‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtesChapitre 73 sur 103 · LEÇON TIREE D'ISAÏE, VII · texte numérisé non relu

LEÇON TIREE D'ISAÏE, VII

Le Seigneur, continuant de parler à Achaz, lui dit : Demandez au Seigneur votre Dieu qu'il vous fasse voir un prodige ou du fond de la terre ou du plus haut du ciel. Achaz répondit : Je ne le demanderai point et ne tenterai point le Seigneur. Et Isaïedit : Ecoutez donc, maison de David, ne vous suffit-il pas de lasser la patience des hommes sans lasser aussi celle de mon Dieu? C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe. Une Vierge concevra, et elle enfantera un fils, qui sera appelé Emmanuel. U mangera le beurre et le miel, jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien.

Il est impossible de prophétiser plus clairement, plus nettement, l'Incaniation du Verbe par la conception et l'enfantement d'ime Vierge, ainsi que

la divinité de Tenfant qu'elle mettra au monde: car il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. Il sera le Fils du très-haut et il régnera éternellement sur la maison de Jacob.

Pour concevoir Téconomie admirable de ce mystère fondamental du salut, méditons les paroles suivantes du pape saint Léon (2 de nativitaîe Domini).

« Le' Dieu tout-puissant et clément, dont la. nature est bonté, la volonté puissance, et Tactionmiséricorde, aussitôt que la malice du démon nous eut donné la mort par le venin de la jalousie, annonça dès le commencement les remèdes^ de son amour destinés à réparer l'himianité. U annonça au serpent la semence futmre de k femme, doiA la vertu écraserait l'orgueil de sa tête coupable, à savoir le Christ qui devait venir dans la chair. Dieu et homme tout ensemble, et qui, né d'une Vierge, condamnerait par sa naissance immaculée le corrupteur de la race humaine. Car, parce que le démon se glorifiait de ce que l'homme trompé par sa ruse avait été privé des dons divins, et que dépouillé de l'immortalité il subissait la duresontence delà mort; ce qui avait procuré à Satan une certaine consolation par la complicité de son crime, et en obligeant Dieu par l'exigence d'une juste sévérité à changer son ancienne disposition envers l'homme qu'il avait créé^aveo tant d'honneur; il a

Mh que par la dispensation d'nn conseil secret le Dieu immuable , dont la volonté ne peut étpe séparée de sa bonté, complétât le premier plan de son amour par un sacrement plus cacké, afin que rhomme entraîné au mal par la malice du diabte ne périt point contre la volonté divine. Les temps assignés à la Rédemption du genre humain étant donc arrivés, Jésus- Christ, notre Seigneur, entre dans le monde inférieur, descendant du trône céleste sans se retirer de la gloire de son Père, en* gendre dans un nouvel ordre de choses par une nativité nouvelle. Gar, invisible dans sa nature, il s'est fait visible dans la nôtre; incompréhensible, il a voulu être compris ; antérieur à tous les temps, il a commencé à être dans le temps ; maître de Tunivers, il a revêtu la forme du serviteur en voilant sa majesté; Dieu impassible , il n'a pa$ dédaigné d^étre un homme passible, et de se soumettre aux lois de la mort, quoiqu'il lut immortel. »

L'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth à une Vierge fiancée à un homme de la maison de David nommé Joseph, et cette Vierge s'appelait Marie* L'ange en l'abordant lui dit : Je vous salue.

pleine de grâce : le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. Elle fut troublée en entendant ces paroles, et eUese demandait ce que c'était que cette salutation. L'ange lui dit : Ne craignez point, Marie; car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Vous concevrez dans votre sein et vous enfanterez un fils, auquel vous donnerez le nom de Jésus. II sera grand, il sera appelé le Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. Alors Marie dit à l'ange : Comment cela se ferat-il, puisque je né connais point d'homme? L'ange lui répondit : Le Saint-Esprit descendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi Celui qui naitra de vous sera saint et sera appelé le Fils de Dieu. Et voilà que votre cousine Elisabeth a ellemême conçu un fils dans sa vieillesse, et celle qu'on appelait stérile est maintenant dans son sixième mois, parce qu'il n'y a rien d'impossible à Dieu. Marie dit alors : Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole.

Le mystère quî s'accomplît en ce jour est la substance du christianisme, le principe de notre rédemption, le fondement 'de notre espérance. Dieu y cache sa majesté souveraine sous la livrée de la servitude. Un Dieu s'abaissant juJ^qu'à devenir le fils d'une femme ; une femme élevée jusqu'à être la mère de Dieu ; le Verbe faU homme sans cesser d'être Dieu ; Marie qui devient mère sans cesser d'être vierge; tels sont les faits incompréhensibles à la raison que l'Église proclame en ce jour comme des vérités, et qu'elle propose à notre foi, à notre vénération, à notre adoration. La Trinité sainte a dit : Refaisons l'homme à notre image, qu'il a laissée s'effacer en lui, et chacune des trois personnes coopère à cette restauration. Le Père envoie le Fils revêtir la nature humaine , le Fils unit son consentement à la volonté du Père, et le Saint-Esprit opère ce prodige d'amour. L'ange Gabriel est chargé de l'annoncer à la terre, à une jeune Vierge , de la race de David, mais épouse d'un artisan, élue pour être la réparatrice du genre humain et la mère de son Dieu. Le Verbe, daignant s'abaisser jusqu'à se faire chair dans le sein d'une femme, a choisi pour mère la plus digne, celle qui s'approchait le plus de l'infinie perfection, dont elle allait devenir le tabernacle. Par un privilège spécial, elle a été conçue sans péché, et jamais le péché n'a

souillé son cœur ni ses lèvres. Enfermée dès Fâge le pins tendre dans le temple, elle y a fait le t(bq d'une virginité perpétuelle , elle y a grandi dans la pureté à l'ombre du sanctuaire. Sa virginité da corps et de Tâme est le principe de sa maternité miraculeuse, et son humilité la cau^ de son ificompréhensible élévation.

Cependant le consentement de Marie était une condition nécessaire à la régénération du geare humain. L'ambassadeur de Dieu le lui demande; car, comme la faute volontaire de notre première mère avait causé notre chute, la volonté libre delà seconde sera Tinstrument de notre réhabilitation. Le monde sera sauvé, parce que le Verbe Tanra voulu et que Marie y aura consenti, et commet ne consenti rait-elle pas au dessein de l'amonr divin, elle qui élait déjà pleine de grâces, unie au Seigneur, et bénie entre toutes les femmes? Néanmoins elle est troublée en entendant la parole de l'ange, et avant d'acquiescer par sa foi, elk cherche dans son esprit k s'expliquer ce qui loi arrive. Alors l'ange lui révèle le mystère qui va s'accomplir en elle, Tlncarnation du Fils du Très- Haut dans son sein virginal, l'union hjpostatique ^e la divinité et de l'humanité en la personne de Jésus. Donc Marie est véritablement et proprement la mère de Dieu, Par sa génération éternelle le Christ était le Fils de Dieu; par sa gêné-

ittkm dâB8 le temps il devient le Fils de Marie. Marie a le droit de lui dire comme le Père •céleste : vous êtes mon Fils, que j'ai engendré aujourd'hui. Aucun esprit n'a de pensée, aucune langue n'a de terme pour comprendre et exprimer ces deux générations : Generationem ejus quls enarrabil? (Isaïe, XXXIII, 8.)

Toutefois, il reste encore à Marie une inquiétude. Elle a fait vœu de vii^nité et elle veut avant tout y rester fidèle : ce qu'elle fait entendre en disant qu'elle ne connaît point d'homme. L'ange se h&tedela rassurer en lui annonçant que Celui dont elle sera la mère aura Dieu pour Père, et qu ainsi en acquérant aux yeux de toutes les nations la gloire de la matenaité divine, elle conservera devant les anges le mérite de sa virginité, et que le prix de son inaltérable pureté sera, de devenir plus pure encore par son enfantement surnaturel. Prodige unique, dit saint Augustin, et qui ne s'est opéré qu'en Marie, qui a eu le privilège insigne d'unir en elle la fleur de la vierge avec la fécondité de la mère!

Alors Marie acquiesce à ce qui lui est annoncé par la parole la plus humble qui doit être la devise de toute âme chrétienne, destinée aussi à devenir à sa manière Tépouse du Très-Haut. C'est au moment où elle est proclamée la mère de son Sieuy qu'elle se dit humblement sa servante. Ce

consentetaent libre, qni lui est demandé, elle le prononce comme tin acte d'obéissance, et sa réponse si soumise est pleine de vertu. Elle consomme le mystère de Plncamation divine, accoin« plit les prophéties et rend à la nature humaine déchue plus qu'elle n'avait perdu par son péché. Marie emploie pour concourir à régénérer le monde la même expression dont Dieu s'est servi pour le créer. Mais le mot fUit a dans son hiimble bouche un effet plus admirable encore. Principe de notre existence, il le devient de notre rédemption. Il n'avait opéré dans l'origine que sur les créatures; en ce moment il agit sur Dieu laimême, qu'il fait descendre du ciel dans les entrailles de la Vierge, où la divinité s'unit à l'humanité pour régénérer le monde.

PRATIQUE

Toutes les fois que la volonté de Dieu nous est déclarée, et quoi qu'elle demande et quUl nous en coûte, disons du fond du cœur comme Marie et avec tout Tabandon de notre volonté : Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon sa parole!

PRIÈRE

Mon Dieu, qui avez voulu que votre Verbe prit un corps dans le sein de la bienheureuse vierge Marie,

au moment où Tange lui amionça ce mystère, accordez à DOS prières, que, en honorant celle que nous croyons être véritablement la mère de Dieu, nous soyons aidés près de vous par son intercession. Par notre Seigneur Jésus-Christ, etc.

LEÇON TIRÉE DISAÏE, XLIX, 1-3 et 6-7.

Iles, écoutez, et vous, peuples éloignés, prêtez Toreille. Le Seigneur m'a appelé dès le sein de ma mère; il s'est souvenu de mon nom, lorsque j'étais encore dans ses entrailles. Il a rendu ma bouche comme un glaive aigu; il m'a protégé de l'ombre de sa main; il m'a mis en réserve comme une flèche choisie. Il m'a caché dans son carquois et il m'a dit : Vous êtes mon serviteur Israël et je me glorifierai en vous. Et maintenant le Seigneur me dit, lui qui m'a formé dès le sein de ma mère pour être son serviteur : Je vous ai établi pour être la lumière des nations et 1q salut que j'envoie jusqu'aux extrémités de la terre. Les rois vous verront et les princes se lèveront devant vous et adoreront à cause du Seigneur qui est fidèle et du saint d'Iraël qui vous a choisi.

Ces paroles dlsaïe s'appliquent directement à saint Jean-Baptiste. Le Seigneur Ta appelé dès le sein de sa mère ; car il a étéjormé par une conception merveilleuse; son père et sa mère^ d'après la r^fxmse de Zacharie à l'ange, n'étant plus en état d'avoir des enfants. La même chose est arrivée pour Isaac, l'enfant de la promesse ^ dont la naissance fut aussi annoncée par un ange. La pieuse Anne, qui était stérile , conçut Samson à peu près de la même manière^ et la naissance du prophète Élie fut marquée du même signe. Mais Jean eut par-dessus tous les autres le privilège d'avoir été rempli du Saint-Esprit avant d'être né, quand la sainte Vierge visita sa mère. L'Église célèbre le jour de sa naissance ou sa nativité, parce qu'il était déjà sanctifié en venant au monde. Le Seigneur a préparé sa parole comme un glaive aigu, qui percera les cœurs endurcis des juifs par l'annonce du Messie, qui peut seul les sauver de la colère céleste. G est une flèche choisie qui ii:a directement frapper le but. Il servira de Qambeau aux nations et sa lumière s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre, parce qu'en effet tous, juifs et gentils , viendront entendre sa prédication dans le désert et lui demanderont ce qu'ils doivent faire pour être sauvés.

Le temps des couches d'Elisabeth arriva et elle enfanta un fils. Ses voisins et ses parents, ayant appris que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde sur elle, l'en félicitaient. Et étant venue le huitième jour pour circoncire l'enfant, ils voulaient le nommer Zacharie du nom de son père. Mais la mère leur dit : Non, il s'appellera Jean. Ils lui répondirent : Il n'y a personne dans votre famille qui porte ce nom. Ils demandèrent alors par signes au père de l'enfaut comment il voulait qu'on le nommât. D demanda des tablettes et écrivit : Jean est son nom : ce qui les remplit tous d'étonnement. Aumôme instant sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia, et il parlait en bénissant Dieu. Tous leurs voisins furent saisis de crainte, et le bruit de ces merveilles se répandit dans toute la région des montagnes de la Judée. Tous ceux qui en entendirent parler en conservaient le souvenir dans leur cœur, disant : Que pensez- vous que sera cet enfant ? car la main du Seigneur est avec lui. Et Zacharie, son père, fut rempli du

Saint-Esprit, et il prophétisa en disant : Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, de ce qu'il a visité et racheté son peuple.

L'Eglise solennise la Nativité de saint Jean, bien qu'ordinairement elle place la fête des saints au jour de leur mort et quand ils sont allés au ciel. Il n'y a que Notre -Seigneur et la sainte Vierge dont le jour de naissance soit célébré; ce qui met déjà Jean-Baptiste hors ligne parmi les saints^ suivant la parole de Jésus-Christ, Jean est plus qu'un prophète, et il n'y a personne au-dessus de lui parmi les enfants des ^hommes. II est plus qu'un prophète; car il a eu le bonheur de voir Celui dont il annonçait la venue ; il lui a parlé, Ta baptisé, et il a entendu la voix du ciel qui le proclamait le Fils de Dieu. Aussi saint Jean a une position unique, celle de précurseur du Messie, appelé à lui préparer sa voie, la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur et rendez droits ses sentiers. (Is., XL, 3.) Il a annoncé l'Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde, et il a eu Thonneur de l'aider à commencer sa divine mission en répandant sur sa tête l'eau du Jourdain. Il lui envoie ses disciples, leur déclarant qu'un plus grand que lui est arrivé , dont il n'est pas digne de dénouer la chaussure. Il vit dans

le désert de la manière la plus mortifiée, mangeant du miel sauvage et des sauterelles, couvert d'uns tunique de poil de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il est tout entier à son ministère, qui est d'annoncer à tous le royaume de Dieu qui s'approche et les moyens de Tobtenir. Q enseigne à tous la vérité, la justice, pour les disposer à recevoir la parole du ciel ; à tous il reproche leurs fautes, au peuple, aux princes, aux rois, à Hérode qui vivait dans l'adultère et dans Tinceste. Aussi, il fut martyr de son zèle, et le ressen^ timent de la femme dont il voulait séparer le roi, saisit avec empressement la première occasion de se délivrer de ce censeur importun au milieu de Torgie d*un festin, et quand ce roi ivre était enchanté de la danse d^Hérodiade.

PRATIQUE

Considérons avec respect cette belle figure de saint Jean-Baptiste, et sa vie consacrée tout entière à la prédication de la vérité et de la justice, afin d'y puiser du courage et de la force pour devenir non pins les précurseurs mais les défenseurs de Jésus Christ au miheu des erreurs, des mensonges, des blasphèmes et des iniquités du monde où nous vivons, soutenant loyalement sa doctrine et sa cause par la confession de notre foi et en dépit des moqueries, des mépris, des calomnies et des persécutions des ennemis de TÉglise.

PRIÈRE

Mon Dieu, qui avez rendu ce jour vénérable par la naissance de saint Jean-Baptiste, faites que votre peuple soit rempli d'un zèle céleste, et que vos fidèles marchent avec ardeur dans la voie du salut éternel, par Notre*Seigneur, etc.

tB Juin.

LEÇON TIRÉE DES ACTES DES APOTRES, XII, Ml.

En ce temps-là, le roi Hérode se mît à persécuter TÉglise. Il fit mourir par le glaive Jacques, frère de Jean, et voyant que cela était agréable aux juifs, il fit aussi arrêter Pierre. C'était alors les jours des azymes. Il le mit en prison et il le donna à garder à quatre escouades de quatre soldats cliacune, voulant le faire exécuter publiquement après la fête de Pâques. Pierre était donc gardé en prison , et FÉglise adressait saris cesse des prières à Dieu pour lui. Or, la nuit même du jour où Hérode devait le faire mourir, Pierre dormait entre deux soldats, lié par deux chaînes, et des gardes étaient postés devant la porte de la prison. Tout à coup le lieu fut rempli de lumière et un ange du Seigneur apparut, et poussant Pierre, il le réveilla et lui dit : Levez-vous promptement. An même instant les chaînes tombèrent de ses

mains. Mettez votre ceinture, lui dit l'ange, et chaussez-vous. Il le fit, et l'ange ajouta : Habillez-vous et suivez-moi. Pierre sortit et le suivait sans savoir si ce qui était fait par Tange était une réalité ou un songe. Quand ils eurent passé le premier et le second corps de garde, ils arrivèrent à la porte de fer qui conduit à la ville ; elle s'ouvrit d'elle-même devant eux. Ils sortirent et allèrent jusqu'au bout de la rue, et l'ange le quitta. Alors Pierre étant revenu à lui dit : Je vois maintenant que le Seigneur a envoyé son ange, et m'a délivré de la main d'Hérode et de FaUente du peuple juif.

Ge passage des Écritures saintes nous offre im nouvel exemple de Tefiicacité de la prière publique, où beaucoup d'âmes se confondent dans un même vœu, dans uBe supplication commune exprimée par la manifestation d'une même foi. Ici encore, et plus qu'ailleurs, l'union fait la force, et quand plusieurs volontés s'associent pour deman-^ der quelque chose à Dieu au nom de Jésus-Christ, leur réunion même, qui s'opère dansFEsprit-Saint, donne une telle puissance d'attraction à leur désir, qu'elle obtiennent presque toujours l'objet de leur prièr^^ Du reste, le Seigneur nous l'a dit : Quand

662 SAmT PIERRE.

deux oa plusieurs d'entre yoiis sont assemblas « mon nom, je sois au milien d'eux.... et ailleurs : Tout ce que vous demanderez en mon nom vous sera accordé. Remarquons seulement que la promesse n'a été faite qu'aux âmes vraiment unies dans lesprit de Jésus-Christ, donc animées d'une foi commune et demandant imiquement par Tim» pulsion de leur foi ce qui n'est contraire ni à la vertu, ni à la justice de Dieu. Or, il est dit ici que rÉgliee adressait sans cesse des prières au ciel pour la délivrance de son chef, de celui que Jésus^ Christ avait établi la pierre fondamentale de la maison de Dieu et sur lequel reposaient les promesses divines. Sa prière était donc inspirée par l'Esprit-Saint qui est en elle, et elle demandait ce qui était conforme à la parole et à la volonté divines. Aussi fut-elle exaucée, comme nous le voyons dans le rédl des Actes des apôtres.

L'Église catholique se trouve encore aujourd'hui dans une situation semblable, hiefù que sous une autre forme. Un roi de la terre entoure le patri» moine de saint Pierre de ses soldats;, il garde à vue le dief de TÉglise pour l'exécuter moralement devant le peuple, dès qu'il le pourra, c'est-ànlire pour rendre nulle ou détruire sa souveraineté temporelle, condition indispensable de son indé* p^dance ^irituelle. La révolte excitée tout autour du Saint-Siège par les meoiées^ les violences de

SAINT PIEEOIE. SSa

l'esprit révolntionnaire frémit aux portes de Rome, dans Rome même, et en vérité les choses en sont venues au point, qu'il semble que Pierre, encore cette fois, ne puisse être sauvé que par un mira* de. Or, nous- voyons comment les miracles s'obtiennent, par la prière multipliée et persévérante. Prions donc, nous tous catholiques, enfants fidèles de l'Église; demandcms instamment à Dieu par notre Seigneur Jésus-Ghrist la délivrance de son vicaire sur la terre, demandons-la avec l'ardeur de notre foi commune, dont l'énergie augmentée par son unité fera mie douce violence au cieL Puis attendons avec confiance et patience jusqu'au dernier moment; car nous voyons iâ que Dieu n'a envoyé son auge libérateur que la nuit du jour ou Pierre devait être exécuté. Le secours du ciel peut arriver à la dernière heure»

Si nous considérons ce fait au sens spirituel, outre le miracle réel et sensible qui s'y produit, en peut encore y voir le symbole de la délivrance d'une âme captivée par le péché qui va' la conduire à la mort, et gardée en attendant par ses passions et par les mauvais esprits qui les excitent, jusqu'à ce qu'elle périsse devant le peuple ou au grand scandale du monde où elle vit. Cependant l'Église intercède pour elle, soit par la prière généfiale en faveur de tous les pécheurs, soii par des associations spéciales à cette

664 SAINT PIËRRS.

fin, 3oit par les supplications secrètes d'une mère, d'une sœur, d'une épouse, d'une fille, de bonnes âmes attachées à la nîalheureuse âme en perdition, et qui ne cessent de demander sa conversion et son salut. Alors, pendant qu'elle dort dans sa prison sous la garde de ses mauvaises pensées, qui ne la quittent pas même pendant le sonmieil, un ange la réveille doucement, son ton ange sans doute, qtii lui dit au fond du cœur : Lève-toi promptement, comme le fils prodigue se mit à dire dans l'excès de sa misère : Surgam et ibo ad jxUrem ^meum, je me lèverai et jHrai vers mon père. G*est le moment critique entre la grâce prévenante et la volonté captive du mal. Si elle réagit tout aussitôt à la motion qui lui est imprimée à ce que la grâce lui propose, alors elle est débarrassée soudainement de ses chaînes et eUe se redresse, se lève et se met en mouvement sous la conduite de l'ange libérateur, même au milieu de Tétonnement, de Tétourdissement de ce qu'elle éprouve, et croyant rêver. Il lui est dit de prendre sa ceinture, c'est-à-dire de serrer ses reins par la justice en ne cédant plus aux illusions de la concupiscence qui en sortent ; de mettre sa chaussure pour marcher solidement, sûrement dans sa voie nouvelle et de prendre ses vêtements, le vêtement que l'Église donne aux chrétiens régénérés, la robe de l'innocence baptismale, la robe neuve que

le père donne à l'enfant prodigue repentant, ou l'aube lavée dans la piscine de la pénitence. Si le pécheur accomplit fidèlement tout ce qui lui est dit par son bon ange et marche avec docilité sous sa conduite, il traverse avec lui sans danger les postes des gardes qui le tenaient captif, et il arrive enfin sain et sauf à la porte de fer de la prison, qui s'ouvrant spontanément devant lui, malgré les verrous dont elle est chargée, le rend à la liberté des enfants de Dieu. Alors seulement se sentant échappé aux liens du mal et réconcilié avec l'Église, respirant l'air du ciel qui la vivifie, et qui le rend à là conscience de lui-même, il reconnaît qu'il est vraiment libre ; que ce n'est ni un rêve ni une illusion, mais une grâce du Seigneur, qui lui a envoyé son ange pour le délivrer du joug du démon et de la mort éternelle.

Jésus étant venu aux environs de Césarée demanda à ses disciples : Que disent les hommes qu'est le Fils de l'homme? Ils lui répondirent : les uns disent que c'est Jean-Baptiste, les autres Élie; d'autres Jérémie ou l'un des prophètes. Et vous, leur dit Jésus, qui dites-vous que je suisî Simon-Pierre prenant la parole

lui répondit : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus reprit : Vous êtes heureux, Simon fils de Jona; car ce n'est point la chair et le sang qui vous ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les deux. Et moi, je vous dis que vous ôtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer d& prévaudront point contre elle. Je vous donnerai les clefs du royaume des cieux. Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié aussi au ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera aussi délié dans les cieux.

Plusieurs points importants de la doctrine catholique sont posés nettem^at par cet évangile.

1** La divinité de Jésus-Christ est affirmée hautement par saint Pierre qui répond sans ambages à la question de son maître, que dites-vous que je suis? Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus lui-même, quand il est interpellé à ce sujet, parle aussi catégoriquement. Il se déclare Dieu et le Fils de Dieu : Ego sum principium qui et vobk loquor; moi qui vous parle je suis le principe. (Jean VIII, 25.) Philippe, qui voit le Fils voit le Père. (Jean , XIV, 9.) Mon Père et moi nous sommes un. (Jean, JK, 50.) Au grandprétra qsi.

SAINT EIBRRE. 6^7

l'adjurant de déclarer ce qu'il est et de ne point les tenir en suspens, lui demande : Étes*-yous le Fils de Dieu? Il répond: Je le suis. (Luc, XXII, 70.) Puis il ajoute: Vous verrez bientôt le Fils de l'Homme venir sur les nuées dans la gloire du Père, et le grand prêtre s'écrie qu'il a blasphémé en se faisant Dieu* En cent endroits divers le Sauveur parle à ses disciples de Dieu son Père. Je retourne' à mon Père; comme mon Père m'a eovoyé, je vous envoie. Je vous remercie, ô mon Père , d'avoir révélé ces choses aux petits et aux ignorants , etc.

2'* Que la science des vérités éternelles ne s'acquiert point par les moyens naturels de connaître, à savoir la perception des sens et les opérations de la raison, complètement insuffisants en cette matière; et c'est pourquoi ceux, qui ne veulent admettre que ce qui est saisissable. bu démontrable par cette voie de la chair et du sang, conune dit l'Évangile, n'arrivant point à connaître le surnaturel qui les dépasse et dont ils n'ont pas le sexis^ le révoquent en doute s'ils sont prudents, ou le nient hardiment s'ils sont passionnés. La foi est l'adhésion de l'esjMrit et de la volonté au témoignage de la parole divine, annonçant à l'hoimne ce qu'il ne peut ni sentir ni voir, comme tout témoignage. Mais quoique préparée par des motifs de crédibilité, elle ne naît cependant et ne s'affer»-

mit dans le cœur que par une grâce spéciale qui le touche, réclaire, et l'entraîne. Humaine par l'acte de raison et de liberté qu'elle implique, elle est divine par son principe et par son objet. Ânssi le Seigneur dit à Pierre, que Dieu seul lui a révélé sa divinité. Et cela est vrai de deux manières, extérieurement par la parole divine qui Ta annoncée, intérieurement par la grâce qui norte ày croire ; car, comme il a dit ailleurs, personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et ceux auxquels il a voulu le manifester. La science de la religion et des dogmes sur lesquels elle repose est donc due imiquement à la révélation, et la raisoB humaine, incapable de percevoir en elle-même les vérités révélées; peut cependant et même doit, si cela est nécessaire, démontrer la possibilité, la nécessité morale et enfin la réalité de la révélation. 3** Que Pierre ou le vicaire de Jésus-Christ en ce monde, le souverain pontife, est le fondement de l'Église, la pierre fondamentale sur laquelle elle est bâtie. C'est même à cette fin que le Sauveur donne à Simon, fils de Jean, un nom nouveau qui exprime ce qu'il va devaiir par son élection. Tu es PetmSy et super hanc petram xdificabo ecclesiammeam,(MeLXÛi.^XVIj 18.) C'est la devise du temple de Saint-Pierre à Rome inscrite autour de sa coupole. Et, comme pour montrer l'efficacité de la foi, il semble par la circonstance où cette

parole est dite, que Simon ne devienne Pierre on le fondement de TÉglise , qu'à cause de la spon^ tanéité de sa profession de foi , et parce que le premier il a confessé la divinité de Jésus-Ghrist. Car Jésus lui réplique tout aussitôt : Tu dis que je suis le Fils de Dieu, et moi je te dis que tu cb Pierre, etc., etc. Comme s'il voulait dire : En ce moment même et en raison de ta foi si vive en ma divinité, je te fais le chef de mon Église. D'où il suit qu'on est plus avancé dans l'Église de Dieu, et qu'on coopère davantage à sa solidité et à sa gloire à mesure qu'on a plus de foi en Celui qui l'a fondée, et qu'on le confesse avec plus de courage devant es hommes.

4*» L'immortalité de l'Église, son indéfectibilité! Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle, c'est-à-dire que tous les efforts de l'enfer et du monde, qui s'attaqueront à elle jusqu'à la fin des temps, ne pourront la détruire ni physiquement ni moralement, ni dans son corps ni dans son esprit, parce que sa doctrine restera toujours pure et incorruptible au milieu des hérésies, que son autorité sera inébranlable et une en face des schismes, que sa juridiction s'exercera avec une indépendance souveraine en dépit des révoltes, des persécutions, et des usurpations de sa double puissance. Aussi il en va à la nouvelle Roïne comme à l'ancienne; elle a la conscience intimé, la

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tonrietion ferme que l'empire du monde lui a été doimé, et elle ne le met jamais en question, quoi qu'il arrive, même quand elle semble à deuxdcngts de sa ruine, comme on pourrait le croire aujourd'hui. Il y a seulement cette différence, que le règne de la Rome moderne s'étend sur les âmes, et que la portion de puissance temporelle qui lui est dévelue n'est que la condition de Tindépendance de son pouvoir spirituel.

5** Le don des clefs est le signe de la principauté de Pierre. C'est la puissance de punir ou de récompenser, qui est la sanction nécessaire de l'autorité. Ces clefs sont les clefs du ciel remises entre les mains de saint Pierre : ce qui lui donne le pouvoir de le fermer et de l'ouvrir, en raison de la mission que Jésus- Christ lui a donné de gouverner son Eglise , et de la fin dernière de ce gouvernement, qui est d'unir les âmes à Dieu ou de les en séparer, d'introduire au ciel ou d'en explure. Le vicaire de Jésus-Christ, et avec lui l'Église, a la puissance de délier sur la terre et pour le ciel, c'est-k-dire d'absoudre du péché mor^ tel qui en ferme l'entrée, et ainsi de détruire lœ obstacles qui empêchent les chrétiens de faire leur isalut. Mais aussi les péchés qu'il ne remet point subsistent ; les liens qu'il ne rompt pas garrottent l'âme qui reste esclave du mal et dans la mort, puisqu'elle est séparée par le péché de Celui qui

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est la vie. Au souverain pontife et à l'Église dont il est le chef s'applique donc ce que le Sauveur dit de lui-même : J'ouvre et personne né ferme ; je ii^me et personne n'ouvre. (Apoc.j III, 7.)

DkoDs donc aussi du plus profond de notre cceur avec Pierre : Seigneur Jésus, vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, et le Seigneur nous répondra intérieurement : Et toi, qui as foi en moi et qui confesses ma divinité, tu es une pierre vivante dans mon Église, qui contribuera à la consolider. Par ton adhésion à la puissance donnée à Pierre, tu participes à l'immutabilité du fondement; ta foi sera inébranlable comme la sienne, et tu éprouveras le bienfait de la puissance des clefs, qui t'ouvrira l'accès au trône de Dieu, en te délivrant pour toujours des liens du péché qui en éloigne.

PRATIQUE

En toute circonstance et quoi que nous fassions, soyons toujours prêts à confesser la divinité de Jésus-. Christ, la puissance qu'il a donnée à son vicaire sur la terre, et l'immutabilité de son Église bâtie sur le fondement de Pierre , qui est ici-bas la colonne de la vérité et le dépositaire de la doctrine divine et de tous les moyens du salut.

PRIÈRE

0 Dieu , qui en confiant à saint Pierre votre apôtre les clefs du royaume des cieux, lui avez donné la puissance de lier et de délier, faites que par son intercession nous soyons délivrés des liens de nos péchés. Vous qui vivez et régnez, etc.

SAINT paul:

ÊPITRE (aux Galates, I, 11-20).

Je VOUS déclare donc, mes frères, que l'Évangile que je vous ai prêché n'a rien de l'homme, parce que je ne l'ai reçu ni appris d'aucun homme, mais parla révélation de Jésus-Christ. Car vous avez entendu dire de quelle manière j'ai vécu autrefois dans le judaïsme, avec quel acharnement je persécutais l'Église de Dieu et la ravageais, me signalant dans le judaïsme audessus de beaucoup de ma nation et de mon âge, et ayant un zèle démesuré pour les traditions de mes pères. Mais lorsqu'il a plu à Celui qui m'a choisi dès le sein de ma mère, et m'a appelé par sa grâce, de me révéler son Fils, afin que je le prêchasse parmi les nations, je l'ai fait aussitôt sans prendre conseil de la chair et du sang; et je ne suis point retourné à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant

moi ; mais je suis allé en Arabie, et puis je suis revenu à Damas. Seulement après trois années je suis venu à Jérusalem pour voir Pierre, et je demeurai quinze jours auprès de lui. Mais je ne vis aucun des autres apôtres, sinon Jacques, frère du Seigneur. Je prends Dieu à témoin que je ne mens point en tout ce que je vous écris.

Le nom de saint Paul est deveau inséparable de celui de saint Pierre; on les confond dans la même solennité et dans la même invocation.

Tous les deux ont contribué à établir la chaire de vérité dans la capitale du monde romain, qm est devenue la capitale du monde chrétien ou de la catholicité, par leur prédication et par Teffiision de leur sang. Leur doctrine est la même, bieû qu'ils l'aient apprise d'ime manière différente «t en des circonstances diverses. Pierre Ta reçue de Jésus vivant encore sur la terre, et ensuite dn Saint-Esprit qu'il a envoyé à ses apôtres. Paul, qui n'avait point connu le Seigneur pendant sa vie, l'a vu et entendu après sa mort, quand, renversé sur la route de Damas et aveuglé dans les yeux du corps, il a été illuminé dans «on esprit par la lumière dn ciel, qui lui a dévoilé les vérités éternelles et tout ce qui est nécessaire au salut des

hommes. C'est pourquoi Paul affirme que TÊvangile qu'il prêche n*a rien d'humain, d'abord parce qu'il ne l'a reçu d'aucun homme par l'enseigne- ' ment, mais directement de Jésus-Christ ; puis, parce qu'ayant été jusqu'au moment de sa conversion persécuteur acharné de l'Église de Dieu, il n'y a eu en lui aucune préparation humaine à Tapostolat. Dieu seul, qui Tavait marqué dès le sein de sa mère, l'a changé tout d'un coup par sa grâce; et lui, répondant aussitôt à l'appel d'en haut, n'a pris conseil ni de la chair ni du sang, et sans être influencé par des considérations mondaines d'intérêt, de gloire ou de plaisir, il s'est livré spontanément et tout entier à l'Esprit qui l'avait conquis et auquel il avait une telle foi , qu'il n'a pas senti le besqin de retourner à Jérusalem pour voir et entendre ceux qui étaient apôtres avant lui. Ce fut seulement trois ans après qu'il alla conférer avec Pierre ; et quatorze ans pliws tard il revint à Jérusalem poussé par une révélation, afin de comparer l'Évangile qu'il prêchait aux gentils avec celui annoncé aux circoncis par les autres: apôtres. ^

Cest ici qu'on retrouve le lien de l'unité , malgré cette indépendance primitive de l'apostolat de Sîdnt Paul. Dieu seul l'a instruit sans doute, et Ima donné sa mission. Mais après quelques années il va trouver saint Pierre et reste quinze

jours avec lui , et plus tard il retourne dans la ville sainte auprès des anciens^ leur exposant sa dpctrine, afin, dit-il, de ne point perdre le fruit de ce que j'avais déjà fait ou devais faire encore dans mon ministère, c'est-4i-dire afin de s'assurer qu*il n'avait pas prêché en vain. Ces paroles montrent clairement que Paul reconnaissait la suprématie de Pierre, et l'autorité de TËglise à laquelle il va soumettre son enseignement. Suivons donc l'exemple de Paul; et pour être de bons catholiques ou des fidèles ministres de la parole de Jésus-Christ, si nous sommes appelés à cet honneur, rapportons au jugement de Pierre et de l'Église tous nos sentiments et nos discours, en ce qui concerne les choses du ciel et le salut des âmes, et eussions-nous des révélations célestes comme lapôtre des gentils, fussions-nous ravis comme lui au troisième ciel pour y entendre des paro}es ineffables, allons toujours auprès de Pierre pour en conférer avec lui, et exposons tout à l'Église pour ne point risquer d'en perdre le fruit et d'avoir travaillé en vain. Telle est la ligne tracée au fidèle disciple de Jésus-Christ ; et sll la suit invariableinent et consciencieusement, il a l'assurance de ne point s'écarter de la doctrine du Sauveur en restant uni à son Église, qui est la colonne de la vérité et le seul moyen de rétablir l'unité parmi les hommes.

Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes. Mais gardez- vous des hommes ; car ils vous feront comparaître dans leurs assemblées et ils vous flagelleront dans leurs synagogues; et vous serez conduits à cause de moi devant les gouverneurs et les rois pour me rendre témoignage devant eux et les gentils. Mais lorsqu'on vous fera comparaître , ne cherchez point d'avance ce que vous direz ni comment vous le direz. Ce que vous devez dire vous sera donné à Theure même ; car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit de votre Père parlera par vous. Or le frère livrera son frère à la mort et le père son fils; les enfants se soulèveront contre leurs parents et les feront mourir, et vous serez hais de tous à cause de mon nom. Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé.

Jésus annonce ici à ses apôtres tout ce qu'ils

auront à souffrir au milieu des juifs et des païens quand ils rempliront la mission qu'il leur donne de prêcher son Évangile jusqu'aux confins de la terre. n leur dit auM ce qu'ils auront à faire alors, et qu'ils devront se comporter au milieu des hommes, qui deviendront leurs ennemis et leurs persécuteurs à cause de son nom, avec une extrême prudence, une grande simplicité, et un abandon entier à l'Esprit divin. Ces recommandations du Maître conviennent encore aujourd'hui, non-seulement aux ministres de l'Évangile qui continuent les fonctions de l'apostolat, mais encore aux amples fidèles , qui doivent vivre conformément à leur foi au milieu du monde, et y confesser Jésus-Ghrist par la pratique de sa doctrine et l'accomplissement de ses commandements. Les hommes du monde les haïront aussi à cause de leur conduite chrétienne qui les condamne ou les gêne, et les accusant d'hypocrisie, d'orgueil, de fanatisme, d'intolérance, de dureté de cœur, ou d'imbécilité et de folie, ils les persécuteront de toutes manières, suivant les temps et les circonstances. C'est la lutte de l'esprit de Dieu et de l'esprit du monde, de la chair et de Tesprit, de la nature et de la grâce. Elle existait déjà entre Abel et Caïn, entre Jacob et Ésaû dans le sein même de leur mère, entre Joseph et ses frères, et elle est devenue bien plus vive quand le Verbe incamé, le Fils de Dieu fait homme, est

venu en personne sur la terre pour combattre et vaincre le prince du monde. Il Ta vaincu en effet; mais par sa patience ou sa passion, c'est-ànlire en triomphant de la puissance du mal par la souffrance et absorbant la mort dans sa victoire.

Ainsi doivent faire les disciples, qui ne seront pas traités mieux que le Maître. Ils trouveront aussi leurs plus grands ennemis parmi les leurs. La chair et le sang, qui les unit à leur famille, s'insurgera contre l'esprit de Dieu, et par là s'opère dans Thumanité la séparation ou le triage des hommes de la nature et de ceux de la grâce. La filiation humaine entrera en guerre avec la filiation divine. C'est pourquoi le Sauveur dit plus bas , qu'il n'est point venu apporter la paix sur la terre, mais Tépée ; car sa parole divisera les familles et tournera les uns contre les autres les parents et les enfants; N'est-ce pas, en effet, ce qui arrive encore de nos jours dans la plupart des familles, même chrétiennes, quand un fils, qui pourrait réussir et briller dans le monde, veut se consacrer au service de Dieu, ou qu'une fille, jeune et belle, parle de quitter ses parents pour embrasser la vie religieuse? Quelle lutte n auront-ils pas à soutenir? Que d'obstacles à surmonter? Que d'oppositions à vaincre, surtout delà part de ceux qui leur tiennent de plus près par les liens du sang et qui les aiment le plus selon la nature? On les ac-

casera d'ingratitude, d'insensibilité, de folie, et on emploiera tous les moyens, même les plus indignes ou les plus violents, pour les empêcher de suivre leur vocation , comme s'il ne valait pas mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, comme si le Sauveur n'avait pas dit : Celui qui aimera son père, sa mère, son frère ou sa sœur plus qne moi, n'est pas digne de moi. (Matth., X, 37.)

En considérant la chose d'une manière plus générale, voyez encore aujourd'hui la persécution toujours flagrante contre l'Église et ses fidèles, sinon la persécution du sang, au moins celle du mépris, de l'injure et de l'iniquité. On peut juger sous ce rapport de l'esprit du monde par les journaux qui s'en disent les représentants ou les organes. Sur le grand nombre de feuilles publiques qui. endoctrinent les peuples chaque jour, sans compter les revues mensuelles, combien y en a-til qui soutiennent l'Église, son autorité dîivine, sa juridiction, sa discipline? Sauf trois ou quatre, tous l'attaquent dans ses dogmes, dans sa hiérarchie, dans son gouvernement, dans ses commandemenls. Les uns nient hautement son origine céleste, les autres la mettent eu doute ; d'autres la tournent en ridicule; et en résumé, directement ou indirectement, avec audace ou avec ruse, tous la persécutent autant qull dépend d'eux, jusqu'à la détruire s'ils le pouvaient, et jettent des accusa-

tions odieuses ou des paroles d'insulte à ses fidèles ; en sorte qu'on ne peut confesser Jésus-Christ au milieu du inonde par sa parole et surtout par sa conduite sans passer aux yeux de la société actuelle pour un hypocrite ou un imbécile.

Que doit donc faire. dans cette situation le chrétien fidèle? Tout simplement ce que le Maître recommande à ses disciples, c'est-à-dire rendre témoignage et raison de sa foi avec courage et sincérité quand il y est appelé, et sans se mettre en peine de chercher ce qu'il dira et comment il le dira ; car ce qu'il devra dire lui sera donné à rheure même par l'esprit du Père céleste, qui parlera par lui. C'est seulement pour ce cas que l'assistance du Saint-Esprit est promise de cette manière, et nullement quand il s'agit d'instruire les autres par l'enseignement de la doctrine. C'est pourquoi les prédicateurs, tous ceux qui sont chargés d'annoncer la parole sainte, feront trèsbien de s'y préparer le mieux possible pour ne pas remplir légèrement un aussi grave ministère dans l'attente mal fondée du dabitur vobis in illa hora. Plusieurs s'y trompent malheureusement par trop de confiance ou par paresse. Se hasardant à parler de toutes choses sans préparation suffisante , ils tentent Dieu, pour ainsi dire, en comptant sur une assistance spéciale accordée seulement aux confesseurs de la foi ; et alors, entraînés par

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leur imagination et par les circonstances, ik pérorent à peu près au hasard, battent la campagne, ennuient ou scandalisent leurs auditeurs, et discréditent leur ministère.

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