BIENFAITS DE LA VACCINE
indéfiniment la vaccine ; enfin, les sujets vaccinés sont réfractaires
à l'inoculation ultérieure de la variole.
La vaccine était découverte ; ses bienfaits évidents triomphèrent rapidement des mauvaises volontés et de la routine. Répandue d'emblée en Angleterre, la nouvelle méthode fut introduite en France parle duc de La Rochefoucault-Liancourt(1800), expérimentée par le Comité central de vaccine et bientôt importée un peu partout; vers la même époque elle pénétrait dans l'Europe centrale, en Italie, pour s'imposer peu à peu au monde presque tout entier.
Bienfaits de la vaccine. — L'évolution historique de la vaccination démontre à l'évidence son efficacité. On peut dire aujourd'hui qu'elle est devenue le « régulateur principal » de la variole (Kelsch), cette dernière ne se montrant que si l'absence ou l'insuffisance des vaccinations lui laissent le champ libre.
D'emblée, et sitôt la vaccine répandue, on put constater qu'en effet les ravages de la variole diminuaient d'autant : il n'y eut qu'un cri à cet égard au début du xixe siècle. Mais bientôt après, dès 1811 et surtout à partir de 1820, on s'aperçut que les vaccinés du début du siècle n'étaient plus qu'imparfaitement à l'abri de la variole ; après quelques discussions, on reconnut que l'effet de la vaccine était temporaire, et qu'il était nécessaire de vacciner plusieurs fois dans le cours de la vie ; à la vaccination devaient faire suite les revaccinations. Parmi les documents qui démontrent la nécessité de ces revaccinations, on peut citer le tableau de Lotz, indiquant Ja proportion relative des décès par variole suivant les âges, à Genève, de 1560 à 1760, avant l'ère vaccinale, et en Bavière de 18">7 à 1875, après l'introduction de la vaccination (1807), mais avant la vaccination obligatoire (1875).
Sur 1 000 sujets morts de variole.
Genève Bavière
étaient âgés de 0 à 1 an 202.50 227
— 1 ào — 002.50 36
— plus do 'M) - 2.50 613
Kn Bavière, étaient donc surtout atteints de variole l<-s enfants
non vaccinés et les adultes qui avaient perdu le bénéfice de la vaccination faite dans l'enfance.
Vussi, dans tous les pays soucieux de leurs intérêts, pratique-t-on à la fois la vaccination et la re vaccination, ('/est devant ces mesures que la variole a partout reculé. Au xvme siècle, la variole frappait en Europe 95 p. 100 des habitants ; aujourd'hui, elle compte à peine
46 E. SACQUÉPÉE. — VACCINATION ANTIVARIOLIQUE.
5 p. 100 de victimes (Kelsch). Dans tous les pays, la pratique delà vaccination diminue la mortalité variolique; par exemple, par année et par million d'habitants, succombaient à la variole :
Avant la vaccination Après la vaccination
En Suède (1774-1801) 2.050 (1810-1850) 158
A Berlin (1781-1805} 3.422 (1810-1850) 176
A Copenhague (1751-1800) 3.128 (1801-1850) 286
De même, l'épidémie de 1870 frappait surtout les pays réfractaires à la vaccine (France, Prusse, Pays-Bas), beaucoup moins ceux qui la pratiquaient (Angleterre, Suède, etc.).
Aucun exemple à cet égard n'est plus saisissant que celui de l'empire allemand, où la vaccination est obligatoire depuis 1807 (Bavière), 1821 (Hanovre), etc., et la revaccination depuis 1875. On comptait en Allemagne, en 1796, 2791 décès varioliques par million d'habitants et par année; en 1898, 15 décès dans tout l'Empire! Encore la plupart des cas surgissent-ils aux frontières, importés par des étrangers (Russes, Polonais, etc.). Cette même année 1898, la France perdait 22 fois plus, et l'Au triche-Hongrie 121 fois plus de varioleux que l'empire allemand. En France, à cette époque, comme en Autriche encore aujourd'hui, la vaccination n'était pas obligatoire (1).
La vaccine est donc incontestablement un bienfait pour la société, qu'elle préserve de la mortalité variolique. 11 va sans dire qu'elle est en môme temps un bienfait pour chacun des individus qui composent cette société. Mais cette dernière n'est complètement à l'abri que si tout le monde est soumis à la vaccination ; la moindre fissure peut être funeste, et les chances de voir se développer la variole seront d'autant plus grandes que la proportion relative des sujets non vaccinés sera plus considérable. La vaccination protège la société contre les épidémies de variole ; les sujets vaccinés sont infiniment moins exposés à la contagion que les sujets non vaccinés ; à Marseille, d'après Bousquet (2), il y eut 2 000 varioleux sur 30000 sujets vaccinés (1 sur 15), et 4000 varioleux sur 8000 non vaccinés (1 sur 2). Bien plus, la variole fut bien moins grave chez les sujets vaccinés (1 mort sur 100), que sur les non vaccinés (1 mort sur 5). De telle sorte que, dans cette épidémie de Marseille, les vaccinés comptent 1 décès variolique sur 1500 habitants ; et les non vaccinés, 1 décès sur <s habitants.
\)^ faits analogues ont été signalés depuis à maintes reprises, en particulier dans l'épidémie de Sheflield [3). Pour l'individu comme
(1) Mktzgkr, Thèse de Lyon, 1901, et Chatel, rhèse de Lyon, 1907.
(2) Boi iqi i r, li uic delà vaccine. Paris, 18^3, p. 195 et suiv.
(3) Voir 'i ce sujet Proost, /in//. Académie de médecine, 1891, t. XXV. p. 80 et suiv.