VACCINATION PRÉVENTIVE
1° Il permettait un dosage plus précis de la substance vaccinante.
2° La réaction locale et générale causée par les inoculations vaccinales était pour ainsi dire insignifiante.
3° L'immunité conférée par les microbes morts était aussi complète et aussi durable que celle provoquée par les microbes vivants.
Plus tard, Tamancheff(l), après avoir constaté que le vibrion cholérique tué par l'acide phénique à la dilution de 0,5 p. 100 garde tout son pouvoir immunisant, préconisa l'emploi des cultures phéniquées pour la vaccination de l'homme.
Presque à la même époque, Haffkine reprenait l'étude de la vaccination au moyen de microbes vivants, et en 1892 faisait connaître son procédé que nous décrirons en détail plus loin.
Dès 1885, Ferran (2) avait observé que les personnes vaccinées par des injections hypodermiques de vibrions, ne présentaient qu'une « cholérine, guérissant spontanément » lorsqu'elles ingéraient cinq à six gouttes de cultures capables de tuer le cobaye en injection sous-cutanée.
La valeur de cette observation, au point de vue de l'efficacité de la vaccination, fut considérablement diminuée par des expériences de contrôle, instituées par Ferran lui-même, sur des personnes n'ayant subi aucun traitement préalable.
En effet, celles-ci, comme les vaccinées, ne présentèrent après l'absorption de vibrions que des troubles insignifiants; Ferran concluait de ces expériences que « la disparition spontanée du choléra est due à ce que la masse contaminable de la population se trouve vaccinée » et il proposait de vacciner les hommes en infectant « les « eaux potables avec de grandes quantités de cultures atténuées de « bacille virgule ».
Le problème de la vaccination intestinale, étudié plus tard par Hasterlik, Klemperer, Sawtchenko et Zabolotny et surfout par Metchnikoff, était posé.
Des cultures de vibrions dans la gélatine, ingérées sans alcalin isation préalable de l'estomac par Hasterlik (3), ne déterminèrent chez celui-ci aucun trouble, ni local, ni général. Il avala plus tard avec un <lc ses collaborateurs, qui lui servit de témoin, une culture du même \ ibrion après avoir neutralisé F acidité gastrique en absorbant 1 gramme de bicarbonate de soude. Le collaborateur eul une diarrhée moyenne, tandis que Hasterlik n'éprouva aucun effet-
(1) Ann del'Inst. Pasteur, 1892, p. 713.
(f) L'inoculation préventive contre le choléra morbus asiatique. Paris, I893y p. 90-92(
(3) Wiener Min, Wochen$chr.t 1893, p. 167-
352 SALIMBENI. - VACCINATION ANTICHOLÉRIQUE.
Pour Gaffky (1), liasterlik avait été vacciné par les cultures ingérées précédemment. Klemperer (2), quelque temps après, puis Sawtchenko et Zabolotny (3) étudièrent sur eux-mêmes la vaccination intestinale à l'aide de cultures de vibrions tués par la chaleur.
Klemperer après avoir ingéré en douze jours, un demi-litre de culture en bouillon de vibrions, stérilisée pendant deux heures à 70°, limita ses recherches à la simple constatation de l'augmentation des propriétés préventives de son sérum vis-à-vis de la péritonite vibrionienne du cobaye.
Sawtchenko et Zabolotny allèrent plus loin. Dans l'espace de deux mois, ils absorbèrent lun lsr,758, l'autre 2P-r, 310 (poids sec) de vibrions tués par la chaleur, desséchés dans le vide et remis en suspension dans l'eau phéniquée à 0,5 p. 100. Bientôt après ils avalèrent 1 centimètre cube d'une culture de vibrion en bouillon, développée à 37° pendant vingt-quatre heures, après avoir bu 100 centimètres cubes d'une solution à 2 p. 100 de bicarbonate de soude. Les vibrions ingérés ne produisirent aucun effet nuisible, bien que les déjections renfermassent pendant plusieurs jours un nombre notable de vibrions. Sans compter que le manque de témoins enlève aux expériences de Sawtchenko et Zabolotny une grande partie de leur valeur, il faut reconnaître aussi qu'un traitement préventif de deux mois ne serait guère pratique.
C'est sans aucun doute à Metchnikoff (4) que nous devons les expériences les plus précises sur la vaccination intestinale contre le choléra. Ayant constaté sur lui-même et sur un certain nombre de ses collaborateurs que le vibrion cholérique, ingéré sans alcalinisation préalable de l'estomac reste le plus souvent sans effet ou ne détermine qu'une diarrhée passagère et tout à fait insignifiante ; Metchnikoff ainsi que ses collaborateurs qui avaient avalé une première fois des vibrions, d'autres qui n'avaient subi aucun traitement préalable, absorbèrent de nouveau des cultures cholériques après avoir alcalinisé l'acidité gastrique. Les résultats de ces recherches ne furent pas bien concluants.
Dans certains cas, l'efficacité de la vaccination semblait manifeste ; dans d'autres douteuse et dans d'autres enfin négative.
Metchnikoff en concluait que « l'ingestion de cultures cholériques ne protège pas sûrement contre l'effet pathogène du vibrion de Koch ».
(1) Verhandl. des XII Congr. f> inn. Medicln., 1893, |>. 19.
(2) Berliner klin. Woch., 1892.
(3) Wratch, 1893, p,
(4) Ann.de l'Inst. Pasteur^ 1894, p. 541.