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VACCINATION PRÉVENTIVE

Contrairement à l'opinion de Klemperer (1), MetchnikofF (2) avait démontré, en outre, par de nombreuses expériences sur l'homme sain et atteint de choléra, que nil'immunité naturelle ni la guérison ne pouvaient être expliquées par la propriété préventive du sang vis-à-vis de la péritonite vibrionienne.

Kolle (3), quelques années plus tard, se mit à rechercher d'une façon systématique les propriétés préventives du sérum des animaux et des hommes qui avaient reçu en injection sous-cutanée des vibrions vivants ou tués par la chaleur, le chloroforme ou la solution d'acide phénique à 0,5 p. 100. Ces expériences lui montrèrent :

1° Qu'une seule injection de microbes vivants donne une immunité aussi solide et aussi durable que plusieurs injections répétées.

2° Que les vibrions tués par la chaleur, le chloroforme ou la solution d'acide phénique à 0,5 p. 100, donnent à peu près les mêmes résultats que les vibrions vivants. 11 concluait, sans trop se préoccuper des résultats de Metchnikoff, qu'une seule injection de 2 milligrammes de microbes, mis en suspension dans 1 centimètre cube d'eau physiologique et tués par un chauffage à 50°, ou tout simplement mis en suspension dans 1 centimètre cube d'une solution phéniquée à 0,5 p. 100, devait être suffisante pour mettre l'homme à l'abri du choléra.

Les cultures en bouillon de thymus de veau tuées par la chaleur cinquante minutes à 60° ou dix minutes à 80°), puis placées vingtquatre heures dans la glace, donnèrent à Brieger et Wassermann (4-) d'excellents résultats dans la vaccination des cobayes.

Federoff (5) conseilla peu après les cultures en bouillon de thymus âgées de dix jouis, stérilisées à 65° pendant cinquante minutes, et additionnées de leur volume de glycérine.

En précipitant par l'alcool absolu des cultures de vibrions en bouillon âgées de trois jours, après les avoir évaporées jusqu'à consistance sirupeuse au bain-marie à 80°, Wassermann (6) obtint une substance qui, desséchée en présence de l'acide sulfurique, tuait par injection intrapéritonéale le cobaye à la dose de 0*>'r,02. l'ne dose de 0sr,005 était au contraire suffisante pour le vacciner contre l'injection d'une dose mortelle de vibrions.

(1) Berliner klin. Wochenschr., 1892, p. 970.

Inn. del'Insl. Pasteur, In'.*::, p. 103 et 1894, p. 538. Ci) Centralbl. f. Bakt., 1896, vol. XIX. n"s 4-5, p. 97.— Denise h. med. Wochenschr., 1807, n° I, p. i.

fi) Deutsch. med. Wochenschr., 1892, n° 31, p. 701. — /dis. f. Hgg., l><92, vol. XIII, p. 254 .

(5) Medieinskoe Ohosrenie, 1892, vol. X.XXVHI, |>. 523* — Réf. Baumg. Jahresb., 1892, vol. VIII. p. 845.

Zeilseh. f.Hyg., 1893, vol. XIV, p. 35.

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Le vaccin proposé par l'Institut sérothérapique et vaccinogène de Berne n'est autre chose que la nucléo-protéide retirée des vibrions par le procédé préconisé par Lustig et Galeotti pour la préparation de leur vaccin antipesteux. Les vibrions provenant de cultures sur gélose sont dissous dans une solution à 1 p. 100 de soude caustique. Le précipité obtenu ensuite par l'addition de 1 p. 100 d'acide acétique est recueilli sur un filtre, lavé à l'eau stérilisée jusqu'à réaction neutre et enfin desséché dans le vide. Une seule injection sous-cutanée de 2 milligrammes de nucléo-protéide ainsi obtenue, mis en suspension dansl centimètre cube d'eau légèrement alcaline (0sr,50 p. 100 de carbonate de soude) serait suffisante pour vacciner l'homme contre le choléra.

Nous ne savons pas que ce vaccin ait fait ses preuves dans la prophylaxie anticholérique.

En 1902, Besredka (1), par un procédé tout à t'ait original, prépara contre la peste et le choléra des vaccins qui lui donnèrent sur les animaux des résultats excellents. — A des vibrions provenant de cultures sur gélose âgées de vingt-quatre heures et mis en suspension dans l'eau physiologique stérile, Besredka ajoute du sérum anticholérique en quantité suffisante pour obtenir leur agglutination complète. Douze heures plus tard il aspire le liquide clair et après avoir lavé à plusieurs reprises le dépôt des vibrions chargés d'ambocepteurs et d'unicepteurs spécifiques, il le chauffe une heure à 56°. L'immunité chez les animaux inoculés avec des vibrions ainsi traités s'établit dans les vingt-quatre heures qui sui\ eut l'injection et dure six mois environ.

Dernièrement enfin Strong (2) a préconisé pour vacciner l'homme contre le choléra l'emploi de récepteurs libres, obtenus par la simple macération et l'autolyse de vibrions tués par la chaleur. Des vibrions provenant de cultures sur gélose, âgées de vingtquatre heures, sont mis en suspension dans l'eau stérile.

La quantité d'eau doit être calculée de façon que deux anses de vibrions, soit 20 milligrammes (poids humide), se trouvent en suspension dans 1 centimètre cube d'eau.

Les microbes en suspension sont chauffés pendant une heure à 00°, puis abandonnés pendant deux jours à l'étuve à 37° et enfin filtrés à travers une bougie Reichel.

Le filtrat obtenu, injecté dans la veine d'un lapin <le I 500 grain mes, à la dose de 2 à 3 centimètres cubes, Le fait périr en quelques heures.

(1) Ann. de VInst. Pasteur, 1902, p. 918.

(2) Publications of th* Bureau of Gôvernenïl ùaè Biolog. Ùaborat., q» 16, 19<M Manille

MÉTHODE DE FERRAN. 355

Injecté à la dose de 1 centimètre cube, l'animal résiste et son sérum acquiert, en une semaine environ, un très fort pouvoir agglutinant et préventif. (îhez l'homme, l'injection intramusculaire de 3 à 4 centimètres cubes est toujours suivie d'une réaction locale plus on moins intense, souvent très douloureuse, et, pendant les premières vingt-quatre à quarante-huit heures, d'une sensation de faiblesse générale accompagnée d'un peu de céphalée et d'une légère élévation de la température (1° à 3°Fahrenheit). Le sérum des hommes ainsi traités acquiert très vite un fort pouvoir bactéricide et agglutinant.

Strong insiste sur l'intérêt qu'il y aurait à essayer son procédé dans la prophylaxie anticholérique, et il fixe la dose vaccinale pour l'homme à 4 centimètres cubes du filtrat, correspondant aux récepteurs libres de 80 milligrammes de vibrions, poids humide.

Voilà résumés aussi brièvement que possible les différents procédés qui ont été préconisés en vue de vacciner l'homme contre le choléra. Nous n'avons fait que signaler en passant et à leur place chronologique la méthode de Ferran et de celle de Haffkine, les seules, nous l'avons déjà dit, qui aient été appliquées en grand à la vaccination de l'homme. Le moment est venu de les décrire en détail.

Méthode de Ferran. — Le vaccin de Ferran n'est autre chose qu'une culture pure en bouillon du vibrion cholérique.

Ferran insiste beaucoup sur la nécessité d'entretenir le vibrion qui doit servir pour la préparation du vaccin, sur de la gélatine nutritive à la température de 20°. C'est pour lui le seul moyen de conserver un vibrion sans qu'il perde les propriétés vaccinantes qu'il possède au moment ou il est isolé des déjections cholériques. Dans les cultures en bouillon et à la température de 37° le vibrion, d'après Ferran, s'atténue rapi dément et perd, en partie tout au moins, sa valeur comme vaccin.

Pour obtenir le vaccin de Ferran il n'y a donc qu'à ensemencer le vibrion provenant des cultures en gélatine dans des ballons de bouillon alcaliniséet fraîchement préparé.

On laisse les cultures se développer à l'étuve à 37° pendant deux jours et le vaccin est prêt. Lorsqu'il doit être employé promptemenl, il n'y a aucune précaution à prendre; dans le cas contraire, il y a lieu de le conserver au frais, surtout pendant les fortes chaleurs.

D'après Ferran, L'inoculation du vaccin doit être pratiquée sous ia peau, au niveau de la partie moyenne de la région brachiale postérieure, «'ii prenant les précautions habituelles dans La pratique des injections hypodermiques. Quant à la dose, ou doit injecter i centi mètre cube à chaque bras pour la première inoculation j lcmc,a>

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toujours à chaque bras, pour la seconde, cinq à six jours après la première. Deux injections sont suffisantes pour mettre l'homme à l'abri du choléra. On peut cependant, et avec avantage, pratiquer une troisième inoculation de 2 centimètres cubes à chaque bras ; l'immunité n'en sera que plus complète. Pour les enfants, au-dessous de cinq ans, la dose doit être diminuée de moitié.

Les inoculations vaccinales ne donnent lieu à l'apparition d'aucun symptôme grave : une réaction locale plus ou moins intense, toujours très douloureuse, au point d'inoculation ; une légère élévation de la température, un peu de céphalée, une sensation de malaise, de lassitude et parfois un peu de diarrhée.

Tous ces symptômes disparaissent d'ailleurs assez rapidement et, dans les deux à trois jours qui suivent l'inoculation, le retour à la santé est complet. Les troubles locaux et généraux ne nécessitent aucun traitement spécial. On pourra tout au plus protéger le point d'inoculation avec un pansement stérile si la réaction est très forte.

Méthode de Haffkine. — En s'inspirant des principes de vaccination établis par Jenner et Pasteur, Haffkine jugea que, pour arriver à préparer un vaccin anticholérique, il fallait avant tout obtenir, avec le microbe du choléra, un virus fixe et aussi virulent que possible.

Il est en général assez facile de renforcer un vibrion de virulence moyenne, par la méthode classique des passages successifs par le péritoine des cobayes, en faisant une culture sur gélose entre chaque passage. Ce qui est difficile, c'est de le maintenir au degré d'acti\ité atteint, car il survient souvent des chutes brusques de virulence, qui font perdre en un instant ce que l'on avait eu beaucoup de peine à acquérir.

Voici le procédé qui a permis à Haffkine de renforcer et de fixer l'activité du virus dont il se sert pour préparer ses vaccins.

11 injecte d'emblée dans le péritoine d'un cobaye une dose plus que mortelle de vibrions cultivés sur gélose. L'animal meurt assez rapidement avec un épanchement péritonéal riche en vibrions.

Cet épanchement, prélevé et injecté directement dans le péritoine d'un autre cobaye, s'appauvrit en microbes, et amène la mort après un délai plus long, ou bien l'animal se rétablit.

Pour obvier à ce résultat, Haffkine laisse le liquide péritonéal du premier passage au contact de l'air pendant une quinzaine d'heures.

Un second cobaye, injecté dans le péritoine avec ce liquide aéré, succombe alors plus rapidement que le premier. En procédant ainsi

de cobaye à cobaye, à l'aide des épanchementS laisses à l'air quinze heures environ, le vibrion atteint assez. \iie, au bout de vingt à

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trente passages au plus, la virulence maxima qu'il n'est guère possible de dépasser.

On peut, par ce procédé, arriver à réduire la dose mortelle, en injection péritonéale, de cinquante fois environ; et d'autre part l'injection intramusculaire de ce virus au cobaye est invariablement fatale. En inoculation sous-cutanée au contraire il ne tue pas le cobaye, mais il provoque une mortification des tissus et la formation dune escarre.

Une fois en possession d'un virus exalté et fixe, R&ffk'me s'appliqua à eu obtenir un dérivé aussi atténué que possible.

Pour cela il cultiva le virus fixe dans du bouillon à la température de 30° et dans une atmosphère constamment aérée, en utilisant le dispositif employé par Roux et Yersin pour la préparation de la toxine diphtérique.

Ainsi cultivé, le vibrion cholérique périt en peu de jours. 11 faut donc, pour prolonger en série cette expérience de façon à arriver à l'atténuation désirée, ensemencer journellement sur gélose une prise de cette culture. Lorsque l'ensemencement reste stérile, c'est avec les germes sur gélose de la dernière prise fertile qu'on ensemence le bouillon de la deuxième culture aérée, et ainsi de suite jusqu'à arriver, après plusieurs générations, au degré d'atténuation désiré.

Inoculé sous la peau des cobayes, le virus atténué ne doit pas produire de phénomène de nécrose : il doit en plus protéger le cobaye contre une dose mortelle de virus fixe, injecté quelques jours après, et empêcher la nécrose des tissus lorsque l'injection de ce virus est pratiquée sous la peau.

Pour la vaccination de l'homme, HafFkine conseillait une première injection sous-cutanée de 1/10 ou 1/20 deculture surgélose de virusatténuc, suivie trois à huit jours après d'une injection de la même dose <le virus fixe exulté. Plus tard, ayant constaté sur lui-même que le i Uus fixe exalté injecté d'emblée est très bien supporté par l'homme, llallkine abandonna sa méthode originale qui comportait une première injection de \irus atténué, pour ne plus se servir, comme matériel vaccinant, que des vibrions virulents. De toute façon, pour llallkine, chaque culture sur gélose de vaccin peut servir à vacciner dix ou vingt personnes. Il suffira pour cela d'introduire danfl If, tube de vaccin 10 ou 20 centimètres cubes (h; bouillon stérile, de frotter à l'aide d'un tube effilé fermé àson extrémité pour détacher lu couche microbienne, et, de bien agiter pouravoirune suspension aussi homogène que possible. Powel a obtenu de bons

résultats en pratiquant une seule injection de 1/(3 de culture sur

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gélose du virus exalté de Haffkine. La stérilisation par la chaleur ou les antiseptiques, sans détruire la propriété vaccinante des vaccins Haffkine, la réduisent considérablement.

Haffkine conseille de pratiquer les injections vaccinales sous la peau du flanc.

Les troubles locaux et généraux qui suivent les injections des vaccins de Haffkine ne diffèrent pas de ceux amenés par les injections vaccinales de Ferran. Inutile donc d'y revenir.

Comparaison entre les méthodes Ferran et Haffkine. — Résultats de leur application à l'homme. — De tout ce que nous venons de dire il résulte que la différence capitale entre les deux méthodes consiste essentiellement en ce que tandis que Ferran emploie pour la préparation de son vaccin le vibrion tel qu'on l'isole des cholériques, Haffkine au contraire se sert d'un virus artificiellement modifié et ramené à un degré de virulence constant par des passages sur les animaux et des artifices de culture.

En se basant sur le fait que les vibrions qu'on isole de l'intestin des cholériques sont des microbes essentiellement variables, Haffkine trouve que le matériel vaccinant de Ferran ne peut pas être considéré comme un véritable vaccin, et que son procédé j'appelle « la pratique préjennérienne de variolisation ». Ferran de son côté considère tout au moins inutiles les innovations de Haffkine ; et puisque les différentes races de vibrions provenant des cholériques se sont toujours montrées inoffensives pour l'homme quand on les inocule dans le tissu cellulaire sous-cutané, il soutient que celles-ci doivent être plus aptes à la vaccination que la race artificielle de Haffkine, adaptée au cobaye et sans doute profondément modifiée.

L'accord est certainement loin de se faire entre les deux auteurs sur cette question assez délicate. Si d'un côté la variabilité «les vibrions plaide en faveur de la thèse soutenue par Haffkine, d'un autre côté un certain nombre de données expérimentales déposent sans doute en faveur de l'opinion de Ferran. Plusieurs expérimentateurs ont reconnu en effet que si la virulence des vibrions augmente grâce aux passages par les animaux, par contre leur pouvoir toxigène, sur nos milieux de culture tout au moins, baisse considérablement dans ces Conditions et finit par disparaître.

Or la maladie cholérique étant surtout un empoisonnement, il semble logique d'admettre a priori que l'efficacité comme vaccin d'un vibrion doit être en grande partie fonction de son pouvoir toxigène.

Ferran, dès 1885, avait conseillé d'entretenir les vibrions, deslinésà la préparation du vaccin, sur la gélatine à 20°, dans le but de

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