‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtesChapitre 49 sur 103 · DU TRÈS-SAINT SACREMENT · texte numérisé non relu

DU TRÈS-SAINT SACREMENT

ou les mstraments de ses desseins, et qui est comme une ébauche ou un commencement de la visîoD béatifique de Tëternité.

Mais l'âme de Jésus-Christ se donne avec son esprit. Son cœur sacré, source de son sang divin, communique par la sainte eucharistie avec le cœur fidèle qui la reçoit. Il lui transmet le feu qu'il a apporté du ciel, sa chaleur, son amour, sa charité psufaite, et il le rend capable d'aimer au delà de la puissance de sa nature, c'est-k-dire comme Dieu aime, comme on aime au ciel, de toute son âme et sans retour sur soi.

Enfin, la divinité de Jésus-Christ pénètre notre humanité, la transfigure et Télève jusqu'à elle en se l'assimilant autant qu'il se peut dans son état présent , en sorte que l'homme entre pour ainsi cBre en partage de la nature divine, divinœ naturx consors (2 Pier., I, 4). Il devient semblable à Dieu, vos dii estîs, et , suivant les paroles de saint Cyrille, concorporeus, consanguincus Dei foetus est^ 3 est incorporé à Dieu et lui devient consanguin.

Aussi est-ce dans l'eucharistie, dans la sainte communion que se trouve la source des vertus chrétiennes les plus parfaites à savoir : la mortification de la chair, la continence, la chasteté , la fe qui produit des miracles, ou transporte des montagnes ; l'intelligence des choses étemelles, et enfin la charité, ou l'amour de Dieu et du prochain

370 LA FÊtB »U TRÈS-SAINT SAGREBIENT.

ayee Fabnëgation de soi jusqu'au sacrifice de sa vie. CTest pourquoi toutes ces vertus, dont l'ombre ou le reflet peut se retrouver ailleurs, ne brillait de leur véritable éclat que dans ÏÉgtise catholique. Car ceux qui nient la présence réelle dans le saint sacrement du Dieu fait homme, séparés par leur incroyance de la source de la vie divine, comme la branche rompue cesse de participer à h sève du tronc, n'ont plus où puiser la force surnaturelle pour les pratiquer.

PRATIQUE

Allons au banquet céleste le plus souvent qu'il nous sera possible ; car là se trouve la véritable nourriture, qui donne à Tâme réternelle vie.

PRIÈRE

0 Dieu, qui nous avez laissé dans un sacrement admirable la mémoire de votre passion, accordeïnous de révérer tellement les mystères sacrés de voire corps et de votre sang, que nous ressentions sans cesse dans nos âmes le fruit de la Rédemption que vous avez accomplie, vous qui étant DIqu, vive? et régnez, etc.

m DEUXIEME DIMANCHE APRES U PENTECOTE

U£iS l'octave du saint SACnilBKT.

ÊPITRE (1 Jean, m, 13-18).

SeTonsétcmnezpas, mes frères, si le monde vous hait. Nous, nous reconnaissons à notre amour pour nos fibres, que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n'aime point demeure dans la mort. Tout homme qui hait son frère est homicide, et vous savez que nul homicide n'a la vie étemelle en lui. Ce qui nous a fait reconnaître l'amour de Dieu^ c'est qnll a donné sa vie pour nous. Et nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. Comment un homme qui possède les biens de ce monde et qui, voyant son frère dans le besoin, lui ferme son cœur, aurait-il en lui l'amouT de Dieu? Mes petits enfants, n'aimons point de bouche ni en paroles, mais en œuvre et en vérité.

L'Apôtre fait ressortir icTIi différence essentielle

de la vie mondaine et de la vie chrétienne ; c'est la différence de la haine à Tamour. Le inonde hait tout ce qui le gêne ou le contrarie, tout ce qui Tempêche d'arriver k ses fins, ou le blâme dans sçs vices. Or, le chrétien le gêne singulièrement en refusant de participer à ses injustices, en les combattant par sa droiture, en les condamnant par son exemple. Il ne doit donc pas être surpris que le monde le haïsse, et ce serait un malheur pour lui d'avoir son affection ; car, suivant la parole de Jésus-Christ (Jean, XV, 19), il n'aime que ce qui loi ressemble. Il faut donc s'attendre à son animadversion, quand on ne veut plus suivre ses maximes ni se conduire par son esprit ; et s'en plaindre ou s'en étotfner, c'est une preuve qu'on n'en est pas encore détaché, au moins par le cœur, et qu'on voudrait servir les deux maîtres à la fois. Le vrai chrétien, au contraire, ne hait personne, pas même son ennemi ou ceux qui lui font du mal. Quand il n'a point de sympathie pour eux, ce qui est instinctif et ne dépend point de sa volonté , il s'intéresse à leur véritable bien, il est prêt à tout faire pour le salut de leur âme. Là est vraiment la charité, qui consiste à aimer notre frère conmie Dieu nous aime tous, c'est-à-dire iTvec prévenance, sans motif d'intérêt, et uniquement pour le bien de celui qui en est l'objet. Le véritable amour, ou la charité, se reconnaît donc au sacrifice; et il acquiert sa plé-

nitade oa sa perfection par le déyouement de soimême aux autres, ou par Timmolation du moi, à Teiemple de Jésus-Christ, qui s'est fait volontairement victime pour expier les péchés des hommes. C'est pourquoi, si nous voulons devenir parfaits, comme le Père céleste est parfait, comme Jésus- Christ est parfait, nous devons donner notre. vie pour nos frères, comme le Père a doni^é son Fils unique pour nous sauver, comme le Fils a donné sa vie pour nous racheter. (5ue si nous n'avons point Toccasion ou la force de pratiquer la charité à ce point, si notre vie ne nous est pas demandée pour le bien dqs autres, ce à quoi, en effet, tous ne sont pas appelés ici-bas, au moins, dit l'Apôtre, donnons de nos biens, de tout ce qui nous appartient, et le plus que nous pouvons, pour secourir nos frères dans le besoin. L'amour que nous avons pour eux, et sans lequel nous ne pouvons être sauvés, puisque celui qui n'aime point est dans la mort, se mesure k ce que nous abandonnons pour les aider ; et ainsi nous serons d'autant plus vivants de la vie divine, que nous participerons davantage à la charité de Jésus-Christ, dont l'immolation pour les hommes a été sans liniites. Voulez-vous connaître si vous aimez réellement vos frères, dit saint Jérôme, si vous avez cette charité chrétienne qui nous est tant recommaïuiée ? Voyez si vous êtes disposé à exposer votre

vie pour leur sahtt, comme Jésas a ckmnë la sieime pour Boas racheter. Voyez an moins, ajouterons* noms, si vous êtes capable de sacrifielr une partie de Totre fortune, de votre temps, de yos peines an. soulagement des autres, ou à leur procurer ce qui leur est vraiment utile ; car il n*y a personne qui ne puisse faire quelque sacrifice à cet égard. Ceuxlà sont donc coupables qui ne donnent pas même aux pauvres une partie de leur superflu, et ils sont très^nalheureux au milieu de leur bonheur du monde; car ils sont dans la mort s'ils n'aiment point leurs frères, et ils n'aiment point Dieu, puisqu'ils n'aiment point les hommes. Ne participant pas à la charité ni au sacrifice du Sauveur, ils n'auront point de part non plus aux bienfaits de la Rédemption. Dieu les abandonnera comme ils ont délaissé leurs frères, et ils resteront dans la mort, parce qu'ils n'ont pas voulu passer de la mort à la vie par l'amour.

Jésus étant à table chez l'un des principaux pharisiens dit : Un homme prépara un grand repas, auquel il invita beaucoup de n[H)nde, et, à l'heure marquée, il envoya son serviteur avertir les invités devenir, parce que tout était

APRÈS LA PEFTBCXyrE. 375

prêt. Mais tousse mirent à s'excuser. Le premier hiîdîl : J'ai acheté une campagne, et il fiiut que j'aille la yoîr, je vous prie de m'excuser. Le second dit : J'ai acheté cinq paires de bœufs, et je m'en vais les essayer, je vous prie de m'excuser. Un autre dit : Je viens de me marier, et mai je ne puis y aller. Le serviteur étant revenu rapporta ces paroles à son mattre. Alors" le père de fhmille irrité dit à son serviteur : Allez sur-le-champ sur les places et dans les rues de la ville, et amenez ici les pauvres, les infirmes, les aveugles et les boiteux. Seigneur, dit le serviteur, ce que vous avez ordonné'est td^ et il y a encore de la place. Alors le mattre loi dit : Allez dans les chemins et le long des haies, et forcez les gens d'entrer, afin que ma maison se remplisse; car je vous déclare qu'aucun de ceux que j'avais invités ne prendra part à mon festin.

Le repas préparé k grands frais pour plusieurs iiïTités est le banquet sacré où est servi aux con- ▼i^^ le pain descendu du ciel, la véritable nourriture qui procure la vie étemelle k ceux qui la mangcŒt. Les premiers invités étaient les enfants

d'Israël ou le peuple choisi qui avait été formé et conservé par Dieu au moyen de tant de merveilles, parce que du sein de cette nation devait sortir le Messie, le libérateur, Celui qui devait racheter le genre humain au prix de son sang. C'est pourquoi quand tout a été prêt pour opérer le salut du monde, après toutes les prophéties, qui étaient des invitations répétées h, prendre part à l'œuvre divine, le maître du ciel ou le Père de famille a envoyé ses serviteurs, c'est-à-dire ses apôtres pour appeler les convives au festin préparé et annoncé depuis le commencement du monde. Jésus a dit, en effet, qu'il était venu d'abord pour les enfants d'Israël, et les apôtres ne se sont tournés vers les nations que parce que les jui^s ont refusé de les écouter et repoussé la grâce de leur appel. Pourquoi? parce que, aveuglés par le sens charnel et les yeux de l'âme couverts d'un voile, ils n'ont reconnu ni l'hôte divin ni ses serviteurs. Ils aimèrent mieux cultiver leurs terres , soigner leurs animaux et s'établir d'une manière quelconque dans le monde, que de quitter tout cela po\ir le banquet céleste où ils étaient conviés. D'ailleurs, n'estimant les choses que par l'apparence, ils méprisèrent l'humilité et la faiblesse extérieure de Jésus, qiii ne fut à leurs yeux que le fils d'un ouvrier, remarquable sans doute par sa parole et par ses œuvres, mais ne répondant

APRÈS LA PENTECOTE. 377

nullement à l'idée qu'ils s'étaient formée du Messie^ qui devait être un grand roi, capable de les délivrer du joug des nations et de les rendre par ses conquêtes les maîtres du monde. Ils ne vou* Inrent donc point suivre le Fils de Dieu fait homme, •et bkn qu'appelés à plusieurs reprises par ses envoyés, ils dédaignèrent son festin.

Mais cette parabole peut aussi s'appliquer aux chrétiens, parmi lesquels un si grand nombre né • gligenl le pain du ciel qui leur est oflert pour celui de la terre ou les joies qu'elle peut donner. Combien y a-t-il de chrétiens fidèles s'approchant fréquemment du banquet sacré, et qu'est-ce que ce nombre auprès de la multitude qui s'en tient éloignée en le méprisant? Et pourquoi cette négligence ou ce dédain? Hélas ! comme chez les juifs, c'est la prédominance du sens charnel qui en est la cause ; c'est l'esprit du monde qui empêche de répondre à l'appel de Dieu. On n'a pas le temps de s'occuper des choses du ciel, tant on est absorbé par celles de la terre. Ce sont aussi des champs qu'on vient d'acheter, des chevaux de luxe ou des animaux de trait à essayer; c'est un mariage k négocier ou à conclure, un établissement quelconque k former, des affaires k soigner, de l'argent à gagner, des plaisirs de toute sorte à se procurer. Bref, comme l'indique l'évangile de ce jour, ce sont surtout ceux qui possèdent quelque chose et

qn'on appelle les heureux du siècle, qui refusent l'invitation du maître du ciel, justement parce qwe, en raison de leur richesse et des affaires qu'ele entraîne, ils n'ont ni le goût ni le loisir de s'occuper de celles du ciel. Aussi le maître, indigné de leur refus, envoie chercher pour les remplacer* les pauvres, les infirmes, et tous les malheureux de la terre. H en remplit sa maison et leur fait servir son festin avec toute son abondance, comme autrefois les grâces de l'Évangile ont été pour les gentils au défaut des juifs dédaigneux et ingrats. Cest pourquoi le Sauveur a dit : Beati paupms (Matth., V, 3), heureux les pauvres, en ce sens surtout que leur âme , n'étant point fascinée et possédée par les trésors de la terre, peut s'ouvrir plus facilement à la vertu de la parole céleste et concevoir le désir des biens étemels. Ils sont aussi exposés à moins de tentations, et, souffrant ici-bas par la privation des joies de ce monde, s'ils savent porter patiemment cette souffrance, acceptant leur triste fortune avec résignation et sans murmure , ils méritent d'en être dédommagés ailleurs par la justice divine, tandis que les riches ont leur paradis ici-bas. Pauperes evangelizantur (Luc, YII, 22), la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres, c'a été un des signes de l'avénemènt du Messie , ainsi que la guérison des aveugles, des sourds, des muets, des boiteux, des paralytiques, de tous ceux,

APRÈS LA PENTECOTE. 379

en wa. mot, qui sont appelés dans révangile de ce jour à s'asseoir au banquet sacré, à l'exclosion des premier» invités, qui ont préféré les biens de la terre à ceux du ciel.

PRATIQUE

Si nous Tenions être vraiment charitables, ne nous tenons pas à des paroles gracieuses, à des protestations obligeantes, à des offres de service, ce qui est l'ordinaire de la politesée du monde ; mais aimons en myre et en vérité, c'est-à-dire ouvrons notre bourse, ébffgisscms notre table , prêtons nos bras, nos fbrces, notre esprit, notre cœur pour aider ceux qui en cmt

paiiRE.

£aites, Seigneur, que nous ressentions toujours une crmte respectueuse et un amour ardent pour votre saint nom, puisque votre providence n'abandonne jamais ceux que vous avez établis dans votre amour; par notre Seigneur Jésus-Christ, etc.

Page 1