‹ Médicaments microbiens (volume 2)Chapitre 28 sur 185 · COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS

C'est également à une prédisposition antérieure qu'il faut attribuer le psoriasis vaccinal (Rioblanc), et surtout l'eczéma vaccinal, moins exceptionnel. Cet eczéma débute autour des boutons, peut envahir tout le corps; il disparaît d'ordinaire fort vite, mais il peut aussi donner lieu à des poussées successives interminables. Les eczémateux peuvent souffrir du vaccin, au même titre qu'ils sont fort susceptibles à l'égard de tant d'influences diverses.

Beaucoup plus graves que les précédentes sont les complications de nature infectieuse. 11 s'agit manifestement ici de complications liées à une altération du vaccin, que cette altération vienne dune contamination accidentelle au cours des manipulations, d'une conservation défectueuse ou d'une maladie du sujet vaccinifère.

C'est probablement dans ce groupe qu'il faut ranger la vaccine rouge et la vaccine hémorragique. La première, signalée dès 1892 (Dauvé et Lame) parmi les sujets vaccinés avec le vaccin d'une même provenance, est ainsi appelée parce qu'avec ou après la pustule vaccinale, souvent mal venue, on voit évoluer une éruption particulière, bulle ou pustule, de coloration rouge (rouge vif, rosée, lie de vin), sansauréole; elle est inoculable d'homme àhoinme(Goumy et Cozette), mais non à la génisse, et ne donne pas l'immunité vaccinale. 8a cause est restée inconnue; elle accompagnait une atténuation marquée de la pulpe vaccinale.

Huant à la vaccine hémorragique, elle est rare : la pustule devient hémorragique, en même temps qu'apparaissent en divers points du corps des pétéchies ou des ecchymoses; en même temps il y a de l'hématurie, des épistaxis et des phénomènes généraux graves (Gregory). Dans un cas de Rurlureaux, cette vaccine hémorragique fut mortelle.

Particulièrement sévères se sont montrées les pyodermies vaccinales contagieuses, heureusement exceptionnelles. Leur forme la plussimpleest la vaccine ulcéreuse, signalée dans l'épidémie delà Motteaux-Bois ! . ('.liez presque tous les enfants vaccinés, on constata vers le huitième jour, sur les scarifications, des ulcérations mesurant 1/2 à 2 centimètres, à fond empâté, à bords indurés, plus ou moins douloureuses, accompagnées de tuméfaction inflammatoire étendue, d'adénite axillaire et de phénomènes généraux. On pourrait croire à un chancre syphilitique vaccinal, d'aidant pins que le vaccin avail été emprunté à un enfant; mais ces ulcérations diffèrent du chancre syphilitique par leur apparition précoce, La nature ulcéreuse el suppurative des lésions, leur multiplicité, l'inflamma-

I, llniui. v Vidal, Ihill. A cad. médecine, 1889.

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tion qui les entoure, leur auréole très accusée, etc. (Fournier) (1). A la Motte-aux-Bois, il y eut 2 cas de contagion à des personnes non vaccinées (pustules d'ecthyma, ulcération de la paupière) et quelques éruptions érythémateuses ou papuleuses. Mais ces deux caractères, contagiosité et apparition d'éruption secondaire, furent beaucoup plus marqués dans d'autres épidémies, généralement rapportées à Y impétigo contagieux. Telles sont les épidémies de l'ile de Rùgen (2), de Strasbourg (3), et celle consécutive à l'emploi du vaccin d'Elberfeld (4). Dans ce dernier épisode, on vit survenir à Ansberg des suppurations prolongées; à Elberfeld, des ulcérations avec adénite; à Crangen, des ampoules, et plus tard (du onzième au quinzième jour) une éruption impétigineuse généralisée, très contagieuse pour l'entourage. Il y eut 4 décès, dont 3 chez des sujets vaccinés; 3 fois la mort fut subite. Avec moins de gravité, les accidents furent identiques à l'île de Rùgen et à Strasbourg.

La cause de ces mécomptes est inconnue ; il est évident qu'il faut incriminer une contamination accidentelle du vaccin.

Parfois on a vu survenir Yérysipèle, des phlegmons, des épidémies de septico-pyohémie (épidémies de Grabnick, de San Quirico d'Orcia, d'Asprières) . Dans ces diiférents cas, le vaccin était mal conservé, parfois putréfié, ou bien il avait été prélevé sur des enfants malades. De tels accidents, au moins sous forme épidémique, ne sont plus à craindre aujourd'hui.

Parmi les maladies spécifiques, on a signalé la possibilité de transmettre la lèpre, la tuberculose, la syphilis. Pour la lèpre, on ne possède jusqu'ici qu'une seule observation de transmission d'homme à homme due à Gairdner (5). Quant à la tuberculose, aucune preuve clinique ou expérimentale ne démontre qu'elle puisse être inoculée avec le virus vaccinal prélevé sur l'homme ; les essais expérimentaux de .losserand (G), Straus (7), Lothar Meyer (8) sont restés complètement négatifs. Néanmoins c'est là un danger toujours à éviter, et dont la vaccination animale nous met heureusement à l'abri.

De beaucoup les plus retentissants ont été les accidents syphilitiques dont l'histoire a été magistralement établie par Fournier (9).

Syphilis vaccinale. — Longtemps niée au nom des « principes »

(1) Fournier, La syphilis vaccinale. Paris, 1889.

(2) Verœffent. des Kaiserl. Gesundheitsamtes, 1885,

(3) Gokdsghmidt, Pyodermies vaccinales contagieuses, /terne d'hygiène, 1903. (i) Verœffent. <lcs Kaiserl. Gesundheitsamtes, 1888.

t" Gairdner, \ remarquable expérience concerningleprosy [British med. Journal, 1887).

(6) Josserand, Thèse de Lyon, 1884

(7) Straus, Société méd. des hôpitaux, 1885.

(8) Loi Mi m m. Eulenburgs Viertetjahresb. f. g. Medic . 1*892.

(9) Koiiimi u. foc. cit.

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(Bousquet), son existence fut nettement démontrée à la suite de vaccinations malheureuses pratiquées à l'Académie (Millard,. Depaul, etc.). Depuis, d'autres épisodes de même ordre ont été signalés plusieurs fois. Ils sont rares d'ailleurs, au total quelques centaines de cas sur des millions de vaccinations; mais ils sont toujours graves, ils sont surtout évitables. Leur gravité est toute d'emprunt, due à ce qu'ils sont méconnus, à ce que les victimes sont jeunes et souvent misérables, etc. : ainsi s'expliquent les dix morts de Crémone (Gerioli),les sept morts de Rivalta, etc.

Ces accidents sont évitables, en raison même de leur cause. Parfois ils sont dus à ce que le même instrument a successivement vacciné un sujet syphilitique, puis un sujet sain : ce dernier prend la syphilis (Lorain, Ory, etc.). D'ordinaire, le vaccin a été prélevé sur un sujet humain syphilitique; et comme ce vaccin humain, en raison même de sa rareté, sert généralement à inoculer des « fournées » d'enfants, le nombre des victimes est généralement élevé. 11 l'est d'autant plus qu'on ne se méfie point, et que d'habitude les victimes sont des enfants : car ceux-ci à leur tour peuvent infecter « par ricochet » leur entourage (nourrice, parents) dans les contacts journaliers; ils peuvent être utilisés comme vaccinifères, et transmettre à d'autres personnes à la fois la vaccine et la syphilis qu'ils ont reçues. Nul exemple de cette « cascade de contaminations » n'est plus instructif et plus dramatique que ceux de Rivalta (Pacchiotti) et de Torre de Dusi (Adelasio). A Rivalta, en 1861, le vaccin d'un enfant, reconnu plus tard syphilitique, sert à inoculer 46 enfants (première série); dix jouis après, le vaccin de l'un d'entre eux est inoculé à 17 autres enfants (deuxième série) ; 39 enfants dans la première série, 7 dans la seconde contractent la syphilis vaccinale. A Torre de Busi, en lHt,2, 6 enfants sont inoculés avec le même vaccin; 5 contractent la syphilis; les 5 victimes contaminent ensuite leur entourage : nourrices, mères, frères, sœurs, etc. ; des mères contaminent leurs maris : au total, 18 infections par ricochets.

Il est inutile de multiplier ces exemples: ils sont calqués les uns sur les autres. Ils montrent que la syphilis vaccinale vient de la syphilis du vaccinifère (sauf le cas exceptionnel (h; transmission par une lancette malpropre). Ce vaccinifère est presque toujours un enfant atteint de syphilis héréditaire, méconnue on latente; on bien un enfant chez qui évolue une syphilis vaccinale, « en incubation » dan- la pustule vaccinale à la suite d'une inoculation antérieure. La prophylaxie se déduit d'elle-même : il fanl substituer à la vaccination interhumaine ht vaccin animal.

Au point de Mie clinique, trois alternatives sont possibles : 1° la

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vaccine échoue ; après vingt jours ou plus apparaît le chancre vaccinal, chancre syphilitique typique, accompagné de son adénopathie caractéristique; 2° la vaccine prend; elle a terminé son évolution, quand apparaît à son tour le chancre vaccinal; 3° la vaccine évolue normalement d'abord, mais la croûte ne tombe pas; c'est sous cette croûte que se développe le chancre; Plus tard, la syphilis évolue comme d'ordinaire, et à part son origine et sa gravité d'emprunt, rien ne la différencie de la syphilis commune.

11 ne faudrait pas croire pourtant que toute syphilis apparaissant après la vaccine est nécessairement d'origine vaccinale. 11 faut se méfier des syphilis « pseudo-vaccinales », nullement rares chez l'enfant. La vaccine a évolué, régulièrement ou non, sans chancre vaccinal; après quelque temps, apparaissent des manifestations syphilitiques. L'absence de chancre initial, le début par des accidents généraux, l'existence possible des stigmates habituels permettront de reconnaître qu'il s'agit de syphilis héréditaire, non de syphilis vaccinale.

En définitive, les complications de la vaccine sont rares ; la plupart d'entre elles — les plus graves surtout — appartiennent à l'histoire, et il n'y a plus lieu de les redouter dans l'avenir. Elles ne sauraient être mises en balance avec les bienfaits prouvés de la vaccine ; ces bienfaits se résument dans l'immunité antivariolique, corollaire elle-même de l'immunité vaccinale.

Immunité et Réceptivité vaccinales. — L'immunité vaccinale, c'est-à-dire l'inaptitude d'un organisme animal à contracter la vaccine, est le point culminant de l'histoire de la vaccine; car elle comporte comme corollaire l'immunité antivariolique. Celte immunité vaccinale est généralement acquise à la suite de la vaccination ; parfois cependant elle est consécutive à une atteinte antérieure de variole. Très rarement elle est « naturelle », indépendante de toute al teinte de vaccine et de variole. De même qu'autrefois on trouvait exceptionnellement des sujets réfractaires à la variole, de même un nombre intime de personnes sont réfractaires au vaccin : mais la plupart des sujets récalcitrants ne résistent pas à une deuxième vaccination bien faite. Il reste néanmoins quelques réfractaires, 1 p. 100 suivant d'Espine, 1/9000 suivant Seaton, cliez qui on ne peut, faire prendre le vaccin, même en ayant soin « d'affamer les vaisseaux absorbants » parla dicte cl la saignée (Bousquet] : faculté aussi impénétrable pour la vaccine qu'elle l'est pour les autres maladies. D'après Spurgin et Marshall, les sujets réfractaires à la vaccine sciaient également réfractaires à la variole.

Peut-être une partie de ces faits s'expliquent-ils par ['hérédité;

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