VALEUR DU SÉRUM ANTICHOLÉRIQUE
Nous faisons toujours nos essais avec une toxine au septième jour dont 1 centimètre cube, en injection sous-cutanée, représente la dose minima mortelle en douze à dix-huit heures pour le cobaye de 250 grammes environ. Nous avons donné la préférence à une toxine Luant au centimètre cube, car c'est la toxine de force moyenne la plus facile à obtenir.
A deux doses mortelles de toxine, soit 2 centimètres cubes, nous ajoutons des quantités variables et progressivement décroissantes de sérum. Après dix minutes de contact in vitro les différents mélanges sont injectés sous la peau de cobaye. A chaque série quatre cobayes servent de témoins, deux reçoivent sous la peau la dose minima mortelle et les deux autres le double, c'est-à-dire la dose employée pour les essais du sérum.
Par conséquent, quand nous disons que tel sérum est actif à 0cmc,13, cela veut dire que 0cmc,15 de ce sérum neutralisent, après dix minutes de contact in vitro, deux doses d'une toxine dont 1 centimètre cube représente la dose lélhale minima pour le cobaye de 250 grammes environ.
Comme nous l'avons déjà dit, le sérum anticholérique n'a pas encore fait les preuves de son efficacité dans le traitement du choléra humain. Pouvons-nous, dans l'état actuel de nos connaissances, avoir une opinion sur sa valeur et sur le mode d'intervention le plus efticace dans le traitement du choléra humain?
Les données expérimentales pour nous éclairer à ce sujet, sont l'étude de l'intoxication expérimentale chez les cobayes et le choléra intestinal des lapins à la mamelle. A elle seule, la constatation de l'efficacité du sérum dans l'intoxication provoquée chez le cobaye par la toxine retirée des cultures, n'aurait pas une grande valeur ; car on pourrait toujours se demander si le poison que nous préparons artificiellement est le même que celui produit par le vibrion dans l'intestin des cholériques.
Son action indiscutable sur le choléra intestinal des petits lapins nous fournit à ce point de vue des renseignements autrement précieux.
Chez les jeunes lapins, la maladie cholérique se déclare très vite, dans les vingt-quatre à quarante-huit heures qui suivent l'ingestion du virus, et évolue avec une extrême rapidité. Comme chez l'homme, elle se manifeste sous la l'orme d'un véritable empoisonnement, car le vibrion reste localisé dans l'intestin el n'envahi! pas l'économie. De plus, dans les deux cas, les lésions anatomiques présentent les plus grandes ressemblances.
374 SALIMBEN1. - SÉROTHÊ APIE ANTICHOLERIQUE.
L'action bienfaisante du sérum n'ayant pas manqué sur des êtres aussi fragiles que les lapins à la mamelle, il y a lieu d'espérer qu'elle se manifestera dans le traitement sérothérapique appliqué à l'homme.
Quant au mode d'intervention, c'est encore aux données expérimentales que nous sommes obligés d'avoir recours.
Le pourcentage de la mortalité, nous l'avons déjà vu, est plus élevé chez les lapins qui reçoivent le sérum en même temps que le virus, que chez ceux qui le reçoivent avant l'ingestion du virus. Ceci montre que le temps utile pour l'intervention est très limité, et qu'il faudra chez l'homme aussi intervenir le plus tôt possible dès le début des premiers symptômes pour avoir le plus de chances de réussir. L'étude de l'action du sérum vis-à-vis de l'intoxication du cobaye corrobore cette conclusion.
Si l'on donne le sérum sous la peau, on peut encore intervenir efficacement chez les cobayes dans la première heure qui suit l'introduction du poison.
Brau et Denier ont pu sauver des cobayes deux heures après l'injection toxique en introduisant de fortes doses de sérum dans le péritoine. Les tentatives d'intervention par la voie veineuse sont demeurées sans résultat; mais les auteurs pensent que les insuccès sont en grande partie imputables au traumatisme nécessité par l'injection, qui met sans doute les animaux en état de moindre résistance.
Chez l'homme, étant donné qu'il est de toute nécessité d'agir vite, l'introduction du sérum dans les veines semble a priori devoir être le procédé de choix.
Il faudra cependant essayer en môme temps les injections souscutanées et les injections intrapéritonéales préconisées par MM. Brau et Denier le cas échéant.
Quant aux doses, étant donnée l'innocuité absolue du sérum anticholérique, nous pensons que des injections de 50 et 100 centimètres cubes répétées même dans les vingt-quatre heures pourront sans inconvénient être pratiquées.
Voilà tout ce que, sans rien préjuger, nous pouvons dire; mais il est certain queseuls les résultats de l'application à l'homme pourront en définitive montrer la voie à suivre.
SEROTHERAPIE ANTIVENIMEUSE