RÉSULTATS PRATIQUES DES VACCINATIONS
suc 28 inoculés, et 9 malades avec 1 décès sur 13 non inoculés; parmi les typhiques de l'hôpital, la mortalité fut de 7,4 p. 100 chez les inoculés, contre 14 p. 100 chez les non inoculés. Foulerlon, Osborne, Smith, Marsden, Cullinan, Castellani et bien d'autres apportent des résultats tout à fait comparables. Dernièrement encore, Graham (1) confirme les bons effets de la méthode : un bataillon de gardes, en partie vaccinés à Southampton, débarque en Egypte au mois de septembre 1906 ; il comprend 331 hommes vaccinés et 3sl non vaccinés; de septembre 1906 à octobre 1907, on compte chez les vaccinés 1 cas de lièvre typhoïde (soit 0,3 p. 100) sans décès ; chez les non vaccinés, 13 cas de lièvre typhoïde (3,4 p. 100) avec 1 décès. Rares sont les auteurs qui dénient à l'injection préventive toute eflicacité (Elliot et Washburn, Melville, Oombie) ; il est tout à fait incontestable que l'opinion générale est très favorable à la méthode, et l'opinion contraire des quelques détracteurs se base sur un nombre de cas tout à fait insuffisant. On peut estimer, avec Wright, que la vaccination abaisse de la moitié ou des trois quarts le chiffre des cas, etqu'elle réduit environ au 1/6 le chiffre des décès. Ce n'est là bien entendu qu'une appréciation d'ensemble, une simple moyenne, qu'il est utile de connaître, surtout pour ne pas demander à la méthode ce qu'elle n'est pas capable de donner actuellement.
11 est intéressant de noter un fait qui ressort des chiffres précédents : c'est que la vaccination ne se contente pas de diminuer le nombre des atteintes ; elle atténue en plus leur gravité, car la mortalité clinique se montre presque toujours bien moindre chez les vaccinés. De même, la maladie se montre en général moins longue, la fièvre est moins élevée, les complications et les rechutes sont plus rares.
Les Allemands, dans leur campagne contre les ilerreros, sont arrivés à des résultats tout à fait comparables (vaccination par le procédé de Pfeiffer et Kolle) ; Stendel, Schian, Morgenroth, Kulm, etc., sont unanimes à se louer des bons effets obtenus. Ainsi, de mai 1904 à février 1907, la morbidité et la mortalité typhiques baissèrent progressivement et régulièrement de 4,2 et 0,46 p. 100, a 0,5 cl 0,08 p. 100; diminution considérable, que les observateurs s'accordent à attribuer pour une large part aux inoculalion- 2 .
C'est su 1 1 r m il dans l'étude de la gravité relative des lièvres typhoïdes que les documents allemands se montrenl saisissants.
il) Graham, Journal of Royal Army and Med. Corps, avril ri) Kmiv Deutsche militardrztl. Zeilsc/i., 1007.
310 E. SACQUÉPÉE. — VACCINATION ANTITYPHIQUE.
Citons les résultats concordants de Morgenroth, Eichholz (1) et Kuhn :
Morgenroth. Eichholz. Kuhn.
Sujets Non Non Non
vaccinés, vaccinés. Vacc. vacc. Vacc. vaccinés.
Nombre de f. typhoïdes. 32i 100 34 34 371 906
P. 100 do cas légers 06 42,3 » » 50,13 36,55
P. 100 de cas graves 10 25,3 » » 17,52 25,80
P. 100 de complications.. 20 34,9 8,8 22,6 » »
P. 100 de décès 4 11,1 0, 8,8 6,47 12.80
En moyenne, chez les sujets vaccinés, ultérieurement atteints de lièvre typhoïde, il y a donc 2 à 3 fois moins de décès, 2 à 3 fois moins de cas graves et de complications, et au contraire une proportion beaucoup plus forte de cas légers.
Autre remarque intéressante et d'ailleurs aucunement surprenante : la protection relative est d'autant plus nette que le nombre d'inoculations (et par suite le degré d'immunisation) est plus considérable. Ainsi, des 4 cas mortels signalés par Morgenroth chez les sujets vaccinés, 3 sont survenus chez des hommes ayant subi une seule inoculation. Kuhn fait une remarque identique : les décès sont au minimum (pour les vaccinés) chez les typhiques soumis à 3 inoculations ; ils sont au maximum chez ceux qui ont été inoculés une seule fois. C'est le même fait qu'indiquent les chiffres suivants, em pr un tés à War d :
Morbidité p. 1000 chez les non inoculés 84,0
— chez les sujets vaccinés 1 fois 41,0
— 2 fois.... 23,4
Citons encore, comme particulièrement éloquent, l'épisode rapporté récemment par Luxmoore (2). Un régiment, le 17e lanciers, part d'Ecosse pour les Indes en septembre 1905 ; il comprend 509 sujets (officiers et soldats), dont 124 vaccinés régulièrement (2 inoculations . 23 vaccinés une seule fois, et les 385 restants non inoculés. En un an, dans la garnison de Meerut, les conditions extérieures étant exactement les mêmes pour l'ensemble des troupes, le régiment compte 00 cas de lièvre typhoïde, ainsi répartis:
Pour les sujets non vaccines 58, soil L5p p. 1000.
— inoculés t l'ois 2, soit 87 —
— — 2 fois 0
Ces documents concordants son! à l'heure actuelle suffisamment démonstratifs, au moins pour affirmer que les vaccinations dimir
(1) Eichholz, Mûnchener /nerfic. Wochenschr., 1907.
(2) Li smoorkj Journal of Royal Army und Mal. Corps. 1908.
IMMUNISATION PASSIVE. 31 1
Huent la morbidité et la mortalité typhiques, dans une mesure qui reste à préciser. Sans doute la vaccination antityphique ne peut être comparée comme innocuité et comme efficacité à la vaccination antivariolique, mais il semble bien établi qu'elle est appelée à rendre des services appréciables.
Immunisation passive; méthodes mixtes; méthode de Besredka.
V immunisation passive (injection de sérum antityphique) a été peu étudiée. Suivant Paladino-Blandini, l'injection de sérum Tavel protège le cobaye contre l'infection expérimentale pendant trois semaines seulement, résultat qui concorde avec les faits connus pour les autres sérums préventifs. Pratiquement, l'injection ne serait donc valable chez l'homme qu'en temps d'épidémie, et à la condition d'être répétée.
On a également tenté de combiner l'immunisation active (vaccination) et Y immunisation passive. Le but poursuivi était double : d'une part, protéger l'organisme contre l'action des substances nocives injectées avec le vaccin ; d'autre part, lui procurer une immunité passive, immédiate, en attendant l'apparition de l'immunité active, plus tardive.
Les essais faits dans cette voie par James Lévy et par Triglia et Mazzuoli ne sont pas nettement démonstratifs; on sait que les mêmes essais, faits antérieurement contre la peste, par Calmette et Salimbeni, avaient semblé défavorables à la production de l'immunité.
Besredka a tourné la difficulté en inoculant, avec les bacilles, un minimum de sérum; le procédé consiste à injecter des bacilles « sensibilisés », c'est-à-dire des bacilles qui ont séjourné quelque temps lu contact d'un sérum antityphique, et par suite ont absorbé les substances spécifiques de ce dernier. Dans ce but, on émulsionne une culture de quarante-huit heures sur agar, dans l'eau physiologique, on traite par un sérum agglutinant, on lave à l'eau physiologique ei on centrifuge plusieurs fois de suite, finalement on stérilise à ;JG" pendant une heure. Chez le cobaye, l'immunité apparaît en vingt-quatre heures, et dure au minimum cinq mois. Paladino- IMandini confirme les bons effets de la méthode chez l'animal; il ajoute que le sérum des animaux traités se montre bactéricide in '>■<:<> dose : 0CC,01), in vitro (à 1 p. i000QÔ)el préventif. Si les mêmes résultats étaient obtenus chez l'homme, sans danger pour lui, celle méthode sciait évidemment de beaucoup la plus efficace.
312 E. SACQUÊPÉE. — SÉROTHÉRAPIE ANTITYPHIQUE.
Appréciation d'ensemble et indications des médications préventives.
11 est difficile de se prononcer avant que ne soient connus dans leurs détails les résultats de l'application à l'homme des différentes méthodes. On peut dire toutefois que les procédés de Wright et de PfeifferetRolle, 'd'application facile et de préparation simple, ontsufiisamment fait leurs preuves dès maintenant pour qu'on soit autorisé à les appliquer chez l'homme. 11 serait désirable de vérifier au plus tôt la valeur pour l'espèce humaine du procédé de Besredka, procédé fiés sûr et très rapide dans l'expérimentation chez l'animal. Quant aux vaccins de Wassermann et de Bassenge et Mayer, il semble qu'ils puissent éventuellement être dangereux, le premier parce que sa préparation compliquée expose à des contaminations, le second parce que la simple fîltration reste toujours un mode de stérilisation un peu aléatoire.
La vaccination est indiquée dans deux circonstances surtout : pour les personnes qui doivent se rendre ultérieurement dans les milieux épidémiques ou endémiques, en particulier pour les troupes destinées aux expéditions coloniales; d'autre part, pour le personnel des hôpitaux de typhiques, personnel qui paie à la fièvre typhoïde un tribut excessivement lourd. .
11 va sans dire que les sujets inoculés ne devront pas être exposés à la contagion ou à l'infection, avant que l'immunité soit acquise ; dans la pratique, il faut compter un mois environ.