondiez en espérance et dans la vertu du Saint-Esprit.
La vérité principale qui ressort de cette ëpitre, c'est Tunité à laquelle Dieu a voulu ramener tous les hommes par une même foi, sonrce d'une même espérance et d'une charité commune. Or, la foi a pour principe et pour objet la parole divine, laquelle, dit TApôtre, a été écrite pour notre instruction. Jésus-Ghrist est* venu accompUr les prophéties et les promesses de la parole de vérité, appelant tout ensemble au royaume céleste et k la participation de la vie divine les juifs et les gentils. Tous, en vertu de la réconciliation opérée par Tefiiision expiatoire de son sang avec Dieu et entre eux, ont pu, par le sacrement de la régénération qui en a fait de nouvelles créatures , devoir les enfants de Dieu, les frères et les cohéri-
devons-nous en attendre un autre? Non, disexu les Pèresy que Jean eût le moindre doute sur la mission de Jésus-Christ. Mais c'était pour que ses disciples reçussent le témoignage de la bouche même du Sauveur, et afin que la vertu de sa parole les éclairât. Jésus leur répond en leur montrant les prophéties accomplies. Voici près de deux naiUe ans que la doctrine évangélique est établie dans le monde, dont elle a renouvelé la face, et on entend des hommes, des savants surtout, demander comme les disciples de Jean, mais non avec la même intention : Jésus-Christ est-îl celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Nou^ leur ferons la même réponse.
1^ Les aveugles voient, non plus seulement quelques aveugles par les yeux du corps, et qui étaient dans les prophéties les images de l'aveuglement spirituel du genre humain, que la lumière de TEvangile est venue guérir. L'homme, détourné de Dieu par sa désobéissance, par l'infraction volontaire de sa loi, était tombé dans l'aveuglement de Tesprit, dans l'obscurité du cœur, et, dit saint Paul , ne pouvant pas se passer de Dieu, il le cherchait à tâtons, comme un aveugle, à travers toute la nature. La parole de Jésus-Christ lui a ouvert le sens intellectuel et divin par l'infusion de la lumière céleste, et les apôtres, comme autant de flambeaux, ont ré^
DEUXIÈME DIMANCHB DE L'àVENT, 15
pa&da les rayons de cette lumière jusqu'aux extrémités du monde {Psalm,^ XYIU, 5). Autrefois yous étiez ténèbres, maintenant vous êtes lu« mière; dit Paul aux gentils devenus chrétiens {Ephés.y V, 8)-
2« Les boiteux marchent. Avant Jésus-Christ l'humanité , s'avançant à tâtons dans les ténèbres , allait comme au hasard, errante et incertaine, tantôt vers le bien, tantôt vers le mal, même le peuple de Dieu aidé cependant d'une manière si merveilleuse, mais presque toujours infidèle^ et à plus forte raison les gentils , abandonnés aux passi(ms de leur cœur. Elle boitait des deux côtés, suivant l'expression énergique des prophètes. Jésus-Christ Va raffermie sur la plante de ses pieds, comme le paralytique de la piscine de Siloé. Il a redressé ses voies par les préceptes de TÉvangile, complément de la loi ancienne, et il les a menées à la perfection par ses conseils et par l'efficacité de la grâce, qui peut seule la rendre capable d'y marcher droitement, fermement, et avec per^ sévérance,
3*» Les lépreux sont guéris. C'est la lèpre du péché originel , le virus mortel , dont Satan avait infecté l'humanité dansson âme, dans son esprit et dans son corps, et qui en a été ejq)ulsé victorieusement par la vertu du sang de Jésus-Christ, appliqué à tous les chrétiens par l'eau régénératrice du
baptême, qui en fait de nouvelles créatures et des enfants de Dieu. Ce sont, en outre, tous les venins des péchés actuels, qui peuvent aussi produire la mort de l'âme, et que le sacrejnent de pénitence doit combattre et détruire par le remède souverain de l'absolution. Le sang de la Victime sainte, répandu sur la terre pour laver nos iniquités, forme une piscine divine, où tous ceux qui ont souillé leur robe baptismale par le péché peuvent la blanchir de nouveau, et reparaître purs et sans tache devant Dieu. C'est pourquoi les morts ressuscitent. Car les sacrements, qui rendent à Tâme, séparée de Dieu par le péché mortel, mais purifiée et réconciliée par leur vertu, la participation à la vie divine qu'elle avait perdue, la ressuscitent en effet en la ramenant de la mort du péché à Téternelle vie.
4° L'Évangile est annoncé aux pauvres. C'est le dernier signe et le plus manifeste de Celui qui devait venir. Jésus-Christ a aimé les pauvres de préférence, et c'est surtout pour eux qu'il est descendu sur la terre. Il les a déclarés plus heureux que les autres, quand ils savent profiter de leur pauvreté matérielle pour acquérir par la patience, la résignation et le dépouillement de leur esprit propre la richesse du ciel : Beatipauperesspiritu (Matth., V, 3). Il leur a annoncé qu'ils sont aussi les enfants du Père céleste , ayant droit comme les autres à son
amour et à ses bienfaits , par lesquels ils seront dédommagés dans nn monde meilleur des privations endurées chrétiennement dans celui-ci : égalité devant Dieu, devant la loi étemelle. H leur a rendu leur dignité , en les appelant à la liberté véritable, qui les élève au-dessus des puissances et des influences de la terre par l'obéissance à Dieu seul. Il leur a apporté le vrai bonheur, non en leur distribuant les biens de ce monde toujours périssables et qui au fond ne donnent point de joie à l'âme, mais en leur communiquant les trésors du ciel, la lumière de la vérité, les grâces, les bénédictions, les vertus d'en haut, la patience, l'espérance et la force au milieu des peines inévitables de cette vie. Ainsi seulement s'améliore réellement le sort des pauvres ici-bas. Qu'on les rende chrétiens, et on les rendra plus heureux en les rendant meilleurs. Mais vous leur distribueriez toutes les richesses de la terre sans les changer au dedans, que vous n'avanceriez en rien leur bien-être ni surtout leur progrès. Vous ne feriez qu'augmenter les moyens et l'immoralité du désordre, donc la profondeur du mal et de la misère.
Nous pouvons donc affirmer avec assurance que Jésus-Christ est bien celui qui devait venir et qu'il n'y a point lieu d'en attendre un autre. Car l'humanité était aveugle, et il lui a ouvert les yeux; elle était sourde, et il l'a fait entendre; elle boi-
tait, et il a redressé sa marche ; elle était dévorée par la lèpre du péché, et il Ta guérie ; elle était morte à la vie du ciel, et il l'a ressuscitée. Il a fiait tous ces miracles par son Évangile annoncé de préférence aux pauvres, mais qui ne produit ces merveilleux effets qu'en ceux qui le reçoivent avec foi, comme il a été dit à Taveugle-né, à Thémorrhoïsse, aux lépreux reconnaissants, au paralytique, à la Chananéenne , à tous ceux que Jésus et les apôtres ont guéris : votre foi vous a sauvés. Vous êtes heureuse, Marie, parce que vous avez cru^ et de grandes choses s'accompliront en vous (Luc, I, 49). .
PRATIQUE
Considérons souvent les miracles que Jésus-Christ a faits pendant sa vie sur la terre, et les changements merveilleux que son Évangile a opérés dans le monde, dont la face a été renouvelée par la seule vertu de sa parole, pour nous affermir dans notre foi en la dî* vinité du Sauveur, et|dans notre reconnaissance d'une si grande miséricorde et de tant d'amour.
PRIÈRE
Seigneur, excitez nos coeurs à préparer les voies de votre Fils unique, afin que nos âmes, étant purifiées par la grâce de son avènement, nous puissions vous rendre un culte digne de votre majesté souveraine. Nous vous en prions par notre Seigneur Jésus-Christ, qui étant Dieu, vit et règne, etc.
ÊPITRE (Philip., IV, 4-7).
Réjouissez- VOUS sans cesse dans le Seigneur; je le dis ehcore une fois, réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tous les hommes : le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien, mais présentez à Dieu vos demandes avec des actions de grâces dans toutes vos prières et vos supplications. Et que la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, garde vos cœurs et vos esprits en Jésus-Christ.
Le Seigneur est proche. L'Église nous en avertit de toutes manières, en ce temps solennel de TAvent, afin que nous nous disposions à le recevoir comme de bons serviteurs qui attendent leur maître, ou plutôt comme des amis qui attendent celui qu'ils aiment. C'est pourquoi elle ncms engage à nous réjouir dans le Sauveur qui est la source de tous les biens, et qui est le bien souverain duquel descendent tous les dons parfaits. Qu'importent au chrétien fidèle les
trésors de la terre , s'il est iini à celui qui est le bien suprême, et à quoi lui servirait de les posséder, si, en se séparant de son rédempteur, il perdait son âme? C'est pourquoi l'union intime de 1 ame avec Jésus-Christ par la foi est une source intarissable de joie, de cette joie profonde et pure que les anges goûtent pleinement . dans la gloire du ciel, et dont la grâce nous donne les prémices ici-bas. Un cœur possédé par Jésus- Christ, animé de son esprit, est satisfait dans son fond, dans son besoin le plus essentiel, et ainsi ne peut être troublé sérieusement par les accidents du monde, ni agité au fond par les désirs et les passions qu^elles excitent. Sa foi le met audessus de leurs atteintes, et l'espérance céleste qui en sort élève son amour plus haut que la terre. De là sa modération ou sa modestie dans ses rapports avec les hommes. C'est pourquoi aussi il ne s'étonne ni ne s'inquiète de rien, ne désirant ni ne craignant les choses d'ici-bas, qui ne font que passer, et remettant avec une confiance filiale, son existence présente et future entre les mains de Dieu. Il sait que pas un cheveu de sa tête ne tombera sans sa permission, et en toutes circonstances , si graves qu'elles soient , il borne sa prière à demander à Dieu ce qui lui est nécessaire ou utile, sous la condition de l'accomplissement de sa sainte volonté, et en lui rendant grâces
de ce qu'il a déjà fait pour lui. Puis, il attend avec calme, avec résignation, la manifestation des desseins providentiels , ne s'agitant pas outremesure pour chercher le bien-être ni pour éviter la souffrance, mais recevant volontiers de la main de Dieu tout ce qui lui arrive.
Telle est la paix que TApôtre souhaite aux Philippiens, paix qui surpasse tout sentiment humain, parce qu'elle vient de Dieu seul par l'irradiation de sa lumière dans l'esprit, par l'infusion de son amour dans le cœur : ce qui préserve l'un de l'incertitude de la science humaine, et l'autre de l'agitation des passions. « La paix soit avec vous, a dit Notre-Seigneur à ses apôtres la première fois qu'il reparut au milieu d'eux après sa résurrection; je vous donne ma paix, qui n'est pas comme celle des hommes. » (Jean, XIV, 27.)
Voici le témoignage de Jean, quand les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : Qui êtes-vous? Car il confessa et il ne nia pas. Il confessa qu'il n'était point le Christ. Et ils lui demandèrent : Qui êtes-vous donc? Êtes-vous Élie?.Et il dit : Non. Étes-Yous prophète? Et il répondit : Non.
Ils lui dirent donc : Qui étes*yous, afin que nous rendions réponse à ceux qui nous ont envoyés? Que dites-vous de vous-même? Je suis, leur dit-il, la voîx de celui qui crie dans le désert : rendez droite la voie du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe (Isaïe, XL, 3). Or, ceux qui avaient été envoyés étaient des Pharisiens. Ils lui demandèrent encore : PcHirquoi baptisezvous, si vous n'êtes point le Christ, ni Élie, ni un prophète? Jean leur répondit : Pour moi, je baptise dans l'eau. Mais il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. C'est lui qui doit venir après moi ; mais il est avant moi, et je ne suis pas digne de dénouer les courroies de sa chaussure. Ces choses arrivèrent à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.
Ici encore l'Église nous prépare à Tavénement du Dieu fait bomme^ en nous rappelant les paroles de celui qui en a été le précurseur, et donl le baptême par l'eau, accompagné de la confession des péchés et des signes de la pénitence, était une préfiguration du baptême par l'eau et l'esprit, institué par Jésus Christ pour appliquer la vertu de son sang divin à la régénération de l'humanité , et qui seul a la poissance de détruire le péché^ de déli-
vrer le pécheur, et de réconcflîer lliomme ayec KeH. Aussi la parole dominante de cet évangile, et par conséquent celle que nous devons surtout méditer, c'est la réponse positive de Jean affirmant sincèrement ce qu'il est : < Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers, conmie a dit Isaïe. » (Isaïe, XL, 3.)
Une voie mène d'un point à un autre. La voie du Seigneur part de Dieu et va à notre âme ; car Dieu veut entrer dans notre cœur et s*y établir : ce qui montre qu'il ne le possède pas encore. Or, notre âme étant intelligente et libre, Dieu n'y peut entrer que par la connaissance et par l'amour. Il veut être connu et aimé d'elle, parce qu'il l'a créée k cette fin.
H faut donc d'abord lui préparer le chemin de notre esprit, et pour cela :
1* La détourner de ce qui n*est pas Dieu, ne mène pas k Dieu, et surtout de ce qui est contre Itd : donc éviter la fausse science , les cpnnais- ' sances inutiles ou funestes, les lectures mauvaises ou insignifiantes, les conversations criminelles, fâcheuses ouoisives, les vains spectacles, etc., etc.; ne pas laisser toutes ces choses entrer par les sens dans Tesprit, où elles étouffent la bonne semence.
2* D faut rechercher ce qui peut nous aider k con-
naître Dieu; la vraie science qui nous montre Dieu dans ses œuvres; la parole révélée qui le manifeste directement- plus clairement, plus pleinement, et que l'enseignement de l'Église nous explique;, de bonnes lectures qui en sont le commentaire; des entretiens édifiants qui la propagent et l'appliquent. Ainsi se prépare la voie de Dieu à travers notre esprit.
Cependant, Dieu ne veut être connu de l'homme que pour en être aimé, aimé d'un amour libre et de préférence, avec prédilection ; car il est le Dieu jaloux, et il fait ses délices d'habiter et de posséder le cœur des hommes. Mais comment cela est-il possible, si ce cœur est tout rempli des créatures ? Alors la place est prise, et la voie en est obstruée. D faut donc avant tout la débarrasser, et pour cela nous devons : P Retirer notre cœur des attachements illicites, rompre ou dénouer les liens criminels; 2° modérer ou contenir dans leurs bornes légitimes les affections permises, en les •subordonnant à l'accomplissement des devoirs envers Dieu et à son amour. « Celui qui aime son père, sa mère, son frère, sa sœur, etc., plus que moi n'est pas digne de moi, » a dit Jésus-Christ (Matth., X, 37). 3*» Tourner alors vers Dieu, le soleil des esprits,râme ainsi purifiée, simplifiée et réglée, J'exposer et l'ouvrir dans la prière intérieure et affective au rayon de la lumière, afin
qa'3 pénètre directement avec son ëclat et sa chaleur jusqu'au centre de Tâme qu'il veut s'unir. Ainsi se prépare et se rectifie la voie de Dieu dans rame chrétienne apppelée à Thonneur de vivre de la vie de Jésus-Christ comme une épouse fidèle. La préparation de Jean par la confession des péchés, les œuvres de la pénitence et le bap« tême de Peau, qui devait disposer les juifs à recevoir le Sauveur promisj^^n ét^^tle symbole.
ÉPITRE (I Cotmtlu, lY, 1-5).
Que les hommes nous considèrent comme les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu. Or ce qu'on demande aux dispensateurs, c'est qu'ils soient trouvés fidèles. Pour moi, je me mets fort peu en peine d'être jugé par vous ou par un tribunal humain ; je ne me juge pas moi-môme. Car, encore que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas justifié pour cela; mais c'est le Seigneur qui est mon juge. C'est pourquoi ne jugez point avant le temps, jusqu'à ce que le Seigneur vienne, qui éclairera ce qui est caché dans les ténèbres, et manifestera les pensées secrètes des cœurs, et alors chacun recevra de Dieu ce qui lui est dû.
Le prêtre, étant le ministre de Jésus-Christ, ne doit rien faire qu'en son nom, par sa vertu et pour lui. Il s'est voué à son service par un acte libre de sa volonté, et ainsi sa perfection dans
OUÀTRIÈME DIMANCHB D£ L'AVENT. 27
r«xercbe de ses femctions a»8iste dans la dispensation fidèle de la parole de Diea et de ses giïces, G^le dispensation sera fidèle s'il n'y met rien éoL sien que sa bonne volonté identifiée avec celle de s(m maître , et s'il a tonjours et uniquement en vue la gloire de celui qu'il sert, le bien de ceux qu'il gouverne, et jamais sa propre gloire, son avantage ou son plaisir. Plus que tous les autres chrétiens, le ministre de Jésus-Ghrist ne peut suivre son divin maître qu'en reiBonçant au monde et surtofrt à lui-même.
Or, s'il agit ainsi dans l'accomplissement de son saint ministère, peu lui importeront, comme dit saint Paul, les jug^nents d^ hommes. H ne s'inquiétera que de faire le bien, le mieux qu'il lui sera possible , comme il le comprendra et autant que les circonstances et les ressources du moment le permettront, et quoiqu'il doive s'efforcer de ne mécontenter personne, si cela se peut, et d'éviter tout ce qui tendrait à exciter contre Im des sentiments malveiUanls ou de mauvaises psffoles, néanmoins, il ne se laissera point dominer ni diriger par l'opinion des hommes , et leur jagement ne sera pas la règle de sa conduite ; car en définitive les hommes ne sont pas ses juges, n n'est pas lui-même juge de lui; car il ne connaît pas toutes les causes externes et internes de ses actes, et au milieu des influences qui le pé-
nètrent de toutes parts, et des motifs multiples qui le portent à agir de telle ou telle manière, il a bien de la peine à discerner le ressort principal, qui a déterminé la décision de sa volonté. C'est pourquoi on peut n'être pas juste, même quand la conscience ne reproche rien ; car la conscience peut être obscurcie, aveuglée, faussée, pervertie, endurcie. Ne nous fions donc point à notre jugement sur nous-mêmes , parce que personne n'est un bon juge dans sa propre cause, et gardons-nous de juger les autres, quand nous n'en avons point reçu la mission ; car nous n'avons pas la lumière pour éclairer les replis ténébreux des cœurs, et manifester le fond de Iturs sentiments et de leurs pensées. A Dieu seul appartient cette puissance, et c'est pourquoi lui seul aussi peut rendre justement à chacun suivant ses œuvres.
La quinzième année de l'empire de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, Philippe, son frère, de Tlturée et de la province de Trachonite, et Lyzanias de l'Abilène ; sous les grands prêtres Anne et Caïphe, le Seigneur fit entendre sa parole à Jean dans le désert. Et il vint dans
tout le pays aux environs du Jourdain, prêchant le baptême de la pénitence pour la rémission des péchés, ainsi qu'il est écrit au livre des paroles du prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Toute vallée sera remplie, et toute montagne et toute colline sera abaissée; les chemins tortueux deviendront droits, les raboteux unis, et toute chair verra le salut de Dieu.
Confessez vos péchés et faites de dignes fruits de pénitence, nous dit aujourd'hui TÉglise par la bouche' de saint Jean-Baptiste. Quelle doit être cette pénitence, et quels en seront les fruits?
La vraie pénitence consiste dans le détachement de rame du péché pour revenir à Dieu et rentrer en rapport vivant avec lui. Il faut pour cela qu'elle soit touchée et mue par une grâce particulière. Le symptôme de l'action de cette grâce est le malaise, qu'on commence à éprouver dans la mauvaise voie. Le pécheur acquiert dans sa conscience réveillée le sentiment pénible du désordre où il vit. De là du trouble, de l'agitation, de la division en lui-même; le regret du passé, le dégoût du pr&ent , la crainte de l'avenir. On ne peut point
aO QUATRIÈME DIMAîraBOE DE L'AVENT.
se doDi^r cette grâce , pas pks que celle de la foi ; mais OB peut la demander , et surtout la recevoir, quand elle se présente. Car la grâce est comme la lumière, qui se verse partout où elle trouve accès. Elle frappe à là porte de toutes les âmes , comme la lumière enveloppe tout de son éclat. Mais combien ne veulent pas lui ouvrir et la repoussent?
Quand on a le bonheur de laisser pénétrer en. soi ce rayon du ciel, qui éclaire et remue, on oommenée à sentir son mal, puis à le reconnaître, à S9 reconnaître soi-même dans l'état fâcheux où 1*00. se trouve, et aussi, à cause de la peine qu'on en ressent et par crainte de devenir plus malade, on sent le besoin d'un seoours, d'un remède, dHin médecin. C'est pourquoi ceux qui allaient enteacbra Jean dans le désert loi disaient avec anxiété : Que devons-nous faire? Et il leur répondait : Confessez vos péchés, c'est'à-^dire rejetez le mal de votre cœur, vomissez-le comme un poison, et quand il aura été évacué, tâchez d'en déttuire les suites par de dignes fruits de pénitence.
Les œuvres de la pénitence doivent toujours être en rapport avec le mal conmiis. A-t-on péché dans le corps et par la concupiscence de la chair? Les expiations seront corporelles; dies s'accompliront par des privations (m des souffrances imposées à la chair, pour la dompter et la faire rentrer dans Tordre. Les péchés de Tesprit^
QUATRIÈME BIUA19GHB DE L'âVENT. 31
delà Twiiitë, de la vaine curiosité , s'expient et se goériss^t par la fei simple, par le silence, la retraite, le recueillement, et tontes les pratiques du jeitoe spiritudi. Le péché de la Yolonté, ou l'orgoeil de la vie eiuiltée par Tuabition, par Tamoar de la gloire, est cconbattu par les mouvements de l'humilité et de la charité, c'est-à-dire par le sacrifice de soi-même aux autres et pour Dieu de qaelfK manière qu'il s'accomi^isse. On ne peut marquer des bornes au zèle, à Tardeur de la pénitence dans ses oeuvres expiatoires, quand l'amour divin s'empare d'une âme qui avait été attachée au péché, et lui en inspire le dégoût et la baine. De là les admirables et parfois les effroya- Ues mortifications des grands pécheurs convertis, on dfô saints qui croient dans leur humilité être de grands pécheurs.
Cependant le prophMe Isaïe, dont Jean invoque la p»ole, aniKmce que, quand le Sauveur envoyé par Dieu paraîtra, toute vallée sera remplie, toute montagne et toute colline abaissée; les chemins toneux ^viendront droits et les raboteux unis.
Cette vallée que le SauvcurcomHera, est l'âme hnmaine , pleine de lumière et de vie dans l'origine, quand elle était unie à son principe, vide de la vérité et du bien, depuis qu'elle s'en est séparée. Mie ne sera remplie de nouveau, qu'en se rattachant à la source de rie^ et eUe ne peut s'y
rattacher que par la médiation de Jésus-Christ, le Verbe incarné, le Fils de Dieu fait homme pour réconcilier Thomme avec Dieu. En dehors de Jésus-Christ et de sa puissante intervention, l'homme abandonné aux seules lumières de sa raison , tout en cherchant Dieu ou le bien suprême, s'évanouit dans ses propres pensées, comme dit saint Paul, et devient la proie de ses passions {Rom. y I, 21). Il se fait dans son âme un vide, qu'il essaye en vain de combler par les choses du monde , par sa science , ses affaires, ses plaisirs, ses spectacles et ses pompes. De là Tennui des mondains, surtout à un certain âge et dans certaines conditions. Seule la parole de Jésus-Christ peut remplir ce vide, parce qu'elle donne aux âmes leur vraie nourriture, la lumière et le pain du ciel. La vallée est comblée par les grâces de la vie chrétienne.
Les montagnes et les collines seront abaissées. Les montagnes se forment dans l'âme, comme sur la terre, par le boursouflement produit par un bouillonnement intérieur ou par l'éruption d'un volcan. L'âme détournée de Dieu, exaltée par l'orgueil s'enfle, se boursoufle et élève ainsi une montagne entre Dieu et elle, en s'insurgeant contre sa loi par la désobéissance et la révolte. Elle élève des montagnes entre elle et ses semblables par son esprit propre, qui, en voulant tout juger, se fait l'arbitre et la règle du vrai par sa volonté propre,
qui aspire à tout dominer par sa sagesse et sa puissance. Elle élève des montagnes en elle-même, parce que, ne doutant de rien dans la vanité de sa pensée et l'emportement de ses désirs, elle crée mille difficultés, dont elle est obstruée conmie £ncelade sous les rocs qu'il a soulevés. Un peu de foi en Jésus-Christ, gros comme un gi*ain de sénevé, dit rÉvangile, suffit pour transporter ces montagnes; car la foi est la source de cette humilité sincère et profonde, qui, en nous faisant sentir ce que nous sonunes en face de Dieu, de nos frères et de nous-mêmes, crève l'enflure de notre cœur, disâpe son boursouflage et abaisse les hauteurs de rorgueil. Quando enim vmit Jesus^ et Spiritum suum misit, omnis vallis repleta est operibus bonis U fructibu^ Spiritm sanciù Quos sihabuerisj non solum vallis esse desisteSy sed etiam mons Dei esse vndpies, (Orig., hom. 22.) Quand Jésus est venu et a envoyé son Esprit, toute vallée a été remplie par les bonnes œuvres et les fruits de l'Esprit. Gelai qui les possède non -seulement cesse d'être une vallée, mais encore il commence à être une montagne de Dieu.
Les chemins tortueux deviendront droits. Les vallées comblées, les montagnes abaissées, il faut tracer la route. La meilleure sera la plus directe et la plus unie. Parate viam Domini, rectas facite imitas ejm, La voie du Seigneur n'est droite en
Pour célébrer la naissance ou l'apparition dans le monde du Verbe incarné , du Fils de Dieu fait homme, l'Église en ce jour permet aux prêtres de dire trois messes; la première à minuit, heure à laquelle naquit le Sauveur dans l'étable de Bethléem ; la seconde, dite de l'aurore ; et la troisième, appelée messe du jour. Par le saint sacrifice, trois fois offert, elle entend honorer les trois naissances du Fils de Dieu: 1® la génération étemelle du Verbe dans le sein du Père; 2*» sa naissance temporelle, comme Fils de la Vierge Marie; 3** sa naissance spirituelle dans le cœur du juste par sa grâce^. On donne aussi aux trois messes Tintention de s'unir : 1° à l'adoration de Marie, de Joseph et des anges; 2« des bergers, qui sont les prémices du peuple de Dieu; 3*» des Mages représentant la gentilité. Les fidèles ne sont pas obligés d'entendre les trois messes le jour de Noël; mais leur reconnaissance et leur amour pour le Sauveur doit les y porter.