‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtesChapitre 5 sur 103 · MESSE DE MINUIT · texte numérisé non relu

MESSE DE MINUIT

ÉPITRE (à Tile, II, 11-15).

La grâce de Dieu, notre Sauveur, a paru à tous les hommes, nous apprenante renoncer à l'impiété et aux désirs du siècle pour y vivre avec tempérance, avec justice et avec piété, dans l'attente du bonheur que nous espérons, et de Tavénement du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, qui s'est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire, en nous purifiant, un peuple qui lui soit agréable, et qui s'adonnât aux bonnes œuvres. Prêchez ces vérités, exhortez et reprenez avec une pleine autorité.

Dans le chapitre, dont cette épitre est tirée, TApôtré recommande à Tite d'instruire tous les fidèles de leurs devoirs, les vieillards et les jeunes gens, les femmes âgées et les jeunes femmes, les serviteurs et les maîtres. Car, dit-il, la grâce du Sauveur est pour tous les hommes. Jésus-Christ s'est donné pour tous, et veut les retirer tous de l'iniquité pour en faire un peuple agréable à Dieu.

a» NOËL*

L'égalité de tous les hommes devant Dieu, qui ne fait point acception des personnes, mais qui rendra à chacun suivant ses œuvres , égalité méconnue avant TÉvangile mêmje par les. plus grands philosophes de l'antiquité et qui est le principe de la civilisation moderne, peut être le. premier- point de notre méditation.

Le second nous expose en trois mots tous ijos devoirs dans ce monde, in hoc secuîo. Nous devons y vivre avec tempérance, sobrie, ce qui comprend ce qu'il nous faut faire ou éviter dans lie gouvernement de nous-mêmes ; juste^ avec justice, ce qui désigne nos obligations envers nos semblables, qui dérivent toutes de l'équité ; pie, avec piété, c'est l'accomplissement des devoirs envers Dieu, ausgi obligatoires et encore, pins sacrés que les autres, en raison de la souveraineté absolue de Dieu, et de tout ce qu'il a fait pour nous. C'est pourquoi un homme n'est vraiment honnête que s'il ob»serve la justice dans toutes ses prescriptions , en— Ters Dieu comme envers sessemblal^les; car la jjûstiee consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû, et à Dieu, notre créateur et notre rédempteur ^ est dû l'hommage de la soumission, de l'adoralionr et de l'amour. La piété ou l'accomplissement des^ devoirs de religion est donc une'partieessentidle de L'honnêteté. G'est une déplorable erreur? des^ gens du mpnde de-se croire justes et irréprochables y.

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sens le pcéiexle qu'ils ne font point de tort k leurs semblables, quand ils refusent ou dérobent à Dieu ce qui loi appartient.

Le troisième point, qui se rapporte plus directementà la fête di# jour, est la pensée de Favénenement glorieux ou du second avènement de notre- Seigneur Jésus-Christ, pensée suggérée par son î)remier avéhement, si pauvre et si humble, qui a éulieu dtos k crèche. Cette pensée doit toujours tereprésraite k Tesprîtidu chrétien, pour le soutenir dan8<la lutte contre le mal par Tespoir de la ré- G0i]B4;>ense, et l'encourager à pratiquer la tempérance, la justice et la piété, afin de participer à la gloire et au bouheur de son divin maître, dont il aura suivi les préceptes et partagé Thumiliatioû et lès souffirances. A chaque instant le Kls de Dieu peut apparaître dans sa puissance pour juger les lâvaste et lea morts; car il est écrit que ce dernier jour anâvara à; Timproviste , et surprendra les hommes comme un voleur. (ThessaLy V, 2.) Puis, s!il est encore lointain pour le monde, il est proche pour chacun de nous; car la mort, qui nous enlèvera bientôt dé cette terre , nous mettra incontment en face de notre juge. Enfin l'anniversaire 4ô la naissance dé Jésus-Ghrist est une occasion U ua motif de purifier de nouveau notre cœur, lohjpiirsass^illi^ tenté, troublé par les influences •ettea dé|«radu' siècle^; afia d'y recevoir Celui qui

est le pain descendu du ciel, la véritable nouiw riture et le vrai breuvage.

ÉVANGILE SELON SAINT yJC, II, 1-14.

En ce temps-là, parut un édit de César-Auguste, pourfalre le dénombrement des habitants de toute la terre. Ce premier dénombrement se fit par Cyrinus, gouverneur de Syrie, et chacun allait se faire ent-egistrer dans sa ville. Alors Joseph sortit aussi de Nazareth en Galilée, et se rendit à la ville de David appelée Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David, pour se faire enregistrer avec Marie son épouse, qui était enceinte. Mais pendant qu'ils étaient là, il arriva que le temps où elle devait accoucher s'accomplit. Et elle enfanta son premier-né ; elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas deplace pour eux dans Thôtellerie. Or, en la même contrée il y avait des bergers qui gardaient leurs troupeaux pendant la nuit. Et voici qu'un ange du Seigneur parut auprès d'eux, et une clarté divine les environna; ce qui les remplit d'une grande crainte. Alors Tange leur

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dit : « Ne craignez point. Car je vous annonce tine nouvelle qui sera pour tout le peuple la cause d'une grande joie : c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sau- .veur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe auquel vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » Au même instant se joignit à Fange la multitude de rarn\j$e céleste, louant Dieu et disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté! »

L'ange annonce aux bergers éclairés tout d'un coup par la lumière du ciel, qu'un Sauveur leur est né dans la ville de David. C'est le Christ, le Messie annoncé par les prophéties depuis le commencement du monde, le Fils de Dieu fait homme, «le Verbe incamé. Considérons donc l'Incarnation du Yerbe d'abord en elle-même, puis dans ses causes et dans ses effets.

En soi l'incarnation du Verbe divin est un grand mystère, nous l'avouons. Mais la nature et la science sont remplies de mystères comme la religion, et il y a en elles mille choses que nous sommes obligés d'admettre sans pouvoir les expUquer :

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dans la nature, les essenoes, les forces, les pro^ priétés radicales des êtres, Torigine et k transmifrf sîon de la vie : dans la science, les principes ât les axiomes qui sont les bases ou les conditions nécessaires de la doctrine. Qu'est-ce que l'esprit? qu'est-ce que la matière? qu'est-ce que Pâme humaine, comment est-elle unie au corps, et quel est le mode de leur action réciproque? Nous ignorons à peu près toutes ces choses, que cepea^uxt nous ne pouvons révoquer en doute. U y a en nons une faculté du mystère; elle s'appelle la foi^ foi humaine ou croyance pour les mystères de la nature, foi divine pour ceux de la grâce, révélée jpar la parole de Dieu.

Mais s'il ne nous est pas donné de comprendre le mystère de l'Incarnation, nous pouvons au moins le concevoir d'une certaine manière, laquelle, sans l'expliquer ni le démontrer, en facilite cependant l'admission. Nous ne pouvons pas ne pas croire kla personne humaine que nous sommes, et néanmoins il y a dans Tunité de notre personnalité une dua** lité de substances qui «'unifient sans se confondrei* Le moi, qui est l'expression de l'humanité, participe à la fois à la nature spirituelle et- à la nature physique. Il est intelligent et animal tout ensemble, et c'est pourquoi on appelle l'homme un animal raisonnable. Il n'est pas {ilus difficile de ooncevoir un être où la divinité et l'humanité soiest

Tmies sans s'identifier dans une même personne, laquelle est le Verbe incarné, le Dien fait 'nomme.

0m osera dire les causes de ITncamation? ge^ n&rationem ejus quis enarrabit? (Isaïe, LUI, 8.) Plusieurs Pères ont pensé que dans Tordre de la grâce elle était un complément de la création de l'homme, c'est-à-dire que Dieu ayant fait Thonmie à son image, et voulant, dans l'immensité de son amour. Taire participer sa créature non pas seulement à sa ressemblance, mais à sa vie même, se serait uni à l'humanité hypostatiquement à cette fin, non plus pour la délivrer du péché non encore commis , mais ]K)ur la rendre consors naiurx din tnna?, comme dit saint Pierre. (2 Pier., I, 4.) Consorte de sa nature et de son bonheur. Depuis la chute, Tlncamation paraît motivée, d'abord par te péché originel et ses suites, dont l'homme ne pouvait se retirer sans un secours divin, bien tpi'on doive admettre, eu égard à la toute-puissance de Dieu, qu'il eût pu être délivré d'une autre manière, et ensuite par Ja miséricorde du Père céleste, tjui, ne voulant pas abandonner sa créature à la mort, s'est substituée en Jésus-Christ au coTçable pour satisfaire par l'expiation à l'imprescriptflble justice et réconcilier la terre avec le eid.

Les effets de rincarnation sont : l*» la partici-

pation de rhomme en Jësus-Chrîst à la filiation divine, parce que le Fils de Dieu, qui s'est fait le fils de rhomme, est devenu son frère. L'enfant adoptif, en devenant le frère de Jésus-Christ, devient aussi avec lui le cohéritier du ciel.

{Rom., -y m, n.)

2<* En Jésus- Christ une mère est accordée à rhumanité régénérée, la sainte Vierge; carie caractère de la maternité et de la paternité est de donner ou de transmettre la vie, et c'est par Marie que Celui qui est la vie même a été donné aux hommes, nobis natus, nobis datus. C'est pourquoi par Tune de ses dernières paroles sur la croix Jésus mourant a laissé comme fils en sa place à sa mère son disciple bien aimé, qui représente ici tous les chrétiens fidèles, et il a étendu la maternité de Marie à Jean, et à tous ses disciples en sa personne. Ecce mater tua, ecce filius tuus (Jean, XIX, 26, 27). C'est l'origine de l'Église, ou de la mère des enfants de Dieu, dont la sainte Vierge est le type.

3° L'homme régénéré et rené par l'eau et lesprit, et qui continue à vivre et à croître en Jésus- Christ des grâces et du pain du ciel, passe de la vie de la nature à celle de la grâce pour entrer un jour dans la gloire. L'humanité, unie hypostatiquement à l'Homme-Dieu, est incessamment attirée dans tous ses membres régénérés par Celui qui en est

le chef ou la tête^ afin de participer pleinement et autant qu'elle en est capable, à son infinie perfection. C'est ce qui fait le vrai progrès on la tendance et la marche continue du genre humain vers sa fin dernière, qui est la vie en Dieu, ou la jouissance de rétemelle vie. Ainsi Dieu, qui est notre créateur, est encore notre rédempteur, notre sauveur et notre sanctificateur.

PRATIQUE

Prenons aujourd'hui la résolution ferme, si nous sommes appelés à vivre dans le siècle , d'y pratiquer la tempérance, pour préserver notre âme du joug du corps : la justice pour respecter les droits des autres, et la piété , pour rendre à Dieu ce qui lui appartient par le culte de l'adoration, de la reconnaissance et de l'amour.

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