LEÇON TIRÉE DU LIVRE DE L'ECCLÉSIASTIQUE, XÎ.V
Cher à Dieu et aux hommes, sa mémoire est en bénédiction. Le Seigneur lui a donné une gloire égale à celle des saints, il Ta rendu grand et redoutable à ses ennemis, et par ses paroles il a apaisé les monstres. Il Ta glorifié devant les rois ; il lui a prescrit ses ordonnanceur devant son peuple et lui a fait voir sa gloire, n Ta sanctifié dans la foi et la douceur, et il Ta choisi entre tous les hommes. Car il Ta écouté, il a entendu sa voix et il Ta fait entrer dans la nuée. Il lui a donné ses préceptes en lui parlant face à face, et la loi de la vie et de la science.
Ces paroles conviennent parfaitement à saini Joseph, qui a dû être bien agréable à Dieu, pour qu'il lui confiât la mission si importante d'être sur la terre le protecteur de la sainte Vierge et le père
nourricier de l'Enfant divin, et qui est cher aux hommes par la manière dont il a rempli sa mission, si intimement liée à la grande œuvre de la Rédemption. Aussi sa mémoire est en bénédiction parmi les peuples, et il participe à leur vénération et à leur tendresse pour Marie, déclarée bienheureuse par toutes les nations. (Luc, I, 48.) Son nom est devenu inséparable de celui de la sainte Vierge, dont l'auréole virginale se reflète à perpétuité sur celui qui en a été le gardien providentiel. Aussi il est entré dans la gloire des saints; il a été élevé au-dessus des rois de la terre, puisqu'il a été chaîné de nourrir pendant son enfance et de protéger dans sa jeunesse le roi du ciel, qui, en daignant se faire homme pour nous sauver, s'est confié à sa sollicitude et s'est remis entre ses mains. Dieu lui a montré sa gloire, puisque, comme on le voit dans l'évangile de ce jour, le premier des hommes après Marie, il a été initié au mystère de l'Incarnation, et par conséquent à celui de la Rédemption, dont l'Incarnation est le moyen. H a donc été élu au milieu de toute chair pour être un instrument spécial de la miséricorde de Dieu, dont il a écouté docilement la parole apportée par un ange, quand, ignorant ce qui s'était passé en Marie et la voyant enceinte, il semblait avoir le droit de se plaindre. Sa bonne foi et sa justice lui ont attiré ime révé-
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lation spéciale, qui lui a déoofnrert dans un songe ce qui était arrivé et ce qu'il avait à faire, rinU-oduisant dans la nuée, oomme dit ici l'auteur sacré, c'e8t4i-dire l'initiant au mystère d'amour, d'où devait sortir le salut du genre humain, par la participation aux secrets de k Famille divine, à laquelle il a eu le bonheur d'être si intimement -uni.
Marie, mère de Jésus, étant fiancée à Joseph, sans qu'ils eussent été ensemble se trouva grosse, ayant conçu par l'opération du Saint- Esprit. Joseph son époux, qui était un homme juste et qui ne voulait pas la déshonorer, résolut de la renvoyer secrètement. Mais, pendant qu'il était dans cette pensée, un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : Joseph, fils de David, ne craignez point de prendre Marie votre épouse ; car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit , et elle enfantera un fils à qui vouis donnerez le nom de Jésus ; car ce sera lui qui sauvera son peuple en le délivrant de ses péchés.
Nous trouvons ici la confirmation de ce qui ^t
rapporté par saint Luc sur rincamation du Verbe an jour de rÂnnonciation. (Luc, I, 35.) Les mêmes paroles, dites à Marie pour lui annoncer sa matermXé divine, sont répétées à peu près à. Joseph par un ange pour dissiper ses inquiétudes et lui révékr le grand mystère, à. raeccunplissemrâit dur quel il d^t concourir, et dont il avait été jusque*^ Ûi ^instrument aveugle et docile.. Car, il faut le dire, tout paraît extraordinaire dans le mariage de Marie et de Joseph, et on y sent partout une conduite {providentielle, qui prépare les hommes et les choses à ses fins contre les coutumes et les préyisions humaines^ Marie ^ esi effet, qui. avait été présentée et élevée dans le temple dès soil en-^ lance , avait fait vœu de virginité,, et néanmoins elle se marie l L'Écriture ni la tradition nm nous disent point comment s'est fait ce mariage. Mai& il e^ clair que, dans Tordre des desseins die Dtea sur elle, il était nécessaire , pofur qu'elle pâi con-^ eevoir et eofanter sans déstioimeur aux yeux des hommira. Devant devenir la Mère du Fils de Dieu , il fallait qu'au milieur du miHide elle £ftt dans les h.ens légitimes du> mariage. Saint Aurgustin ajoute cette considiératîon, que la Mère de Jésus paraissant mariée comme les autres femmes, ladémeuy quoi épiait le moment da> l'avénemest du Messie peur le tenter et le combattre, fut trompé par les apparences, d'un mariage sem-
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blable aux autres et ne reconnut point le Sauveur annoncé.
Au premier chapitre de saint Luc, Marie , à laquelle Tangé annonce qu'elle deviendra m^, dit : Gomment cela peut-il se faire, puisque je ne connais point d'homme; et en saint Mathieu il est écrit qu'elle devint enceinte sans qu'elle eût habité avec Joseph. (Matth., I, 18.) Ce qui est confirmé incontestablement par l'étonnement de Joseph en apprenant qu'elle est enceinte . Il y a donc là une union toute spirituelle, qui est cependant un mariage, dit un Père de l'Église, parce qu'il y a eu consentement réciproque] des deux parties à vivre ensemble sous la loi de Dieu; ce qui montre, ajoute-t-il, que la procréation des enfants n'est point le but unique de l'union conjugale. Mais pour que ces deux époux aient ainsi vécu ensemble contrairement à l'ordre commun, surtout chez les juifs, il faut qu'il y ait eu entre eux un accord secret de vivre sous le même toit dans la continence; Marie voulant même en se mariant accomplir le vœu de virginité, par lequel elle s'était consacrée à Dieu dès son entrée au ten^de, mue déjà par l'inspiration de la grâce qui lui était réservée; et Joseph, homme juste et sans reproches, beaucoup plus âgé qu'elle sans doute, consentant à la prendre avec lui à sa sortie du temple et sous le prétexte de l'union conjugale, pour
Taider à accomplir son vœu, en la protégeant par la puissance maritale donnée par la loi. Choisi par Dieu pour devenir le protecteur terrestre de la sainte Famille, il avait sans doute le pressentiment de sa mission, avant d'en avoir reçu la connaissance claire par la parole de l'ange. L'ordre surnaturel a aussi ses instincts sublimes, par lesquels la Providence prépare dès leur naissance ceux qu'elle a prédestinés à devenir les instruments de ses desseins pour renouveler la face de la terre. Il y en a qui agissent toute leur vie par une motion divine dont ils n*ont point le secret. D'autres sont éclairés h, mesure qu'ils avancent, et ainsi joignent à l'impulsion d'en haut l'énergie de leur conscience et de leur volonté.
C'est ce qui est arrivé à saint Joseph par la révélation qui lui a été faite en songe du mystère de llncamation du Verbe dans le sein de Marie ; et depuis ce temps la connaissance de la mission de la sainte Vierge lui a révélé la sienne, qu'il l'a remplie jusqu'à sa mort avec fidélité et amour. Oh! quelle vie que celle de Joseph au milieu de la sainteFamîlle, uni de cœur àl'épouse du Très-Haut, à la Mère de Dieu, recevant toute sa confiance, la soutenant dans toutes ses peines, la protégeant dans tous ses dangers, et ayant l'insigne honneur, rimmense bonheur de porter dans ses bras, d'entourer de ses caresses le Pils du Dieu vivant, TEn-
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fiant iésoSi qui le pénétrait et le remplissait des rayons de sa gr^e. Joseph initiait aux choses de la terre Celui qui devait l'initier à celles du ckL n Pavait à ses côtés dans ses travaux journalierSy lui enseignant à façonner le bois^ afin que Jésus-Christ nous donnât tous les exemples^ même celui de gagner sa vie par le travail de ses mains.. Après que l'Enfant divin eut étonné les doctenrs d'Israël par sa science et sa sagesse^ il était enccnra soninûs à celni qui passait pour son père etkdL obéissait : et erat subditm illis. (Luc^II^ 5U) Apcès. le bonheur de saint Jean, le disciple chéri , cpâ reposait, sa tôte sur la poitrine da son miûtre ei y buvait la. vie k sa source^ je ne connais paa de. félicité plus grande que celle de Joseph, quia passé 30 ans ou à. peu près (car on ne sait point la date précise de sa mort) dans le commerce intime et. familier avec le Fils de Dieu et la Vierge Mère. N'était-il pas déjà au ciel par cette ineffable communication de tous les jours? On loue ordinairer m^t saint Joseph de son humilité» à cause des soins matériels et minutieux qu'il rendait sans cesse à la sainte Famille, pourvoyant à tous ses besoins et à tous ses périls. Nous louerons aussi son humilité, mais pour une autre raiso^^ k sar voir parce qu'il est resté simple et modeste dans la charge la plus haute qui ait jamais, été cnafiée. à un homme. Car s'il j a dû rhonneur à ^ejner
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ks enfants des rois, les héritiers des trèses dê^ la terre, (jn'est-ce dbnc que d'être le tuteur, Tiiisti*tnteur du Fils de Dieu, du Maître du ciel et de la terre, de l'héritier du royaume éternel? En vérité, il y avait de quoi exalter Toi^eil de Thomme, si TEsprit divin n'avait été avec lui.
Adressons-nous donc à saint Joseph, le père nourricier de Jésus-Christ, le protecteur de la samte Yiej^e, le pourvoyeur de la sainte Famille dans t&oB nés besoins matériels, surtout dans les circonstances qui peuvent servir au développement de notre vie spirituelle et à l'avancement de notre âme. Et si nous avons le bonheur d'être employé comme lui, en quoi que ce soit, à raccomplissementdes desseins de la justice ou de la miséricorde divine, à l'établissement du règne de Dieu en ce monde, imitons la retenue, la prudence, l'humilité, robéissance, par lesquelles il se dévoue à l'œuvre de Dieu et à sa gloire, sans en rapporter rien à lui-même, et se regardant comme un instrument incapable en soi et qui ne peut opérer rien de bon que par la main divine.
PRATIQUA
Soignons avec l'amour et la sollicitude de saint Joseph l'Enfant Jésus, né dans notre cœur au baptême, et que l'Église , qui Pa enfanté en nous comme la
sainte Vierge, nourrit et élève avec la même tendresse. Pourvoyons à tous ses besoins, préservons-le de tous les dangers , afin que , croissant aussi en sagesse et en grâce, il arrive à la stature de l'homme véritable, et que portant le Christ en nous, nous méritions vraiment le nom glorieux de chrétien.
PRIÈRE
Daignez, Seigneur, nous secourir par les mérites du bienheureux Joseph , époux de votre très-sainte Mère et nous accorder par son intercession ce que notre faiblesse ne peut mériter ; vous qui étant Dieu, vivez et régnez, etc.