THEORIE DES AUTO-INTOXICATIONS INTESTINALES. H
traces dans ses matières fécales. Or, le phénol est un poison qui se résorbe avec la plus grande facilité par la paroi du gros intestin, ainsi que le prouvent les cas nombreux d'empoisonnement à la suite de lavements avec de l'eau phéniquée, La même règle s'applique aux acides gras volatils qui sont plus abondants dans l'urine que dans les matières fécales.
Les faits que je viens de résumer, démontrent bien que les conclusions de Falloise sur la toxicité du contenu du gros intestin ne peuvent être acceptées comme correspondant à la réalité.
Falloise pense que la thèse classique en médecine clinique, d'après laquelle c'est principalement aux produits putrides que sont dus les phénomènes de l'auto-intoxication intestinale, est erronée parce que, d'après ses expériences, la toxicité au point de vue quantitatif, est notablement plus prononcée dans l'intestin grêle que dans le gros intestin. D'après lui, ce fait prouverait, « àl'encontre des idées généralement admises, que les effets toxiques ne doivent pas être attribués aux produits qui se forment au cours de la putréfaction » (p. 163).
Bien que Falloise répète à plusieurs reprises dans son mémoire que la détermination de la nature des poisons intestinaux n'était pas dans son programme ; il admet néanmoins « qu'il est éminemment probable que les substances vénéneuses sont les mêmes dans les deux segments » (p. 1C4), c'est-à-dire dans l'intestin grêle et le gros intestin. Les objections que nous avons formulées contre la méthode de Falloise, suffisent pour démontrer l'inexactitude de cette supposition. Le phénol est un poison du contenu du gros intestin qui, d'après des constatations nombreuses, ne se fabrique pas dans l'intestin grêle. Inversement, les sécrétions digestives si abondantes dans l'intestin grêle, ne passent pas du tout, ou ne passent qu'en faible quantité dans le gros intestin et y subissent des modifications.
Falloise insiste sur ce fait que le contenu de l'intestin grêle, très toxique, ne contient pas de produits de putréfaction qui ne se fabriquent que dans le gros intestin, dont le contenu est moins foxique. La putréfaction intestinale ne doit donc pas être considérée comme la source des auto-intoxications. Cette conclusion m; peut également être admise, cardans l'empoisonnemenl d'origine intestinale il s'agit de substances qui sont résorbées par l'intestin et transportées dans la circulation. Nous avons vu que c'est le cas pour les phénols et les acides volatils, préparés par les microbes, poisons du gros intestin. Les poisons connus de l'intestin grêle, tels que 1rs sucs digestifs, préparés par l'organisme même, m; se résorbeni pas dans les conditions normales. 11 y a donc sous ce rapport une grande
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différence entre les poisons du gros intestin et ceux de l'intestin grêle.
Pour affermir davantage sa thèse principale, Falloise essaie de démontrer que les matières fécales, soumises à la putréfaction en dehors de l'organisme, perdent une partie de leur toxicité. Voici en quoi consiste sa méthode. Il prélève « les matières fécales fournies par un adulte normal, soumis à une alimentation mixte » (p. 10), les additionne d'eau salée et les place à l'étuve à 37° pendant vingtquatre ou quarante-huit heures, « de façon à permettre à la putréfaction de continuer » (p. 173). Dans ces conditions, il constate que la toxicité, « loin de s'exalter, s'est au contraire affaiblie » (Ibid.).
Falloise formule les résultats de ses expériences dans la proposition suivante : « De l'ensemble des recherches sur la toxicité du contenu de l'intestin humain, on peut déduire un fait d'une importance capitale : c'est que, à rencontre de la théorie classique, la toxicité n'est nullement en rapport avec les phénomènes de pu tré faction » (p. 184). Ici encore sa hase expérimentale ne peut point être admise comme exacte. En effet, le séjour des matières fécales (provenant d'une personne normale) dans l'étuve à 37° pendant un ou deux jours, n'amène nullement leur putréfaction, comme l'admet Falloise. Dans ces conditions ce sont surtout les colibacilles qui se développent aux dépens d'autres microbes. Adolf Schmidt (l),qui s'est occupé du sort des matières fécales, a démontré qu'une selle normale, maintenue à 37°, subit d'abord la fermentation précoce qui dure précisément de vingt-quatre à quarante-huit heures. C'est une fermentation acide avec production d'acide carbonique, qui se fait aux dépens des matières hydrocarbonées. Cette fermentation, non seulement, n'est point la putréfaction proprement dite, mais elle est plutôt antagoniste de cette dernière. La putréfaction ou la fermentation tardive de Schmidt ne commence que le troisième jour; c'est alors que la réaction acide change en alcaline et que commence le dégagement d'ammoniaque et d'autres produits de putréfaction.
( m pourrait donc conclure des expériences de Falloise que la fermentai ion précoce des matières fécales, empêchant la putréfaction, amène par cela la diminution du pouvoir toxique de leurs extraits. La toxicité des matières fécales sciait donc proportionnelle à la putréfaction. Nous sommes loin de faire cette déduction, car nous savons à quel point les phénomènes dont il est question ici sont compliqués et difficiles à interpréter. Nous insistons seulement sur ceci, que toutes Les expériences de falloise sont incapables de justifier ses conclusions
tu Zeitschrift fur physiologische C hernie, vol. X, y. j:ïo.