THÉORIE DES AUTO-INTOXICATIONS INTESTINALES
d'une façon étendue, en tâchant de l'argumenter par des observations et des expériences. De la toxicité du contenu intestinal il juge surtout d'après le résultat des injections des matières fécales à des animaux. 11 croit « que la putréfaction joue un rôle dans la toxicité des matières fécales, mais moindre qu'on ne le suppose » (p. 100). 11 attribue une importance plus grande à la potasse et à l'ammoniaque, ainsi « qu'à quelque chose qui est soluble dans l'alcool et qui n'est ni la potasse ni l'ammoniaque » (p. 101).
Les tentatives nombreuses, faites pour déterminer d'une façon plus précise les poisons qui occasionnent les auto-intoxications d'origine intestinale, n'ont pas donné de grands résultats. Onze ans après la publication des leçons de Bouchard, le Congrès de médecine interne de Wiesbaden s'est occupé d'une façon particulière du même problème qui jusqu'alors avait été négligé en Allemagne. Le principal rapporteur, Friedrich Millier (1), a insisté sur la difficulté de déterminer le cadre exact des auto-intoxications, tellement'variablessont les conditions dans lesquelles elles se produisent. Un grand nombre de cas de cet empoisonnement doivent être attribués à l'infection par des microbes pathogènes venant du dehors. Quant au rôle du contenu normal du tube digestif, rien n'indique la possibilité de quelque influence toxique. Muller admet d'un côté que «les phénomènes de fermentation et de putréfaction qui ont lieu dans l'estomac et dans les intestins, donnent lieu à la formation des substances incontestablement nuisibles : acide butyrique, acide acétique, phénol, indol, hydrogène sulfuré, ammoniaque et autres. Et encore l'indol et le scatol ne paraissent posséder qu'un faible pouvoir toxique » p. 156). Dans un autre passage de son rapport, Muller range aussi les phénols dans la catégorie des substances inoffensives (p. 162). Pour lui, les microbes de la flore intestinale normale ne doivent pas jouer un rôle important dans les auto-intoxications, surtout parce que << l'organisme est déjà habitué et adapté à leurs produits, vis-à-vis desquels il a acquis l'immunité » (p. 161).
A la lin de son rapport, Muller avoue que « la somme des données précises jusqu'à présent fournies par l'étude des auto-intoxications intestinales, adonné un résultat honteusement insignifiant •> (p. 175).
Le second rapporteur, Brieger, signale les résultats négatifs <le recherches nombreuses dans le but de préciser la nature des poisons intestinaux. Tout ce qui a été entrepris pour élucider le rôle des ptomaïnesou des toxalbu mines dans les auto-intoxications, n'a abouti qu'à un échec complet. •
(l) Verhaudlungen des Congresses fûp innere Medicia. Wiesbaden, I
10 METCIIN1KOFF. — BACTËRIOTHERAPIE INTESTINALE.
C'est probablement en vue de cette difficulté que les chercheurs de ces derniers temps se sont mis à étudier la toxicité du contenu intestinal en bloc, sans se préoccuper des substances mêmes capables de la provoquer. Ainsi Charrin et Le Play (1) prélèvent le conlenu des diverses parties du tube digestif, en font des extraits qu'ils injectent à des animaux. Roger (2) a suivi la même voir qui l'a amené à des résultats auxquels il ne s'attendait pas. Il a établi en effet que, chez le chien, « malgré la putréfaction, la toxicité des extraits est moins élevée quand on opère avec le conlenu du gros intestin, que lorsqu'on se sert du contenu de l'intestin grêle » (p. 404). Mais c'est surtout Falloise qui, dans un travail récent (3), a communiqué des données qui lui paraissent appelées à modifier totalement les notions courantes sur les auto-intoxications intestinales.
Vu l'importance des conclusions que Falloise tire de ses expériences, il est nécessaire d'examiner celles-ci de plus près. Après avoir critiqué les méthodes de ses précurseurs, Falloise expose celles auxquelles il a eu recours. « La composition du contenu de l'intestin humain — dit-il (p. 163) — est bien différente, suivant que l'on envisage l'intestin grêle ou le gros intestin. Il faudra donc étudier, au point de vue de la toxicité, le contenu de ces deux segments du tube digestif. Mais tandis qu'il est très facile de se procurer en abondance le contenu du gros intestin puisqu'il suffit pour cela de recourir aux matières fécales, il n'est que tout à fait exceptionnellement possible de se procurer le contenu de l'intestin grêle. »
On voit, d'après ces lignes, que la méthode de Falloise pèche par sa base, car les matières fécales ne peuvent être identifiées avec le contenu du gros intestin. Il leur manque précisément les substances qui se résorbent dans le gros intestin. Voici, par exemple, le phénol (|ni le plus souvent ne se trouve pas du tout dans les fèces ou ne s'y rencontre qu'en quantité de traces impondérables. Or, cette substance est produite dans le gros intestin, d'où elle se résorbe pour être excrétée avec l'urine. Même chez des malades dont l'urine contient des quantités relativement très grandes de phénol, les matières fécales peuvent en être complètement dépourvues. Ainsi une malade du Dr Ury (4) dont l'urine renfermait des quantité anormalement considérables de phénol, n'en avait pas de
Mi Comptes rendus de l'Acad. des Sciences, 1806, vol. 142, p. 524. i ! lliiiiciilation et digestion, 1907.
[rc/iives internationales de physiologie, août, 1907. (4) Deutsche mediciniaeh* Wochtnachrift, 1904, p. 700,