‹ Médiations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtesChapitre 75 sur 103 · LEÇON TIRÉE DU CANTIQUE DES CANTIQUES, II · texte numérisé non relu

LEÇON TIRÉE DU CANTIQUE DES CANTIQUES, II

•Tentends la voiï de mon bien-aimé. Le voici qui vient, sautant 'au-dessus des montagnes, passant par -dessus les collines, semblable à un chevreuil et au faon d'une biche. Le voici qui se tient derrière notre mur, qui regarde par les fenêtres et à travers les barreaux. Voici mon bien-aimé qui me parle. Lève-toi, hâte-toi, ma bien -aimée, ma colombe, ma toute belle, et viens. Car Fhiver est déjà passé, et lés pluies ont cessé. Les fleurs ont paru sur ûotre terre ; le temps de tailler la vigne est venu; la voix de la tourterelle a. été entendue. Le figuier a poussé ses premières figues ; les vignes en fleurs répandent leur odeur. Lèvetoi, ma bien-aimée, ma toute belle, et viens. Toi qui es ma colombe, qui te retires dans les cr<eux de la pierre, dans les trous de la mu-

raille, montre-moi ton visage; que ta yoix résonne à mes oreilles ; car ta voix est douce et ton visage est beau,

Le Saint-Esprit, sous le voile de l'allégGrie, décrit ici l'amour empressé que Dieu a pour raie âme fidèle, qu'il regarde comme son épouse, et les chastes transports que ressent une âme piense pour Jésus-Christ son bieuTaimé. H vient, ce Dieu de bonté, avec tant d'ardeur qu'il semble voler. Rien ne Tarrête, ni notre bassesse, ni même nos infidélités. Peut-on mieux exprimer son empressement qu'en disant qu'il semble sauter par-dessus les montagnes comme un jeune chevreuil, et passer d'un plein saut d'une colline à l'autre comme un faon? Quand Dieu trouve une âme pure, qui n'aspire qu'à lui, il aime à se donner à elle, et alors elle entend parfaitement sa voix et reconnaît son approche. Avant rincarnalion du Verbe l'éponx de l'Égliâe et le bien-aimé de nos âmes était pour nous comme derrière un voile. Nous entendions sa voix, nous écoutions ses prophètes, nous l'admirions dans ses œuvres, mais nous ne le voyions qu'à travers les figures et les ombres de l'ancien Testament. Mais depuis son incarnation, nous l'avons vu de nos yeux, nous l'avons entendu lui-même, nous Tavons touché de nos mains,

comme dit saint Jean. (1 Jean, 1, 1.) Nous le possédons encore, réellement présent, dans l'adorable eucharistie pour notre consolation et notre sanctification. U se tient pourtant toujours derrière notre muraille, et ne regarde encore qu'à travers des jalousies, parce que dans cette vie nous n'en jouissons pas parfaitement. Les espèces le couvrent, nous ne le connaissons que partiellement; . et ce ne sera que dans l'autre vie que nous le verrons face à face. Mais déjà maintenant Dieu se fait sentir vivement aux âmes pures, à celles qui l'aiment par-dessus tout. Il vient le jour, il arrive la nuit; il vient à toute heure et fait entendre sa voix. Heureuse celle qui veille quand vient le divin Epoux ! Heureuse la chaste épouse qui va audevant de l'Epoux avec sa lampe allumée lÉloignée du tumulte du monde, recueillie dans le silence, elle pressent la venue de son bien-aimé. Le voilà, dit-elle, qui me dit : Lève-toi, hâte-toi, ma bienaimée ! Dieu ne veut point de serviteurs paresseux, et les âmes molles, languissantes et tièdes, ne deviennent point ses épouses. La grâce du Saint-Esprit ne souffre ni délai ni retardement. Dieu aime qu'on s'empresse de lui obéir et de lui plaire . Les vierges folles étaient des vierges ; elles attendaient même l'arrivée du divin Époux. Leur faute, c'est de n'avoir pas pourvu de bonne heure à l'huile nécessaire à leurs lampes ; c'est d'avoir manqué

68e VISITATION Mî LA SAINTE VIERGE.

de prévoyance et d'être venues un peu trop tard. Combien de gens meurent avec le dessein de sê convertir ! Combien d*âmes aimées de Dieu restent en arrière par négligence! Combien d'édifices ruinés pour n'avoir pas été couverts à temps 1 Qoe la pare.sse spirituelle cause de d<»nmagefi! {Gd" fine, au jour de la Visitation.)

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, ï, 39-47.

Or en ce jour-là Marie partit et s'en alla en hâte vers la montagne dans une ville de la tribu de Juda, et étant entrée dans la naaison (b Zacharie, elle salua Elisabeth. Aussitôt qu'Êisabeth eut entendu la voix de Marie qui la saluait, son enfant tressaillit dans son sein. Elle fut remplie du Saint-Esprit, et s'écria à haute voix : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles e»t béni. Et d'où na& vient ce bonheur que la mère de mon Seigneur arrive chez moi? Car votre voix n'a pas plutôt frappé mon oreille, quand vous m'avez saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Vous êtes heureuse d'avoir cru, parce que ce qui vous a été dit de la part du Seigneur sera accompli. Alors Marie* dit : Mcm

âme glorifie k Seigneur, et mon esprit est ravi en Dieu mon Sauveur.

Saint Ambroise, commentant ce passage, dit {Ub. II Corn, in Luc. eap.I): « Il feut considérer aussi que le j^pérî^ir vient à Tinférieiir pour Taider. Marie va à Elisabeth, le Christ à Jean, ei plus tard le Seigneur va ^i baptême de Jean pour le sanctifier. Aussitôt que Marie arrive, les bien* faits de la puissance divine se manifestent. Remarquez bi^i ici le sens et la propriété de chaque mot. Elisabeth entendit la première k voix de la sainte Vierge; mais Jean sentit la grâce le premier. £31e entendit selon l'ordre de la nature^ et lui tressaille de joie par l'action du mystère. La mère a senti larrivée de Marie, et le fils celle du Seigneur. Les deux femmes parlent la grâce au dehors; mais les deux enfants opèrent au dedans, donnant à leurs mères l'intelligence du mystère ; et par un double miracle Tune et l'autre prophétisent par Tesfwit des enfants. Le fils d'Elisabeth tressaille, et la mère est remplie du Samt-Esprit. Ce n'est point la mère qui a reçu TEsprit-Saint d'abord, mais le fils qui, l'ayant reçu le premier, le communique à sa mère. D'où me vient cet honneur, dit-elle, que la mère de mon Seign^ir arrive chez moi? C'est-à-dire comment se &2t-il qp'un si grand bonheur me soit accordé !

Qui peut m'attirer cette grâce ? Je sens le mirafile, je reconnais le mystère. 0 Marie ! vons portei dans votre sein le Verbe divin, vous êtes remplie de l'esprit de Dieu. Vous êtes bénie entre tontes les femmes, et le frait de vos entrailles est béni. Vous êtes bien heureuse d'avoir cru ; car toat ce qui vous a été annoncé de la part du Seigneor s'accomplira. Marie resta trois mois auprès d'elle, et retourna ensuite dans sa maison. Ce ne fut pas seulement par affection pour ses parents qa'elle resta si longtemps, c'était encore pour concourir ï l'avancement de Jean, qui a été plus qu'un prophète. Car si le premier abord de Marie a produit cet effet remarquable, que l'enfant tressaillit dans le sein de sa mère, et que la mère elle-même fat aussitôt remplie du Saint-Esprit, que n'a pas dû ajouter à cette grâce merveilleuse l'action de la présence de la sainte Viei^e si longtemps coiiùnuée. Ce vigoureux athlète était comme oint dans les entrailles maternelles et s'y exerçait déjà. Sa vertu s'y préparait à soutenir le grand combat auquel il était destiné. »

Ajoutons à ces paroles une réfl^ion afin d'augmenter encore notre confiance en l'intercession de la sainte Vierge, qui pleine de grâces, suivant les paroles de l'ange Gabriel, est aussi le canal de toutes les grâces, puisqu'elle a donné au monde Celui qui en est la source , et qu'elle est restée

unie à Dieu comme une mère Test à son fils, e'est-*à-dire de la manière la plus intime et la plus vivante. C'est par la voix de Marie saluant Elisabeth que le Saint-Esprit, dont elle est remplie, puisqu'elle porte en elle le Verbe divin, se communique à Jean encore enfermé dans le sein maternel, et en passant à travers sa mère, qui d'abord entend naturellement les paroles de sa cousine et n'y voit qu'une salutation humaine. Puis, avertie par le tressaillement de son enfant, elle reçoit ellemême comme par contre-coup l'action de TEsprit divio; et alors, éclairée par une lumière supérieure, elle reconnaît le mystère accompli en Marie, le proclame, et l'adore. Or, ce qui s'est fait dès l'origine s'opère encore tous les jours; et la puissance de la sainte Vierge, qui sort de sa maternité divine, n'est pas diminuée. Nous pouvons donc obtenir de grandes grâces par son intervention ; et si nous nous mettons en rapport avec elle par la prière, l'Esprit du Fils peut pour nous comme pour saint Jean se communiquer par la mère et nous remplir de ses dons. Sans doute, depuis que le Verbe incamé s'est donné aux hommes en nourriture par l'adorable sacrement de l'eucharistie, comme il est toujours présent dans son Église, nous pouvons aller à lui directement par la sainte communion. Mais tous ne sont pas en état de le recevoir, et tous cependant ont besoin

6d0 VISITATION DE LA SAINTE VIERGE,

de force po«r combattre ks tentations da mal et retenir au bien. C'est alors qu'il est bon de s'adreser à la Mère, quand on ne se- sent point digne d'aller droit an Fils. Par ce donx iniermédisk^, qni est pins près de noire faiblesse, nous p(»irroiis partic^r en qnelqne chose an bonheur du fib d'Elisabeth qai n'était pas erarore né. Gomma k pécheur qui sent le besoin d'un secours supérienr, n'est pas encore né oo. rené luinn^ne à la vie de la grâce.

PRATIQTJE.

Tâchons, à Texemple de la sainte Tierge, de sancUfier les visites et les conversations, qui sont la source de tant de péchés pour le plus grand nombre des chrétiens. Que nos entretiens avec le prochain aient pow but principal de nous rendre meilleurs. Évitons avec soin ce qui pourrait flatter nos passions et nos vices, nuire aux intérêts ou au salut des autres, et qu'en tous nos discours noua ne blessions jamais la justice ni la vérité.

PRIÈRR.

Daignez, Seigneur, accorder à vos serviteurs le don précieux de la grâce céleste, afin que cette fête de la Visitation de la sainte Vierge leur obtienne Paccroè^ sèment de la paix, comme son enfantement a été pour eux le principe du salut. Par Jésus-Christ, etc.

•t IntUet.

BEÇON TIRÉE DU CANTIQUE DES CANTIQUES, III, 2-6 et VIII, 6-7.

Je me lèverai et je ferai le tour de la ville. Je chercherai dans les rues et dans les places publiques celui que mon âme chérit. Je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé. Ceux qui gardent la ville m'ont rencontrée. N'avez -vous point vu, leur ai-je dit, celui qu'aime mon âmeî Lorsque je les eus dépassés tant soit peu, je trouvai mon bien-aimé. Je l'ai arrêté, et je ne le laisserai point aller, jusqu'à ce que je rintroduise dans la maison de ma mère, et dans la chambre de celle qui ma donné la vie. Filles de Jérusalem, je vous conjure par les chevreuils et les cerfs des champs de ne point réveiller la bien-aimée, jusqu'à ce qu'elle le veuille elle-même. Mettez-moi comme un sceau sur votre cœur, comme ua sceau sur votre

bras, parce que l'amour est fort comme la mort et que le zèle de l'amour est inflexible comme l'enfer. Ses lampes sont des lampes de feu et de flammes. Les grandes eaux n'ont pu éteindre la charité et les fleuves ne Tétoufleront pas. Quand un homme aurait donné toutes les richesses de sa maison pour l'amour, il les mépriserait comme s'il n'avait rien donné.

Le Cantique des cantiques est une parabole perpétuelle, exprimant en style poétique et figuré l'union de la divinité et de l'humanité dans l'incarnation dtt Verbe, l'alliance de Jésus-Christ avec son Église, qui est appelée son épouse, et enfin l'union mystique ou le mariage spirituel de l'âme chrétienne avec Jésus-Christ l'époux céleste : mariage qui se consomme surtout dans la vie religieuse, où l'âme, par les vœux qui la séparent du monde et la consacrent à Dieu, devient volontairement l'épouse du Christ.

C'est donc l'Époux divin qu'elle cherche, ou celui-là seul qui peut suffire à son amour et la remplir de la vie dont elle a besoin et du bonheur infini qu'elle désire. Mais cette âme, enveloppée d'un corps de chair et ne pouvant connaître et agir que par les sens et les objets qui les impressionnent, commence, en effet, sa recherche par les

choses sensibles», et elle s'efforce d'abord de trouver Dieu ou le bien-aimé en parcourant la ville et visitant ses places et ses rues. Elle s'agite beaucoup et ne trouve pas celui qu'elle aime. En vain elle s'adresse à ceux qui gardent la ville, c'est-àdire aux sens et aux facultés qui en ressortent, dit saint Bernard. Ils ne le connaissent point et ne peuvent le lui faire connaître; car l'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu et le cœur de l'homme n'a point conçu ce que Dieu prépare à ceux qui l'aiment. (Is., LXIV, 4.) L'homme animal, dit saint Paul (l Cor,^ II, 14), ne comprend point les choses de l'homme spirituel; car ces choses se jugent spirituellement. En d'autres termes, on n'atteint point Dieu par les sens, et la raison, qui peut des effets sensibles inférer son existence et plusieurs de ses perfections , ne peut pénétrer sa nature, ni surtout mettre Tâme humaine en rapport avec elle. C'est pourquoi il est écrit dans le Cantique que l'amante n'a trouvé celui qu'elle aime qu'après avoir un peu outrepassé les gardiens de la ville, c'est-à-dire s être élevée audessus des sens et de la vie charnelle pour chercher Dieu par l'esprit et par le cœur. Alors elle l'a embrassé, et elle ne le lâchera point qu'elle ne l'ait introduit dans la maison de sa mère, et qu'elle ne lui soit unie par tout son amour. Alors elle s'endort dans son bonheur même, se donnant tout

entière au divin Époax, aucpiel sa^ est attachée^ et perdant en quelque sorte la conscience d'ellemême dans le sentiment délicieux de celui qu'dle aime. Alors elle conjure les filles de Jérusalem 4e ne point la réveiller, c'est*à«-dire elle fait tout ee qu'elle peut pour s'abstraire des sens, de l'imagination, du raisonnement, et des objets extérienrs qui les excitent, afin de persister daiS son doox rapport avec TÉpoux, jouir de lui et être tonte à lui, sans être dissipée par les distractions et les affaires du dehors, qui la tirent du dedans et Tarrachent à la possession de son bien-aimé. Elle désire ne s'éveiller que quand elle le voudra, suivant les convenances de son amour, quand, après s'être nourrie et fortifiée dans la jouissance du bien suprême, dans la contemplation de la vérité et de sa beauté, elle sentira le besoin d'agir pour son service et de travailler à ravancement de son règne et à l'accroissement de sa gloire. C'est la vie active unie à la vie contemplative, l'appliquant et la complétant. Le reste des paroles, tirées d'un autre chapitre, parait être adressé au Menaimé, dont Tâme ne veut plus se séparer, et c'est pourquoi elle demande à être appliquée sur son coeur comme un sceau^ qui lui imprime son amom avec son image, et aussi sur son braa» comme c'était la coutume en ce temps-là de porter son sceau pendu au bras, afin de n'agir plus qu'avec lui et

par lui, et qu'elle soit mêlée à tout ce qu'il fera. Elle termine par l'exaltation de l'amour, fort comme la mort, puisqu'il ne recule point devant elle, et même plus fort qu'elle, puisqu'il la brave. ■ Son zèle est inflexible comme l'enfer qui ne lâcTie Jamais sa proie, comme l'amour n'abandonne jamais son objet. H est tout de feu et de flamme, et les grandes eaux, c'est-à-dire les tentations et les persécutions du monde, ne peuvent l'éteindre ni l'étouffer. Celui qui aime vraiment Dieu, l'âme qui est devenue son épouse, sacrifie volontiers k son amour tous les biens de la terre, qui sont à ses yeux comme rien auprès du trésor de son cœur. Qui nous séparera de l'amour de Jésus- Christ, s'écrie saint Paul, (iîom., VIIl, 35.) Certes, ni la mort ni la vie, ni les anges ni les principauté, ni aucune créature, etc., etc.

Un des pharisiens ayant prié Jésus de manger chez lui, il entra dans sa maison et se mit à table. Et voici qu'une femme de la ville, qui menait une mauvaise vie, ayant appris quîl était à table chez le pharisien, apporta un vase d'albâtre rempli de parfums, et, se tenant der-

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rière lui à ses pieds, elle se mit à les arroser de ses larmes, et les essuyait arec ses dieveux; elle les baisait et les oignait de ce parfum. Ce que voyant, le pharisien, qui l'avait invité, dit en lui-même : Si cet homme était prophète, il saurait quelle est cette femme qui le touche; car elle est pécheresse. Alors Jésus lui dit : Simon, j'ai quelque chose à vous dire. — - Maître, parlez. — Un créancier avait deux débiteurs, l'un lui devait cent deniers et l'autre cinquante. Et comme ils n'avaient point de quoi le payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel donc l'aimera davantage? Simon répondit : Je crois que c'est celui auquel il a le plus remis. Jésus lui dit : Vous avez bien jugé. Et, se tournant vers la femme, il dit à Simon : Voyez-vous cette femme; je suis entré dans votre maison et vous ne m'avez point donné d'eau pour me laver les pieds ; elle au contraire a arrosé mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Vous ne m'avez point donné de baiser; mais elle, depuis qu'elle est entrée, n'a cessé de me baiser les pieds. Vous n'avez point répandu d'huile sur ma tête et elle

a arrosé mes pieds de parrums. C'est pourquoi, je vous le dis, beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Celui à qui on remet moins aime moins. Puis il dit à la femme : Vos péchés vous sont remis. Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire entre eux : Qui est celui-ci, qui remet aussi les péchés? Mais Jésus dit à cette femme : Votre foi vous a sauvée : allez en paix.

L'histoire de Madeleine est un des récits les plus instructifs et les plus consolants de TÉvangile. Elle nous apprend comment on peut rentrer en grâce auprès de Dieu par un repentir sincère, et Madeleine est le type de Tinnocence réparée, comme Marie est celui de la vertu sans tache. Quel encouragement, quel secours pour les âmes coupables ou souillées, que rexemjde de cette pécheresse qui efface ses fautes par ses larmes, et rachète ses désordres à force de foi et d*amourI C'est la première chose qui nous frappe à la lecture de cet évangile. Voilà une femme que toute sa vie devait é}oigner de Jésus-Christ, qui est la pureté même, et cependant au milieu des égarements de son cœur et de ses sens, quand elle paraît le plus abandonnée à l'esprit du monde et à ses illusions, elle est saisie par la grâce, et la foi la plus

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ardente la pousse tout d'un coup k renYeiser tous les obstacles qui k séparent du Sauveur. Bravant ropinion des hommes, leurs moqueries, le respect humain, elle court se jeter aux pieds de Jésus au milieu d'un festin, et elle manifeste aux yeux de tous par ses larmes, par son humiliation, par sa prière muette , son repentir et sa foi. Elle répand sur les pieds de Jésus avec ses larmes un paHEum précieux, symbole de la vie de son âme qu'elle vent désormais consacrer k son service. Puis elle les essuie de ses cheveux , romement de sa beauté dans le monde, et dont elle £aii l'hommage et le sacrifice à Celui auquel elle veul uniquement plaire à l'avenir. Madeleine est assurément le nîodèle le plus parfait de la pénitence et de ses heureux effets.

Mais en face d'elle Simon nous présente le type de l'orgueil et de la dureté. La figure de ce pharisien est dans ce tableau évangélique conune le repoussoir de celle de Madeleine, l'une aussi assombrie par l'envie et la malveillance soupçonneuse, que l'autre, quoique agitée par la douleur, est rassérénée au milieu de ses pleurs par les rayons de sa foi et de son amour. Jugeant selon les apparences et surtout d'après sa mauvaise disposition, Simon se réjouit malignement de ce qu'il voit, Jésus ayant l'air de faire cause commune avec une femme peandue de réputation. H en coa-

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dut ^3L hii-méme qu'il n'est pas même un projdiàte, comme ceux qui disaient : Il mange avec les pécheurs et les puhlicains> ou encore : N'est-ce pas le fils d'un charpentier, et ne connaissonsnous pas toute sa famille ? Il juge de même Madideine très-sévèrement, et cela au moment où elle est phis proche du salut que personne, même ceux qui se croient les plus justes. Gela nous apprend à ne pas juger légèrement les autres, quand nous n'en avons point la mission. .Car d'abord ils ont leur juge auquel ils n'échapperont pas, et ensuite savons^nous ce qui se passe en eux au moment même oix nous les condamnons, Dieu gouvernant la liberté humaine sans la violenter par des ressorts invisibles. Saul ne respirant sur le chemin de Damas que menaces et persécutions conjtre les chrétiens allait être changé soudainement par un coup de la grâce. Ne faisons donc pas comme 1« pharisien en face des personnes du monde les plus légères^ les plus entraînées par son esprit, et tout en déplorant le mal et ses désordres, ayons pitié de ceux qui en sont les instruments et le^ victimes. N'affichons pas à leur égard une sévérité dure qui les repousserait, tandis que la douceur et la compassion peuvent les toucher et les ramener à Dieu.

A. la réflexion si malveillante du docteur de la loi sur la Sauveur et sur Madeleine est opposée

la parole si aimable et si profonde de Jésus , qui relève et sauve la coupable : beaucoup de péchés lui seront remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Parole dont le monde a abusé comme de plusieurs autres, pour excuser ses désordres ou jeter du ridicule sur l'Évangile ! L'amour, dont il est ici question , et qui est une 'source de pardon et de salut, est l'amour de Dieu, dont Tâme de la pénitente vient d'être embrasée, dévorant en elle tous les autres amours qui l'avaient entraînée jusque-là, en sorte que, n'aspirant plus qu'à son Sauveur, elle va le chercher partout, même an milieu d'un grand festin, où elle tombe à ses pieds comme une victime qui s'immole : ce qui est la meilleure preuve du véritable amour. Elle se donne donc tout entière à Dieu ; elle lui restitue par son sacrifice son âme, son esprit, son corps, toute son existence, et c'est cette pleine donation d'elle-même qui la purifie et la réhabilite. Cest pourquoi le Seigneur lui dit : Votre foi vous a sauvée, allez en paix; comme plus tard il dira avec la môme charité au bon larron qui vient de confesser sa divinité sur la croix et au milieu des outrages qui l'a^pablent de tous côtés : En vérité, je vous le dis, aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis. Ce que confirme encore l'exemple du pauvre publicain, s'avouant pécheur, se frappant la poitrine et invoquant la miséri-

corde divine, en face du pharisien superbe qui offre avec joie à Dieu sa justice et ses mérites. Ce fut l'humble publicain qui retourna justifié dans sa maison.

Le bienfait et la gloire de TÉvangile, c'est d'offrir à notre imitation, d*un côté ce qu'il y a de plus pur, de plus sublime, de plus divin, à savoir la vertu parfaite et sans tache en Jésus-Christ et la sainte Vierge, ce qui pousse les âmes élevées à une perfection plus grande par le désir et Tespoir de leur ressembler ; et de l'autre ce qu'il y a de plus impur, de plus criminel, do plus dégradé, que le monde méprise et repousse après en avoir joui dans son intérêt ou pour son plaisir, recueilli par la charité de Jésus-Christ, éclairé, soutenu et ramené par sa grâce, puis purifié par le repentir et tous les moyens de contrition, délivré du joug du mal et des liens de Tenfer par rabsolulion, et enfin réconcilié avec Dieu et attaché à Jésus-Christ comme membre de son corp§ mystique, et, à ce titre, participant à la puissance, à la gloire et à la félicité de l'éternelle vie. Madeleine, la pécheresse qui, au jugement de Simon le pharisien, n'était pas digne de toucher Jésus-Christ, a été tellement renouvelée par sa foi, par son amour et par le sang de son maître répandu sur elle du haut de la croix, que nous invoquons maintenant son intercession auprès de Celui qu'elle a tant aimé ,

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et que dans le temple du Dieu vivant elle a un autel auprès de l'autel de la sainte Vierge, comme elles se sont trouvées Tune à côté de l'autre an pied de la croix de Jésus-Ghhst.

PKÀTIQUX.

Quelque coupable que nous puissions être, allons avec confiance aux pieds de Jésus-Christ^ dès que la grâce nous y appelle, le cherchant avec désir là où nous pouvons le rencontrer; sans nous laisser arrêter par le respect humain ou les moqueries du monde. Que notre conversion soit prompte, courageuse, sincère comme celle de Madeleine, et, comme elle, nous recevrons notre pardon et nous serons comblés de consolation et de joie. Le premier pas fait, la paix du Seigneur nous sera rendue, et sa main nous conduira dans les sentiers de la justice.

PRIÈRE

Divin Sauveur, renouvelez sur tant de pécheurs de nos jours les miracles de votre grâce en les éclairant pour les ramener à vous. Touchez leurs coeurs, ain qu'une véritable pénitenc^TiS^ ayant purifiés à vos yeux, ils soient fidèles à vous aimer et à réparer votre gloire en vivant et mourant pour vous, ^nsi soit-il.

Ift Mât.

UASSOMPllON DE LA SAINTE VIERGE.

LEÇON TIRÉE DE L'ECCLÉSIASTIQUE, XXIV, 1M3 et 15-20.

J'ai cherché partout le repos et une demeure dans la maison du Seigneur. Alors le Créateur de l'univers m'a parlé et m'a fait connaître sa vcdonté. Celui qui m'a créée a reposé dans mon tabernacle et m'a dit : Habitez dans Jacob; qu'Israël soit votre héritage et jetez vos racines dans mes élus. J'ai été ainsi affermie dans Sion ; j'ai trouvé mon repos dans la cité sainte^ et ma puissance est établie dans Jérusalem. J'ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, dont l'héritage est le partage de mon Dîeu, et j'ai établi ma demeure dans l'assemblée des saints. Je suis élevée comme le cèdre du Liban, comme le cyprès de la montagne de Sion. J'ai poussé mes branches en haut comme le palmier de Cadès et

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